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Tchad

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Octobre 2017

TCHAD

 

Président de la République : M. Idriss Déby Itno

Premier Ministre : M. Albert Pahimi Padacke

Ministre des Finances et du Budget : M. Christian Georges Diguimbaye

Ministre de l’Economie et de la Planification du Développement : M. Ngueto Tiraïna Yambaye

Ministre des Infrastructures et du Désenclavement : M. Adoum Younousmi

Ministre des Postes et des NTIC : M. Mahamat Allahou Taher

 

1. Situation politique

Au pouvoir depuis 1990, le Général Idriss Deby Itno a été réélu Président de la République pour la cinquième fois en avril 2016, avec 60 % des voix. Le gouvernement actuel a été nommé en juillet 2017. Les élections législatives, prévues depuis 2015, ne devraient pas avoir lieu avant 2019. La crise économique traversée par le Tchad est à l’origine de mouvements sociaux. Le Tchad est membre de la Force Multinationale Mixte engagée dans la lutte contre Boko-Haram et du G5 Sahel.

 2. Situation économique et financière

2.1. Éléments structurels sur l’économie

Avec un PIB de 8,8 milliards d’euros (5 795 milliards de FCFA) en 2016, le Tchad est la quatrième économie de la Cemac (13 % du PIB total). Il se place derrière le Cameroun (39,0 %), le Gabon (19 %) et la Guinée équatoriale (16%).

L’économie tchadienne est largement dépendante de la production de pétrole qui a débuté en 2003 et a permis au pays de connaître une période de croissance rapide jusqu’en 2014 (taux de croissance annuel moyen de 13,7 %).

En 2013, avant l’effondrement des prix du baril, le secteur pétrolier représentait 27,0 % du PIB, 63,4 % des recettes publiques (hors dons) et plus de 90 % des exportations. La production est principalement assurée par le consortium de Doba, dirigé par Esso qui en détient 40 % des parts. Il est également composé de la compagnie malaisienne Petronas (35 %) ainsi que de la société publique tchadienne, la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), qui a racheté en 2014 la part de 25 % auparavant détenue par Chevron. Ce rachat, effectué à la veille de la chute des cours pour un montant de 1,3 milliards de dollars sur financement de Glencore, pèse aujourd’hui lourdement sur les finances publiques de l’Etat tchadien.

Les autres principales sociétés productrices de pétrole au Tchad sont la China National Petroleum Corporation International (CNPCI) et Glencore. La CNPCI détient également 60 % de l’unique raffinerie du pays, les 40 % restants étant détenus par la SHT. Mise en service en 2011, elle est dotée d’une capacité de 14 000 barils par jour.

La SHT a récemment annoncé avoir approuvé un accord de coopération avec le Consortium BlueOcean Clean Energy Limited/Panjin Liaohe Oilfield Chenyu Group pour la mise en exploitation du champ pétrolier de Sédigui qui recèle également des réserves gazières.

Le Tchad devrait atteindre son pic de production de pétrole dans les années à venir. Les prévisions du FMI tablent sur une hausse transitoire de la production à plus de 170 000 barils/jour en 2017-2018, puis une baisse qui la réduirait à des niveaux négligeables après 2030.

L’élevage (nomade) et l’agriculture (céréales, tubercules, coton, gomme arabique) représentent 50 % du PIB en 2016. Les exportations de bétail vers le Nigeria ont été affectées par l’insécurité.

L’industrie (production pétrolière inclue) représente 15% du PIB. L’industrie manufacturière occupe une place marginale et repose essentiellement sur la production de bière et boissons gazeuses, la production de sucre, et l’égrenage du coton (on estime que plus de 2 millions de personnes vivent du coton directement ou indirectement).

Après une cimenterie chinoise, une seconde cimenterie, financée sur capitaux marocains, vient par ailleurs d’être mise en exploitation.

Les services (Banques, Commerce, télécommunications) représentent 35% du PIB.

Le Tchad reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Il se classe à la 186e place sur 188 en termes d’indice de développement humain (IDH). Selon la Banque mondiale, 38,4 % de la population (estimée à 14,5 millions d’habitants au total) vivaient avec moins de 1,9 dollars par jour en 2010.

