European Union & New-Zealand Business Summit
Le EU–New Zealand Business Summit, qui s'est tenu les 23 & 24 octobre à Auckland, a réuni les principaux décideurs politiques néo-zélandais – au premier rang desquels le Premier ministre Christopher Luxon, le Vice-Premier ministre David Seymour et le Ministre du Commerce Todd McClay – ainsi que le Commissaire européen Maroš Šefčovič, des représentants institutionnels européens et des dirigeants d’entreprises des secteurs de l’énergie, des transports, de l’innovation et des technologies propres.
En organisant ce sommet, l’objectif affiché de la partie néo-zélandaise était clair : capitaliser pleinement sur l’Accord de libre-échange UE–NZ, entré en vigueur en mai 2024, afin d’attirer davantage d’investissements européens et d’ancrer la relation bilatérale dans une dynamique de partenariat stratégique. Depuis son entrée en vigueur, l’accord a déjà permis une augmentation de 28 % des exportations néo-zélandaises vers l’Union européenne et 8 milliards de dollars néo-zélandais d’investissements entrants.
Le commerce international comme levier de décarbonation
Le Sustainability Forum, organisé en préambule du sommet, a donné le ton des discussions. Les intervenants ont affirmé que la durabilité ne peut désormais plus constituer un chapitre additionnel des accords commerciaux, mais qu’elle doit en structurer l’architecture même. Amelia Linzey, Directrice générale du groupe BECA, a insisté sur la convergence des attentes des marchés, du régulateur et de la société civile : les entreprises ne peuvent plus différer leur transition environnementale et doivent intégrer la durabilité dans leurs décisions stratégiques. Selon elle, la question n’est plus de savoir si cette mutation aura lieu (« si »), mais à quelle vitesse et avec quel degré d’efficacité elle sera menée (« vitesse d’exécution »).
L’Ambassadrice de France en Nouvelle-Zélande, Laurence Beau, a rappelé que la transition écologique ne pourra réussir qu’à la condition d’être accompagnée, afin que les entreprises - notamment les plus petites - puissent évoluer sans fragiliser leur compétitivité. Elle a souligné que la durabilité doit être inclusive et économiquement viable, ce qui implique des mécanismes d’appui et de montée en compétence.
L’Ambassadeur de l’Union européenne en Nouvelle-Zélande, Lawrence Meredith, a mis en garde contre les discours appelant certains pays à se détacher de l’Accord de Paris et a salué la position ferme du Premier ministre Christopher Luxon, qui a déclaré qu’il serait « insensé de quitter cet accord ». Il a insisté sur l’urgence climatique et sur la nécessité, pour l’UE et la Nouvelle-Zélande, de renforcer leur coopération pour accélérer l’innovation technologique et la transition énergétique. Il a souligné que l’ALE UE–NZ représentait déjà près d’un milliard de dollars d’exportations supplémentaires pour la Nouvelle-Zélande.
Lawrence MEREDITH, Ambassadeur de l'UE en Nouvelle-Zélande & le service économique représenté par Inès ABDERRAHMANE & Kambiz MOHKAM
Au cours des échanges, une contradiction majeure a été relevée : l’économie mondiale continue de reposer massivement sur les énergies fossiles, tout en affirmant des objectifs ambitieux de neutralité carbone. La coexistence de ces deux modèles, soit un capitalisme fossile et un capitalisme vert, crée une tension qui ne pourra être résolue que par un renforcement de la coopération commerciale, des normes ESG et des mécanismes de régulation climatique. Dans cette perspective, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) a été présenté par le Service Economique Régional comme un outil clé. Sa mise en œuvre devra toutefois être transparente et prévisible afin de renforcer la confiance des partenaires commerciaux et d’éviter les risques de fuite carbone.
