Flash Conjoncture Pays avancés - « Low hire, low fire » : ralentissement ou stabilisation du marché du travail américain ?
Les chiffres d’emploi, publiés le 11 février par le Bureau of Labor Statistics (BLS), offrent à première vue une image rassurante du marché du travail américain. En effet, ils attestent d’une diminution du taux de chômage (4,3 %, après 4,4 %) et du nombre de chômeurs (7,4 millions après 7,5 millions) en janvier 2026, et d’une forte augmentation des créations d’emplois, qui s’établissent à +130 000 (après +48 000 en décembre). Le rapport note une forte augmentation des emplois dans le secteur de la santé (+82 000), de l’assistance sociale (+42 000) et de la construction (+33 000), tandis que 34 000 emplois ont été détruits au sein de l’administration fédérale.
Ces chiffres s’accompagnent néanmoins de fortes révisions à la baisse calculées par le BLS sur l’ensemble de l’année 2025 (cf. Graphique 1). Ainsi sur l’année 2025, l’économie américaine a créé 181 000 emplois, soit 403 000 emplois de moins qu’initialement estimés, le 1er trimestre concentrant à lui seul les deux tiers de ces révisions (−272 000 emplois). Ces révisions portent la moyenne mensuelle de créations d'emplois à +15 000, contre une moyenne de +49 000 estimée avant révision, marquant la plus faible performance annuelle hors période de récession depuis 2003 (cf. Graphique 2).
L’atonie des créations d’emplois en 2025 s’explique par la conjonction d’un taux d’embauche et de rupture de contrat faibles. Selon le rapport Job Openings and Labor Turnover Survey (JOLTS) du BLS de février, les embauches comme les séparations (incluant licenciements, démissions et mises à pied) ont peu évolué en décembre, s’établissant chacune à 5,3 millions, après 5,1 millions en novembre. Le taux d’embauche et le taux de séparation fluctuent peu depuis le 2nd semestre 2024 et restent en-dessous de leurs standards prépandémie (cf. Graphique 3), amenant les analystes à qualifier la situation de « low hire, low fire ».
Malgré un rythme plus faible de créations d’emplois, le taux de chômage se stabilise autour de 4,3 % depuis mai 2025, soit un niveau légèrement en-dessous de sa moyenne 2015-2019, en raison d’un faible dynamisme de la population active, qui s’explique en grande partie par la baisse de l’immigration nette. La Fed de San Francisco (FRBSF) anticipe une immigration nette de +0,5 million de personnes en 2025, contre +2,2 millions en 2024. Dans cette conjoncture de faible dynamisme de l’offre et de la demande de travail, le nombre de créations d'emplois nécessaires pour absorber la croissance de la population active, appelé seuil d’équilibre, a nettement diminué. Alors que ce seuil se situait encore à +170 000 début 2024 selon le Peterson Institute, la FRBSF estime désormais qu’un maximum de +70 000 créations d'emplois mensuelles suffiraient à équilibrer le marché du travail, soit des niveaux légèrement inférieurs à ses estimations pré-covid.
Bien que la perception des risques baissiers sur l’emploi semble avoir diminué en janvier, certains signaux appellent néanmoins à la prudence. Parmi eux, l’indicateur de confiance des consommateurs du Conference Board a reculé en janvier à son plus bas niveau depuis 2014. Cette dégradation s’explique surtout par un affaiblissement marqué des anticipations à six mois sur l’emploi, ainsi que par une perception moins favorable des opportunités professionnelles. En outre, la baisse des taux d’offre d’emploi en-dessous de leur moyenne 2015-2019 depuis novembre (cf. Graphique 3), la hausse des demandes initiales d’allocations chômage ces dernières semaines et les destructions d’emplois dans le secteur public pour le 4e mois consécutif envoient des signaux plutôt négatifs qui seront à surveiller dans les prochains mois.