Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

J'entends souffler le train 

Le conflit en cours au Moyen-Orient replace la sécurité d’approvisionnement en gaz au premier plan des priorités énergétiques mondiales. Alors que le marché pétrolier dispose encore de certaines capacités de contournement logistique et de marges d’ajustement, le marché gazier apparaît plus vulnérable à une contraction durable de l’offre, résultant d’une part de la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un cinquième des flux mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) et d’autre part, des dégâts infligés à l’usine de liquéfaction de Ras Laffan au Qatar, premier exportateur mondial de GNL, dont deux trains de GNL, les 12 autres étant à l’arrêt. Le scénario d’un excédent d’offre mondial à l’horizon de la fin de la décennie, encore dominant avant le début du conflit, laisse place à un nouveau scénario d’un marché déficitaire de l’ordre de 4 % dès 2026, selon Morgan Stanley.

La dégradation accélérée du côté de l’offre tient à la nature du dommage subi par le Qatar. Une fermeture du détroit crée une contrainte logistique majeure mais temporaire, alors que les frappes sur les trains de liquéfaction de Ras Laffan affectent directement la production. Selon le CEO de QatarEnergy, les deux trains endommagés représentent 12,8 Mt/an, soit 17 % de la capacité qatarienne, avec un horizon de réparation estimé entre trois et cinq ans. Kpler estime que jusqu’à 19 Mt de GNL seraient retirées du marché jusqu’à fin mai, avec un risque baissier supplémentaire en cas de dommages plus étendus ou de prolongation des perturbations au-delà du deuxième trimestre. Or, sur le marché du GNL, l’incertitude sur le calendrier de reprise a presque autant d’effet que l’interruption elle-même, car elle pousse les acheteurs à surcouvrir leur risque et à se repositionner immédiatement sur les cargaisons flexibles disponibles.

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Source : MEES, Kpler, SERPA

Les prix ont logiquement intégré ces perturbations. En Asie, les prix spot ont augmenté d’environ 10 USD/MBtu avant-guerre à plus de 25 USD/MBtu dès la première semaine du conflit, avant de se stabiliser à ce niveau. En Europe, le TTF a franchi 60 EUR/MWh, pour la première fois depuis janvier 2023. À ces niveaux de prix, le premier effet observé est une destruction de la demande, notamment en Asie. C’est déjà le cas en Inde avec l’Indian Oil Corporation qui a renoncé à attribuer une cargaison pour avril après une offre minimale à 28 USD/MBtu, mais aussi en Thaïlande et au Bangladesh avec un recours accru au charbon, ainsi qu’à Taïwan avec l’éventuelle remise en service de la centrale à charbon de Hsinta. En outre, chaque mois supplémentaire de disruption retirerait environ 1,5 % de l’offre mondiale annuelle de GNL.

Dans ce contexte, la mise en concurrence entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons du bassin atlantique agit comme un facteur haussier sur les prix. Kpler avait déjà recensé onze détournements de cargaisons depuis le début de la crise, dont quatre cargaisons nigérianes et sept cargaisons américaines réorientées de l’Europe vers l’Asie, pour un volume total d’environ 0,8 Mt. Pour l’Europe, cela signifie que le remplissage des stocks sera vraisemblablement plus lent, plus coûteux et plus dépendant des approvisionnements américains, ouest-africains et, dans une moindre mesure, mexicains ou congolais, au moment même où sa marge de manœuvre politique vis-à-vis du gaz russe reste limitée, et où le Président américain agite des menaces sur l’approvisionnement en GNL de l’Europe.

Aux EAU, les attaques contre le champ de Shah et le complexe de Habshan ont rappelé que le gaz est un intrant critique pour l’électricité, le dessalement et l’industrie locale. Shah représente environ 708 Mpc/j, soit près de 12 % de la production commercialisée, tandis qu’Habshan concentre l’essentiel du traitement gazier (6,1 Gpc/j). Si ce dernier a redémarré après l’attaque du 18 mars, toute nouvelle interruption réduirait les capacités alternatives d’Adnoc Gas à moins de 2 Gpc/j. En outre, les EAU importent près de 2 Gpc/j de gaz qatari via le gazoduc Dolphin, dont la fiabilité dépend de l’évolution du conflit. Malgré une demande actuellement modérée (saison basse et tourisme en recul), le risque de tensions sur l’approvisionnement demeure significatif.

Le conflit perturbe également les perspectives d’investissement et de montée en capacité sur le marché mondial du GNL à moyen terme. Avant la guerre, les États-Unis et le Qatar devaient assurer à eux deux près des deux tiers des 300 Mt/an de capacités mondiales additionnelles attendues d’ici 2031. Le Qatar prévoyait d’accroître sa capacité de 77 Mt/an à 142 Mt/an dans les années à venir, soit une hausse de 65 Mt/an. Ces projets étaient en outre déjà confrontés à plusieurs retards avant le conflit, avec des échéances repoussées à fin 2026 voire 2027.

