Flash Conjoncture Pays avancés - En Espagne, la construction de logements peine à suivre la dynamique démographique
En Espagne, l'augmentation de la population depuis la pandémie n'a pas été accompagnée d'une augmentation comparable du parc immobilier, ce qui a entraîné un déséquilibre entre l’offre et la demande de logements et une hausse des prix des logements.
Entre 2021 et 2024, la population espagnole s’est accrue de 1,4 million de personnes (soit +3,0 %), portée par les flux migratoires (cf. graphique 1). Au 1er janvier 2025, le pays comptait un peu plus de 49,1 millions d’habitants, dont 6,9 millions de nationalité étrangère (14,1 %). Par ailleurs, la demande de logements est soutenue par le dynamisme du secteur touristique.
La construction de logements est restée très inférieure aux besoins générés par la dynamique démographique. Depuis 2022, le déséquilibre s’est accentué, la croissance du stock de logement étant inférieure à la croissance du nombre de ménages (cf. graphique 2). Avec une moyenne annuelle de 194 300 nouveaux foyers contre seulement 91 400 logements terminés entre 2021 et 2024, le déficit de logements augmente d’environ 100 000 unités supplémentaires chaque année.
Alors que les permis de construire sont en forte augmentation, les mises en chantier progressent encore modérément (cf. graphique 3). Malgré une reprise de l’activité en 2024 avec 136 200 logements mis en chantier, ces chiffres restent en-deçà des 220 000 unités annuelles jugées nécessaires par les principales organisations professionnelles du secteur pour éviter une aggravation du déficit de logements.
Le déficit d’offre entretient une pression forte sur les prix. En 2024, le prix de vente des logements a augmenté en moyenne de +8,4 %, soit la plus forte hausse depuis 2007.
Le secteur de la construction est confronté à de nombreux freins structurels. Les professionnels soulignent le manque de foncier constructible, notamment du fait des formalités administratives liées au reclassement du sol en zone urbanisable, à la complexité des plans d’urbanisme des communautés autonomes, ainsi qu’à l’incertitude juridique persistante autour de la réforme de la loi foncière. Les entreprises font également état d'une pénurie de main-d'œuvre dans le secteur, comparable à celle observée lors du boom immobilier du début des années 2000 (cf. graphique 4). Malgré une hausse de 11,3 % du nombre de salariés entre 2021 et 2024, il manquerait toujours environ 700 000 travailleurs dans le bâtiment selon la Confédération nationale de la construction (CNC). Par ailleurs, les coûts de construction suivent une tendance haussière : ils ont augmenté de 16,4 % entre 2021 et 2024, réduisant la viabilité économique des projets. Cette progression reflète plusieurs tensions structurelles, notamment la hausse des salaires dans le secteur (+19,7 % entre 2021 et 2024, conjonction de sa faible attractivité et des besoins importants) et l’augmentation du prix des matériaux (le prix du béton a progressé de +43,6 % entre janvier 2021 et janvier 2025).
Le déséquilibre entre l’offre et la demande de logements pourrait s’accentuer dans les prochaines années, la hausse du nombre de ménages étant amenée à se poursuivre. Selon les dernières projections de l’INE, le nombre de ménages résidant en Espagne augmenterait de +3,7 millions (+19,1 %) entre 2024 et 2039, pour atteindre 23 millions de ménages en 2039.