C’est un budget restant dans la continuité des précédents qui a été voté pour 2026, avec une hausse incrémentielle des dépenses et des revenus. Les recettes domestiques, majoraitairement fiscales, ne couvrent pas encore les dépenses courantes. De surcroît, les dépenses en capital, qui permettent de dynamiser la croissance, demeurent faibles.

Des recettes publiques toujours soutenues par la fiscalité

Les recettes de l’Etat en 2026 devraient progresser de +9,2 % par rapport à l'exécution 2025, pour atteindre 10,9 Mds JOD (15,4 Mds USD), soit 23,7 % du PIB. Les recettes domestiques, qui dominent à 83 % du total des recettes publiques (10,2 Mds JOD / 14,4 Mds USD), devraient croître de +9,9 %. Elles demeurent par ailleurs majoritairement composées par les recettes fiscales (75 %), prévues à 7,7 Mds JOD (10,8 Mds USD), soit une hausse de +11 % par rapport à l’exécution budgétaire 2025. Enfin, les recettes non fiscales devraient s’élever à 2,5 Mds JOD (3,6 Mds USD), soit une hausse de +6,7 %.

La dynamique continue de reposer en grande partie sur l’élargissement de l’assiette fiscale, qui contribue à hauteur de 82,6 % à la croissance globale des recettes : l'impôt sur les biens et services (47,3 % du total) gagne +6,7 %, celui sur le revenu et les bénéfices (17,6 %) +5,1%, les taxes sur le commerce international et les transactions (3,7 %) bondissent de +38,4 %, et les taxes foncières (1,2 %) progressent de +5,5 %. Seules les taxes sur les dons – marginales à 0,2 % du total des recettes – reculent, de 25 à 20 M JOD (35,3 à 28,2 M USD). Par ailleurs, les revenus non fiscaux, qui contribuent à 17,4 % à la croissance des recettes, devraient connaître une légère hausse de +6,7 %, conduite par les revenus fonciers de l’Etat (+12,2 %) et la vente de biens et services (+5,1 %).

Enfin, malgré la tendance globale à la baisse de l’aide internationale, l’enveloppe des recettes en dons prévue par la loi de finances reste inchangée, à 1 Md USD, soit 6,7 % des recettes publiques. Les subventions de l’UE et du Fonds koweÏtien pour le développement sont annoncées à la hausse (respectivement +5,1 % et + 47,5 %), mais les montants – 61,5 M JOD (86,7 M USD) et 41,3 M JOD (58,3 M USD) – restent faibles comparés à l’aide américaine. Cette dernière est prévue très légèrement à la baisse (-1,1 %, à 593,3 M JOD / 836,8 M USD). L’aide émiratie est quant à elle stable à 17,4 M JOD (24,4 M USD).

Les dépenses courantes absorbent la majorité des ressources

La loi de finances 2026 prévoit une augmentation de +6,4 % des dépenses publiques par rapport à l’exercice budgétaire 2025, soit un montant de 13,1 Mds JOD (18,4 Mds USD). Comme pour les recettes, la structure des dépenses publiques reste inchangée, nettement dominée par les dépenses courantes (87,7 %), en hausse de +5,1 % pour atteindre 11,5 Mds JOD (16,2 Mds USD). Comme en 2025, les recettes domestiques ne permettront pas de couvrir la totalité de ces dépenses courantes, même si le taux de couverture est en progression (89 % en 2026 contre 86 % en 2025).

Comme dans les lois de finances 2023, 2024 et 2025, la fonction publique absorbe 24,5 % des dépenses. Le positionnement des dépenses d’intérêts reste également inchangé. Deuxième poste de dépenses avec un montant de 2,3 Mds JOD (3,2 Mds USD), elles sont en hausse de +3,7 % par rapport aux réestimations de 2025 et représentent 17,3 % du total des dépenses publiques (mais également près de 5 % du PIB, et plus de 20 % des recettes domestiques)[1]. Suivent ensuite les pensions et rémunérations (13,9 % du total), également en hausse de +4,3 %. La part des dépenses militaires et de sécurité et sûreté publique reste stable, représentant, respectivement 13,3 % et 12 % du total ; leur montants connaissent une légère croissance (+4,5 % et +2,8 %). Notons les budgets sociaux alloués, dont 124 M JOD (174,9 M USD) pour un programme de couverture médicale pour le cancer, 80 M JOD (112,8 M USD) pour subventionner les tarifs du gaz, 280 M JOD (394,9 M USD) pour des programmes de protection sociale, ou encore 170 M JOD (239,7 M USD) pour les subventions sur les tarifs du pain et de la nourriture pour animaux.

Malgré une augmentation de +16,8 % par rapport à l’exécution budgétaire 2025, les dépenses en capital restent relativement faibles (1,6 Md JOD soit 2,3 Mds USD et 12,3 % du total des dépenses en 2026) et seront, consacrées, en quasi-totalité (90 %), à des projets en cours. Seuls 144 M JOD (203,1 M USD), soit moins de 1 % du PIB, iront ainsi à de nouveaux projets (au nombre de 47), 68 M JOD (96 M USD) de plus que dans le budget 2025. Parmi les principaux nouveaux projets figurent le développement du champ gazier Al-Risha (35 M JOD / 49 M USD); la réactivation du service militaire (8 M JOD / 11 M USD), le lancement de plusieurs projets dans le cadre du Programme national de logement (6 M JOD / 8 M USD) ou encore un programme pour la gestion des déchets (5 M JOD / 7 M USD). Le montant de ces nouvelles dépenses demeure modeste face au besoin de dynamisation de l’investissement, de hausse de l’emploi et plus généralement de croissance économique.

Une contraction modérée du déficit mais des besoins de financement en hausse

La loi de finances 2026 prévoit un léger resserrement du déficit public par rapport à celle de 2025. Le solde public hors dons est prévu à -6,2 % du PIB (-6,8 % du PIB en 2025) et à -4,6 % du PIB dons inclus (-5,2 % en 2025), réduction principalement tirée par un excédent primaire (recettes – dépenses hors dépenses d’intérêts) de 136 M JOD (191 M USD). Ces prévisions sont toutefois légèrement plus optimistes que les dernières projections du FMI, qui prévoit un solde hors dons à -6,4 % du PIB et dons inclus à -5,4 % du PIB.

Les besoins de financement de la Jordanie continuent cependant d’augmenter (+10,7 %) pour s’établir à 9,8 Mds JOD (13,8 Mds USD), alimentés par les remboursements de la dette domestique (4,4 Mds JOD / 6,3 Mds USD) et des prêts relatifs aux arriérés de l’Etat (0,2 Md JOD / 0,3 Md USD), respectivement en hausse de +62,1 % et +118,6 %. Côté ressources, l’Etat compense par une hausse de l’endettement domestique de +28,3 % (atteignant 5,5 Mds JOD / 7,8 Mds USD) et des émissions d’euro-obligations de +42,9 % (0,7 Md JOD / 1 Md USD).