Si le pétrole reste un marché plus vaste et disposant de routes alternatives via les pipelines, le GNL est un marché plus dépendant d’un petit nombre de hubs et de routes critiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, la destruction partielle des capacités qatariennes et la mise en concurrence de l’Europe et de l’Asie pour les cargaisons atlantiques, soulignent l’importance pour les pays importateurs de sécuriser et diversifier leur approvisionnement en gaz. À cet égard, les gazoducs conservent un intérêt stratégique pour les pays exportateurs, en offrant des voies d’acheminement alternatives. A titre d’exemple, le projet de gazoduc Qatar–Turquie visant à relier l’Europe, abandonné en 2009 suite au refus de Bashar Al Assad puis à la guerre civile syrienne, pourrait redevenir aujourd’hui intéressant à la faveur du changement de gouvernement à Damas et d’une stabilisation progressive, bien qu’encore fragile, du pays.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Discours rassurant des autorités saoudiennes au FII Miami – Lors du 4ème FII PRIORITY Summit à Miami, les autorités saoudiennes ont mis en avant la solidité du cadre macroéconomique et la capacité d’adaptation du Royaume face au contexte régional. Le gouverneur du PIF, Yasir Al-Rumayyan, a souligné une situation « robuste, stable et résiliente », annonçant une nouvelle stratégie visant à attirer davantage de talents et de capitaux étrangers, avec un élargissement sectoriel vers les centres de données, les produits pharmaceutiques et les énergies renouvelables. De son côté, le ministre des Finances Mohammed Al-Jadaan a mis en avant le rôle structurant des investissements dans l’oléoduc Est-Ouest pour sécuriser les approvisionnements énergétiques mondiaux, tout en soulignant que les perturbations actuelles affectent principalement les secteurs aval (raffinage, pétrochimie, métaux). Il a également averti que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement dépassent désormais celles observées durant la crise du Covid-19, insistant sur l’importance de la stabilité, de la gestion du risque et de la visibilité pour attirer les investisseurs.

Energie, Industrie & Infrastructure

L’Arabie saoudite pourrait manquer ses objectifs en énergies renouvelables à horizon 2030 – Selon une analyse de GlobalData, la capacité installée en énergies renouvelables en Arabie saoudite devrait atteindre 74,2 GW d’ici 2030, nettement en deçà de l’objectif officiel de 130 GW fixé dans le cadre de Vision 2030. Avec 13 GW installés en 2025, le Royaume devrait ajouter plus de 23 GW par an pour atteindre sa cible, un rythme jugé difficile à soutenir malgré la montée en puissance des appels d’offres dans le cadre du programme NREP (4,5 GW attribués en 2025, 5,3 GW supplémentaires en cours). GlobalData souligne que ce retard s’explique notamment par une dépendance persistante à la production thermique, dans un contexte de forte croissance de la demande électrique, et estime que des réformes structurelles ainsi qu’un recours accru aux contrats d’achat d’électricité (PPA) seront nécessaires pour accélérer le déploiement des renouvelables.

Danway remporte un contrat de sous-station électriques à Médine – La société Danway Saudi Arabia a remporté un contrat de plus de 100 M SAR (26,7 M USD) auprès de National Grid SA pour la construction d’une sous-station électrique 110/13,8 kV à Médine. Le projet, d’une durée estimée à 23 mois, comprend la conception, la construction et la mise en service des installations, ainsi que l’installation d’équipements de transformation et de distribution de l’électricité. Il s’inscrit dans la stratégie de renforcement et de modernisation du réseau électrique saoudien, portée par National Grid SA, filiale de Saudi Energy, afin de répondre à la croissance de la demande et d’améliorer la fiabilité du système.

Neom multiplie les résiliations de contrats dans un contexte de recentrage stratégique – Neom a résilié un contrat de 20 Md SAR (5 Md USD) attribué à l’italien Webuild pour la construction de trois barrages et d’infrastructures associées à Trojena, alors que les travaux étaient réalisés à environ 30 %. Cette décision s’inscrit dans une série de résiliations récentes (Eversendai, Hyundai E&C) affectant plusieurs composantes du projet (Ski Village, tunnels de The Line). Elle intervient dans le cadre d’une revue stratégique plus large des priorités saoudiennes, marquée par des contraintes de liquidité accrues et une réallocation des ressources vers des projets jugés prioritaires (Expo 2030, Coupe du monde 2034, infrastructures essentielles).

Qiddiya poursuit son développement avec un nouvel appel d’offres à East Village South – Qiddiya Investment Company (QIC) a lancé un appel d’offres pour la construction de plusieurs actifs (hôtels 3 à 5 étoiles, résidences de services, cinéma, commerces et infrastructures associées) dans la zone East Village South (Zone 2) de Qiddiya Entertainment City, avec une échéance au 1er mai. Ce nouveau lot s’inscrit dans une dynamique d’investissement soutenue sur le site : un contrat d’environ 1 Md SAR (266 M USD) a été attribué en 2024 pour un premier ensemble hôtelier, tandis qu’un projet de logements pour le personnel a récemment fait l’objet d’offres à hauteur de 980 M SAR (261 M USD). QIC multiplie par ailleurs les appels d’offres (infrastructures, rail à grande vitesse), dans le cadre de l’accélération du développement de Qiddiya, pilier de la stratégie saoudienne de tourisme de loisirs.

Diriyah lance un appel d’offres pour des bureaux dans le district média – Diriyah Company a lancé un appel d’offres pour la construction de bureaux dans le Media District (phase DG2), avec une échéance fixée au 27 avril. Le projet porte sur cinq parcelles totalisant neuf bâtiments, pour une surface de plus de 50 000 m², intégrant des bureaux de catégorie A ainsi que des espaces de restauration. Il s’inscrit dans la montée en puissance du développement de Diriyah, après l’attribution récente de plusieurs contrats majeurs, dont un ensemble hôtelier et mixte estimé à 2,5 Md SAR (666 M USD) et un projet hôtelier de 717 M SAR (192 M USD), confirmant l’ambition de positionner le site comme pôle touristique et économique structurant à proximité de Riyad.

 

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Blackstone investit 250 M USD dans ADGT, une plateforme de paiements et de conformité basée à Abu Dhabi, valorisée autour de 1 Md USD, soit l’un des premiers investissements directs de private equity aux EAU depuis le début de la guerre avec l’Iran. L’opération s’inscrit dans l’essor du gaming régulé aux EAU, après la création d’un régulateur fédéral en 2023, l’octroi en 2024 d’une première licence à Wynn Resorts pour un resort de 3,9 Md USD à Ras Al Khaimah, puis la délivrance fin 2025 de la première licence de jeux et paris en ligne.

