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Zoom sur le PIB de la Russie en 2025

La Russie enregistre sa croissance la plus faible depuis 2016 (hors pandémie de 2020 et recul de 2022), bien que celle-ci demeure au-delà des attentes du Fonds monétaire international (FMI). Cette progression de l’activité, invalidant au demeurant les prévisions de récession technique en 2025, tient grâce à l’industrie manufacturière et, en filigrane, à l’effort de guerre qui stimule cette dernière.

Selon la première estimation de l’Agence de statistiques russe (Rosstat), le PIB de la Russie a enregistré une croissance de 1% en 2025. Ce résultat se situe dans l’intervalle de prévisions officielles du gouvernement (1%) et de la Banque centrale (0,5-1,5%), mais au-delà de celles du FMI (+0,8%). A noter que la croissance du PIB en 2024 a été concomitamment revue à la hausse, à 4,9% (contre 4,3% auparavant).

Figure 1. Croissance du PIB russe, %

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Source : Agence des statistiques de la Fédération de Russie (Rosstat)

Avec ce refroidissement de l’activité en 2025, les moteurs de la croissance évoluent nécessairement par rapport à l’année passée, et se polarisent. Ainsi, l’effort de guerre stimule plus que jamais la production manufacturière (+3,6-3,9%[1] en g.a.) qui a contribué à 0,52 points de pourcentage (p.p.) de croissance, aux côtés de la sécurité militaire et administration publique, qui possède une contribution quasiment équivalente de 0,38 p.p. Les services de finance et d’assurance (+3,8%) viennent compléter ce triptyque de contributions clés (0,18 p.p.) tandis que l’agriculture se rétablit par rapport à 2024 (0,07 p.p., +2,3% en g.a.). La construction et l’immobilier, les autres services et les impôts nets se maintiennent en territoire positif, tout en ayant connu un fort reflux en termes de contributions (0,12 p.p. pour la construction, contre 0,28 p. p. l’année passée et -0,10 p.p. pour l’immobilier, contre 0,08 en 2024)0,03 p.p. pour les premiers, contre 0,37 p.p. l’année passée). En revanche, l’industrie extractive accentue son recul (-0,19 p.p.) à l’instar des autres industries, et le commerce connaît une chute vertigineuse (-0,12 p.p., contre 0,67 p.p. en 2024).

Après quatre ans de guerre, les disparités qui se sont installées par secteur ressortent exacerbées par le ralentissement de 2025 :

 

  • Grâce à l’inertie de la consommation en 2025 (maintien de la progression des salaires réels, du crédit) et la poursuite de sa réorientation intérieure, les services comme l’hôtellerie et la restauration, la finance et assurance, la construction ou encore les NTIC affichent une croissance cumulée vertigineuse en termes réels par rapport à 2021 (+45%, +43,2%, +27,3% et +27,7% respectivement) ;
  • La production manufacturière s’impose en locomotive de l’industrie (+19%) grâce à des segments à finalité militaire[2] hypertrophiés (+106,1%), là où le civil  [3] est en faible surnage (+2,3%) ;
  • Par ailleurs, le commerce ne parvient pas à se maintenir à ses niveaux d’avant-guerre (-4,2%), avec un nivellement par le bas du commerce de gros (-8,3%, surtout lesté par sa branche automobile : -15,2%) et non-compensé par le commerce de détail (+7,2%) ;
  • Enfin, le déclin d’activité de certains secteurs est pérennisé par la performance de l’année 2025 : -3,2% pour le secteur extractif, l’eau et l’assainissement (-3,8%), la santé (-3,5%).

Tableau 1. Variation du volume d'activité en 2025 par rapport à 2021 et 2024 (prix constants de 2021)

Tableau

 

Figure 2. Contributions sectorielles à la croissance du PIB, p.p., %, g.a.

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Figure 3. Variation de la valeur ajoutée par secteur en % du niveau de 2019, prix constants 2021[4]

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[1] Rosstat, dans son communiqué du 6 février et dans ses tableurs, fait état de +3,9% de croissance ; en revanche, le résultat est de +3,6% dans son rapport annuel sur l’activité publié le même jour, chiffre corroboré par le ministère du Développement économique.

[2] Ouvrages métalliques finis (+118,3% entre 2021 et 2025), ordinateurs et équipements électroniques et optiques (+94,3%) et autres véhicules et équipements, dont drones (+105,7%).

[3] En particulier l’automobile (-43,7%), le bois (-12,2%), les secteurs du cuir, papier et imprimerie ou encore, plus interpellant, la métallurgie (-0,88%), la pétrochimie (-0,35%) et la production minérale non-métallique (-2%).

[4] Les « Services » font référence à l’hôtellerie et la restauration, ainsi qu’à la catégorie « autres services » de Rosstat.