La République dominicaine est l’une des économies les plus dynamiques et stables de la région Amérique latine et Caraïbes, avec une croissance annuelle moyenne de 5 % ces trentes dernières années. En 2025, la croissance a cependant ralenti et atteint 2,1 %, compte tenu d’un environnement international défavorable, de la dépendance économique vis-à-vis des Etats-Unis et des défis internes de politique économique. L’activité rebondirait en 2026 avec une croissance estimée à 4,5 % (FMI, BM).

1. Une croissance solide depuis plusieurs décennies, malgré un exercice 2025 en demi-teinte

La République domicaine a cru en moyenne de 5 % par an ces trente dernières années[1]. Son modèle économique a démontré une résilience remarquable, encouragée par une politique budgétaire prudente, une politique monétaire adaptée et un taux de change suffisamment flexible. Ces bonnes performances économiques sont reconnues par les agences de notation : la dernière révision du 1er août 2025 par l’agence Moody’s a relevé la note de l’île de Ba3 à Ba2 avec une perspective stable. Au niveau sectoriel, l’économie est dominée par les services (tourisme, commerce et services financiers) tandis que le secteur industriel (construction, industrie manufacturière et extraction minière) joue également un rôle important. Plus spécifiquement, le secteur du tourisme est essentiel au dynamisme de l’économie locale, pour l’attraction de devises, des investissements directs étrangers (IDE) et en termes d’emploi. Au cours des 25 dernières années, l’offre de lits en République dominicaine a augmenté de 70 %, contribuant ainsi au succès du secteur touristique, qui représente aujourd’hui 15 % du PIB dominicain. Ces investissements ont permis d’accueillir le chiffre record de 11,7 M de visiteurs en 2025, en croissance de 4,7 % par rapport à l’exercice précédent. Au-delà du tourisme, le secteur des services en général, incluant le commerce et les services financiers, constitue le moteur de l’économie dominicaine.

L’économie a toutefois ralenti en 2025. Après une croissance proche de 5 % en 2024, l’économie a cru de 2,1 % en 2025 selon les premières estimations de la Banque centrale. L’activité a été soutenue par le secteur touristique, et des investissements publics et des flux d’investissements directs étrangers (IDE) solides, concentrés dans les infrastructures, l’énergie et les zones franches industrielles. Elle a toutefois ralenti du fait d’une consommation (publique et privée) moins dynamique, notamment en raison des pressions inflationnistes et de la volatilité du change, mais surtout du recul de l’investissement dans un contexte d’incertitudes élevées.

Malgré un exercice en demi-teinte, la position extérieure de l’île demeure très solide. En 2025, la République dominicaine devrait attirer plus de 4,8 Md USD d’IDE selon la Banque Centrale (BCRD), sur la base des chiffres des neuf premiers mois, confirmant sa position de premier pays d’accueil des IDE dans la région Amérique centrale-Caraïbes. Les principaux secteurs bénéficiaires incluent l’énergie (avec plus de 3,5 Md USD investis entre 2020 et 2025), le tourisme, l’immobilier et les zones franches. Au regard des investissements cumulés sur la période 2010-2024, les Etats-Unis restent le premier pourvoyeur d’IDE, devant le Canada, l’Espagne et le Mexique. Le montant de remesas a quant à lui été multiplié par trois depuis 2010 (de 3,7 Md USD à 11,9 Md USD en 2025). Elles représentent 9,2 % du PIB en 2025 et bénéficient à près de 12 % des foyers dominicains. Ces fonds contribuent directement à l’économie de l’île en finançant des investissements immobiliers, des entreprises familiales ou en contribuant au budget des familles sur place.

 

 2. Une reprise dynamique attendue en 2026, positionnant la République dominicaine comme un moteur de croissance de la région

En 2026, le FMI et la Banque mondiale prévoient une croissance de 4,5 % en République dominicaine.

Le dynamisme de l’île se maintiendrait malgré un environnement international particulièrement incertain. Les perspectives restent toutefois entourées d’une forte incertitude. L'année 2025 en est un exemple flagrant : les autorités ont révisé à sept reprises leurs prévisions de croissance, qui sont passées de 4,75 % à 2,5 %, pour que la croissance s’établisse finalement à 2,1 %.

