Flash Conjoncture Pays avancés - Détroit d’Ormuz : le conflit au Moyen-Orient exerce une forte pression haussière sur les prix de l’énergie
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené une intervention militaire conjointe contre la République islamique d’Iran, en visant notamment des installations nucléaires iraniennes. L’Iran a immédiatement riposté, visant à la fois Israël, les bases américaines du Golfe et les infrastructures énergétiques de la région. Avant même le 28 février, les cours pétroliers étaient déjà orientés à la hausse (+18 % entre le 8 janvier et le 27 février, atteignant 73,0 $), reflétant l’intégration progressive d’une prime de risque géopolitique, tandis que les prix du gaz européen (TTF) avaient atteint un point haut fin janvier en raison des températures froides avant de refluer à 32,0 €/MWh la veille du conflit. L'opération militaire a entraîné une nette hausse des prix du pétrole et du gaz européens en raison de la paralysie du détroit d’Ormuz : le prix du baril a augmenté de +49 % à 108,4 $ entre le 27 février et le 2 avril, après avoir atteint des pics infra-journaliers autour de 119 $ les 9 et 18 mars, tandis que les prix du gaz ont augmenté de +57 % sur la même période pour s’établir à 50,0 € le 2 avril (cf. Graphiques 1 et 2).
L’intensification du conflit et ses répercussions sur les infrastructures énergétiques clefs régionales continuent d’exercer une pression fortement haussière sur les prix, alors que la région représente environ 25 % de la production mondiale de pétrole brut et que 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) passent par le détroit d’Ormuz. Bien que sept pays (Arabie saoudite, EAU, Irak, Iran, Koweït, Qatar, Bahreïn) dépendent du détroit pour tout ou partie de leurs exportations d’hydrocarbures, seules deux routes alternatives, permettant de transporter 7,0 Mb/j depuis l’Arabie saoudite et 1,8 Mb/j depuis les EAU, existent pour contourner le détroit.
Les pays ayant la plus forte exposition directe aux exportations de pétrole brut transitant par Ormuz (cf. Graphiques 3 et 4) sont situés en Asie (90 % du total des exportations) avec la Chine (38 %), l’Inde (15 %), la Corée du sud (12 %) et le Japon (11 %). Les exportations de GNL qui transitent par le détroit d’Ormuz sont également principalement destinées vers l’Asie (86 %), mais aussi vers l’Italie (6 %).
Plusieurs infrastructures énergétiques ont été touchées dans la région. Certaines raffineries ont même annoncé un arrêt temporaire total ou partiel de production (en Iran, Arabie saoudite, Irak ou Bahreïn). Le complexe gazier qatari de Ras Laffan, le plus important site de GNL au monde, a été fortement endommagé par des frappes iraniennes.
Mardi 10 mars, afin d’apaiser les craintes sur l’offre de pétrole, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont annoncé le déblocage d’environ 400 millions de barils issus de leurs réserves stratégiques, représentant environ 20 % des réserves stratégiques totales. Les premiers volumes ont été mis sur les marchés le 19 mars.
Donal Trump a annoncé mardi 7 avril un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran, qui devrait selon les conditions de l'accord réouvrir le détroit. Cette annonce a entraîné une forte baisse des prix du pétrole le lendemain de l'annonce (−13 % sur la journée pour atteindre 94,7 $) mais le détroit d’Ormuz demeure encore en grande partie bloqué.