Pour atteindre son objectif de triplement des revenus touristiques d’ici 2030 et atteindre 30 Md USD, les autorités doivent impérativement renforcer les liaisons aériennes, notamment internationales. Le pays, qui bénéfice par ailleurs d’un important marché intérieur, pourrait capitaliser davantage sur le transport aérien low-cost, segment encore sous-exploité, tout en accompagnant la croissance de la flotte de la compagnie aérienne nationale, Egyptair.

I. Le secteur aérien, stratégique, est dominé par Egyptair, malgré un essor du low-cost

Le secteur aérien égyptien demeure fortement orienté vers le trafic international - 86% des vols en 2024, principalement sur le Moyen-Orient [Arabie saoudite, Jordanie] - 49% des départs en 2023 - ainsi que l’Europe et la Russie - près de 40%. L’Égypte capte près d’un quart du trafic aérien en Afrique – porté par le tourisme (17,4 M de visiteurs internationaux en 2024/25) et la diaspora (évaluée à environ 10 M d’individus). La connectivité aérienne du pays a progressé de 17 points entre 2014 et 2024, et le nombre de passagers de 80% sur la même période. L’impact de la pandémie de Covid-19 a été rapidement résorbé. L’aéroport du Caire offrait ainsi une desserte de 122 destinations en 2024, soit l’aéroport le plus fréquenté et le mieux connecté d’Afrique. Le poids économique du secteur est enfin significatif, les compagnies aériennes ayant généré 3 Md USD de revenus en 2023.

Le secteur est concentré autour de la compagnie aérienne nationale, Egyptair, fondée en 1932 et détenue intégralement par l’État. Elle opère aujourd’hui une flotte de près de 70 avions court et long-courriers des constructeurs Airbus et de Boeing relativement moderne, depuis son hub principal du Caire. Elle domine le marché intérieur, régional et international et dessert Paris par deux ou trois rotations quotidiennes - une rotation quotidienne pour Air France. La compagnie détient majoritairement la compagnie low-cost Air Cairo. La Holding Egyptair, créée en 2002, regroupe par ailleurs sept filiales en charge de services connexes et des opérations de fret [Egyptair Cargo] encore peu développées en Égypte. L’ouverture à la concurrence locale est limitée. Aux côtés d’une dizaine d’opérateurs mineurs, seules deux compagnies implantées en Egypte disposent d’un positionnement notable, Air Arabia Egypt, et Nile Air, qui opèrent avec des flottes restreintes. Toutefois, le segment low-cost a connu une progression notable ces dernières années, avec la montée en puissance d’Air Cairo et de compagnies internationales (Vueling, Transavia ou Flynas), désormais reconnues comme catalyseur pour la croissance du trafic. L’ouverture de l’aéroport de Sphinx en 2022 a contribué à cette dynamique, avec l’entrée de nouveaux acteurs étrangers, dont Wizz Air et EasyJet. Les autorités restent réticentes à accueillir les compagnies à bas-cout à l’aéroport du Caire, à l’image des difficultés de Transavia à obtenir la validation de son programme de vol en 2024. Les marges de croissance du low-cost demeurent néanmoins importantes, la part de marché du segment (estimée à moins de 20% en 2023) étant très inférieure à celle observée dans d'autres destinations régionales.

EgyptAir : un groupe diversifié qui domine le marché égyptien

Egyptair : un groupe diversifié qui domine le marché égyptien

II. La dynamique positive du secteur se traduit par d'importantes retombées pour les entreprises françaises 

EgyptAir entend porter sa flotte de 62 à 100 appareils à l’horizon 2030, tout en réduisant significativement la part des avions en leasing, de 60% aujourd’hui. Ce plan s’inscrit dans une volonté plus large de restructuration. La stratégie adoptée depuis 2015 visant à positionner Le Caire comme hub régional sur le modèle des transporteurs du Golfe est reconnue comme un échec. EgyptAir entend recentrer ses priorités sur le marché intérieur et régional, en particulier sur l’Afrique et les liaisons vers la Haute-Égypte (Louxor, Assouan, Abou Simbel). Sa filiale Air Cairo prévoit un plan de développement pour porter sa flotte à 60 appareils en 2027 et 110 en 2032 (environ 40 aujourd’hui), sur les segments court et moyen-courriers. Les plans de développement se heurtent toutefois aux fortes contraintes des carnets de commandes des constructeurs aéronautiques.

Cet essor du secteur bénéficie aux industriels français, au premier rang desquels Airbus, fournisseur historique depuis les premières commandes passées en 1982. Les acquisitions d’appareils Airbus se sont intensifiées. EgyptAir a commandé des A220 [livrés en 2021, finalement retirés en raison de problèmes moteur], A320neo [8 aéronefs livrés en 2020], et A321neo [7 appareils livrés en 2023]. En novembre 2023, la compagnie nationale a commandé dix A350-900 [livraisons prévues entre décembre 2025 et 2027], assortis d’une option d’achat de six aéronefs supplémentaires [livraisons entre 2031 et 2032], confirmée lors du Salon du Bourget en juin 2025. Cette commande marque l’entrée d’Airbus dans la flotte long-courrier d’EgyptAir, dominée par Boeing. Air Cairo s’appuie également sur Airbus pour soutenir son expansion [quatre livraisons d’A320néo prévues en 2025 et trois autres en 2026]. Cette dynamique bénéficie également à Safran, qui assure aujourd’hui la maintenance d’environ 70 % des flottes EgyptAir et Air Cairo.

Paysage concurrentiel des principales compagnies aériennes basées en Egypte

Paysage concurrentiel des principales compagnies aériennes basées en Egypte

III. La coopération institutionnelle avec la France se renforce 

Le dialogue institutionnel bilatéral souffre de l’absence d’accord de service aérien bilatéral. Toutefois, la visite du Président de la République en avril 2025 a accéléré la signature au salon du Bourget en juin 2025 d’un accord de coopération technique sur la sécurité, la sûreté et l’environnement.

La décarbonation du transport aérien apparaît aujourd’hui comme axe de coopération prometteur à renforcer dans le dialogue. L’Egypte affiche des ambitions en matière de production de carburant durable pour l’aviation (SAF) à partir d’huiles usagées, à travers un projet porté par l’entreprise publique ECHEM et soutenu par la BERD en phase d’étude. Une première unité de production est envisagée à Alexandrie sur quatre au total. Ce projet, cohérent avec la réglementation européenne ReFuelEU Aviation pourrait bénéficier à des entreprises françaises, dont Axens Solution.