En 2018, l’Indonésie a dû faire face à trois catastrophes naturelles de grande ampleur, à cinq attaques terroristes et, sur le plan économique, à des sorties de capitaux importantes en raison de la hausse des taux de la FED. Cet environnement intérieur et extérieur adverse n’a pas affecté la croissance, l’inflation et les comptes publics comme on aurait pu le craindre. Cette résilience s’explique par des facteurs structurels ainsi que par une politique économique active et rigoureuse.Sur un plan structurel, fort de ses richesses démographiques et naturelles, le pays est un émergent incontournable. L’Indonésie est la principale économie de l’ASEAN (35% du PIB régional) et la 16ème économie mondiale. Bénéficiant du cours élevé des matières premières (qui représentent près de 50% des exportations) et de la croissance de la Chine, le PIB est passé de 165 Mds USD en 2000 à 1040 Mds USD en 2018. Le PIB/habitant a été multiplié par quatre en  20 ans, passant de 857 USD à 3 927 USD en 2018

En 2018, l’Indonésie a dû faire face à trois catastrophes naturelles de grande ampleur, à cinq attaques terroristes et, sur le plan économique, à des sorties de capitaux importantes en raison de la hausse des taux de la FED. Cet environnement intérieur et extérieur adverse n’a pas affecté la croissance, l’inflation et les comptes publics comme on aurait pu le craindre. Cette résilience s’explique par des facteurs structurels ainsi que par une politique économique active et rigoureuse.

Sur un plan structurel, fort de ses richesses démographiques et naturelles, le pays est un émergent incontournable. L’Indonésie est la principale économie de l’ASEAN (35% du PIB régional) et la 16ème économie mondiale. Bénéficiant du cours élevé des matières premières (qui représentent près de 50% des exportations) et de la croissance de la Chine, le PIB est passé de 165 Mds USD en 2000 à 1040 Mds USD en 2018. Le PIB/habitant a été multiplié par quatre en  20 ans, passant de 857 USD à 3 927 USD en 2018. Il reste cependant inférieur à celui de ses voisins émergents. Le taux de pauvreté absolue a connu une chute notable depuis la crise de 1997 (-50%) et se situe aujourd’hui à 9,7%. Un des moteurs de l’économie est la population de 260 millions d’habitants (la 4ème plus importante du monde), majoritairement jeune (dividende démographique jusqu’en 2030 et âge médian de 28 ans) et dont la consommation représente 56% du PIB.

En 2018, l’Indonésie a traversé une période de tension sur sa monnaie. A partir de février 2018, l’accélération du resserrement de la politique monétaire américaine et la cristallisation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine ont entraîné des sorties de capitaux des pays émergents. Les flux de portefeuilles entrant en Indonésie se sont contractés de 40 % en g.a sur l’année. En parallèle, la hausse des cours du pétrole (dont l’Indonésie est importateur net depuis 2011) et la baisse de celui de l’huile de palme (10 % de ses exportations) ont contribué à la dégradation du solde des échanges de biens. Sur l’année, l’Indonésie a enregistré son premier déficit commercial depuis 2014 (-9,8 Mds USD après +11,2 Mds USD en 2017). Le déficit du compte courant a quasiment doublé, passant de 16 Mds USD à 31 Mds USD (équivalent à 1,6% et 2,98% du PIB). L’excédent du compte financier (réduit à 25 Mds USD après 29 Mds USD) n’a pas suffi à contrebalancer le déficit courant comme il l’avait fait les années précédentes, et les réserves de change ont diminué de 7 Mds USD. La roupie a perdu 6,5% sur l’ensemble de l’année (s’établissant à 14 481 IDR/USD fin décembre) après s’être dépréciée de 11,2% au plus fort des pressions en octobre. Ces tensions sur la devise nationale illustrent la vulnérabilité accrue de l’économie aux chocs extérieurs, en raison notamment du déficit croissant du compte courant, financé en grande partie par des capitaux étrangers de court terme (depuis 2016, les IDE représentent moins de 50% des flux de capitaux entrants). La dette extérieure a augmenté de 7% en g.a et était équivalente à 36% du PIB fin 2018 (elle était inférieure à 30% cinq ans plus tôt).

Les autorités indonésiennes ont réagi activement afin de préserver la stabilité macroéconomique et financière. La Banque centrale est intervenue régulièrement sur les marchés des changes et des obligations, en s’appuyant sur des réserves confortables (de leur plus haut niveau, à 132 Mds USD, en janvier, elles sont passées à 115 Mds USD fin septembre), et a relevé ses taux directeurs à six reprises, de 175 points de base au total. De son côté, le gouvernement a pris des mesures pour encourager la substitution de produits locaux aux importations et attirer les investissements directs entrants (élargissement des dispositifs d’exemptions fiscales, proposition d’une révision de la liste des secteurs ouverts (DNI)).