Alterra, véhicule d’investissement climatique d’Abu Dhabi doté de 30 Md USD depuis fin 2023 et visant à mobiliser 250 Md USD d’ici la fin de la décennie, a soutenu l’investissement de BeyondNetZero (General Atlantic) dans Wireless Logic, une plateforme technologique spécialisée dans l’Internet des objets au service de solutions de réduction des émissions. Les modalités financières de l’opération n’ont pas été rendues publiques ; il s’agit du premier déploiement d’Alterra aux côtés de BeyondNetZero, via son Opportunity Fund lancé avec un engagement de 250 M USD de BBVA en janvier.

Dubaï a atteint son meilleur classement historique dans le Global Financial Centres Index (GFCI), gagnant quatre places pour se hisser au 7e rang mondial. L’indice, publié par le think tank londonien Z/Yen sur la base d’un benchmark de 137 centres financiers, classe également Dubaï au 1er rang mondial pour ses perspectives de progression à horizon deux à trois ans, devant Singapour et Riyad.

Immobilier

Aldar indique que son calendrier de livraisons 2026 n’est pas affecté par le conflit régional et prévoit toujours de remettre plus de 3 500 logements cette année, dont 1 075 déjà livrés à fin mars, après 550 unités remises ce mois-ci. Le promoteur précise que les travaux progressent sur 141 sites à Abu Dhabi, Dubaï et Ras Al Khaimah, tandis que 4,7 Md AED (1,28 Md USD) de contrats ont déjà été attribués depuis le début de l’année, dont 1,8 Md AED en mars à cinq entreprises émiriennes. Aldar mentionne en outre 172 appels d’offres supplémentaires de plus de 30 Md AED à attribuer.

Qatar

QatarEnergy (QE) a déclaré la force majeure sur plusieurs contrats à long terme de gaz naturel liquéfié (GNL) avec l’Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine, suite aux attaques iraniennes sur les trains de liquéfaction n°4 et n°6 de Ras Laffan.

L’Emir du Qatar, Sheikh Tamim ben Hamad Al Thani, a reconduit le conseil d’administration du fonds souverain du Qatar, la Qatar Investment Authority (QIA). Le conseil d’administration reste présidé par Cheikh Bandar ben Mohammed ben Saud Al Thani, avec Cheikh Mohammed ben Hamad ben Khalifa Al Thani comme vice‑président, postes qu’ils occupent depuis mars 2023. Ce conseil reconstitué réunit des personnalités clés des secteurs économiques et stratégiques du Qatar, notamment le ministre des Finances (MoF), Ali Al Kuwari, le ministre d’État aux Affaires énergétiques (MoE), Saad Al Kaabi, le ministre du Commerce et de l’Industrie (MoCI), Sheikh Faisal ben Thani Al Thani, le président de beIN Group, Nasser Al Khelaifi, ainsi que Hassan Al Thawadi, Directeur général du Supreme Committee for Delivery and Legacy. Pour rappel, les actifs sous gestion de la QIA sont estimés à 580 Mds USD.

Selon l’agence de notation Moody's, le Qatar figure parmi les États du Golfe les mieux positionnés pour absorber les coûts de réparation, grâce à sa flexibilité budgétaire, sa capacité d’exécution et son expertise en infrastructures. Doté de réserves solides et de politiques efficaces, il peut mobiliser rapidement des ressources et ajuster ses dépenses en période de crise. La dépendance au dessalement demeure un facteur de vulnérabilité, atténué par un programme de réservoirs stratégiques assurant jusqu’à sept jours de stockage d’eau potable. Le pays se distingue également par un historique de mise en œuvre de ses politiques publiques crédible, contrairement à Oman et Bahreïn.

Le ministère du Commerce et de l’industrie (MoCI) du Qatar a annoncé le lancement de plus de 188 initiatives et projets entre 2024 et 2030 afin de stimuler le commerce et l’investissement. L’objectif est de soutenir une croissance annuelle moyenne d’environ 3,4 % des secteurs non pétroliers d’ici 2030 (contre un objectif pré-crise de 4%) et d’attirer jusqu’à 100 Mds USD d’investissements directs étrangers (IDE) au Qatar.

Airgas, filiale d’Air Liquide aux Etats-Unis, va réduire ses livraisons d’hélium auprès de ses clients suite à l’arrêt de la production au Qatar. L’entreprise prévoit de ne fournir à certains clients - en donnant la priorité à ceux du secteur de la santé - que la moitié de leurs livraisons mensuelles habituelles d’hélium.

Selon Bloomberg, la Qatar Investment Authority (QIA) envisagerait d’acquérir 10% du capital de Golden Goose, fabricant italien de chaussures. La participation de la QIA pourrait valoir 250 M EUR, pour une valorisation totale de 2,5 Mds EUR. En 2025, Golden Goose a réalisé un chiffre d’affaires de 734 M EUR à travers 232 boutiques.

Sheikh Hamad bin Jassim Al Thani, ancien Premier ministre du Qatar, et Amazon participent à un tour de financement dans la start-up allemande Neura Robotics, spécialisée dans les robots humanoïdes valorisant l’entreprise à près de 4 Mds EUR. La startup, basée à Metzingen, a déjà généré près de 1 Md USD de commandes. Cette opération illustre l’intérêt croissant pour les robots humanoïdes et l’intelligence artificielle, un marché susceptible d’atteindre 1 trillion USD d’ici 2035.

