J'entends souffler le train
Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.
J'entends souffler le train
Le conflit en cours au Moyen-Orient replace la sécurité d’approvisionnement en gaz au premier plan des priorités énergétiques mondiales. Alors que le marché pétrolier dispose encore de certaines capacités de contournement logistique et de marges d’ajustement, le marché gazier apparaît plus vulnérable à une contraction durable de l’offre, résultant d’une part de la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un cinquième des flux mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) et d’autre part, des dégâts infligés à l’usine de liquéfaction de Ras Laffan au Qatar, premier exportateur mondial de GNL, dont deux trains de GNL, les 12 autres étant à l’arrêt. Le scénario d’un excédent d’offre mondial à l’horizon de la fin de la décennie, encore dominant avant le début du conflit, laisse place à un nouveau scénario d’un marché déficitaire de l’ordre de 4 % dès 2026, selon Morgan Stanley.
La dégradation accélérée du côté de l’offre tient à la nature du dommage subi par le Qatar. Une fermeture du détroit crée une contrainte logistique majeure mais temporaire, alors que les frappes sur les trains de liquéfaction de Ras Laffan affectent directement la production. Selon le CEO de QatarEnergy, les deux trains endommagés représentent 12,8 Mt/an, soit 17 % de la capacité qatarienne, avec un horizon de réparation estimé entre trois et cinq ans. Kpler estime que jusqu’à 19 Mt de GNL seraient retirées du marché jusqu’à fin mai, avec un risque baissier supplémentaire en cas de dommages plus étendus ou de prolongation des perturbations au-delà du deuxième trimestre. Or, sur le marché du GNL, l’incertitude sur le calendrier de reprise a presque autant d’effet que l’interruption elle-même, car elle pousse les acheteurs à surcouvrir leur risque et à se repositionner immédiatement sur les cargaisons flexibles disponibles.
Source : MEES, Kpler, SERPA
Les prix ont logiquement intégré ces perturbations. En Asie, les prix spot ont augmenté d’environ 10 USD/MBtu avant-guerre à plus de 25 USD/MBtu dès la première semaine du conflit, avant de se stabiliser à ce niveau. En Europe, le TTF a franchi 60 EUR/MWh, pour la première fois depuis janvier 2023. À ces niveaux de prix, le premier effet observé est une destruction de la demande, notamment en Asie. C’est déjà le cas en Inde avec l’Indian Oil Corporation qui a renoncé à attribuer une cargaison pour avril après une offre minimale à 28 USD/MBtu, mais aussi en Thaïlande et au Bangladesh avec un recours accru au charbon, ainsi qu’à Taïwan avec l’éventuelle remise en service de la centrale à charbon de Hsinta. En outre, chaque mois supplémentaire de disruption retirerait environ 1,5 % de l’offre mondiale annuelle de GNL.
Dans ce contexte, la mise en concurrence entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons du bassin atlantique agit comme un facteur haussier sur les prix. Kpler avait déjà recensé onze détournements de cargaisons depuis le début de la crise, dont quatre cargaisons nigérianes et sept cargaisons américaines réorientées de l’Europe vers l’Asie, pour un volume total d’environ 0,8 Mt. Pour l’Europe, cela signifie que le remplissage des stocks sera vraisemblablement plus lent, plus coûteux et plus dépendant des approvisionnements américains, ouest-africains et, dans une moindre mesure, mexicains ou congolais, au moment même où sa marge de manœuvre politique vis-à-vis du gaz russe reste limitée, et où le Président américain agite des menaces sur l’approvisionnement en GNL de l’Europe.
Aux EAU, les attaques contre le champ de Shah et le complexe de Habshan ont rappelé que le gaz est un intrant critique pour l’électricité, le dessalement et l’industrie locale. Shah représente environ 708 Mpc/j, soit près de 12 % de la production commercialisée, tandis qu’Habshan concentre l’essentiel du traitement gazier (6,1 Gpc/j). Si ce dernier a redémarré après l’attaque du 18 mars, toute nouvelle interruption réduirait les capacités alternatives d’Adnoc Gas à moins de 2 Gpc/j. En outre, les EAU importent près de 2 Gpc/j de gaz qatari via le gazoduc Dolphin, dont la fiabilité dépend de l’évolution du conflit. Malgré une demande actuellement modérée (saison basse et tourisme en recul), le risque de tensions sur l’approvisionnement demeure significatif.
