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Tchad

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 Juin 2016

TCHAD

 

Président de la République : M. Idriss Déby Itno

Premier Ministre : M. Albert Pahimi Padacke

Ministre des Finances et du Budget : M. Mahamat Alamine Bourma Treye

Ministre de l’Economie et du Commerce: M. Djidi Bichara

Ministre du Plan et de la Perspective: Mme Mariam Mahamat Nour

Ministre des Infrastructures et des Transports : M. Adoum Younousmi

Ministre des postes et NTIC : M. Mahamat Louani Gaodi

 

1. Situation politique

Au pouvoir depuis 1990, le Général Idriss Deby Itno a été réélu Président de la République pour la cinquième  fois en avril 2016, avec 60% des voix. Le gouvernement actuel a été nommé en février 2016. Des élections législatives devraient avoir lieu en 2017 au plus tard. Le Tchad est membre de la Force Multinationale Mixte engagée dans la lutte contre Boko-Haram.

 

2. Situation économique et financière

2.1. Éléments structurels sur l’économie

Le Tchad, dont le PIB représente 15% du PIB total de la CEMAC en 2015, reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Les deux-tiers des 13,6 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. La population est essentiellement rurale (78%).

Le pays est depuis 2003 producteur de pétrole (20% du PIB  en 2015, contre 25,2% en 2014 et 27% en 2013). La production, principalement assurée par le consortium ESSO (Exxon- Pétronas-Etat tchadien qui a racheté en 2014 les parts détenues par Chevron), a connu une phase de diminution (le bassin de Doba a produit 3,72 millions de tonnes à fin 2015, contre 3,99 millions de tonnes un an plus). Ce repli est dû au vieillissement des puits. La baisse importante des cours du pétrole brut (-69,8% entre août 2014 et janvier 2016) a conduit au ralentissement de l’activité d’exploration, très coûteuse. Les compagnies pétrolières se sont concentrées sur l’exploitation des champs existants. Elles ont pallié la baisse des prix, grâce à une augmentation de la production qui est passée de 75 000 barils/jour en 2014 à 150 000/jour en 2015, en relation avec la mise en production récente des champs de Badila et Mangara, opérés par Glencore (qui a racheté Caracal en 2014). Selon la BEAC, la production annuelle du champ de Badila aurait atteint 1,08 million de tonnes à fin 2015, contre 0,59% en 2014. La production du champ de Bongor opéré par le chinois CNPC, s’établirait à 0,91 million de tonnes à fin 2015 (+30 % par rapport à la production de 2014). Le FMI prévoit une hausse transitoire de la production à plus de 170.000 barils/jour en 2017-2018, puis une baisse qui la réduirait à des niveaux négligeables après 2030. La raffinerie de Djarmaya, construite en coopération avec la Chine qui en détient 60 %, a été mise en service en 2011. L’élevage et l’agriculture vivrière (31,9% du PIB) ainsi que les services (32,3                                                                                                                                                                                                                                       %) sont les autres grands secteurs économiques. L’industrie manufacturière occupe une place marginale (2,6% du PIB) et repose essentiellement sur le sucre et le coton (on estime que plus de 2 millions de personnes vivent du coton directement ou indirectement). La production sucrière est menacée par les entrées massives de contrebande qui pénalisent l’unique usine de la filiale locale du groupe Vilgrain. Le secteur industriel offre néanmoins quelques perspectives de diversification avec la réalisation plus ou moins achevée de projets financés par l’Inde (filature, assemblage de tracteurs, tréfilerie, usine de jus de fruits,…) et l’impact déjà concret des deux unités de production livrées par la Chine (cimenterie de Baoré et raffinerie de Djarmaya). Le chantier d’une seconde cimenterie sur capitaux marocains vient d’être lancé. La téléphonie cellulaire avec Tigô/Millicom (Suède), Airtel/Bharti (Inde) et plus marginalement Sotel/Tawali poursuit sa progression.

