Japon-Corée du Sud - Veille économique et financière du 8 au 12 décembre 2025
Cette veille hebdomadaire présente l'actualité économique et financière au Japon et en Corée du Sud du 8 au 12 décembre 2025.
Faits saillants
- Contraction du PIB japonais de -2,3 % en rythme trimestriel annualisé au T3 2025
- Vers un excédent commercial du Japon lors du prochain exercice fiscal, reflet de la baisse de la facture énergétique
- S&P Global Ratings anticipe un rebond de la croissance coréenne en 2026, à 2,3 %, après 1,1 % en 2025.
Japon
Macroéconomie
- Croissance | Après cinq trimestres consécutifs de croissance, le PIB s’est contracté de -2,3 % en rythme trimestriel annualisé au 3ème trimestre 2025 selon les données du Cabinet Office. Sur les mois de juillet à septembre, l’activité a été pénalisée par la faiblesse de l’investissement (notamment résidentiel) de la consommation privée (qui compte pour près de 60 % du PIB). Ce résultat – significativement en-deçà de la prévision initiale de -1,8 % – intervient alors que le gouvernement Takaichi a présenté cette semaine à la Diète un stimulus budgétaire de 21 300 Mds JPY (soit 117 Mds EUR), qui devrait, selon le gouvernement, contribuer à rehausser le PIB réel japonais de +1,4 ppt en moyenne au cours des trois prochaines années, tout en faisant refluer l’inflation de -0,7 ppt au 1er trimestre 2026 (+3,0 % en octobre). Toutefois, l’ampleur des investissements de relance pourrait rendre la politique fiscale de la Première ministre S. Takaichi in fine inflationniste, en dépit des mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages intégrées dans son projet de budget supplémentaire.
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Salaires réels | En octobre, les salaires réels ont enregistré un nouveau repli de -0,7 % en glissement annuel, en recul pour le 10ème mois consécutif. Contraints par un pouvoir d’achat érodé par l’inflation et ce, malgré une hausse record des salaires nominaux en 2025 (+5,25 % pour les grandes entreprises), les ménages ont réduit leurs dépenses pour la première fois en 6 mois (-3 % en g.a. en octobre), selon le Ministère des Affaires internes et de la communication. Bien que ces données semblent confirmer la non-matérialisation du cycle vertueux salaires-prix souhaité par la Banque du Japon (BoJ), les observateurs de marché anticipent une hausse de 25 pbs par la BoJ du taux directeur - actuellement à 0,5 % - pour le porter à 0,75 % lors de la réunion de politique monétaire des 18 et 19 décembre. Ce rehaussement, « accepté » par la Ministre des Finances, est largement motivé par la persistance de taux d’intérêt réels négatifs qui alimente la trajectoire baissière du yen, autour de 156 JPY pour 1 USD (et 183 JPY pour 1 EUR). Depuis l’élection de S. Takaichi à la présidence du Parti libéral-démocrate le 4 octobre, le yen s’est déprécié de -6,5 % en rythme nominal par rapport au dollar US.
Secteurs non financiers
- Investissements | Les investissements d’industriels japonais aux États-Unis se poursuivent après l’entrée en vigueur en juillet de l’accord commercial bilatéral, marquant l’application au Japon des droits de douane de 15 %. Le groupe Daikin Industries a annoncé le 10 décembre un investissement de 163 M USD destiné à établir d’ici à 2027 un centre de recherche et développement dans le Minnesota, dédié aux systèmes de refroidissement de centres de données. Le groupe entend tripler ses ventes d’équipements de refroidissement de centres de données en Amérique du Nord d’ici 2031 - pour le porter à 1,9 Md USD -, dans un contexte de forte hausse de la demande en réponse à la chaleur générée par les serveurs équipés de puces avancées. En août dernier, le groupe avait racheté la start-up américaine Dynamic Data Center Solutions, spécialisée dans ce secteur. En parallèle, le groupe Mitsui & Co. a annoncé investir 639 000 USD dans la start-up américaine Fervo Energy, qui développe une technologie d’énergie géothermale (EGS) capable d’exploiter la chaleur souterraine dans un plus grand nombre de zones que par l’usage des méthodes actuelles. Le groupe devrait utiliser cette technologie pour développer des centrales électriques au Japon (et ailleurs dans le monde) et répondre à la demande énergétique croissante des centres de données.