Le conflit perturbe également les perspectives d’investissement et de montée en capacité sur le marché mondial du GNL à moyen terme. Avant la guerre, les États-Unis et le Qatar devaient assurer à eux deux près des deux tiers des 300 Mt/an de capacités mondiales additionnelles attendues d’ici 2031. Le Qatar prévoyait d’accroître sa capacité de 77 Mt/an à 142 Mt/an dans les années à venir, soit une hausse de 65 Mt/an. Ces projets étaient en outre déjà confrontés à plusieurs retards avant le conflit, avec des échéances repoussées à fin 2026 voire 2027.
Si le pétrole reste un marché plus vaste et disposant de routes alternatives via les pipelines, le GNL est un marché plus dépendant d’un petit nombre de hubs et de routes critiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, la destruction partielle des capacités qatariennes et la mise en concurrence de l’Europe et de l’Asie pour les cargaisons atlantiques, soulignent l’importance pour les pays importateurs de sécuriser et diversifier leur approvisionnement en gaz. À cet égard, les gazoducs conservent un intérêt stratégique pour les pays exportateurs, en offrant des voies d’acheminement alternatives. A titre d’exemple, le projet de gazoduc Qatar–Turquie visant à relier l’Europe, abandonné en 2009 suite au refus de Bashar Al Assad puis à la guerre civile syrienne, pourrait redevenir aujourd’hui intéressant à la faveur du changement de gouvernement à Damas et d’une stabilisation progressive, bien qu’encore fragile, du pays.
Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière
Brèves économiques
Arabie saoudite
Macroéconomie & Finance
Discours rassurant des autorités saoudiennes au FII Miami – Lors du 4ème FII PRIORITY Summit à Miami, les autorités saoudiennes ont mis en avant la solidité du cadre macroéconomique et la capacité d’adaptation du Royaume face au contexte régional. Le gouverneur du PIF, Yasir Al-Rumayyan, a souligné une situation « robuste, stable et résiliente », annonçant une nouvelle stratégie visant à attirer davantage de talents et de capitaux étrangers, avec un élargissement sectoriel vers les centres de données, les produits pharmaceutiques et les énergies renouvelables. De son côté, le ministre des Finances Mohammed Al-Jadaan a mis en avant le rôle structurant des investissements dans l’oléoduc Est-Ouest pour sécuriser les approvisionnements énergétiques mondiaux, tout en soulignant que les perturbations actuelles affectent principalement les secteurs aval (raffinage, pétrochimie, métaux). Il a également averti que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement dépassent désormais celles observées durant la crise du Covid-19, insistant sur l’importance de la stabilité, de la gestion du risque et de la visibilité pour attirer les investisseurs.
Energie, Industrie & Infrastructure
L’Arabie saoudite pourrait manquer ses objectifs en énergies renouvelables à horizon 2030 – Selon une analyse de GlobalData, la capacité installée en énergies renouvelables en Arabie saoudite devrait atteindre 74,2 GW d’ici 2030, nettement en deçà de l’objectif officiel de 130 GW fixé dans le cadre de Vision 2030. Avec 13 GW installés en 2025, le Royaume devrait ajouter plus de 23 GW par an pour atteindre sa cible, un rythme jugé difficile à soutenir malgré la montée en puissance des appels d’offres dans le cadre du programme NREP (4,5 GW attribués en 2025, 5,3 GW supplémentaires en cours). GlobalData souligne que ce retard s’explique notamment par une dépendance persistante à la production thermique, dans un contexte de forte croissance de la demande électrique, et estime que des réformes structurelles ainsi qu’un recours accru aux contrats d’achat d’électricité (PPA) seront nécessaires pour accélérer le déploiement des renouvelables.
Danway remporte un contrat de sous-station électriques à Médine – La société Danway Saudi Arabia a remporté un contrat de plus de 100 M SAR (26,7 M USD) auprès de National Grid SA pour la construction d’une sous-station électrique 110/13,8 kV à Médine. Le projet, d’une durée estimée à 23 mois, comprend la conception, la construction et la mise en service des installations, ainsi que l’installation d’équipements de transformation et de distribution de l’électricité. Il s’inscrit dans la stratégie de renforcement et de modernisation du réseau électrique saoudien, portée par National Grid SA, filiale de Saudi Energy, afin de répondre à la croissance de la demande et d’améliorer la fiabilité du système.
