Actualités économiques du Nigeria-Ghana semaine du 15 décembre 2025
Poursuite de la baisse de l’inflation, 14,5% en novembre ; Le Nigeria dégage un excédent commercial en biens de 13,3 Md USD sur les trois premiers trimestres ; L’UE réaffirme son engagement en faveur de la transition numérique ; La NUPRC a délivré 28 permis d’exploitation de gaz pour limiter le torchage; Nominations des deux nouveaux DG de la NUPRC et de la NMDPRA. Le FMI approuve la 5e revue de la FEC; Carrefour prépare son entrée au Ghana ; La présidence de l’UA devrait revenir au Ghana.
LE CHIFFRE À RETENIR
3ème
Le Ghana était le 3e partenaire commercial africain du Nigeria au troisième trimestre 2025.
Nigeria
Poursuite de la baisse de l’inflation, à 14,5% en novembre
Le Bureau national des statistiques nigérian (NBS) a publié les résultats d’inflation du pays pour le mois de novembre 2025. Le Nigeria enregistre 14,5% d’inflation en novembre en glissement annuel après 16,1% en octobre et 18,0% en septembre, en baisse continue depuis mars. Il s’agit du plus faible niveau d’inflation en glissement annuel enregistré depuis la mise à jour de la méthodologie de calcul de l’inflation du NBS en janvier, qui surpasse l’objectif gouvernemental de 15% d’inflation pour la fin d’année.
L’inflation d’un mois à l’autre s’est établie à +1,22%, en accélération après +0,93% en octobre et +0,72% en septembre, mais toujours inférieure aux périodes précédentes (+2,17% en moyenne de février à juillet 2025, +2,52% en moyenne en 2024 et +2,14% en 2023), confirmant le repli de l’inflation depuis l’été.
L’inflation alimentaire, principal moteur de l’inflation historiquement, s’est établie à 11,1% en novembre en glissement annuel, après 13,1% en octobre et 16,9% en septembre, les prix ont augmenté de +1,1% après deux mois de déflation alimentaire. La baisse significative de l’inflation alimentaire au troisième trimestre s’explique par des facteurs de saisonnalité (période de récoltes) mais également par les mesures prises par les autorités nigérianes pour faciliter les importations de denrées alimentaires. En parallèle, la stabilité du naira permet de limiter l’inflation importée. Selon le NBS, les prix de certains aliments de base comme les haricots, la farine de manioc, les tomates, le riz et les pommes de terre ont particulièrement diminué depuis août.
L’inflation sous-jacente reste élevée malgré une diminution, à 18,0% après 18,7% en octobre et 19,5% en septembre. La persistance de l’inflation justifie la prudence de la Banque centrale (CBN), qui a maintenu son taux directeur à 27% le 25 novembre dernier.
Évolution de l’inflation en glissement annuel au Nigeria depuis 2022
Source : National Bureau of Statistics NBS
Clef de lecture : L’inflation du Nigeria s’élève à 14,5% en novembre 2025 (courbe bleu foncé), l’inflation alimentaire à 11,1% (courbe bleue) et l’inflation sous-jacente à 18,0% (courbe bleu clair). Le taux directeur de la CBN (pointillé noir) a été abaissé à 27% en septembre. Le corridor monétaire a été ajusté en novembre à -450/+50pts (aire bleu clair).
Le Nigeria dégage un excédent commercial en biens de 13,3 Md USD sur les trois premiers trimestres de l’année
Le NBS a publié les chiffres du commerce extérieur de biens du pays pour le troisième trimestre 2025.
Après un excédent commercial record de 13,2 Md USD sur la balance des biens en 2024, le Nigeria est en passe d’enregistrer une meilleure performance en 2025, avec un excédent de 19 300 Md NGN soit 13,3 Md USD dès les trois premiers trimestres de l’année.
Les exportations nigérianes se sont élevées à 22 800 Md NGN au T3-2025, au même niveau qu’au T2-2025, alors que les importations ont augmenté de +5%, à 16 100 Md NGN. L’excédent commercial en biens au T3-2025 représente 6 700 Md NGN, soit 4,6 Md USD (après 5,1 Md USD au T2-2025 et 3,6 Md USD au T1-2025).