2.2. Conjoncture économique

En 2015, l’économie tchadienne subit de façon plus marquée les conséquences de la baisse des cours du pétrole brut et de l’insécurité causée par la secte Boko Haram. Après une croissance du PIB à 6,9% en 2014, en recul par rapport aux prévisions initiales (9%), en raison de la baisse des recettes d’exportation de pétrole brut, partiellement compensée par une augmentation des volumes exportées, le taux de croissance en 2015 est estimé selon les services du FMI à 1,8%. Ce ralentissement est imputable au secteur non pétrolier en récession de – 2,9%. Les secteurs secondaires et tertiaires seraient les plus affectés, ceci à cause d’une détérioration des conditions de sécurité et des bouleversements imputables aux flux transfrontaliers, de l’ajustement des dépenses budgétaires et de l’accumulation des arriérés de paiements intérieurs en début d’année. Le secteur agricole serait lui aussi en recul, avec une production céréalière en baisse de 11,7%, à 2,4 millions de tonnes. Une contreperformance expliquée par le démarrage tardif de la campagne suite au retard de pluies, à leur mauvaise répartition ainsi que leur arrêt précoce dans certaines parties du pays.

L’inflation en 2015 s’établit à 3,7% en moyenne annuelle. La baisse relative de la production céréalière (alimentation de base du pays) et les difficultés d’approvisionnement des marchés en produits de grande consommation liées aux perturbations des échanges commerciaux avec les pays voisins, en particulier le Cameroun, le Nigéria et la Libye, ont eu pour conséquences directes la hausse des prix des denrées de base, notamment les prix des produits alimentaires.

 

2.3. Finances publiques

En 2015, les recettes totales ont été réalisées à hauteur de 56,2% de la prévision de la loi de finances rectificative. Les recettes pétrolières ont chuté de 76,6% pour s’établir à 127,9 Mds FCFA (contre 546 Mds FCFA en 2014). Les recettes non pétrolières ont quant à elles diminué de 56,5%, se situant à 370,5 Mds FCFA à fin 2015 (contre 852,3 Mds FCFA en 2014). Ce recul est imputable à la contreperformance des régies financières (douanes, impôts et domaine) et à la contraction des recettes exceptionnelles (elles avaient été gonflées en 2014 par l’amende infligée à la CNPC). Sur les emprunts, une première opération de souscription d’OAT de 30 Mds FCFA a été menée par la CBT en décembre. Les fonds ont été affectés au remboursement d’arriérés vis-à-vis de clients de la CBT pré identifiés. Le gouvernement a demandé à la CBT de prendre la tête de file d’un pool qui souscrirait une émission d’OAT de bien plus grande ampleur , à 5 ans à remboursements échelonnés, et dont le produit serait affecté au remboursement d’arriérés de l’Etat vis-à-vis des clients des banques participantes, qui souscriraient en proportion des arriérés dus à leurs clients. La trésorerie du système bancaire étant très serrée (657,8 Mds de dépôts pour 671,6 Mds de crédits à fin novembre 2015), les OAT seront immédiatement portées au refinancement de la BEAC.

Le taux d’exécution des dépenses totales en 2015 est de 76,7%. Elles s’établissent à 953,4 Mds FCFA, dont 751,1 Mds FCFA de dépenses courantes (-13,4%) et 202,3 Mds FCFA de recettes d’investissement (-49,1%). La contraction des dépenses courantes est expliquée par la baisse des dépenses en biens et services (-54,8%) et des transferts et subventions (-21,9%). Les dépenses en capital tout comme les dépenses courantes sont pénalisées par la tension de la liquidité publique.

Le déficit budgétaire global serait de 8,4% du PIB en 2015, contre 6,2% en 2014.

148 Milliards de FCFA d’arriérés intérieurs se sont accumulés au 31/12/2015.

Le déficit des paiements courants s’est creusé de 9% du PIB en 2014 à 12,8% en 2015. Les réserves en devises du Tchad ont connu une chute sévère.

La loi de finances 2016 a été votée avec une hausse des recettes propres de 18% par rapport à la Loi de finance rectificative 2015, et des dépenses en baisse de 3,4%. Un projet de loi de finances rectificative a dû être élaboré.

 

3. Relations avec la communauté financière internationale

3.1. FMI

Le CA du FMI a approuvé en août 2014 un programme FEC (juillet 2014-juillet 2017). Ce programme permet la mobilisation de 120 % de la quote-part (79,92 M DTS) assortis d’un complément de 20% ((26,64 M DTS). Deux revues ont eu lieu  (avril et décembre 2015) et ont permis la constatation de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE et  le décaissement d’un total de 75,1 M$. Le second décaissement a été rendu possible par la mobilisation d’une avance exceptionnelle  de la BEAC de 140 Mds FCFA. Une revue prévue en juin 2016 a été reportée dans l’attente d’une meilleure appréciation de la situation financière de l’Etat.