Malgré ces difficultés, la croissance du PIB indonésien s’est établie à 5,17% en 2018, en hausse pour la 3ème année consécutive (5,07 en 2017, 5,03 en 2016 et 4,88 en 2015). La dépréciation de la devise n’a pas entraîné de hausse de l’inflation qui a été de 3,2% en moyenne (3,8% l’année précédente). Cette stabilité des prix a été rendue possible notamment car le gouvernement a gelé les prix de l’énergie (qui n’ont donc pas reflété la hausse des prix mondiaux) dans le but de préserver le pouvoir d’achat de la population.

 

macro graphiques indonésie 2018

La politique budgétaire appliquée par la ministre Sri Mulyani a permis une réduction significative du déficit public à 1,8% du PIB en 2018 (2,5% en 2017 et 2016, 2,6% en 2015). Le budget pour l’année 2019 a été adopté, malgré l’approche des élections présidentielles, avec des objectifs de déficit et dépenses constants à 1,8% et 15% du PIB respectivement. Le ministère des finances met l’accent sur l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques et la hausse des recettes fiscales (+15,5% en 2018). Celles-ci sont inférieures à 11% du PIB, limitant les dépenses publiques productives (investissements, services publics). La dette publique est restée relativement stable à 30,1% du PIB, contre 29,4% un an plus tôt mais est détenue à 60% par des non-résidents, un point de vulnérabilité important.

Afin de soutenir l’activité, le gouvernement a poursuivi sa politique d’investissement dans les infrastructures et de réformes structurelles, avec des résultats en demi-teinte. Comme en 2017, 2,8% du PIB ont été investis par le gouvernement dans les infrastructures l’année dernière (contre 1,5% en 2014), un niveau encore largement inférieur à la moyenne de 5% observée en ASEAN. En dépit de la volonté des autorités de développer les PPP, le secteur privé demeure faiblement mobilisé en raison du cadre réglementaire complexe et des difficultés de financement (faible épargne domestique). Les réformes pour améliorer d’attractivité se sont poursuivies avec notamment la simplification des démarches administratives des entreprises (nouveau service en ligne, Online Single Submission). Toutefois, certaines réformes souhaitées par gouvernement peinent à entrer en œuvre car elles se heurtent à l’inertie administrative et aux intérêts établis. La politique sociale fait l’objet d’une attention particulière des autorités qui ont renforcé le programme d’aide financière conditionnelle (Program Keluarga Harapan), les aides alimentaires non monétaires (BPNT), et poursuivi la généralisation de la sécurité sociale obligatoire (BPJS).

La solidité du secteur financier indonésien est un atout malgré son rôle restreint dans l’économie. Les encours de crédit et les dépôts n’atteignent que 36% et 38 % du PIB respectivement, le niveau le plus bas dans la région. Le secteur est fortement capitalisé (ratio d’adéquation en capital de 23%) et l’autorité des services financiers (OJK) étoffe régulièrement le cadre prudentiel domestique. Malgré la hausse des taux directeurs de la Banque centrale, la part des prêts non performants a diminué en 2018 (de 2,6% fin 2017 à 2,4%) et la croissance du crédit s’est accélérée (de +8,3% en 2017 à +12%). On constate toutefois une dégradation de la qualité des actifs et une tension du ratio de liquidité compte tenu de la faible croissance des dépôts bancaires.

A moyen terme, un risque croissant pèse sur les entreprises publiques qui  ont été mises à contribution dans le cadre du plan de développement des infrastructures et des mesures de contrôle des prix. Dès mars 2018, un rapport de Standard & Poor’s mettait en évidence la dégradation de leur situation financière (le ratio dette/EBITDA moyen est passé de 1 à 4,5 depuis 2011). Le ratio de dette des entreprises publiques non financières sur le PIB est passé de 3,5% fin 2015 à 6,2% fin 2018. Les entreprises de l’énergie, Pertamina et PLN (également les deux sociétés les plus importantes du pays), sont par ailleurs exposées au risque de change et subissent le coût du blocage des prix de certains des carburants et des tarifs électriques pour les catégories défavorisées.

A long terme, les défis structurels sont importants pour permettre à l’Indonésie d’augmenter durablement son niveau de vie. Pour ce faire, il est nécessaire d’augmenter la croissance qui est inférieure à celle d’autres pays lorsqu’ils étaient au même niveau de développement (la croissance de la Chine était supérieure à 9%). Le pays doit poursuivre l’amélioration de son environnement des affaires et notamment la  gouvernance (89ème/180 au classement Transparency International) pour attirer les IDE. Il doit aussi développer l’épargne locale (200 Mds USD d’épargne indonésienne se trouveraient à Singapour). Le renforcement du capital humain et le développement des infrastructures (déficit estimé à 1500 Mds USD) sont deux défis incontournables pour accroître le revenu par habitant et surmonter les inégalités géographiques. Ils sont indispensables à une montée en gamme de l’appareil productif, qui permettrait de dé-corréler l’économie des cours internationaux de matières premières. Enfin, le pays est parmi les pays d’Asie-Pacifique les plus vulnérables au changement climatique (3ème en termes d’impact d’une montée des eaux sur les zones urbaines et l’agriculture) et ne peut plus négliger l’environnement dans la détermination de son modèle de croissance future.