2.2. Conjoncture économique

L’économie tchadienne subit depuis plusieurs années un double choc exogène : la baisse des cours du pétrole et les problèmes sécuritaires dans les pays voisins. L’enclavement du pays, qui lui impose déjà des coûts de transport parmi les plus élevés au monde, est aggravé par les agissements de la secte Boko Haram au Nigéria et dans le Nord du Cameroun. L’engagement des forces tchadiennes dans de nombreuses opérations de maintien de la paix et de lutte contre le terrorisme fait par ailleurs peser de lourdes charges sur le budget de l’Etat.

Après une contraction de 1,8 % en 2015, le PIB du Tchad a diminué de 6,4 % en 2016, d’abord en raison de l’effondrement du secteur pétrolier (-8,4 %) mais également suite à la baisse des dépenses publiques (transferts, investissements) qui a affecté les autres compartiments de l’économie (-6,0 % pour le PIB non pétrolier). Le FMI table sur une croissance de 0,6% en 2017 grâce à la croissance du PIB pétrolier (+3%) et la stabilisation du PIB non pétrolier (+0,1%).

Après une campagne 2015/2016 difficile, la production céréalière est prévue en hausse de 17,2 % en 2016/2017 grâce aux conditions climatiques favorables. Malgré les difficultés financières de la filière coton, la production de coton graine serait passée de 142 295 tonnes en 2015/2016 à 171 000 tonnes en 2016/2017. L’achat et l’enlèvement de la production se heurte toutefois à des graves difficultés. La production sucrière 2017 est orientée à la baisse (-8,8% pour le sucre brut au 31/03) sous l’effet de la concurrence des importations frauduleuses. La production pétrolière est en baisse de 18% en glissement annuel au 31 mars 2017. La production de ciment s’est redressée de 64,4% à fin mars 2017. Les ventes de bières et boissons gazeuses auraient baissé de 14,9% en volume au premier trimestre. Les ventes de cigarettes locales ont augmenté de 54,3% au premier trimestre 2017 après avoir chuté de 46,7% au premier trimestre 2016 sous l’effet de la contrebande.

La déflation (-4,9% en glissement à fin 2016) semble se poursuivre (-2,4% entre mars 2016 et mars 2017), sous l’effet de la faiblesse de la demande et des bonnes récoltes vivrières.

Les exportations de biens et services ont diminué de 15,4% en 2016, les importations diminuant quant à elles de 15,3%. Le déficit des paiements courants a diminué mais est demeuré à un niveau élevé en passant de 12,3% du PIB en 2015 à 9,2% du PIB en 2016. Les réserves de change se sont effondrées.

2.3. Finances publiques

En 2016, la chute des recettes non pétrolières liée à la baisse de l’activité a été partiellement compensée par des recettes exceptionnelles sur d’anciens contentieux. Au prix d’une poursuite des très sévères réductions de dépenses engagées en 2015, le déficit budgétaire global base engagement a été ramené de 5,9% du PIB en 2015 à 3% du PIB en 2016, mais de nouveaux arriérés intérieurs et extérieurs ont été accumulés. Le paiement des salaires a connu des retards en fin d’année.

L’exécution du budget 2017 a été difficile en début d’année.

Une loi de finances rectificative (LFR) a été adoptée par l’Assemblée nationale en juillet 2017 afin de prendre en compte la détérioration de la situation économique et de se conformer au nouveau programme d’aide du FMI. Elle prévoit 690,8 milliards de FCFA en recettes (soit -0,2 % par rapport à la loi de finances initiale) et 966,1 milliards en dépenses (+3,1 %), et présente ainsi un déficit de 275,3 milliards de FCFA. La stabilisation apparente des recettes masque toutefois des évolutions contrastées. Les objectifs des régies (Impôts, Douanes) ont été revus à la baisse en raison de leurs difficultés de recouvrement face au ralentissement économique, tandis que les recettes pétrolières et exceptionnelles sont attendues en hausse à respectivement 81,5 et 56,4 milliards de FCFA.