Conformité aux standards européens et adaptation du tissu économique néo-zélandais
Le premier panel a permis d’illustrer, à travers les interventions croisées de représentants néo-zélandais (Roger Dungan – Scion Group, Simon Tucker – Fonterra, Tara Druce – NZTE) et français (Kambiz Mohkam – Service économique régional), la manière dont les entreprises néo-zélandaises abordent l’accès au marché européen. Selon Roger Dungan, les réglementations européennes en matière de traçabilité, d’empreinte carbone et de bioéconomie doivent être perçues non comme des contraintes mais comme des opportunités de compétitivité pour les entreprises capables de s’y conformer. Tara Druce a soutenu cette analyse en soulignant que l’accès au marché européen nécessite un effort d’accompagnement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, qui doivent être aidées à anticiper, comprendre et intégrer les exigences ESG. Simon Tucker a reconnu le leadership européen en matière de durabilité, tout en rappelant que la transition a un coût pour les agriculteurs et qu’elle doit être économiquement soutenable afin d’éviter un transfert de charges excessif vers la production primaire.
Décarbonation des transports : enjeu économique et stratégique
Le second panel a été consacré à la transformation des mobilités et à la décarbonation des transports, un secteur qui représente en Nouvelle-Zélande un enjeu critique tant pour le commerce que pour le tourisme. Stephen Forshaw (Airbus) a rappelé que les avions de nouvelle génération sont estimés entre 20 et 25 % plus sobres que les modèles précédents et que les carburants durables (SAF) représentent une opportunité industrielle majeure pour la Nouvelle-Zélande. Il a toutefois noté que le pays accuse pour l’heure un retard dans ce domaine et que l’inaction rendrait la transition plus coûteuse et plus brutale dans les prochaines années. Sur le front de la voiture, les statistiques montrent que les émissions des véhicules légers continuent de représenter une part importante des émissions de transport, avec des standards de plus en plus exigeants à partir de 2024. Le transport routier demeure la catégorie la plus émettrice dans le secteur (près de 70 % des émissions transport, selon certains diagnostics). Les représentants du secteur logistique ont souligné que les objectifs climatiques sont rarement intégrés dans les contrats commerciaux liant clients et fournisseurs, ce qui freine l’alignement des chaînes de valeur. Les petites entreprises, souvent dépourvues des outils permettant de mesurer leurs émissions, doivent être accompagnées par les acteurs majeurs. Kate Drews (Egis) a rappelé que la digitalisation et l’optimisation des flux logistiques permettent de réduire immédiatement les émissions, sans attendre l’arrivée de technologies plus complexes comme l’hydrogène. De manière générale, les intervenants ont insisté sur la nécessité de penser la transition au-delà du seul critère du carbone, en intégrant les enjeux de biodiversité, d’usage des sols, de sécurité alimentaire et de préservation des communautés.
Souveraineté économique de la Nouvelle-Zélande et attractivité des investissements européens
Le Premier ministre Christopher Luxon a qualifié l’Union européenne de « partenaire fiable et prévisible » et a affirmé que l’ALE marquait une nouvelle phase de la relation bilatérale fondée sur l’ouverture économique, l’engagement en faveur des règles et la durabilité. Il a déclaré qu’« il n’y a pas de prospérité sans économie, et pas d’économie sans règles ». Le Premier Ministre a également affirmé que l’UE représenterait environ 17 % de la production économique mondiale, et que l’ALE constitue « un changement d’échelle pour des secteurs qui étaient bloqués par les droits de douane ». Il a insisté sur la nécessité de ramener la primauté des règles dans les relations internationales, dans un contexte où « le monde devient plus difficile, surtout pour les petits États ».
Il a enfin salué le contrat remporté par la société française Alstom pour les trains électriques de Wellington, présenté comme un projet emblématique de la transition du pays. Cet exemple a d’ailleurs été de nouveau évoqué lors d’un échange entre le Premier Ministre lors duquel le Service économique a souligné le rôle de premier plan joué par les entreprises françaises, désormais incontournables dans les grands projets néo-zélandais. Lors d’un échange distinct avec le Vice-Premier ministre, c’est Cloudy Bay (groupe LVMH) et son empreinte à Marlborough qui ont été mis en avant, illustrant l’ancrage français dans une filière viticole à forte valeur ajoutée.