Koweït

Jazeera Airways se déploie sur une deuxième base arrière saoudienne. La compagnie aérienne low-cost koweïtienne Jazeera Airways a ouvert une deuxième « base » opérationnelle en Arabie saoudite en raison de la fermeture de l’espace aérien koweïtien. Après l’aéroport secondaire d’Al Qaisumah pour quelques dessertes régionales, Jazeera opérera également depuis l’aéroport international de Dammam à compter du 26 mars. Cette expansion permet à la compagnie aérienne desservir une vingtaine de destinations supplémentaires (volume prévisionnel : 1.000 vols, 200.000 passagers et 2M T de fret pour la période du 26 mars au 30 avril) en suivant un modèle air-terre avec un tronçon de transport terrestre. 

Une tomate sinon rien… Une pénurie temporaire de légumes, et notamment de tomates, a affecté le Koweït, suscitant l’inquiétude chez une partie de la population qui l’attribuait à la crise en cours. Il s’agissait cependant d’un phénomène normal lié aux cycles de production agricole : le Koweït produit environ 125.000 T de tomates par an, soit 25 kg par habitant. Le marché des fruits koweïtien des fruits et légumes pèse environ 150 M USD/an, et une grande partie des produits locaux (3.500 palettes/jour) transite par Al Fardah, le marché central de fruits et légumes, sorte de Rungis local.

Logistique : un corridor « tout frais » vers le Koweït.  Après avoir acheminé avec succès un premier chargement de 4,5 T de fruits et légumes frais en provenance de Chennai, Jazeera annonce pérenniser un nouveau couloir d’approvisionnement via l’aéroport de Qaisumah. Le PDG de Jazeera a déclaré que les marchandises avaient été transportées par avion jusqu’en Arabie saoudite, puis acheminées par voie terrestre jusqu’au Koweït, garantissant ainsi la continuité de l’approvisionnement en denrées périssables malgré les restrictions actuelles pesant sur l’espace aérien. Il a décrit ce corridor comme une étape clé pour renforcer les chaînes d'approvisionnement et maintenir les importations essentielles face aux défis régionaux conséquences de la crise actuelle.

Oman

Le prix officiel du brut omanais pour livraison en mai a fortement chuté, à 109,55 USD/baril, soit une baisse de plus de 30 USD en une séance, dans un contexte de détente anticipée des tensions régionales. Cette correction s’inscrit dans un mouvement plus large de repli des marchés pétroliers, le Brent (-5,9 % à 98,28 USD) et le WTI (-5,1 % à 87,68 USD) ayant reculé sur fond de perspectives de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Cette volatilité intervient après une phase de hausse liée aux risques sur l’offre au Moyen-Orient. En moyenne, le brut omanais pour mars reste toutefois stable à 62,17 USD/baril, confirmant une dynamique encore modérée à l’échelle mensuelle.

Le producteur upstream omanais OQ Exploration and Production (OQEP) a présenté sa stratégie 2030 visant à porter sa production nette à 300 000 barils équivalent pétrole par jour (boe/j), en hausse de 34% par rapport aux 224 000 boe/j enregistrés en 2025, tout en maintenant un taux de remplacement des réserves d’au moins 100%. La croissance sera soutenue par deux volets :

-           Développement organique : OQEP a récemment fait deux découvertes majeures aux blocs 48 et 60, qui viennent renforcer ses champs existants, notamment le Bisat oil field (70 000 boe/j en 2025) et le Abu Butabul gas field (21 M cfd en 2023). L’entreprise exploite également des blocs clés avec des partenaires internationaux tels que BP, Eni, TotalEnergies et Occidental, permettant d’accéder à de nouveaux volumes de production.

-           Acquisitions ciblées (M&A) : la société se concentre sur des actifs produisant ou quasi produisant, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avec une attention particulière pour l’Irak, l’Algérie et la Libye, là où les conditions commerciales sont attractives.

OQEP reste le troisième producteur du Sultanat derrière PDO et Shell pour le pétrole et le gaz, et a déjà vendu des participations dans les blocs 60 et 61 tout en maintenant sa trajectoire de croissance. En 2025, malgré une baisse de 3 % de sa production nette, les volumes vendus ont augmenté de 3 %, grâce à de nouvelles conditions contractuelles, notamment au bloc 53 exploité par Occidental. La montée en production intervient dans un contexte géopolitique favorable : les perturbations sur d’autres sites gaziers et pétroliers du Golfe, notamment au Qatar et au Koweït, pourraient accroître les revenus d’OQEP et financer ses projets d’expansion.

Des crues soudaines survenues durant l’Aïd al-Fitr ont fait 10 morts à Oman et provoqué des dégâts matériels significatifs. Plus de 200 habitations ont été touchées, tandis que des infrastructures clés (réseaux électriques, routes, écoles) ont été endommagées. Le coût pour les assureurs est estimé à près de 60 M USD. Les autorités ont fermé temporairement les établissements scolaires et recommandé le télétravail, tout en mettant en place des dispositifs d’hébergement d’urgence.

Oman a attribué au groupe turc Artas Holding un contrat de 150 M OMR (400 M USD) pour le développement du projet Al Khuwair Downtown à Mascate, comprenant plus de 400 unités résidentielles et commerciales, ainsi que des infrastructures de loisirs et une marina. Cette décision, annoncée lors du MIPIM 2026, confirme la volonté du Sultanat de poursuivre les grands projets structurants, dont également Sultan Haitham City (2,6 Md USD), dans le cadre de sa stratégie de diversification économique.

Oman enregistre une hausse de 13,9 % des prix immobiliers au T4 2025 en glissement annuel, selon les données officielles omanaises. La progression est principalement portée par le segment résidentiel (+14,6 %), avec une forte augmentation des prix des villas (+20,6 %) et des autres logements (+25,8 ), tandis que les appartements restent quasi stables (+0,6 %). Le segment commercial progresse également (+12,3 %), tiré par les terrains (+18,8 %), malgré un recul des prix des locaux commerciaux (-12,1 %). Sur le plan géographique, Mascate se distingue avec une hausse exceptionnelle de 41,3 % des prix des terrains résidentiels, traduisant une forte pression foncière, tandis que certaines régions enregistrent des baisses marquées, révélant une dynamique immobilière contrastée à l’échelle du territoire.