 

3.2. Banque mondiale

Une nouvelle stratégie a été approuvée en décembre 2015 pour 2016-2020.

Elle repose sur 3 objectifs :

-          L’amélioration de la gestion des finances publiques (DPO avec aide budgétaire de 50M$, renforcement de capacité de gestion du secteur pétrolier pour 3 M$, enquête pauvreté pour  3 M$)

-          L’augmentation de la productivité de l’agriculture et la construction de chaines de valeur (projet d’irrigation de 10 M$).

-          Le renforcement du capital humain et la réduction de la vulnérabilité (mise en place de filets de sécurité via des programmes de  transfert en cash ou contre travail pour 5 M$).

3.3. Union européenne

Le 11ème FED (2014-2020) octroie au Tchad une enveloppe de 442 M EUR (contre 368 M EUR pour le 10ème FED, montant augmenté par un avenant), concentrée sur la sécurité alimentaire, la nutrition, le développement rural (65%), la gestion durable des ressources naturelles (14%), la consolidation de l’Etat de Droit (14%), le tout soutenu par des mesures d’appui à la société civile (2,7%) et des mesures  d’appui à la coopération Tchad-UE (3,4%).

L’UE met en œuvre un programme très important d’appui à la gouvernance se concentrant sur trois axes : Etat Civil, décentralisation et finances publiques.

3.4. BAfD

Le portefeuille de la BAD présente au total 10 projets vivants pour un total d’octrois de 134,2 M€. Les principaux secteurs d’intervention sont la gouvernance économique et financière, les infrastructures routières, l’eau et l’assainissement et l’agriculture. Quatre projets sont en cours d’instruction : appui à l’emploi des jeunes, petite irrigation, bonne gouvernance et électrification périurbaine et modernisation des réseaux électriques.

Une aide budgétaire de 31,147 MUC (don FAD de 11,866 MUC, prêt FAD de 4,281 MUC et don FAT de 15 MUC), soit environ 39M€, a été approuvée en juin 2016 dans le cadre du Programme d’ Appui au renforcement des finances publiques II.

 

3.5.  La Chine est un partenaire majeur. Elle a accordé des financements concessionnels notamment pour la cimenterie de Baoré et des équipements téléphoniques (110 M USD au total sur 20 ans dont 7 ans de différé, 1,5% d’intérêt). Elle participe via la CNPC au développement du gisement pétrolier de Bongor. Elle finance à hauteur de 160 M USD la construction de la ligne de transmission Djarmaya-N’Djamena-boucle de la capitale ainsi que la raffinerie de Djarmaya pour près d’1 Md USD. Ainsi en 5 ans, hors investissements pétroliers à Bongor, les engagements de la Chine au Tchad, sous forme de prêts ou d’investissement direct, totalisent plus d’1,5 Md USD. L’accord-cadre de 2 Mds USD signé en 2011 pour 6 projets dont le principal est la construction d’un second aéroport international à Ndjaména, a été dénoncé en décembre 2013 par l’Etat. L’Inde a octroyé une première ligne de crédit de 50 M USD (20 ans dont 5 ans de différé, 1,75% d’intérêt) utilisée pour de petits projets industriels (filature, assemblage de tracteurs, usine de jus de fruit, tréfilerie, montage de bicyclettes).  

Le Programme Triennal d’Investissement Public 2014-2016 fait état de dons bilatéraux de la part dela Suisseet dela France. Ilindique aussi comme créanciers de l’Etat, l’Inde (4 Mds FCFA prévus en 2014),la Chine(2 Mds prévus en 2014) et le Fonds Saoudien pour le Développement (750 M prévus en 2014). En ce qui concerne les créanciers multilatéraux, outre les bailleurs classiques, on note la présence croissante des bailleurs arabes ou islamiques tels que le Fonds Solidaire Islamique pour le Développement,la BADEA,la BID, le Fonds Koweitien et l’OPEP, notamment sur des projets routiers.

 

4. Situation de la dette

 Le Tchad a atteint le point d’achèvement de l’initiative de désendettement « Pays Pauvres Très Endettés » en avril 2015. Le FMI estime la dette totale du Tchad à 59,7 % de son PIB à fin 2015 (dont 46,6% du PIB de dette extérieure). Le risque de soutenabilité de la dette extérieure du Tchad est jugé élevé par le FMI.

