La crise liée à la Covid-19 traduit la dépendance du Nigeria à l’égard du pétrole, dont le poids réel dans l’économie dépasse largement celui de sa contribution au PIB (9%). L’année 2020 a été marquée par la chute des cours du pétrole mais également de la production au Nigéria, affectant fortement les entrées de devises et recettes fiscales. Ce contexte délicat a été mis à profit pour adopter la Petroleum Industry Bill, loi de régulation du secteur pétrolier en chantier depuis environ 20 ans.

Une économie et des comptes publics largement dépendants de l’industrie pétrolière.

Depuis la découverte de ressources pétrolières dans le pays en 1956, le secteur pétrolier a progressivement pris une importance considérable dans l’économie nigériane. Avec une capacité maximale de production de 2,5 millions de barils par jour (Mb/j) le Nigéria est le plus important producteur de pétrole du continent africain et le treizième au niveau mondial. Ses réserves sont estimées à 37,5 milliards de barils soit 50 années de production au rythme actuel. Le quatuor Shell (30%), Total (25%), ExxonMobil (20%) et Chevron (10%) assure 85% de la production totale du pays. Des contrats de partage de production et de joint-venture sont mis en place avec la NNPC, l’entreprise publique en charge du secteur. Une partie de la production est également assurée par des acteurs locaux[1].

Aujourd’hui, le secteur pétrolier contribue directement à hauteur de 9% du PIB et bien davantage indirectement. En comparaison de son poids dans l’économie, l’industrie pétrolière est faiblement intensive en main d’œuvre et emploierait directement moins de 100 000 personnes dans le pays. Cette contribution est soutenue par les règles de contenu local. Shell estimait par exemple avoir dépensé l’équivalent de 800 M USD en 2020 pour l’ensemble de ses contrats octroyés aux entreprises nigérianes et indique que 96% de ses employés au Nigéria sont nigérians. De son côté, Total souligne être passé de 44% de contenu local en 2004 pour la fabrication de ses FPSO[2] à 77% pour EGINA, dernière unité livrée fin décembre 2018.

Malgré la chute des cours du pétrole en 2020, le secteur pétrolier est demeuré la première source d’exportation du pays avec 88,5% du total à l’origine de 29 Mds USD de recettes. Le secteur pétrolier est également le premier pourvoyeur de recettes fiscales pour l’Etat central et de réserves de devises, bien qu’en recul en 2020. Alors que les revenus collectés par l’Etat en 2020 représentent l’équivalent de 6% du PIB nigérian (contre 8% en 2019), les recettes publiques issues du secteur pétrolier et gazier atteignent 2% du PIB (contre 3,7% en 2019), soit 33 % des revenus de l’Etat fédéral (contre 47% en 2019). En outre, les Etats producteurs de pétrole[3] reçoivent une partie des revenus pétroliers collectés par l’Etat central. Cette allocation représente, en fonction des Etats, entre 12% et 73% de leurs revenus.

La hausse régulière de la production pétrolière stoppée par la crise  

La production effective du Nigéria progressait régulièrement depuis 2016 passant de 1,4 Mb/j à 1,7 Mb/j en 2019 tirée principalement par les grands projets de Total et Shell. En 2020, la crise ainsi que les injonctions de l’OPEP au respect par le Nigeria de ses quotas ont mis un coup d’arrêt à cette tendance, la production de pétrole brut reculant à 1,48 Mb/j. La réduction sensible des investissements dans le secteur pétrolier depuis 2014, dans l’attente du vote de la Petroleum Industry Bill, constitue également un frein à une forte augmentation de la production au-delà de son pic de 2019.

La hausse de la production enregistrée en 2019 était principalement liée à l’entrée en production du FPSO Egina. Lancé à la toute fin de l’année 2018, ce projet mené par Total (24% des parts), aux côtés de Petrobras (16%), South Atlantic Petroleum SAPETRO (5%), la NNPC (10%) et la China National Offshore Oil Corporation CNOOC (45%), a rapidement atteint son potentiel de production et ajoute 200 000 b/j à la production nationale, soit plus de 10% du total. Autre projet de taille, l’entreprise Shell travaille actuellement à finaliser son investissement pour le site Bonga South West Aparo. L’investissement total est estimé à 10 Mds USD et la production potentielle, via FPSO également, serait de 150 000 b/j. Après avoir été retardées de nombreuses fois depuis 2015, les négociations entre Shell et la NNPC sur les termes du contrat devraient se finaliser cette année.
D’importateur net de produits raffinés à exportateur net dans les prochaines années ?

Malgré son rôle d’exportateur de pétrole brut, le Nigéria importe aujourd’hui 90% de ses besoins en carburants (8 Mds USD de produits raffinés en 2020), en raison d’une incapacité à entretenir les raffineries publiques existantes, aujourd’hui à l’arrêt pour la plupart. Cette dépendance de l’extérieur a un impact important sur les finances publiques puisque l’Etat, subventionne le prix des carburants à la pompe fixé artificiellement à 162 NGN / litre. Ce mécanisme de subvention n’est pas inscrit comme tel dans le Budget de l’Etat mais est absorbé par la compagnie publique NNPC, unique acheteur de pétrole raffiné et donc unique revendeur auprès du réseau de distribution nigérian. Répondant aux exigences des bailleurs dont le soutien financier s’est avéré vital pendant la crise, le gouvernement avait supprimé ces subventions mais a été contraint de les rétablir, une fois les prix du pétrole repartis à la hausse. Le coût annuel direct de ces subventions est évalué entre 2 et 3 Mds USD (sur un budget de l’Etat d’environ 36 Mds USD en 2021) et pèse aussi sur les finances publiques : NNPC vient d’interrompre le paiement de ses redevances à l’Etat en raison du poids des subventions.

Cet état de fait pourrait néanmoins changer à moyen terme avec l’entrée en opération de nouvelles raffineries dont celle de l’entreprise Dangote Industries Limited propriété de l’homme le plus riche d’Afrique Aliko Dangote. Démarrés en 2014 dans la zone franche de Lekki, (Etat de Lagos) les travaux de l’installation ont un coût total estimé entre 9 et 14 Mds USD. Le démarrage de la production est attendu en 2022. D’une capacité de 65,4 millions de litres par jour (à comparer aux 51 millions de litres de carburants importés par jour) cette raffinerie sera la plus grande du continent. Cette installation, comme le projet du groupe BUA de 200 000 barils/jour censé être opérationnel en 2025, devraient avoir un effet bénéfique sur la croissance économique et sur la balance commerciale.

Une présence française stratégiquement positionnée.

Total, présent au Nigéria depuis 1956, est le premier investisseur français dans le pays et emploie plus de 1 600 personnes. L’entreprise est présente à la fois dans l’exploration et la production de pétrole, soit en tant qu’opérateur, soit par le biais de participations et dans la distribution de carburant, en tant que numéro 1 du secteur, grâce à un réseau de 560 stations-service.

Les entreprises françaises sont également présentes dans le secteur avec Ponticelli, Spie, Vallourec et Cegelec ou encore Technip Energies pour ce qui est de la construction et du maintien des infrastructures, Air Liquide pour l’approvisionnement en gaz, Bourbon pour les services maritimes aux sociétés pétrolières et, plus indirectement, ASCA (groupe Rubis), qui produit du bitume et détient plus de la moitié du marché nigérian.


[1] Conoil, Oando, Folawijo Oil, South Atlantic, Zenon, Oriental Energy, Seplat.

[2] Unité flottante de production, de stockage et de déchargement.

[3] Abia, Akwa Ibom, Bayelsa, Delta, Edo, Ondo et Rivers.