La 10ème édition annuelle de l’« Euromoney Kuwait Conference » » a eu lieu le 25 septembre 2018 sous le patronage du ministère koweïtien des Finances et de l’Autorité publique de promotion des investissements étrangers (KDIPA). L’ensemble des grandes questions macroéconomiques et financières a été abordé : soutenabilité du modèle économique koweïtien et rôle de l’Etat, résilience du système bancaire et opportunités, participation de capitaux privés au financement des grands projets, importance du capital humain. 1/ Le Koweït veut réduire l’intervention de l’Etat dans l’économie et moderniser son cadre normatif, notamment en rationalisant les dépenses publiques.Conformément aux objectifs de diversification de l’économie annoncés dans le cadre de la Vision 2035, le ministre koweïtien des Finances a inauguré la conférence par un discours présentant le secteur privé comme futur moteur de la croissance économique tout en soulignant la nécessité de « réduire l’intervention de l’Etat da

La 10ème édition annuelle de l’« Euromoney Kuwait Conference » » a eu lieu le 25 septembre 2018 sous le patronage du ministère koweïtien des Finances et de l’Autorité publique de promotion des investissements étrangers (KDIPA). L’ensemble des grandes questions macroéconomiques et financières a été abordé : soutenabilité du modèle économique koweïtien et rôle de l’Etat, résilience du système bancaire et opportunités, participation de capitaux privés au financement des grands projets, importance du capital humain.

1/ Le Koweït veut réduire l’intervention de l’Etat dans l’économie et moderniser son cadre normatif, notamment en rationalisant les dépenses publiques.

Conformément aux objectifs de diversification de l’économie annoncés dans le cadre de la Vision 2035, le ministre koweïtien des Finances a inauguré la conférence par un discours présentant le secteur privé comme futur moteur de la croissance économique tout en soulignant la nécessité de « réduire l’intervention de l’Etat dans l’économie ». Aujourd’hui, le secteur public, notamment grâce aux revenus du pétrole, contribue encore à 60% du PIB.

Le Ministre a également rappelé le rôle important joué par le Ministère des Finances dans le contrôle des deniers publics, notamment vis-à-vis des autres autorités publiques. Il a ainsi dressé les contours de la nouvelle législation qui sera discutée à partir d’octobre au Parlement et qui remplacera la précédente loi de 1978. La future loi renforcera le contrôle du MoF dans l’objectif de mieux rationaliser les dépenses. L’ensemble des entités publiques – ministères et autorités – devront soumettre au MoF un rapport annuel, avec des programmes et des indicateurs de performances, qui précisera par exemple pourquoi les dépenses dépassent les recettes. Ainsi, le MoF pourra fixer un montant de dépenses maximum, qui évoluera en fonction de la conjoncture économique. Le MoF entend ainsi jouer le rôle de directeur financier (CFO) des comptes publics plutôt que de simple comptable. Dans un souci de transparence, le MoF informera régulièrement le Parlement de sa situation financière.

Ainsi, la modernisation du cadre normatif et législatif – création de KDIPA et KAPP, Company Law en 2016, lois à venir – participe à l’attractivité du Koweït, alors même que le Koweït n’était seulement classé qu’au 96eme rang du « Doing Business » de la Banque Mondiale en 2017.

2/ L’attractivité du pays et le développement du secteur privé sont des objectifs affichés du pays, s’inscrivant clairement dans la « Vision 2035 ».

Le directeur général de l’Autorité publique koweïtienne de promotion des investissements étrangers (KDIPA) a ensuite rappelé le rôle attendu des IDE dans la transformation et la diversification du pays, sur le développement du capital humain koweïtien et sur l’internationalisation du pays. Si le Koweït n’a pas de besoin de financement particulier, le pays fait appel aux capitaux privés et étrangers pour améliorer l’efficacité du processus de production : besoin d’expertise et de bonne gouvernance, transfert de technologie dans les secteurs à haute valeur ajoutée.  Ainsi, l’accent est mis sur les investissements dans les secteurs porteurs de l’économie koweïtienne : transport et construction, environnement et énergies renouvelables, nouvelles technologies, santé et éducation.