La République dominicaine serait ainsi le pays le plus dynamique de la région Amérique latine et Caraïbes (hors Guyana[2]). La croissance moyenne pour l’Amérique latine et les Caraïbes (hors Guyana) devrait s’établir autour de 2,3 % en 2026 selon la Banque mondiale et le FMI — soit pratiquement la moitié de celle anticipée pour la République dominicaine — puis se consolider légèrement à 2,5 % en 2027 (4,5 % pour la République dominicaine).

Le pays continue par ailleurs d’afficher une politique budgétaire prudente et rassurante pour les investisseurs. Le budget 2026, transmis au Congrès le 1er octobre affiche une augmentation modérée des investissements en capital (2,5 % du PIB) tout en maintenant des projets d’infrastructure emblématiques, tels que le monorail de Santiago et la ligne 2C du métro de Saint-Domingue, ainsi que le financement des 25ᵉ Jeux d’Amérique centrale et des Caraïbes. La priorité demeure accordée aux services sociaux, qui représentent 46 % des dépenses totales, avec un engagement à consacrer 4 % du PIB à l’éducation et à renforcer les allocations pour la santé, la sécurité sociale et le sport. Le budget met également l’accent sur l’efficience des ressources via la fusion du ministère des Finances et du ministère de l’Économie.

 

3. L’économie reste toutefois exposée à des risques structurels

Si les perspectives économiques de la République dominicaine sont encourageantes, l’île reste fortement exposée à l’environnement international. Des performances économiques américaines en-deçà des prévisions pourraient limiter les exportations, la demande touristique sur l’île mais également les flux de transferts privés (remesas). En tant qu’île, la République dominicaine est également particulièrement dépendante des importations, notamment de denrées alimentaires et d’énergie. Une intensification des conflits pourrait ainsi conduire à une hausse des prix du pétrole ou des denrées alimentaires, ce qui limiterait le pouvoir d’achat des ménages et continuerait de peser sur la demande intérieure.

La République dominicaine, située au cœur des Caraïbes, figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique. D’après la base de données EM-DAT, la République dominicaine est le deuxième pays des Caraïbes le plus touché par les catastrophes naturelles depuis 2000, après Haïti. Selon la Banque mondiale (2023), sans mesures d’adaptation, les chocs climatiques pourraient réduire le PIB national de près de 17 % d’ici 2050, comparativement à un scénario sans changement climatique. Les populations les plus vulnérables, notamment celles employées dans les secteurs informels ou agricoles, sont les plus exposées, avec un risque accru de pauvreté.

Enfin, les réformes structurelles de l’île doivent encore être approfondies pour renforcer les marges budgétaires du pays. Face aux risques climatiques, l’investissement dans des infrastructures résilientes, et le recours à l’assurance contre les catastrophes sont essentiels pour protéger les infrastructures publiques et permettre de soutenir les populations touchées. Afin de dégager des marges de manœuvres, une réforme fiscale d’ampleur (qui a échoué en 2024) sera nécessaire. Le FMI recommande par ailleurs au gouvernement de poursuivre des réformes de digitalisation de l’administration et de rationalisation des entités publiques, mais aussi de renforcer la lutte contre les pertes de distribution d’électricité qui pèse sur les finances publiques (les subventions au secteur électrique sont estimées à 1,1 % du PIB).

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La croissance économique en demi-teinte en 2025 ne remet pas en cause les fondamentaux de la République dominicaine, dont l’économie devrait rebondir dès 2026. Malgré son économie insulaire et le contexte international perturbé, le pays fait preuve d’une grande stabilité et se positionne comme un moteur de croissance dans la région Amérique latine et Caraïbes. La République dominicaine reste cependant exposée à de nombreux défis, liés aux inégalités sociales importantes et à la capacité d’investissement limitée du gouvernement, en l’absence de réforme fiscale. 



[1] FMI, World economic outlook, Octobre 2025

[2] La croissance est exceptionnellement élevée en raison du boom pétrolier.