Brèves de l'OMC n°1 - Décembre 2025 - Janvier 2026 : "Une OMC renouvelée pour un commerce mondial plus juste"
Une OMC renouvelée pour un commerce mondial plus juste
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) traverse une zone de turbulences inédite. Créée en 1995 pour fixer les règles du jeu du commerce international, l’institution semble aujourd'hui déphasée par rapport aux réalités du XXIe siècle. Face à ce constat, l’OMC doit être réformée. L’Union européenne a soumis une proposition ambitieuse. L’objectif est clair : moderniser l’organisation pour éviter qu’elle ne devienne marginalisée dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les dépendances excessives et le protectionnisme.
La vision européenne repose sur trois piliers fondamentaux qui servent de boussole à cette transformation : Prévisibilité, Equité et Flexibilité.
La Prévisibilité : malgré ses dysfonctionnements, l’OMC reste cruciale en offrant un cadre prévisible pour le commerce mondial grâce à ses règles de base et ses mécanismes de transparence. Ses outils permettent un dialogue constructif et aident à résoudre les tensions entre Membres et ils doivent être renforcés. Il est également vital de retrouver un un système de règlement des différends fonctionnel, à même de garantir équité et stabilité, évitant les mesures unilatérales et les risques d’escalade.
L’Équité : le monde de 2026 n’est plus celui de 1995. À l'époque, certaines économies aujourd'hui dominantes étaient considérées comme "émergeantes". Elles bénéficient encore de flexibilités qui ne correspondent plus à leur puissance actuelle. Cette situation crée un sentiment d’injustice. L’UE propose donc de rééquilibrer les droits et les devoirs de chacun. Il s’agit de garantir des conditions de concurrence équitable (le fameux level playing field), notamment en encadrant mieux les subventions publiques opaques qui faussent le marché mondial.
La Flexibilité : l’OMC, qui fonctionne selon la règle du consensus, doit sortir de l’immobilisme. Avec 166 membres aux intérêts divergents, le consensus tel que pratiqué à l’OMC mène souvent à la paralysie. L’Europe suggère plus d'agilité pour les décisions qui concernent tous les Membres et de faciliter les négociations plurilatérales. Cela permettrait à des groupes de pays volontaires d'avancer sur des sujets spécifiques sans être bloqués par une minorité, tout en laissant la porte ouverte à ceux qui souhaiteraient les rejoindre.
La réforme de l’OMC doit apporter une réponse aux défis contemporains.
Au-delà de la structure, c'est le contenu-même des règles qui doit évoluer, les enjeux actuels étant largement absents des logiciels de l'OMC. C’est le cas notamment du numérique que ce soit sur l’encadrement des flux de données ou le commerce en ligne ; du climat sur les moyens d’aligner les règles commerciales avec les objectifs environnementaux pour que le commerce devienne un levier de la transition écologique ou encore du développement pour lequel il faut abandonner l'approche "taille unique" pour permettre un accompagnement sur mesure aux pays vulnérables.
L’apport de l’Union européenne est une vision à long terme.
Cette proposition européenne n'est pas une simple révision technique ; c'est un projet politique à long terme pour préserver un système ouvert et prévisible. Dans un contexte où les chaînes d'approvisionnement se tendent, une OMC efficace est le dernier rempart contre la loi du plus fort. En amont de la prochaine Conférence ministérielle, l'UE trace une voie pour que le commerce mondial redevienne un facteur de stabilité et de prospérité partagée.