Le DG de KDIPA a également souligné la récente intégration de la bourse du Koweït à l’indice FTSE Russell en tant que Secondary Emerging Market et surtout la future privatisation de la bourse du Koweït au 1er trimestre 2019. Cette transformation de la place financière koweïtienne est un indicateur tangible de la volonté du pays de se transformer et de s’ouvrir aux entreprises et investisseurs étrangers, en souhaitant davantage stimuler la croissance économique par le secteur privé.

Pour faciliter aussi bien l’essor du secteur privé koweïtien et attirer les capitaux étrangers, le Koweït développe de plus en plus les partenariats publics privés, via une autorité publique dédiée, la Kuwait Authority for Partnership Projects (KAPP). De nombreux projets ont déjà vu le jour et de nombreux suivront, notamment dans les secteurs des transports, de l’immobilier, de l’énergie et de l’eau. La KAPP a lancé en juillet dernier des appels d’offres pour des centrales électriques à Az-Zour Phase 2 et 3 et à Al Khairan Phase 1.

3/ Sain et résilient, le système bancaire koweïtien doit tirer profit de la Vision 2035 et de la digitalisation de l’économie.  

La directrice générale adjoint de la National Bank of Kuwait (NBK) a souligné la bonne santé du système bancaire koweïtien et sa résilience aux chocs économico-financiers. Depuis la crise financière de 2007/2008, le Koweït, sous l’impulsion de la Banque Centrale, s’est doté de plusieurs instruments de réglementation pour solidifier le cadre légal. Le ratio de solvabilité du système bancaire s’établissait à 18,45% à la fin de l'année 2017, ce qui était bien supérieur aux exigences des normes Bâle III (8%). La qualité des actifs s’était nettement améliorée, le montant des créances douteuses était de 1,9% des prêts bruts fin 2017 et le taux de provisionnement (« Coverage Ratio ») s'établissait à 230%. Enfin, la Banque Centrale avait également établi un volant de conservation et un volant contracyclique de 2% afin de limiter la propagation du risque systémique entre les grandes banques koweïtiennes.

NBK identifiait deux principales opportunités pour le secteur bancaire koweïtien. La Vision 2035 de l’Emir du Koweït, qui veut faire de l’Emirat un centre régional économique et financier, confie aux banques koweïtiennes un rôle important, d’une part en soutenant le gouvernement dans la mise en œuvre de la vision, d’autre part en finançant le développement et la modernisation des infrastructures. Le secteur bancaire a particulièrement un rôle à jouer pour soutenir la croissance hors-hydrocarbures, accompagnant ainsi les grands projets en cours et à venir dans les secteurs porteurs de l’économie, notamment l’immobilier et les transports, et participant à la diversification de l’économie.

La seconde opportunité pour le secteur bancaire koweïtien est l’essor des technologies et la digitalisation de l’économie, notamment à travers le développement de la Fintech et de la blockchain, contraignant les banques à une transformation permanente. La digitalisation des services bancaires est déjà forte mais s’amplifiera dans les années à venir, surtout au Koweït où 60% de la population à moins de 30 ans. Les banques devront rapidement s’adapter à la robotique et à l’intelligence artificielle, tout en étant attentives aux risques liés aux cyber-attaques, au piratage et la manipulation des données et aux transactions frauduleuses.

4/ Le développement du capital humain est une condition sine qua non de la réussite du Koweït sur le moyen et long terme.

L’ensemble des participants ont souligné l’importance majeure du développement du capital humain dans le développement du pays et les efforts qui devront être consentis. Le capital humain est identifié comme l’un des piliers du « Koweït 2035 » du fait de ses impacts de long-terme. La formation devait donc être nettement améliorée car si le Koweït dépensait par étudiant bien plus que la plupart des pays de l’OCDE, le « retour sur investissement » mesuré (-77%) était l’un des plus mauvais du monde. Le gouvernement koweïtien s’est engagé à augmenter la part des dépenses liées à l’éducation et aux investissements, alors même que les salaires et les subventions constituaient 88% des dépenses budgétaires en 2016/2017.