Neom multiplie les résiliations de contrats dans un contexte de recentrage stratégique – Neom a résilié un contrat de 20 Md SAR (5 Md USD) attribué à l’italien Webuild pour la construction de trois barrages et d’infrastructures associées à Trojena, alors que les travaux étaient réalisés à environ 30 %. Cette décision s’inscrit dans une série de résiliations récentes (Eversendai, Hyundai E&C) affectant plusieurs composantes du projet (Ski Village, tunnels de The Line). Elle intervient dans le cadre d’une revue stratégique plus large des priorités saoudiennes, marquée par des contraintes de liquidité accrues et une réallocation des ressources vers des projets jugés prioritaires (Expo 2030, Coupe du monde 2034, infrastructures essentielles).
Qiddiya poursuit son développement avec un nouvel appel d’offres à East Village South – Qiddiya Investment Company (QIC) a lancé un appel d’offres pour la construction de plusieurs actifs (hôtels 3 à 5 étoiles, résidences de services, cinéma, commerces et infrastructures associées) dans la zone East Village South (Zone 2) de Qiddiya Entertainment City, avec une échéance au 1er mai. Ce nouveau lot s’inscrit dans une dynamique d’investissement soutenue sur le site : un contrat d’environ 1 Md SAR (266 M USD) a été attribué en 2024 pour un premier ensemble hôtelier, tandis qu’un projet de logements pour le personnel a récemment fait l’objet d’offres à hauteur de 980 M SAR (261 M USD). QIC multiplie par ailleurs les appels d’offres (infrastructures, rail à grande vitesse), dans le cadre de l’accélération du développement de Qiddiya, pilier de la stratégie saoudienne de tourisme de loisirs.
Diriyah lance un appel d’offres pour des bureaux dans le district média – Diriyah Company a lancé un appel d’offres pour la construction de bureaux dans le Media District (phase DG2), avec une échéance fixée au 27 avril. Le projet porte sur cinq parcelles totalisant neuf bâtiments, pour une surface de plus de 50 000 m², intégrant des bureaux de catégorie A ainsi que des espaces de restauration. Il s’inscrit dans la montée en puissance du développement de Diriyah, après l’attribution récente de plusieurs contrats majeurs, dont un ensemble hôtelier et mixte estimé à 2,5 Md SAR (666 M USD) et un projet hôtelier de 717 M SAR (192 M USD), confirmant l’ambition de positionner le site comme pôle touristique et économique structurant à proximité de Riyad.
Émirats arabes unis
Macroéconomie & Finance
Blackstone investit 250 M USD dans ADGT, une plateforme de paiements et de conformité basée à Abu Dhabi, valorisée autour de 1 Md USD, soit l’un des premiers investissements directs de private equity aux EAU depuis le début de la guerre avec l’Iran. L’opération s’inscrit dans l’essor du gaming régulé aux EAU, après la création d’un régulateur fédéral en 2023, l’octroi en 2024 d’une première licence à Wynn Resorts pour un resort de 3,9 Md USD à Ras Al Khaimah, puis la délivrance fin 2025 de la première licence de jeux et paris en ligne.
Alterra, véhicule d’investissement climatique d’Abu Dhabi doté de 30 Md USD depuis fin 2023 et visant à mobiliser 250 Md USD d’ici la fin de la décennie, a soutenu l’investissement de BeyondNetZero (General Atlantic) dans Wireless Logic, une plateforme technologique spécialisée dans l’Internet des objets au service de solutions de réduction des émissions. Les modalités financières de l’opération n’ont pas été rendues publiques ; il s’agit du premier déploiement d’Alterra aux côtés de BeyondNetZero, via son Opportunity Fund lancé avec un engagement de 250 M USD de BBVA en janvier.
Dubaï a atteint son meilleur classement historique dans le Global Financial Centres Index (GFCI), gagnant quatre places pour se hisser au 7e rang mondial. L’indice, publié par le think tank londonien Z/Yen sur la base d’un benchmark de 137 centres financiers, classe également Dubaï au 1er rang mondial pour ses perspectives de progression à horizon deux à trois ans, devant Singapour et Riyad.
