La dépendance du Nigeria à l’égard du pétrole reste forte : son poids réel dans l’économie dépasse largement celui de sa contribution au PIB (5,7%). Après trois années de hausse continue de la production de 2016 à 2019, celle-ci a de nouveau chuté pour atteindre en 2022 son plus bas niveau de production, en moyenne annuelle, depuis plus de trente ans, ce qui affecte les entrées de devises et les recettes fiscales. Les raisons de cette chute sont principalement d’ordre structurel. En outre, l’ouverture récente de la raffinerie Dangote pourrait, à moyen terme, mettre fin à la dépendance du Nigéria vis-à-vis de l’étranger pour l’importation de ses produits raffinés. Les entreprises françaises, notamment TotalEnergies, sont quant à elles solidement positionnées dans le secteur pétrolier nigérian.  

 

Une économie et des comptes publics largement dépendants de l’industrie pétrolière.

Depuis la découverte de ressources pétrolières dans le pays en 1956, le secteur pétrolier a progressivement pris une importance considérable dans l’économie nigériane. Avec une capacité maximale de production de 2,5 millions de barils par jour (Mb/j) le Nigéria est le plus important producteur de pétrole du continent africain et le quatorzième au niveau mondial. Ses réserves sont estimées à 37,5 milliards de barils soit 50 années de production au rythme actuel. Le quatuor Shell (30%), Total (25%), ExxonMobil (20%) et Chevron (10%) assure 85% de la production totale du pays. Des contrats de partage de production et de joint-venture sont mis en place avec la NNPC, l’entreprise publique en charge du secteur. Une partie de la production est également assurée par des acteurs locaux[1].

En 2022, le secteur pétrolier a contribué directement à hauteur de 5,67% du PIB selon le bureau national des statistiques nigérian (NBS) et bien davantage indirectement. En comparaison de son poids dans l’économie, l’industrie pétrolière est faiblement intensive en main d’œuvre et emploierait directement moins de 100 000 personnes dans le pays. Cette contribution est soutenue par les règles de contenu local. Shell estimait par exemple avoir dépensé l’équivalent de 1,9 Md USD en 2022 pour l’ensemble de ses contrats octroyés aux entreprises nigérianes et indique que 97% de ses employés au Nigéria sont nigérians. De son côté, Total souligne être passé de 44% de contenu local en 2004 pour la fabrication de ses FPSO[2] à 77% pour EGINA, dernière unité livrée fin décembre 2018.

En 2022, le secteur pétrolier est demeuré la première source d’exportation du pays avec des exportations de brut représentant 78,74 % des exportations totales du Nigeria. Le secteur pétrolier est également le premier pourvoyeur de recettes fiscales pour l’Etat central et de réserves de devises. Alors que les recettes fiscales de l’Etat en 2022 représentaient 6,9% du PIB nigérian (contre 8,2% en 2018), les recettes fiscales issues du secteur pétrolier et gazier ont atteint 1,8% du PIB (contre 3,6% en 2018), soit 26,1 % des revenus de l’Etat fédéral (contre 43,9% en 2018). Cette baisse de la part du secteur pétrolier dans les recettes fiscales de l’Etat ces cinq dernières années est en partie le résultat de la politique de diversification fiscale du gouvernement fédéral, mais aussi de la baisse de la production. Malgré l’envolée des cours mondiaux du pétrole brut (+150% entre 2020 et 2022), qui a historiquement toujours soutenu l’économie nigériane, celle-ci n’en a pas pleinement bénéficié. En effet, la marge de manœuvre budgétaire du Nigéria s'est réduite depuis 2021, avec un déficit budgétaire des administrations publiques égal ou supérieur à 5,0 % du PIB. La dégradation de la situation budgétaire du fait de la hausse des prix mondiaux de l'énergie est principalement liée à la subvention sur l’essence importée, récemment supprimée, qui était jusque-là déduite directement des recettes pétrolières.

En outre, les Etats producteurs de pétrole[3] reçoivent une partie des revenus pétroliers collectés par l’Etat central. Cette allocation représente, en fonction des Etats, entre 12% et 73% de leurs revenus.

En hausse régulière entre 2016 et 2019, la production pétrolière chute à nouveau du fait de facteurs structurels.

Après une baisse continue de la production entre 2010 et 2016, passant de 2,07 Mb/j à 1,4 Mb/j, la production du Nigéria avait progressé continuellement entre 2016 et 2019, passant de 1,4 Mb/j à 1,73 Mb/j, tirée principalement par les grands projets de Total et de Shell. La hausse de la production enregistrée en 2019 était principalement liée à l’entrée en production du FPSO Egina de Total. Lancé à la toute fin de l’année 2018, ce projet mené par Total (24% des parts), aux côtés de Petrobras (16%), South Atlantic Petroleum SAPETRO (5%), la NNPC (10%) et la China National Offshore Oil Corporation CNOOC (45%), a rapidement atteint son potentiel de production et ajoute 200 000 b/j à la production nationale, soit plus de 10% du total.