- Automobile | Nissan a signé cette semaine un accord de collaboration avec la start-up britannique Wayve afin de développer un système de conduite assistée reposant sur l’intelligence artificielle. L’objectif est d’assurer son déploiement au Japon d’ici au T2 2027 au Japon, avant une commercialisation en Amérique du Nord et dans le monde entier. Fondée en 2017 et soutenue financièrement par Nvidia, Microsoft et SoftBank à hauteur d’1,4 Md USD, Wayve entend proposer un logiciel capable d’analyser l’environnement routier et améliorer ses performances à mesure de l’expérience accumulée. Cette technologie sera intégrée au système de conduite assistée ProPilot de Nissan, marquant une nouvelle avancée dans les capacités de conduite assistée en zones urbaines complexes de la marque. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre du plan de modernisation Re:Nissan qui vise à encourager l’accélération de l’innovation et le développement des collaborations internationales, alors que Tesla domine actuellement le segment de la conduite autonome.
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Energie | Selon le Japan Foreign Trade Council, qui regroupe les grandes maisons de commerce japonaises, le pays devrait enregistrer lors du prochain exercice fiscal (avril 2026 - mars 2027), son premier excédent commercial en six ans - de l’ordre de 1 900 Mds JPY (12,1 Mds USD). Cette amélioration tiendrait avant tout à la forte baisse des coûts énergétiques importés : le prix spot du GNL a en effet reculé de 30 % en un an, alors que l’énergie représente près de 20 % de la facture totale des importations du pays (dont un quart pour le seul GNL). La baisse de la facture énergétique permettrait ainsi de surcompenser l’effet négatif des droits de douane américains. A moyen terme, le Japon pourrait aussi tirer avantage de la hausse de la demande mondiale en énergie, à l’origine d’une accélération des exportations nippones de turbines à gaz, par ailleurs portées par la faiblesse du yen. Si l’origine de cet excédent peut sembler exogène et temporaire (baisse des cours du gaz), les futurs excédents pourraient refléter, quant à eux, les choix stratégiques du gouvernement en matière de politique énergétique, axée sur les approvisionnements stables du pays et l’expansion à l’international de son secteur gazier. Cette expansion se traduit notamment par des (i) soutiens aux investissements dans des infrastructures gazières à l’étranger (terminaux de liquéfaction, centrales thermiques) facilitant l’exportation de technologies (turbines à gaz), mais également (ii) un renforcement du Japon en tant que hub énergétique majeur en Asie via le développement des activités de négoces de GNL (en 2025, 30 % des achats japonais de gaz ont ainsi été destinés à l’export), fournissant aux opérateurs japonais des opportunités d’arbitrages entre consommation domestique ou revente à l’étranger en fonction des prix du marché spot.
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Semi-conducteurs | Les trois plus grandes banques du Japon - MUFG Bank, Sumitomo Mitsui Banking Corp., Mizuho Bank - prévoient de participer au financement du projet Rapidus, avec des prêts cumulés de 13 Mds USD à partir de 2027. En parallèle, les trois banques, ainsi que la Development Bank of Japan, pourraient investir directement 160 M USD dans le projet. MUFG avait déjà investi 1,9 M USD à la création de Rapidus en 2022. Partenariat public-privé réunissant un consortium d’entreprises japonaises - dont Toyota Motor, MUFG, Sony, NTT, SoftBank, NEC -, Rapidus vise à produire des semi-conducteurs de technologie 2nm d’ici 2027 dans son site de fabrication à Hokkaido. Une première ligne pilote a été lancée en avril dernier. Rapidus ambitionne de réaliser un saut technologique ; actuellement, seule l’entreprise taïwanaise TSMC maîtrise la production de semi-conducteurs sur nœud 2nm. Le projet est soutenu à hauteur de 10,9 Mds USD par le gouvernement japonais et a bénéficié à ce jour de 46 M USD de financements privés.
