La Banque centrale du Kenya (Central Bank of Kenya, CBK) a publié en mars une étude d’impact sur la loi d’encadrement des taux d’intérêt. D’après cette loi, entrée en vigueur en septembre 2016, les taux prêteurs des banques sont plafonnés à 400 pb (4 %) au-dessus du taux d’intérêt directeur de la CBK, aujourd’hui de 9,5 %. La mise en place de cette loi constituait une réponse du gouvernement aux critiques contre le coût élevé du crédit – 18,2 % en moyenne avant son entrée en vigueur – alors que la profitabilité du secteur bancaire était dans l’ensemble élevée.

D’après la CBK, l’encadrement des taux a eu plusieurs effets négatifs, qui de manière agrégée, auraient couté 0,4 point de croissance au Kenya en 2017. D’abord, il a entraîné une diminution du crédit aux clients les plus risqués, à savoir les ménages et les PME, le taux d’intérêt maximal étant insuffisant pour faire face aux risques inhérents à ces catégories de clients. Les banques se sont dès lors tournées massivement vers les actifs les plus sûrs : titres de dette publique et prêts aux grandes entreprises.  Par ailleurs, suite à l’entrée en vigueur de la loi, la banque centrale observe une augmentation des frais bancaires – qui est allée de pair avec une plus forte opacité des offres bancaires pour les consommateurs – ainsi qu’une dégradation de la situation financière des plus petites banques dont la dépendance aux revenus d’intérêts est plus forte ; ces banques ont par ailleurs souffert d’un transfert des dépôts vers les grandes banques, jugées plus à même de faire face à ces nouvelles contraintes réglementaires.  Enfin, la conduite  de la politique monétaire de la CBK a été rendue plus compliquée : la baisse de l’inflation rend théoriquement possible un assouplissement de la politique monétaire dont les effets sont délétères sur le crédit au secteur privé, la baisse du taux d’intérêt de la CBK conduisant mécaniquement à une diminution du plafond maximal des taux prêteurs des banques.

 

La publication de cette étude intervient à un moment où le ministre des Finances a annoncé que la loi serait substantiellement modifiée d’ici l’été. A ce stade, les contours de la réforme restent flous.