 

5. L'aide bilatérale française

L’essentiel du volume de l’aide bilatérale française transite à travers l’AFD. Au 31/12/2015, le portefeuille de l’AFD compte 15 projets actifs pour un montant de 79,4€ dont 60,8 M€ restent à décaisser. Les projets financés par l’AFD portent sur les secteurs de l’élevage (17 M EUR), de l’agriculture (5 M EUR), de l’environnement (0,8 M EUR), de la santé (18 M EUR), de l’eau (22 M EUR), de l’éducation (11,7 M EUR), et les initiatives de dynamisation de l’économie (notamment secteur privé et microfinance pour 5 M EUR). Les octrois de 2015 se sont élevés à 11,2 M€, en subvention uniquement.

 

6. Présence commerciale française

6.1 Commerce extérieur  

Le Tchad est un partenaire commercial relativement marginal. En 2015, le solde commercial est excédentaire pour la France à 90,8 M EUR (contre 119,2 M EUR en 2014).

Après la chute observée en 2013 (-4,1%, 120 M EUR), les exportations françaises retrouvent une dynamique positive en 2014 (+4%, 124,8 M EUR), puis en 2015 (130,8 M EUR). Elles sont principalement constituées de produits des industries agroalimentaires (+24,3%, 24,1 M EUR), des machines industrielles et agricoles (-35,7%, 18,3 M EUR), des produits pharmaceutiques (+101,6%, 17,8 M EUR), des équipements électriques et ménagers (23,3%, 13,8 M EUR) et des produits chimiques, parfums et cosmétiques (38%, 12,8 M EUR).

Les importations françaises en 2015 se chiffrent à 40 M EUR (contre 5,5 M EUR en 2014).  Elles ont été multipliées par 7 en 2015 par rapport à 2014 en raison de la reprise des achats de pétrole qui s’établissent à 27,7 M EUR. Après les achats de pétrole, viennent ensuite les achats de produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l’aquaculture (130,4%, 12 M EUR). Les autres produits importés le sont en quantité marginale.

Les Etats–unis (80,6% des ventes tchadiennes), le Japon (5,9%) et l’Inde (4,5%) sont les principaux clients du Tchad en 2015. En ce concerne les fournisseurs, les principaux en 2015 sont la Chine (29,9% des achats tchadiens), le Cameroun (18,4%) et la France (11,2%).

 

6.2. IDE et présence française

Le total des investissements directs français au Tchad en 2014 a été évalué par la Banque de France à 72 M EUR. La présence française est ancienne et diversifiée. On dénombre une vingtaine d’implantations françaises auxquelles il convient d’ajouter quelques entreprises locales appartenant à des nationaux français, essentiellement dans la restauration, les services et le BTP. Les sociétés françaises interviennent principalement dans l’agroalimentaire avec la Compagnie sucrière du Tchad (groupe Vilgrain), aujourd’hui en difficulté du fait d’importations frauduleuses de sucre, et les Brasseries du Tchad (groupe Castel), le BTP avec SOGEA-SATOM (groupe Vinci); le commerce (CFAO/Laborex, bien que le groupe vienne d’être racheté par le japonais Toyota Tsusho Corporation) ; la distribution des produits pétroliers (Total) ; l’exportation de gomme arabique (Colloïdes Natures International) ; la banque avec la SGBT, filiale de la Société Générale, 1ère banque au Tchad ; l’assurance avec Gras Savoye ; la logistique et le transport avec Geodis, SDV (groupe Bolloré) et le bureau d’Air France ; et les services d’hôtellerie (Novotel la Tchadienne et tout récemment l’Ibis la tchadienne) et de restauration collective (CIS).

Ressources

  • Les échanges bilatéraux franco-tchadiens en 2016 - 11/05/2017

    En 2016, nos exportations vers le Tchad se contractent de 16,1% et nos importations en provenance du Tchad progressent de 129% du fait d’importants achats d’hydrocarbures. Au total, notre solde commercial bilatéral demeure positif mais se contract...

  • Lettre d'Afrique Centrale n°7 - 04/05/2017

    Ce numéro de la LAC est axé sur les résultats des  échanges 2016 de la France avec l’Afrique centrale.   Nos exportations avaient baissé de 2% en 2015. Sans surprise, la détérioration de la conjoncture se traduit par une nouvelle baisse de nos exp...