Corée du Sud
Macroéconomie
- Perspectives économiques | S&P Global Ratings a indiqué cette semaine que les entreprises coréennes devraient continuer d’évoluer en 2026 dans un environnement de financement resserré, tout en estimant que la phase la plus basse du cycle était désormais dépassée. L’agence anticipe un rebond de la croissance à 2,3 % en 2026 (après 1,1 % en 2025), porté par la vigueur des exportations – en particulier dans les semi-conducteurs – ainsi que par une impulsion budgétaire favorable. Les perspectives sectorielles restent néanmoins contrastées : si les semi-conducteurs et la construction navale bénéficieraient d’un contexte international plus porteur, les batteries, la chimie et la pétrochimie resteraient affectées par une demande atone et une concurrence accrue des producteurs chinois. Sur le plan macro-financier, S&P juge peu probable une appréciation du won à court terme, en raison d’un différentiel de taux défavorable avec les États-Unis et de flux de capitaux toujours orientés vers les marchés américains. Dans ce contexte, la Banque de Corée pourrait repousser ses prochaines baisses de taux au 2nd semestre 2026. Pour rappel, S&P a maintenu en avril la note souveraine de la Corée du Sud à AA, assortie d’une perspective stable, soulignant de solides fondamentaux économiques et une gestion budgétaire prudente.
- Dette publique | Selon le ministère de l’Économie et des Finances, la dette du secteur public sud-coréen a atteint 1 739 Tn KRW (environ 1 180 Mds USD) fin 2024, en hausse de +3,9 % sur un an, conséquence des émissions obligataires réalisées pour financer le déficit ainsi que l’endettement accru des entreprises publiques, notamment Korea Land and Housing Corporation. Rapportée au PIB, la dette du secteur public s’élève désormais à 68 %, tandis que la dette des administrations publiques (hors entreprises publiques) s’établit à 49,7 %. Avec l’orientation budgétaire expansionniste du gouvernement LEE Jae-myung, confirmée par l’adoption début décembre d’un budget 2026 en hausse de 8,3 %, la dette du secteur public pourrait s’approcher des 2 000 Tn KRW (1 360 Mds USD) fin 2026, même en l’absence de hausse supplémentaire de l’endettement des entreprises publiques.
Secteurs non financiers
- Minerais critiques | Le ministre sud-coréen de l’industrie, du commerce et des ressources, KIM Jung-Kwan, a tenu la première réunion du nouveau Conseil de sécurité des ressources, créé pour piloter la politique nationale en matière de ressources. Dans ce cadre, ont été examinés le plan de renforcement de la sécurité des ressources, la désignation d’organismes clés et le 5ème plan de stockage pétrolier. Le gouvernement a décidé de mettre en place un système d’alerte précoce, de renforcer la réponse conjointe public-privé en cas de crise et d’assurer un approvisionnement stable en ressources critiques, tout en désignant 18 organismes d’approvisionnement et 20 organismes de demande pour les minerais critiques, le pétrole, le gaz naturel et l’uranium. Il prévoit également d’augmenter les stocks stratégiques de pétrole et d’en ajuster la composition pour la période 2026-2030, dans un contexte de fragmentation accrue des chaînes d’approvisionnement liée à la guerre en Ukraine et à la multiplication des restrictions à l’exportation imposées par certains pays, notamment la Russie et la Chine. La Corée du Sud, qui dépend entièrement des importations pour le pétrole, le gaz, le charbon, l’uranium et les minerais critiques, entend ainsi renforcer la résilience de sa chaîne d’approvisionnement par une action gouvernementale coordonnée. À ce titre, le vice-Premier ministre sud-coréen KOO Yun-cheol a appelé, lors de la réunion des ministres des Finances du G7 (8 décembre), à renforcer la coopération internationale autour des métaux critiques, notamment via des projets d’exploration et d’exploitation conjointes des terres rares.