Immobilier
Aldar indique que son calendrier de livraisons 2026 n’est pas affecté par le conflit régional et prévoit toujours de remettre plus de 3 500 logements cette année, dont 1 075 déjà livrés à fin mars, après 550 unités remises ce mois-ci. Le promoteur précise que les travaux progressent sur 141 sites à Abu Dhabi, Dubaï et Ras Al Khaimah, tandis que 4,7 Md AED (1,28 Md USD) de contrats ont déjà été attribués depuis le début de l’année, dont 1,8 Md AED en mars à cinq entreprises émiriennes. Aldar mentionne en outre 172 appels d’offres supplémentaires de plus de 30 Md AED à attribuer.
Qatar
QatarEnergy (QE) a déclaré la force majeure sur plusieurs contrats à long terme de gaz naturel liquéfié (GNL) avec l’Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine, suite aux attaques iraniennes sur les trains de liquéfaction n°4 et n°6 de Ras Laffan.
L’Emir du Qatar, Sheikh Tamim ben Hamad Al Thani, a reconduit le conseil d’administration du fonds souverain du Qatar, la Qatar Investment Authority (QIA). Le conseil d’administration reste présidé par Cheikh Bandar ben Mohammed ben Saud Al Thani, avec Cheikh Mohammed ben Hamad ben Khalifa Al Thani comme vice‑président, postes qu’ils occupent depuis mars 2023. Ce conseil reconstitué réunit des personnalités clés des secteurs économiques et stratégiques du Qatar, notamment le ministre des Finances (MoF), Ali Al Kuwari, le ministre d’État aux Affaires énergétiques (MoE), Saad Al Kaabi, le ministre du Commerce et de l’Industrie (MoCI), Sheikh Faisal ben Thani Al Thani, le président de beIN Group, Nasser Al Khelaifi, ainsi que Hassan Al Thawadi, Directeur général du Supreme Committee for Delivery and Legacy. Pour rappel, les actifs sous gestion de la QIA sont estimés à 580 Mds USD.
Selon l’agence de notation Moody's, le Qatar figure parmi les États du Golfe les mieux positionnés pour absorber les coûts de réparation, grâce à sa flexibilité budgétaire, sa capacité d’exécution et son expertise en infrastructures. Doté de réserves solides et de politiques efficaces, il peut mobiliser rapidement des ressources et ajuster ses dépenses en période de crise. La dépendance au dessalement demeure un facteur de vulnérabilité, atténué par un programme de réservoirs stratégiques assurant jusqu’à sept jours de stockage d’eau potable. Le pays se distingue également par un historique de mise en œuvre de ses politiques publiques crédible, contrairement à Oman et Bahreïn.
Le ministère du Commerce et de l’industrie (MoCI) du Qatar a annoncé le lancement de plus de 188 initiatives et projets entre 2024 et 2030 afin de stimuler le commerce et l’investissement. L’objectif est de soutenir une croissance annuelle moyenne d’environ 3,4 % des secteurs non pétroliers d’ici 2030 (contre un objectif pré-crise de 4%) et d’attirer jusqu’à 100 Mds USD d’investissements directs étrangers (IDE) au Qatar.
Airgas, filiale d’Air Liquide aux Etats-Unis, va réduire ses livraisons d’hélium auprès de ses clients suite à l’arrêt de la production au Qatar. L’entreprise prévoit de ne fournir à certains clients - en donnant la priorité à ceux du secteur de la santé - que la moitié de leurs livraisons mensuelles habituelles d’hélium.
Selon Bloomberg, la Qatar Investment Authority (QIA) envisagerait d’acquérir 10 % du capital de Golden Goose, fabricant italien de chaussures. La participation de la QIA pourrait valoir 250 M EUR, pour une valorisation totale de 2,5 Mds EUR. En 2025, Golden Goose a réalisé un chiffre d’affaires de 734 M EUR à travers 232 boutiques.
Sheikh Hamad bin Jassim Al Thani, ancien Premier ministre du Qatar, et Amazon participent à un tour de financement dans la start-up allemande Neura Robotics, spécialisée dans les robots humanoïdes valorisant l’entreprise à près de 4 Mds EUR. La startup, basée à Metzingen, a déjà généré près de 1 Md USD de commandes. Cette opération illustre l’intérêt croissant pour les robots humanoïdes et l’intelligence artificielle, un marché susceptible d’atteindre 1 trillion USD d’ici 2035.