Dans le cadre de sa stratégie de diversification économique et de l’Oman Vision 2040, l’Oman Investment Authority (OIA), via sa filiale ITHCA Group, a investi environ 38 M USD dans trois entreprises américaines de technologies avancées : GSME, spécialisée dans la conception de semi-conducteurs ; Lumotive, spécialisée dans la photonique programmable et la détection 3D ; et Movandi, leader en connectivité sans fil et technologies 5G. Ces investissements ont permis de localiser la conception et le développement de puces électroniques à Oman, de former 92 ingénieurs omanais à la conception de circuits intégrés et RF, et de créer des équipes spécialisées dans les infrastructures 5G et les solutions optiques avancées. Cette série d’investissements vise à développer un écosystème national intégré de R&D et à attirer des technologies stratégiques pour créer des emplois qualifiés pour la jeunesse omanaise dans le numérique et l’ingénierie, tout en consolidant le Sultanat comme hub à ambition régionale pour l’industrie des semi-conducteurs et des communications avancées.

Le lundi 23 mars, la Banque centrale d’Oman a alloué des bons du Trésor pour un montant total de 60 M OMR : 30 M OMR à 28 jours (rendement moyen 3,76 %) et 30 M OMR à 91 jours (rendement moyen 3,95 %). Ces instruments à court terme, garantis par le ministère des Finances, offrent aux banques commerciales la possibilité d’investir leurs excédents tout en renforçant la liquidité et la courbe de référence des taux locaux. Le taux sur les opérations de rachat (Repo) est fixé à 4,25 %, celui du dispositif de décote des bons à 4,75 %.

 

Bahreïn 

Bahreïn parmi les systèmes les plus exposés en cas de choc prolongé (S&P) – Selon S&P Global Ratings, Bahreïn figure parmi les systèmes bancaires les plus exposés du Golfe en cas de prolongation du conflit, en raison d’une dette externe en hausse et de coussins de liquidité plus limités que ses pairs. Dans un scénario de stress sévère, les banques du GCC pourraient faire face à des sorties de dépôts pouvant atteindre 307 Md USD, bien que le secteur dispose de marges de manœuvre significatives (312 Md USD de liquidités et jusqu’à 630 Md USD mobilisables via cessions d’actifs). À ce stade, S&P ne constate pas de tensions majeures et juge le risque régional maîtrisé, tout en identifiant Bahreïn (ainsi que le Qatar) comme plus exposé à d’éventuelles sorties de capitaux. En cas de dégradation prolongée, l’agence indique que les autorités du Golfe pourraient intervenir de manière ciblée pour soutenir le secteur bancaire, comme lors de la crise du Covid-19.

Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

Dr Fioul amer - ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à contourner Ormuz

« War is God’s way of teaching Americans geography ». Cette maxime intemporelle de Mark Twain ne vaut pas que pour les Américains et leurs dirigeants. La géographie de la péninsule arabique est redevenue une considération essentielle pour l’exportation pétrolière, alors que tous les acteurs de l’énergie s’efforcent de mobiliser ou de rouvrir des voies d’acheminement alternatives au détroit d’Ormuz. Une préoccupation qui renoue avec les premiers temps de l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient.

Les premiers oléoducs reliant les gisements des pays golfiques à la Méditerranée ont été construits dès l’entre-deux-guerres (sous les mandats britanniques et français) et ont été suivis par plusieurs autres dans l’immédiat après-guerre. Victimes des guerres au Levant, tous ces conduits sont aujourd’hui fermés, sauf une désormais : l’oléoduc Irak-Turquie, reliant Kirkuk (nord de l’Irak) au port turc de Ceyhan, dont la réouverture a été annoncée ce mercredi 18 mars. Si cette réouverture a été bien accueillie par les marchés, elle ne représentera toutefois qu’un mince palliatif : les volumes annoncés dans l’immédiat (250 000 b/j) ne sont qu’une fraction des exportations irakiennes d’avant-guerre. Malgré une proposition turque de le prolonger jusqu’à Bassorah, cet oléoduc ne bénéficie pas non plus au Koweït, dont les exportations sont immobilisées par la guerre.

Plus au Sud, l’Arabie saoudite dispose d’un oléoduc ‘Est-Ouest’ reliant Abqaiq au port de Yanbu, sur la Mer Rouge. Sous-utilisé avant la guerre, Aramco a annoncé que cet oléoduc pourrait désormais acheminer 7 Mb/j (équivalent de la totalité des exportations saoudiennes en 2025) mais l’AIE rappelle que sa capacité maximale théorique n’est que de 5 Mb/j. L’exportation effective de ces volumes depuis Yanbu dépendra en outre de la disponibilité et de la capacité des navires pétroliers présents en Mer Rouge.

Les Émirats arabes unis disposent pour leur part de l’oléoduc ADPOC, reliant Habshan au port de Fujairah, sur le golfe d’Oman. Sa capacité maximale de 1,8 million de barils/jour n’était utilisée qu’aux deux tiers avant la guerre. Les attaques iraniennes répétées sur le port de Fujairah pourraient toutefois amener les autorités à réajuster l’utilisation du pipeline, en donnant priorité à l’exportation du pétrole déjà stocké dans les cuves du terminal pétrolier adjacent (réserves estimées entre 50 et 70 millions de barils). Là encore, les activités sont régulièrement perturbées par les attaques répétées visant l’émirat de Fujairah et réduisent régulièrement l’opérationnalité du port ainsi que sa capacité d’exportation de pétrole et de produits. Néanmoins, la situation des Émirats reste cependant plus favorable que celle du Qatar, dont les exportations de brut, relativement modestes, ont été immobilisées par le conflit.