Cependant, la crise de 2020 liée à la pandémie et les problèmes structurels du secteur pétrolier nigérian ont mis un coup d’arrêt à cette tendance. La production de pétrole a baissé continuellement entre 2019 et 2022 pour atteindre une moyenne de 1,14 Mb/j en 2022. C'est le niveau le plus bas, en moyenne annuelle, jamais atteint depuis plus de trente ans par le Nigéria, bien en dessous du quota fixé par l’OPEP (1,8 M). Cette baisse de la production journalière est le résultat de trois principaux facteurs structurels : le cadre légal, l’insécurité et la corruption, le détournement de brut. En effet, l’entrée en vigueur sans cesse décalée de la Petroleum Industry Bill, finalement adoptée en 2021, a longtemps empêché les entreprises pétrolières d’avoir une visibilité sur le futur régime fiscal, ce qui les a conduites à réduire sensiblement leurs investissements dans de nouveaux champs pétroliers depuis 2014. Par ailleurs, l’insécurité et les lacunes de la gestion publique la région pétrolière du delta du Niger ont affecté les investissements dans les projets déjà en phase d’exploitation. Enfin, la chute de la production de pétrole est également due au détournement massif de brut dans le delta. En 2022, on estime qu’entre 400 000 et 450 000 barils auraient été volé par jour, l’équivalent de la production journalière additionnée du Congo et du Gabon.

D’importateur net de produits raffinés à exportateur net dans les prochaines années ?

Malgré son rôle d’exportateur de pétrole brut, le Nigéria importe aujourd’hui entre 90% et 95% de ses besoins en carburants (11,3 Md USD de produits raffinés en 2021), en raison d’une incapacité à entretenir ses quatre raffineries publiques, aujourd’hui à l’arrêt pour la plupart. En 2022, le Nigéria à importer pour 23 Md USD de combustibles minéraux (pétrole, gaz et charbon), constituant ainsi la première source d’importation (39,6%). Cette dépendance vis-à-vis de l’étranger avait jusqu’à récemment un impact important sur les finances publiques puisque l’Etat subventionnait le prix des carburants à la pompe, fixé artificiellement à 162 NGN/litre. Le coût annuel direct de ces subventions représentait en 2022 2,2% du PIB (10 Md USD) et 32,4% des recettes totales de l’Etat, soit un coût supérieur au budget annuel alloué à la santé, à l'éducation et aux services sociaux. Longtemps promise, la suppression de la subvention aux carburants est entrée en vigueur en mai 2023 à la suite de l’élection du nouveau Président, Bola Tinubu, et a engendré un triplement des prix à la pompe pour les Nigérians. Cette suppression doit permettre de donner des marges de manœuvres au gouvernement fédéral pour investir dans les infrastructures de transport, d’éducation ou encore de santé.

La dépendance du Nigéria aux produits raffinés importés pourrait néanmoins changer à moyen terme avec l’entrée en opération de nouvelles raffineries dont celle de l’entreprise Dangote Industries Limited, propriété de l’homme le plus riche d’Afrique Aliko Dangote. Plus grande raffinerie du continent, sa construction a démarré en 2014 dans la zone franche de Lekki (Etat de Lagos) et aurait coûté 20 Md USD. Avec une capacité de raffinage de 650 000 barils de pétrole brut par jour, la raffinerie Dangote pourra produire 53 millions de litres de pétrole raffiné par jour (à comparer aux 33 millions de litres consommés par jour au Nigéria). Inaugurée en mai 2022, la raffinerie n’a néanmoins toujours pas lancé sa production. Cette nouvelle installation et le projet du groupe BUA de 200 000 barils/jour, censé être opérationnel en 2025, devraient avoir un effet bénéfique sur la croissance économique, sur la balance commerciale et sur les réserves de change du Nigéria.

Une présence française stratégiquement positionnée.

Total, présent au Nigéria depuis 1956, est le premier investisseur français dans le pays et emploie plus de 1 600 personnes. L’entreprise est présente à la fois dans l’exploration et la production de pétrole, soit en tant qu’opérateur, soit par le biais de participations, et dans la distribution de carburant, en tant que numéro 1 du secteur, grâce à un réseau de 540 stations-service.

Les entreprises françaises sont également présentes dans le secteur avec Ponticelli, Spie, Vallourec et Cegelec ou encore Technip Energies pour ce qui est de la construction et du maintien des infrastructures, Air Liquide pour l’approvisionnement en gaz, Bourbon pour les services maritimes aux sociétés pétrolières et, plus indirectement, ASCA (groupe Rubis), qui produit du bitume et détient plus de la moitié du marché nigérian.


[1] Conoil, Oando, Folawijo Oil, South Atlantic, Zenon, Oriental Energy, Seplat.

[2] Unité flottante de production, de stockage et de déchargement.

[3] Abia, Akwa Ibom, Bayelsa, Delta, Edo, Ondo et Rivers.