Koweït
Jazeera Airways se déploie sur une deuxième base arrière saoudienne. La compagnie aérienne low-cost koweïtienne Jazeera Airways a ouvert une deuxième « base » opérationnelle en Arabie saoudite en raison de la fermeture de l’espace aérien koweïtien. Après l’aéroport secondaire d’Al Qaisumah pour quelques dessertes régionales, Jazeera opérera également depuis l’aéroport international de Dammam à compter du 26 mars. Cette expansion permet à la compagnie aérienne desservir une vingtaine de destinations supplémentaires (volume prévisionnel : 1.000 vols, 200.000 passagers et 2M T de fret pour la période du 26 mars au 30 avril) en suivant un modèle air-terre avec un tronçon de transport terrestre.
Une tomate sinon rien… Une pénurie temporaire de légumes, et notamment de tomates, a affecté le Koweït, suscitant l’inquiétude chez une partie de la population qui l’attribuait à la crise en cours. Il s’agissait cependant d’un phénomène normal lié aux cycles de production agricole : le Koweït produit environ 125.000 T de tomates par an, soit 25 kg par habitant. Le marché des fruits koweïtien des fruits et légumes pèse environ 150 M USD/an, et une grande partie des produits locaux (3.500 palettes/jour) transite par Al Fardah, le marché central de fruits et légumes, sorte de Rungis local.
Logistique : un corridor « tout frais » vers le Koweït. Après avoir acheminé avec succès un premier chargement de 4,5 T de fruits et légumes frais en provenance de Chennai, Jazeera annonce pérenniser un nouveau couloir d’approvisionnement via l’aéroport de Qaisumah. Le PDG de Jazeera a déclaré que les marchandises avaient été transportées par avion jusqu’en Arabie saoudite, puis acheminées par voie terrestre jusqu’au Koweït, garantissant ainsi la continuité de l’approvisionnement en denrées périssables malgré les restrictions actuelles pesant sur l’espace aérien. Il a décrit ce corridor comme une étape clé pour renforcer les chaînes d'approvisionnement et maintenir les importations essentielles face aux défis régionaux conséquences de la crise actuelle.
Oman
Le prix officiel du brut omanais pour livraison en mai a fortement chuté, à 109,55 USD/baril, soit une baisse de plus de 30 USD en une séance, dans un contexte de détente anticipée des tensions régionales. Cette correction s’inscrit dans un mouvement plus large de repli des marchés pétroliers, le Brent (-5,9 % à 98,28 USD) et le WTI (-5,1 % à 87,68 USD) ayant reculé sur fond de perspectives de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Cette volatilité intervient après une phase de hausse liée aux risques sur l’offre au Moyen-Orient. En moyenne, le brut omanais pour mars reste toutefois stable à 62,17 USD/baril, confirmant une dynamique encore modérée à l’échelle mensuelle.
Le producteur upstream omanais OQ Exploration and Production (OQEP) a présenté sa stratégie 2030 visant à porter sa production nette à 300 000 barils équivalent pétrole par jour (boe/j), en hausse de 34 % par rapport aux 224 000 boe/j enregistrés en 2025, tout en maintenant un taux de remplacement des réserves d’au moins 100 %. La croissance sera soutenue par deux volets :
- Développement organique : OQEP a récemment fait deux découvertes majeures aux blocs 48 et 60, qui viennent renforcer ses champs existants, notamment le Bisat oil field (70 000 boe/j en 2025) et le Abu Butabul gas field (21 M cfd en 2023). L’entreprise exploite également des blocs clés avec des partenaires internationaux tels que BP, Eni, TotalEnergies et Occidental, permettant d’accéder à de nouveaux volumes de production.
- Acquisitions ciblées (M&A) : la société se concentre sur des actifs produisant ou quasi produisant, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avec une attention particulière pour l’Irak, l’Algérie et la Libye, là où les conditions commerciales sont attractives.
OQEP reste le troisième producteur du Sultanat derrière PDO et Shell pour le pétrole et le gaz, et a déjà vendu des participations dans les blocs 60 et 61 tout en maintenant sa trajectoire de croissance. En 2025, malgré une baisse de 3 % de sa production nette, les volumes vendus ont augmenté de 3 %, grâce à de nouvelles conditions contractuelles, notamment au bloc 53 exploité par Occidental. La montée en production intervient dans un contexte géopolitique favorable : les perturbations sur d’autres sites gaziers et pétroliers du Golfe, notamment au Qatar et au Koweït, pourraient accroître les revenus d’OQEP et financer ses projets d’expansion.
