Flash Conjoncture Pays avancés - États-Unis : une balance commerciale plus dégradée qu’en 2024
Depuis janvier 2025, la mise en œuvre par D. Trump d’une politique commerciale agressive visant l’ensemble des partenaires commerciaux des États-Unis s’est accompagnée d’un creusement de sa balance commerciale.
En cumulé, entre janvier et septembre 2025 (dernier point disponible), le solde en biens et services (périmètre balance des paiements) s’élève à −765 Md$, contre −653 Md$ à la même période l’année dernière, soit une dégradation de −17 %. Le creusement du déficit commercial américain par rapport à 2024 s’explique par une augmentation plus marquée des importations que des exportations (+7,7 % contre +5,2 %), en lien avec le phénomène d’anticipation des droits de douane. Le frontloading s’est traduit par une forte augmentation des importations au 1er trimestre (+14,8 %), qui s’est ensuite entièrement résorbée au 2e trimestre (−14,8 %). Au 3e trimestre, les importations sont restées quasi-stables (−0,1 %). La dégradation du solde commercial est entièrement imputable au commerce en biens, dont le déficit sur la période s’élève à −1 004 Md$, contre −887 Md$ en 2024. Sur la même période, l’excédent commercial lié aux services s’est quant à lui accru de +9,2 %.
En décomposant sectoriellement le solde commercial en biens (périmètre des douanes), on observe de fortes disparités (cf. Graphique 1). Selon cette définition, le déficit commercial en biens s’est dégradé de 14 %. Les catégories de biens ayant le plus contribué au creusement du déficit en 2025 par rapport à 2024 sont dans l’ordre décroissant les biens d’équipement (−6,7 pts), les fournitures industrielles (−4,5 pts) et les biens de consommation (−4,1 pts). Les véhicules automobiles, affectés par des droits de douane spécifiques plus élevés, représentent la seule catégorie de biens ayant permis de réduire le déficit commercial de 2,6 pts. Néanmoins, il convient de noter qu’autant les imports (−9,9 %) que les exports (−9,5 %) de véhicules ont baissé en 2025 par rapport à la même période l’année dernière.
Avec un taux effectif moyen de droits de douane de 14,4 % sur leurs importations fin novembre selon l’OMC, les États-Unis atteignent des niveaux inégalés depuis 1930, avec des répercussions sur l’activité économique. Depuis janvier, l’activité du secteur manufacturier se détériore nettement et les enquêtes soulignent en particulier les effets négatifs des droits de douane, qui pèsent à la fois sur les coûts de production, les marges et les décisions d’investissement. Selon l’enquête de l’Institute for Supply Management (ISM), l’activité manufacturière continue de reculer en novembre (48,2 après 48,7 en octobre), à un rythme encore plus rapide que les mois précédents. L’indice reste en territoire de contraction pour le 9e mois consécutif (cf. Graphique 2). Selon ce rapport, les usines font face à une baisse des commandes en novembre (47,4 contre 49,4) qui signale une demande intérieure et extérieure faible, et une hausse des prix des intrants (58,5 contre 58,0).
Note de lecture : un niveau supérieur (resp. inférieur) à 50 indique une expansion (resp. contraction) de l’activité par rapport au mois précédent. Les PMI Prix et PMI Production correspondent au solde sur l’évolution des prix et de la production.
De nombreuses incertitudes quant à la mise en œuvre complète et pérenne des droits de douane subsistent, étant donné le contentieux en cours devant la Cour suprême sur les droits IEEPA[1] et les récents revirements de l’administration, qui a annulé ou réduit ses droits de douane sur plus de 200 produits alimentaires essentiels (bœuf, café, banane, etc.) ces dernières semaines afin d’alléger la pression sur le pouvoir d’achat des ménages. Des interrogations subsistent par ailleurs quant à la capacité des douanes américaines à recouvrer l’intégralité des recettes additionnelles attendues. À cet égard, l’OCDE a souligné dans son rapport de décembre que les taux de recouvrement constatés ex-post demeurent inférieurs de 3 points de pourcentage aux taux effectifs théoriques estimés.
[1] L’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) donne au Président des pouvoirs économiques d’urgence dont celui de réguler les importations. Le contentieux porte sur la légalité de son usage pour imposer des droits de douane à grande échelle.