Si le pétrole brut représente toujours le premier poste d’exportation (57%), sa part a fortement diminué par rapport à 2024 (71%), témoignant de la relative diversification des exportations nigérianes en cours. La part des exportations non pétrolières est notamment passée de 12% à 14% entre 2024 et les neuf premiers mois de 2025, tandis que la part des exportations d’hydrocarbures hors pétrole brut (gaz et pétrole raffiné) s’est élargie de 17% à 29% sur la même période, résultat entre autres de la mise en service de la raffinerie Dangote en septembre 2024.
La France conserve sa place de 4ème destination des exportations du pays sur les trois premiers trimestres de 2025, avec 4 700 Md NGN, soit 7% des exportations nigérianes. La France se place 6e partenaire commercial du Nigeria en volume de biens échangés avec 5 500 Md NGN (en 2024, elle était 2ème destination des exportations nigérianes et 5ème provenance des importations).
En parallèle, la part des pays africains dans le commerce nigérian s’est élargie en 2025. Elle passe de 8% des échanges de biens en 2024 (11% des exportations et 4% des importations) à 11% du volume total sur les trois premiers trimestres de l’année (15% des exportations et 5% des importations). La Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Togo, le Ghana et le Sénégal représentent les premiers partenaires commerciaux du Nigeria en Afrique.
Évolution de la balance commerciale en biens du Nigeria par trimestre depuis 2020, en % de PIB
Source : National Bureau of Statistics NBS
Clef de lecture : Au T3-2025, la balance commerciale en biens du Nigeria était en excédent à 5,9% du PIB (courbe rouge), les exportations ont représenté 20,1% du PIB (histogramme bleu foncé) et les importations 14,2% du PIB (histogramme bleu clair).
L’UE réaffirme son engagement en faveur de la transition numérique du Nigeria
Le Nigeria a signé un programme économique numérique complémentaire de 45 M EUR avec l'Union européenne (UE), à l’occasion de la journée dédiée au partenariat numérique avec le Nigeria organisée à Bruxelles le 9 décembre. Cette subvention complète un paquet global de 820 M EUR dédié à l'économie numérique, lancé en 2022 entre l'UE et le Nigeria dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’UE. Ce paquet vise à renforcer la connectivité sécurisée, les infrastructures numériques et la transformation digitale de l’Etat. Le programme Completing Nigeria Digital Economy Package signé entre le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, et le commissaire européen Jozef Síkela, permettra ainsi de préparer la mise en œuvre du projet BRIDGE (1,7 Md EUR), qui vise à déployer 90 000 km de câbles à fibre optique pour moderniser les services publics numériques. La journée a permis aux investisseurs et fournisseurs européens de mieux appréhender les opportunités du secteur numérique nigérian.
La NUPRC a délivré 28 permis d’exploitation de gaz naturel pour limiter le torchage
Le torchage du gaz naturel consiste à brûler le gaz associé et séparé du pétrole lors de son extraction. Cette pratique représente donc la destruction sans contrepartie énergétique ou économique d’une ressource naturelle non renouvelable.
Par cette initiative, la NUPRC entend exploiter entre 250 et 300 millions de pieds cubes standard par jour de gaz naturel inutilisé dans une logique d’amélioration de l’efficacité opérationnelle du secteur et d’optimisation des ressources naturelles du pays. Le gaz naturel ainsi récupéré pourrait s’inscrire dans le développement de la filière gazière nigériane et la production de gaz naturel liquéfié, tout en renforçant en parallèle l’approvisionnement pour la production d’électricité.
Nominations par le Président Tinubu des nouveaux DG de la NUPRC et de la NMDPRA
Cette semaine, le secteur pétrolier nigérian a connu un changement de gouvernance majeur marqué par la démission simultanée des directeurs généraux de la NUPRC et de la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA), deux institutions clés issues du Petroleum Industry Act. Ces départs interviennent dans un climat de fortes, alimenté notamment par le différend opposant le groupe Dangote aux régulateurs sur la politique d’importation des produits pétroliers et la protection des capacités locales de raffinage. Pour éviter un vide institutionnel, le Président Tinubu a rapidement procédé à la nomination de nouveaux responsables à la tête des deux autorités, Oritsemeyiwa Amanorisewo Eyesan en tant que DG de la NUPRC et Saidu Aliyu Mohammed en tant que DG de la NMDPRA avec transmission immédiate des dossiers au Sénat pour confirmation. Cette recomposition vise à renforcer la crédibilité des régulateurs et stabiliser ce secteur stratégique sous pression.