Des crues soudaines survenues durant l’Aïd al-Fitr ont fait 10 morts à Oman et provoqué des dégâts matériels significatifs. Plus de 200 habitations ont été touchées, tandis que des infrastructures clés (réseaux électriques, routes, écoles) ont été endommagées. Le coût pour les assureurs est estimé à près de 60 M USD. Les autorités ont fermé temporairement les établissements scolaires et recommandé le télétravail, tout en mettant en place des dispositifs d’hébergement d’urgence.
Oman a attribué au groupe turc Artas Holding un contrat de 150 M OMR (400 M USD) pour le développement du projet Al Khuwair Downtown à Mascate, comprenant plus de 400 unités résidentielles et commerciales, ainsi que des infrastructures de loisirs et une marina. Cette décision, annoncée lors du MIPIM 2026, confirme la volonté du Sultanat de poursuivre les grands projets structurants, dont également Sultan Haitham City (2,6 Md USD), dans le cadre de sa stratégie de diversification économique.
Oman enregistre une hausse de 13,9 % des prix immobiliers au T4 2025 en glissement annuel, selon les données officielles omanaises. La progression est principalement portée par le segment résidentiel (+14,6 %), avec une forte augmentation des prix des villas (+20,6 %) et des autres logements (+25,8 ), tandis que les appartements restent quasi stables (+0,6 %). Le segment commercial progresse également (+12,3 %), tiré par les terrains (+18,8 %), malgré un recul des prix des locaux commerciaux (-12,1 %). Sur le plan géographique, Mascate se distingue avec une hausse exceptionnelle de 41,3 % des prix des terrains résidentiels, traduisant une forte pression foncière, tandis que certaines régions enregistrent des baisses marquées, révélant une dynamique immobilière contrastée à l’échelle du territoire.
Dans le cadre de sa stratégie de diversification économique et de l’Oman Vision 2040, l’Oman Investment Authority (OIA), via sa filiale ITHCA Group, a investi environ 38 M USD dans trois entreprises américaines de technologies avancées : GSME, spécialisée dans la conception de semi-conducteurs ; Lumotive, spécialisée dans la photonique programmable et la détection 3D ; et Movandi, leader en connectivité sans fil et technologies 5G. Ces investissements ont permis de localiser la conception et le développement de puces électroniques à Oman, de former 92 ingénieurs omanais à la conception de circuits intégrés et RF, et de créer des équipes spécialisées dans les infrastructures 5G et les solutions optiques avancées. Cette série d’investissements vise à développer un écosystème national intégré de R&D et à attirer des technologies stratégiques pour créer des emplois qualifiés pour la jeunesse omanaise dans le numérique et l’ingénierie, tout en consolidant le Sultanat comme hub à ambition régionale pour l’industrie des semi-conducteurs et des communications avancées.
Le lundi 23 mars, la Banque centrale d’Oman a alloué des bons du Trésor pour un montant total de 60 M OMR : 30 M OMR à 28 jours (rendement moyen 3,76 %) et 30 M OMR à 91 jours (rendement moyen 3,95 %). Ces instruments à court terme, garantis par le ministère des Finances, offrent aux banques commerciales la possibilité d’investir leurs excédents tout en renforçant la liquidité et la courbe de référence des taux locaux. Le taux sur les opérations de rachat (Repo) est fixé à 4,25 %, celui du dispositif de décote des bons à 4,75 %.
Bahreïn
Bahreïn parmi les systèmes les plus exposés en cas de choc prolongé (S&P) – Selon S&P Global Ratings, Bahreïn figure parmi les systèmes bancaires les plus exposés du Golfe en cas de prolongation du conflit, en raison d’une dette externe en hausse et de coussins de liquidité plus limités que ses pairs. Dans un scénario de stress sévère, les banques du GCC pourraient faire face à des sorties de dépôts pouvant atteindre 307 Md USD, bien que le secteur dispose de marges de manœuvre significatives (312 Md USD de liquidités et jusqu’à 630 Md USD mobilisables via cessions d’actifs). À ce stade, S&P ne constate pas de tensions majeures et juge le risque régional maîtrisé, tout en identifiant Bahreïn (ainsi que le Qatar) comme plus exposé à d’éventuelles sorties de capitaux. En cas de dégradation prolongée, l’agence indique que les autorités du Golfe pourraient intervenir de manière ciblée pour soutenir le secteur bancaire, comme lors de la crise du Covid-19.