Lettre économique d'AEOI - Les 10 ans de l'accord de Paris
Cette Lettre propose un panorama des politiques climatiques et de l’action des pays de la région Afrique de l’Est et Océan Indien (AEOI), 10 ans après l’Accord de Paris, un traité international juridiquement contraignant sur les changements climatiques.
Adopté par 196 parties lors de la COP 21, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris le 12 décembre 2015, il est entré en vigueur le 4 novembre 2016.Son objectif primordial était de maintenir « l'augmentation de la température moyenne mondiale en dessous de 2°C » et de poursuivre les efforts « pour limiter l'augmentation de la température à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. » L'Accord de Paris a représenté un jalon dans le processus multilatéral sur le changement climatique car, pour la première fois, un accord contraignant rassemblait toutes les nations pour lutter contre le changement climatique et s'adapter à ses effets.
10 ans après l’Accord de Paris, les pays d’Afrique de l’Est et l’Océan Indien ont démontré une ambition climatique réelle, portée par des chefs de file régionaux. Cette ambition s’est traduite par des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) renforcées et des politiques nationales consolidées. Néanmoins, la région demeure confrontée à trois défis majeurs : des vulnérabilités structurelles face au changement climatique, l’insuffisance des financements mobilisés et la nécessité de concilier croissance démographique, développement économique et transition écologique. La crédibilité des trajectoires climatiques régionales dépendra ainsi largement de la capacité des bailleurs de fonds internationaux à tenir leurs engagements financiers et à accompagner durablement ces économies dans leur adaptation au changement climatique.
La région Afrique de l’Est et Océan Indien est particulièrement vulnérable au changement climatique
La région AEOI est l’une des régions les plus vulnérables du monde face au changement climatique. L’indice NDI-GAIN[1] de 2023, qui détermine les niveaux de vulnérabilité et de préparation au changement climatique, classe la plupart des États de la zone au-delà de la 120e position. Maurice et Seychelles sont les deux exceptions (respectivement 44e et 78e). Le Burundi, Madagascar, le Soudan et l’Érythrée figurent parmi les 15 pays les plus vulnérables et les moins préparés. Cette vulnérabilité peut s’expliquer par une forte exposition aux catastrophes naturelles et une faible adaptation aux crises climatiques. Dans ces économies où l’agriculture demeure centrale avec une majeure partie de la population active dans le secteur, les aléas climatiques fragilisent la sécurité alimentaire et peuvent entraîner des coûts importants. Le Kenya subit les impacts du changement climatique, qui lui feraient perdre chaque année entre 3 et 5 % de PIB. En Tanzanie, les pertes économiques sont estimées entre 1 et 2 % du PIB chaque année.
Les conséquences néfastes du changement climatique affectent aussi les populations. Les épisodes récents et mortels liés aux inondations survenues dans plusieurs pays sont à signaler. La pression démographique et la faiblesse des infrastructures accentuent cette vulnérabilité. La région présente par ailleurs un profil paradoxal, dans la mesure où la forte vulnérabilité au changement climatique s’accompagne d’une faible responsabilité dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). La région AEOI est ainsi responsable de moins de 1 % des émissions de GES dans le monde alors que le continent africain dans son ensemble émet entre 3 et 4 % des émissions mondiales.
Mise en œuvre hétérogène de l’Accord de Paris dans la région
La mise en œuvre de l’Accord de Paris dans la région est hétérogène. 8 pays de la zone sur 15 ont officiellement soumis leurs CDN, selon le registre officiel tenu par la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). Il faut toutefois noter que plusieurs pays sont à des stades avancés de la mise à jour de leur CDN. C’est le cas des Comores ou de l’Ouganda, par exemple. Le Kenya s’est, pour sa part, distingué en étant l’un des premiers pays africains à mettre à jour sa CDN, dès avril 2025.
À l’échelle multilatérale, les pays moteurs de la région sont le Kenya, l’Éthiopie et le Rwanda. En septembre 2025, l’organisation de l’Africa Climate Summit 2 (ACS 2) par l’Éthiopie avec l’Union Africaine, après la première édition au Kenya en 2023, montre le dynamisme de la région est-africaine en matière climatique. En 2027, l’Éthiopie sera le pays hôte de la COP32 après Durban (2011) et Johannesburg (2006). Ce sera la 3ème COP organisée en Afrique subsaharienne et la première en AEOI. Il est attendu que cette COP suive l’approche observée durant l’African Climate Summit 2, à savoir une conférence tournée vers la justice climatique et la nécessité d’augmenter les moyens pour l’adaptation, le financement du développement durable et les investissements en faveur de la transition énergétique.
La mise en œuvre des CDN des États d’AEOI nécessite des investissements importants
La 29e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 29), tenue en Azerbaïdjan en novembre 2024, s’est conclue par un accord appelant les pays développés à fournir 300 milliards USD par an aux pays en développement d’ici 2035. Mais les besoins dépassent largement les promesses
La région AEOI est ainsi confrontée à la difficulté de financer sa transition écologique. Les besoins financiers pour la mise en œuvre des CDN nationales sont parfois supérieurs au PIB national, comme pour le Burundi ou le Soudan du Sud. Les financements proviennent principalement des banques multilatérales de développement (Banque mondiale, BAD), des bailleurs bilatéraux et des fonds de la CCNUCC comme le Fonds Vert pour le Climat ou le Fonds d’adaptation pour le Changement Climatique. Les États explorent également de nouveaux instruments tels que les obligations vertes, les échanges dette-nature ou les marchés carbone. Malgré ces avancées, l’écart entre besoins estimés et financements effectivement mobilisés reste significatif.
Le rôle de la France et son influence régionale croissante
La France, via ses différents outils de financement, de l’Agence Française de Développement (AFD), de la Direction Générale du Trésor et du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM), est un partenaire structurant investi, notamment dans les secteurs de l’énergie, la mobilité verte, la finance climat, les villes durables ou encore la biodiversité.
La région AEOI renforce par ailleurs son influence dans le domaine du changement climatique avec l’accueil et l’organisation d’évènements internationaux. La transition énergétique et l’industrialisation verte feront à cet égard partie des thèmes du Sommet Africa Forward co-organisé par la France le Kenya et les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi. Le Kenya organisera également la 11e Our Ocean Conference à Mombasa en juin 2026.
[1] Notre Dame Global Adaptation Index (ND-GAIN), ND-GAIN Country Index, University of Notre Dame, 2023