Le Ministre du Commerce, Todd McCLAY & le service économique représenté par Inès ABDERRAHMANE et Kambiz MOHKAM
Le Ministre du Développement maori, Tama Potaka, a annoncé la stratégie d’intégration des iwi dans les projets d’infrastructures, d’énergie et de tourisme, rappelant que l’économie maorie pèse désormais près de 30 milliards NZD avec une croissance annuelle supérieure à 6 %. Le Ministre de la Science, Innovation et Technologie, Shane Reti, a réaffirmé l’objectif de la Nouvelle-Zélande de s’imposer comme un acteur de premier plan en matière de donnée souveraine et d’intelligence artificielle, soulignant sa participation à plus d’une vingtaine de projets dans le cadre d’Horizon Europe. Il a également rappelé que le pays hébergeait le 2e pôle mondial de biosciences et disposait d’une expertise unique en géothermie (forage supercritique à Rotorua depuis 1958).
Le Ministre du Commerce, Todd McClay, a confirmé que l’ALE n’est pas une promesse mais un succès mesurable : avec +44 % des exportations de fruits (l’ensemble des produits agricoles représentant environ 30% et +31% sur la viande) agricoles vers l’UE et +12 % des exportations de services- une hausse notamment alimentée par le secteur touristique.
Le Commissaire européen Maroš Šefčovič a conclu en rappelant que les relations UE–NZ continueront de se structurer autour d’un triptyque constant : commerce, durabilité et transformation digitale.
Le Vice Premier-Ministre, David SEYMOUR & le service économique représenté par Kambiz MOHKAM et Inès ABDERRAHMANE
Opportunité pour la France
La Nouvelle-Zélande recherche désormais des partenaires industriels capables non seulement d’exporter, mais d’investir, d’apporter des compétences technologiques et de s’inscrire dans une logique de long terme.
L’ALE confère à l’Europe un avantage compétitif dans un pays politiquement stable, aligné sur les normes européennes et engagé dans une transition énergétique rapide. Les entreprises françaises (une vingtaine étaient représentées lors du sommet), présentes dans les secteurs de la mobilité durable, des infrastructures, des énergies renouvelables et des technologies propres, disposent d’un positionnement naturel pour saisir cette opportunité. Les échanges avec le ministre du Commerce Todd McClay ont d’ailleurs permis de rappeler que la France figurait parmi les délégations européennes les plus mobilisées lors du sommet, illustrant la vitalité et la diversité de la présence économique française en Nouvelle-Zélande. La fenêtre d’opportunité est ouverte : la France peut se positionner comme l’un des partenaires stratégiques de la Nouvelle-Zélande dans cette transformation.
Une partie de la délégation France (entreprises, FNZCCI, service économique) menée par l'Ambassadrice de France en Nouvelle-Zélande, Laurence BEAU
Le sommet a confirmé que la relation UE–Nouvelle-Zélande est entrée dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus uniquement de commerce, mais d’un partenariat stratégique structuré autour de la durabilité, de l’innovation et de la souveraineté économique. La Nouvelle-Zélande recherche désormais des partenaires industriels capables non seulement de fournir des solutions, mais d’investir, de transférer des compétences et de participer à la transformation de son modèle économique.Les entreprises françaises disposent d’un avantage compétitif dans cette dynamique. Leur expertise dans les secteurs de la mobilité durable, des infrastructures, des énergies renouvelables, de la logistique et des technologies propres correspond précisément aux priorités identifiées par Wellington. L’entrée en vigueur de l’ALE UE–NZ renforce encore cette position en donnant aux entreprises européennes un accès préférentiel au marché.
Enfin, cette dynamique sera renforcée mi-novembre lors de la réunion du CPTPP qui se tiendra en Australie, à laquelle devrait participer le Commissaire Sefcovic (en tant qu’observateur pour l’UE), la Nouvelle-Zélande et plusieurs partenaires stratégiques de la région. Cette séquence diplomatique viendra confirmer le recentrage de la politique commerciale néo-zélandaise sur les partenariats fondés sur les règles, la durabilité et la diversification stratégique, et offrira une nouvelle plateforme de visibilité pour les entreprises européennes et françaises.
Le Premier Ministre Néo-Zélandais Christopher LUXON & le service économique représenté par Kambiz MOHKAM et Inès ABDERRAHMANE