Parmi les utilisateurs du détroit d’Ormuz, mentionnons enfin le dernier, et non des moindres : l’Iran, qui continue à utiliser le détroit, et qui aurait exporté plus de 16 Mb de pétrole depuis début mars, selon les analystes de Kpler. La mobilisation du terminal pétrolier de Jask (sur le Golfe d’Oman), quasi inutilisé avant la guerre, pourrait renforcer les capacités d’exportation iraniennes.

Il existe enfin des projets non réalisés, que la guerre amène à réexaminer, mais dont la réalisation paraît plus qu’hypothétique. Outre d’anciens projets d’oléoducs irakiens vers la Jordanie (Aqaba) ou l'Arabie Saoudite, des projets encore plus grandioses de canaux sont à l’étude : un projet saoudien de « canal Salman » traversant la péninsule arabique (et débouchant sur la Mer Rouge ou la Mer d’Arabie, selon les versions) ou un projet émirien, en apparence plus modeste, de « canal arabe » reliant les deux façades maritimes du pays. Indépendamment de leur coût et des difficultés de réalisation, le calendrier d’éventuelle mise en œuvre de ces projets ne répond évidemment pas aux difficultés actuelles.

Malgré la mobilisation de ces différentes routes alternatives, sensiblement plus de la moitié de la capacité d’exportation des pays riverains du Golfe a donc été perdue depuis le début de la guerre – et ces chiffres ne concernent que le pétrole brut. Pour les aventuriers du détroit perdu, la dernière croisade enclenchée le 28 février s’apparente de plus en plus à un temps maudit.

Exportations de pétrole brut (en Mb/j)

                                                       Sources : AIE, Kpler                                                       

                         

Quentin PERRET, Conseiller développement durable

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Les réserves de change saoudiennes à un plus haut niveau depuis six ans. Les avoirs extérieurs nets de l’Arabie saoudite ont atteint 475 Md USD en février (+10 % en glissement annuel), selon la SAMA, se maintenant à leur plus haut niveau depuis six ans. Les réserves, qui représentent environ 95 % du total, s’élèvent à 451 Md USD (+10 % en g.a.), et se composent principalement de titres étrangers, dépôts et liquidités en devises, ainsi que de positions au FMI (3,5 Md USD, +8 %) et de DTS (21,4 Md USD, +3 %). Les réserves en or demeurent stables à 0,4 Md USD. Cette dynamique reflète le renforcement de la position extérieure du Royaume dans un contexte de prix énergétiques soutenus.

Energie, Industrie & Infrastructure

Report de délais pour plusieurs projets électriques à Riyad. Saudi Energy (ex-SEC) a prolongé les délais de soumission pour trois projets d’infrastructures électriques en région de Riyad, représentant environ 130 M USD. Sont concernés : (i) une sous-station 132/13,8 kV à l’aéroport King Khalid (50 M USD, nouvelle échéance au 9 avril), (ii) un projet EPC de câbles souterrains 132 kV à Al-Kharj (40 M USD, échéance au 26 mars), et (iii) le remplacement d’une sous-station à Riyad (50 M USD, échéance au 9 avril). Ces ajustements interviennent dans un contexte de montée en charge des investissements électriques, alors que Saudi Energy prévoit 58,7 Md USD d’investissements dans le secteur entre 2025 et 2030 (dont 36 Md USD pour le transport et 22,7 Md USD pour la distribution). Par ailleurs, l’entreprise poursuit les préparatifs d’infrastructures pour l’Expo 2030 avec un projet de trois nouvelles sous-stations en cours d’appel d’offres.

Report du calendrier pour l’extension de l’aéroport de Hail. Cluster2 (filiale de Matarat Holding) a prolongé au 29 mars la date limite de soumission des offres pour le projet d’extension de l’aéroport de Hail (contre le 1er mars initialement). Le projet prévoit l’agrandissement des infrastructures terminales (zones départ/arrivée, traitement des bagages) ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment de 5 600 m² connecté au terminal existant. Cette extension doit porter la capacité de l’aéroport à 1,7 million de passagers annuels d’ici 2030. Elle s’inscrit dans la stratégie de modernisation des infrastructures aéroportuaires menée par Matarat Holding, visant à soutenir la croissance du trafic et les objectifs de Vision 2030 en matière de connectivité et de tourisme.

Lamar Holding pressenti pour une centrale hybride au Rub al-Khali. Lamar Holding aurait été désigné soumissionnaire privilégié pour le développement d’une centrale électrique hybride au poste-frontière du Rub al-Khali, dans le cadre d’un projet piloté par l’autorité douanière saoudienne (ZATCA). D’une capacité estimée à 25 GWh par an, l’installation vise à réduire la dépendance au diesel en intégrant des sources renouvelables, tout en sécurisant l’approvisionnement électrique de cette zone isolée. Le projet serait structuré en PPP (DBFOM) sur 25 ans, avec l’appui du National Centre for Privatisation (NCP), illustrant le recours croissant au secteur privé pour les infrastructures énergétiques hors réseau.

Bahreïn 

Macroéconomie & Finance

Bahreïn adopte un paquet de mesures d’urgence en soutien à l’économie. Le Parlement bahreïni a approuvé à l’unanimité quatre mesures économiques d’urgence, désormais transmises au gouvernement, visant à atténuer l’impact des tensions régionales sur les entreprises et les ménages. Le dispositif prévoit (i) des exonérations et compensations sur les factures d’électricité, d’eau et de taxes municipales pour les entreprises affectées, (ii) une prise en charge temporaire des salaires des nationaux employés dans les PME via le fonds Tamkeen, (iii) un report de trois mois des échéances de prêts personnels sans intérêts, ainsi que (iv) des mesures de soutien à la liquidité et à la continuité des chaînes d’approvisionnement. L’ensemble vise à prévenir les faillites, soutenir l’emploi et contenir les pressions inflationnistes dans un contexte de perturbations économiques accrues.

