1. Un accès à l’eau insuffisant, reflet d’un manque d’infrastructures et d’une gestion complexe du secteur

Le Nigéria accuse un important retard en matière de gestion de l’eau; en 2014, d’après la Banque mondiale, plus de 30% de la population nigériane n’avait pas accès à une source d’eau améliorée. Ce chiffre était de 44% en milieu rural contre 19 % en ville. Le raccordement au réseau selon les Etats est également très disparate (55% dans certains Etats du sud, certains Etats du Nord ne dépassent pas les 18%).

Moins d’un tiers de la population nigériane a accès aux installations sanitaires. La gestion de l’eau est bureaucratique et très complexe (niveau fédéral, fédéré et district). Les partenaires du développement de ce secteur (principalement la Banque mondiale, AFD, BAfD) se concertent régulièrement avec le ministère des Ressources en Eau pour le développement d’infrastructures non ou peu rentables, notamment en zone rurale ou dans des zones urbaines situées dans la région Nord.

2. Des investissements importants attendus avec un rôle accru confié au secteur privé

La gestion du secteur devrait être confiée au secteur privé. Dans le cadre de son programme dit de «Transition», le gouvernement compte confier les sociétés d’exploitation et d’assainissement des eaux et les sociétés de distribution au privé, soit dans le cadre d’une privatisation, soit dans le cadre d’un PPP. Plusieurs Etats du sud ont passé des lois permettant la gestion privée de leurs infrastructures. L’Etat fédéral serait en phase finale de préparation d’une nouvelle loi sur l’eau qui permettra notamment d’organiser la gestion des réseaux d’eau par le privé. Cette réforme ouvre une période de désordre en termes de planification.

Toutefois des investissements publics importants seraient nécessaires sans qu’ils soient financés à ce stade. Alors que les institutions publiques de gestion de l’eau ont trop longtemps différé les investissements nécessaires à la réhabilitation des infrastructures existantes, on parle au sein du Ministère fédéral d’un besoin de quadruplement du traitement et de la distribution en eau dans les Etats les plus importants (Lagos, Ogun state au sud-ouest, Rivers, Cross River au sud-est, Kano -Nord du pays-) auxquels il convient d’ajouter le district fédéral d’Abuja. Toutefois, les besoins d’investissements ne sont pas quantifiés financièrement par les Autorités nigérianes qui comptent sur ce point sur les institutions financières internationales.

La commission nationale du plan (NPC) considère que le gouvernement nigérian devra mobiliser 107,5 Md USD d’ici 2020, pour mettre à niveau ses infrastructures –soit 99 Mds USD dans le domaine de l’eau et 8,5 Mds USD dans le secteur de l’irrigation (qui dépend du Ministère chargé de l’Agriculture). Beaucoup moins ambitieuse que la NPC, la Banque mondiale considère que si le Nigéria veut atteindre les objectifs du millénaire, 10 Md USD d’investissements seraient nécessaires sur 10 ans dans les domaines de la distribution, de l’assainissement et du traitement des eaux usées, sans compter les charges courantes de fonctionnement. Le ministère fédéral des Ressources en eau est particulièrement intéressé par l’expérience française en matière de PPP dans le domaine de l’eau et par l’expertise française dans le domaine de la gestion de l’eau.