Ghana
Le FMI approuve la 5ème revue de la Facilité élargie de crédit
Le 17 décembre 2025, le Conseil d’administration du FMI a approuvé la 5e revue de la Facilité élargie de crédit (FEC), ouvrant la voie au décaissement de la prochaine tranche de 385 M USD. Ce nouveau versement portera à 2,8 Md USD le total des financements reçus dans le cadre de ce programme engagé en mai 2023 pour une durée de 39 mois.
La performance du Ghana a été jugée globalement satisfaisante, dans un contexte de poursuite de l’amélioration de la situation macroéconomique (soutenue par un environnement extérieur favorable et des efforts marqués de consolidation fiscale), alors même que l’ensemble des critères de performance quantitatifs et des cibles indicatives qui étaient attachés à cette revue ont été atteints. Les principaux indicateurs macroéconomiques sont bien orientés et ont été révisés dans un sens plus favorable s’agissant des prévisions à fin 2025 par rapport à la dernière revue. La croissance du PIB devrait s’établir à 4,8 % à fin 2025 et se maintenir sur cet étiage en 2026, alors que l’inflation tomberait à 8% en 2025 et 2026 (après 23,8% en 2024), se situant ainsi à l’intérieur de la marge de fluctuation définie par la Banque centrale du Ghana. S’agissant des comptes internes, un excédent primaire équivalent à 1,7% du PIB (contre une cible initiale de 1,5%) est attendu à fin 2025 et le plancher cible à 1,5% devrait être atteint en 2026. Enfin, la position externe du Ghana continue de se consolider, avec des réserves de change brutes équivalentes à 3,3 mois d’importations, soit un niveau supérieur à la cible fixée au terme du programme. Le succès du programme (qui s’achèvera courant 2026) reposera sur la poursuite des réformes structurelles (élargissement de l’assiette fiscale, maîtrise des dépenses, amélioration de la situation du secteur de l’électricité).
Carrefour prépare son entrée au Ghana avec un plan d’expansion africain ambitieux
L’implantation de Carrefour au Ghana devrait débuter par la reprise et la conversion sous son enseigne de l’ensemble du réseau du distributeur sud-africain Shoprite Ghana via l’acquisition de sept hypermarchés en novembre 2025. L'entrée en service de ces points de vente sous l'enseigne de Carrefour devrait s’opérer à partir d’avril 2026, ce qui marquera le lancement effectif des activités du groupe français sur le territoire ghanéen.
Ce projet s’inscrit dans le cadre du « Plan Carrefour 2026 », qui ambitionne l’entrée du groupe dans dix nouveaux pays via la franchise. Ce déploiement au Ghana est une étape de plus dans la mise en œuvre de la stratégie d’expansion africaine du groupe français.
Le secteur de la distribution au Ghana a connu une forte croissance, ces dernières années. Dans un rapport publié en novembre 2025, le Département américain de l’Agriculture (USDA) estime que la taille de ce marché aurait progressé de 36%, passant de 24,4 Md USD en 2021 à 33,2 Md USD en 2024.
En outre, certains facteurs laissent entrevoir une poursuite de cette dynamique durant les années à venir. Le secteur de la distribution alimentaire ghanéen est généralement concentré dans la capitale Accra (située à proximité du port de Tema), ainsi qu’à Kumasi et Takoradi. Toutefois, on observe une expansion des centres commerciaux et de distribution alimentaire dans les capitales régionales du pays.
D’après l’USDA, la distribution alimentaire au Ghana est dominée par les petits épiciers locaux ou boutiques communautaires, qui représentent 83% du marché, alors que la grande distribution ne représente que 17% du marché.
La présidence de l’Union africaine devrait revenir au Ghana en 2027
Lors de la 95e session ordinaire du Conseil des ministres de la CEDEAO, tenue à Abuja, les États membres ont unanimement soutenu le Président Mahama comme candidat unique de l’Afrique de l’Ouest à la présidence de l’Union africaine (UA) pour 2027. La présidence de l’UA étant attribuée selon un principe de rotation régionale, l’Afrique de l’Ouest est appelée à en prendre la tête en 2027, après l’Afrique australe actuellement représentée par le Président angolais Lourenço. L’élection du président de la Commission de l’UA requiert une majorité des deux tiers des États membres de l’UA. Cette décision constitue un signal politique de cohésion régionale et vise à maximiser les chances de l’Afrique de l’Ouest lors du scrutin continental.