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Après les mesures de soutien annoncées le 18/03 par la Banque centrale pour renforcer la stabilité du secteur bancaire, le Ministère de l’Economie et du tourisme a publié un communiqué qui dément l’existence de restrictions sur les mouvements de capitaux ou les transferts de fonds des investisseurs. Dans ce même communiqué, il réaffirme l’engagement du pays en faveur d’une économie ouverte, du libre mouvement des capitaux et du maintien d’un environnement d’investissement stable et attractif, conforme aux standards internationaux.

Energie & Immobilier

Selon S&P Global, les principaux promoteurs immobiliers notés aux EAU – dont Emaar Properties, Damac et Omniyat – ne font face à aucune pression de liquidité malgré le contexte géopolitique. Les échéances de dette restent maîtrisables en 2026 et les besoins d’investissement sont globalement limités, bien qu’Emaar maintienne un capex élevé de 2,7 à 3 Md USD par an. Les acteurs du secteur devraient toutefois ajuster ou différer certains projets, en privilégiant la trésorerie et les liquidités dans un environnement incertain.

Une attaque de drone a entraîné l’arrêt temporaire du champ gazier de Shah à Abu Dhabi. Ce site stratégique, exploité par Adnoc Sour Gas, dispose d’une capacité de traitement de 1,28 milliard de pieds cubes de gaz par jour, alimentée par un champ pétrolier onshore produisant 70 000 barils/jour.

Koweït

Energie & Télécommunications

Le Koweït projette d’acheter de l’électricité auprès de l'Autorité d'interconnexion du Conseil de coopération du Golfe (GCCIA) pour le mois d'avril 2026. La transaction porterait sur 1.200 MW d'électricité, pour un montant total de 15,4 M KD (env. 44 M €). Un contrat d'importation d'électricité avait déjà été conclu auprès de la GCCIA pour la période allant du début janvier à la fin mars et un total de 43,5 M KD (125 M€).

Internet, « ZAIN is the limit », pendant un mois. L’opérateur de télécommunications mobiles permet à ses utilisateurs d’accéder gratuitement et en illimité à internet pendant les heures de bureau (9h à 16h) pendant 30 jours. Le géant koweïtien peut se le permettre : à 7,5 Mds € en 2025, ses revenus ont augmenté de 14% et son taux de rentabilité est supérieur à celui de ses concurrents.

Musk met les télécoms du Koweït sur orbite. Le régulateur koweïtien a officiellement autorisé la commercialisation aux particuliers de services d’accès à Internet au réseau de satellites de communication d’Elon Musk en orbite basse (LEO). Les abonnements sont proposés à travers un partenaire local, « Alghanim Industries » et sa filiale technologique, « Sama X ». Pour moins de 100 euros par mois (31 KD) Starlink propose un accès Internet à haut débit (150 à 300 Mbps) et à faible latence.

Oman

Energie, Transport & Logistique

Le brut omanais atteint un record historique, porté par les tensions régionales et des effets de marché. Le prix officiel du brut omanais pour livraison en mai a atteint 152,58 USD/ baril le 17 mars, nouveau record historique sur le Gulf Mercantile Exchange (GME), principale bourse de contrats à terme sur l’énergie au Moyen-Orient, basée à Dubaï. La prime très élevée du brut omanais (le Brent est aujourd’hui autour de 103 USD) traduit le risque géopolitique accru, mais aussi des distorsions spécifiques aux flux de brut du Golfe et aux indices de référence régionaux. Certaines références de pétrole transitant par Hormuz ont été exclus de l’évaluation, laissant le brut omanais avec un poids plus important dans la formation des prix. Cette situation a amplifié la réaction du brut omanais par rapport au Brent et aux autres indices mondiaux.

Hausse immédiate des coûts de fret aérien et une variabilité accrue des prix pour les opérateurs logistiques. À partir du 18 mars 2026, Oman Air Cargo appliquera deux surcharges sur l’ensemble de ses expéditions : une surcharge carburant, indexée sur le prix du kérosène (Jet A1) et révisée chaque semaine, et une surcharge de risque de guerre, calculée au kilo en fonction du poids facturé. Ces frais visent à compenser la hausse des coûts liée au prix du carburant et à l’augmentation des primes d’assurance.

Face aux perturbations, Oman et Dubaï ouvrent un corridor logistique alternatif. Les douanes d’Oman et de Dubaï ont mis en place un corridor vert temporaire pour faciliter l’acheminement des cargaisons initialement destinées au port de Jebel Ali mais redirigées vers des ports omanais. Après des formalités douanières simplifiées à Oman, les conteneurs peuvent être transférés rapidement par transport routier sous régime douanier (scellés) vers Dubaï en passant par le poste de frontière à Hatta. Le dispositif s’applique à la plupart des marchandises (avec quelques exceptions) et peut aussi concerner les flux de fret aérien.

Nama PWP anticipe la hausse de la demande en eau avec deux nouveaux projets de dessalement. Le Sultanat d’Oman prévoit le développement de deux Independent Water Projects (IWP) afin de répondre aux déficits de capacité attendus à moyen terme, selon Nama Power and Water Procurement Company. Un premier projet, North Batinah IWP (150 000 m³/jour), devrait entrer en service en 2032 et couvrir la croissance de la demande dans le système interconnecté principal (Mascate, Barka, Sohar). Un second projet, Dhofar Water IWP 2030 (80 000 m³/jour), est prévu à l’horizon 2030 dans la région de Raysut. La demande en eau dans le réseau principal devrait croître de 3 % par an, passant de 1,21 à 1,48 million m³/jour entre 2025 et 2032. Cette dynamique sera partiellement absorbée dès 2027 par la mise en service du projet Ghubrah III (300 000 m³/jour). Dans le sud, la région du Dhofar affiche également une croissance soutenue (+3 %/an), tirée par l’expansion urbaine et l’extension des réseaux vers les zones montagneuses. Les autorités étudient en parallèle l’extension de l’approvisionnement à de nouvelles wilayats.

Oman prolonge 3,5 GW de capacités électriques pour sécuriser sa transition énergétique. Le Sultanat d’Oman a conclu de nouveaux Power Purchase Agreements (PPA) avec trois producteurs : Phoenix Power Company SAOG, Al Batinah Power SAOG et Al Suwadi Power SAOG (les deux dernières détenues par Engie), prolongeant leur exploitation de 15 ans pour un total de 3 500 MW. Ces centrales thermiques au gaz, mises en service entre 2013 et 2014, resteront opérationnelles jusqu’en 2043–2044 sous l’égide de Nama Power and Water Procurement Company, l’acheteur unique d’électricité du pays. Le parc de Phoenix Power à Sur (2 000 MW), ainsi que les centrales de Barka et Sohar (745 MW chacune) sont concernés. Cette décision s’inscrit dans une stratégie duale : maintenir des capacités thermiques performantes tout en accompagnant la montée des énergies renouvelables, et garantir la stabilité du réseau. Parallèlement, Oman développe de nouvelles capacités, notamment les projets Misfah IPP (1 600 MW) et Duqm IPP (800 MW), destinés à remplacer progressivement les unités les plus anciennes.

Qatar

Macroéconomie & Finance

Les agences de notation Fitch et S&P ont confirmé la note de crédit « AA » du Qatar, estimant que les fondamentaux macroéconomiques du Qatar demeurent solides, malgré les perturbations temporaires affectant les exportations d’hydrocarbures en raison de la fermeture de facto du détroit d’Ormuz. Dans leur rapport les agences citent notamment le niveau de richesse très élevé du pays comparativement à sa population, l’importance de ses actifs souverains et la future augmentation de la production gazière qui devrait bénéficier aux finances publiques.

Le fonds d’investissement Irth Capital, soutenu par des fonds qatariens, a proposé ce mois-ci de payer 47 USD par action pour acquérir l’entreprise américaine spécialisée dans la restauration rapide Papa John’s International. Cette offre marque une deuxième tentative de rachat de l’entreprise, après une première approche menée l’an dernier aux côtés du fonds américain Apollo Global Management, selon deux sources proches du dossier. L’offre valoriserait l’entreprise à 1,5 Md USD.

Energie, Transport & Sécurité alimentaire

Une attaque iranienne a provoqué des dégâts importants sur le site pétro-gazier de Ras Laffan au Qatar, cœur de la production gazière du pays. L’émirat a fermement condamné cette attaque qui a causé des incendies provoquant des dégâts importants sur les infrastructures du plus grand site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, mais qui n’aurait pas fait de victimes.  D’autres attaques ont également visé le site de Mesaieed au sud de Doha, sans plus de détails pour l’heure sur d’éventuels dégâts. Ces attaques font suite à des menaces iraniennes quelques heures plus tôt en représailles à une attaque israélienne contre son champ gazier de South pars.

Le ministère des Transports et (MoT) et les autorités douanières du Qatar (GAC) ont étendu le réseau de fret terrestre vers près de 75 pays et simplifié les procédures douanières en renforçant la connectivité via le système international de transit douaner (TIR). Les flux de marchandises se réorientent majoritairement par voie terrestre via l’Arabie saoudite. Le transport aérien, lui, reste limité, bien que Qatar Airways Cargo ait transporté 300 tonnes de biens essentiels vers le Qatar depuis début mars, assurant l’arrivée continue de médicaments, de lait infantile, produits frais et matériel médical.

La compagnie aérienne Qatar Airways a annoncé la reprise d’un programme de vols commerciaux limité entre le 18 et le 28 mars, malgré la fermeture de l’espace aérien. Un vol quotidien vers Paris est prévu dans les prochains jours, contre quatre avant la crise.

À l’occasion de sa visite le 16 mars dernier, le ministre des Municipalités, Abdullah bin Hamad Al-Attiyah, a mis en lumière le rôle de l’entreprise agroalimentaire qatarienne Baladna dans la sécurité alimentaire du Qatar. Le ministre a salué les progrès du pays, qui atteint 99 % d’autosuffisance sur les produits laitiers, et l’engagement de l’entreprise à maintenir un approvisionnement stable et durable durant la crise.

Plusieurs ministres qatariens dont le ministre du Commerce et de l’Industrie (MoCI), Sheikh Faisal bin Thani Al Thani, et le ministre de l’Intérieur (MoI), Sheikh Khalifa bin Hamad, ont rassuré sur la capacité de résilience du Qatar en ce qui concerne la disponibilité des biens essentiels et la stabilité du marché. Le ministre du MoCI a indiqué que le Qatar dispose de réserves stratégiques importantes et que les chaînes d’approvisionnement fonctionnent de manière efficace. Dans la foulée, le ministre du MoI du Qatar a également indiqué que les réserves alimentaires, initialement suffisantes pour 9 mois, ont été renforcées afin de couvrir jusqu’à 18 mois de besoins. Par ailleurs, des contrôles inopinés dans les points de vente visant à empêcher les pratiques monopolistiques et les manipulations de prix ont été mis en place. Toute modification de prix sans approbation officielle peut conduire à une amende, des peines de prison, ainsi que la fermeture temporaire du magasin.