Les différents postes de dépenses connaissent également des évolutions différentes. Les transferts ainsi que les subventions affichent des baisses respectives de 9,2 % et 7,4 %. Le service de la dette est en revanche révisé à la hausse (+7,0 %) à 192,2 milliards de FCFA, ainsi que la masse salariale (+6,8 %) à 348,5 milliards de FCFA.

Le besoin de financement sera assuré par un décaissement du FMI d’un montant de 59 milliards de FCFA et par les aides budgétaires des bailleurs de fonds (Banque mondiale, Union européenne, Banque africaine de développement, France).

3. Relations avec la communauté financière internationale

3.1. FMI

Face à la dégradation de la situation économique et des finances publiques, et à la non viabilité du Programme (120% du quota) mis en place en 2014, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a accordé le 30 juin un programme d’aide triennal de 224,32 millions de DTS (160 % du quota), au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Ce nouveau programme apporte donc des volumes de financement plus conséquents. Il prévoit une reprise graduelle de la croissance des dépenses publiques, le paiement des arriérés, l’amélioration de la santé du secteur bancaire et une augmentation de l’investissement étranger. Les critères du programme portent sur un plancher de solde budgétaire hors revenu pétroliers, un plancher de recettes douanières, un plafond de financement intérieur du gouvernement, des plafonds d’arriérés intérieurs, l’absence d’arriérés extérieurs et de souscription d’emprunt non concessionnel.

La décision du Conseil d’administration a permis le déblocage immédiat d’un premier versement de 35,05 millions de DTS. Le reste du prêt sera décaissé au cours des trois prochaines années, sur une base semestrielle. Une condition fondamentale de la poursuite du programme est le rééchelonnement de la dette contractée auprès de Glencore, avec qui les négociations sont en cours.

3.2. Banque mondiale

Une nouvelle stratégie a été approuvée en décembre 2015 pour 2016-2020. Elle repose sur trois objectifs : l’amélioration de la gestion des finances publiques ; l’augmentation de la productivité de l’agriculture et la construction de chaînes de valeur ; le renforcement du capital humain et la réduction de la vulnérabilité. Au 31 juillet 2017, 11 projets étaient en cours d’exécution (dont deux projets régionaux) pour un total de près de 210 millions de dollars d’engagements.

La Banque mondiale a par ailleurs accordé trois aides budgétaires en 2017. La première, d’un montant de 65 millions de dollars, a été versée au premier semestre 2017. La seconde, décaissée au mois de juin, a été affectée au paiement des arriérés de salaire des maîtres communautaires pour un montant de 50 millions de dollars. La troisième est une opération sur deux ans (2017-2018) d’un montant total d’environ 100 millions de dollars, avec un décaissement de la première tranche prévu à la fin de l’année 2017. 

3.3. Union européenne

Le 11ème FED (2014-2020) octroie au Tchad une enveloppe de 442 millions d’euros (contre 368 millions pour le 10ème FED, montant augmenté par un avenant), concentrée sur la sécurité alimentaire, la nutrition, le développement rural (65 %), la gestion durable des ressources naturelles (14 %), la consolidation de l’Etat de droit (14 %), le tout soutenu par des mesures d’appui à la société civile (2,7 %) et des mesures d’appui à la coopération Tchad-UE (3,4 %).

L’Union européenne met en œuvre un programme très important d’appui à la gouvernance se concentrant sur trois axes : état civil, décentralisation et finances publiques.

3.4. Banque africaine de développement

Le portefeuille de la BAD présentait au 28 février 2017 un total de 10 projets en cours d’exécution, pour un montant de 126,8 millions d’euros. La BAD a par ailleurs octroyé deux prêts pour un montant total de 56,6 millions d’euros. Les principaux secteurs d’intervention sont la gouvernance économique et financière, les infrastructures routières, l’eau et l’assainissement et l’agriculture.

La BAD a annoncé au mois de juillet qu’elle allait financer une centrale solaire d’une capacité de 32 mégawatts à N’Djamena.

3.5. La Chine est un partenaire majeur. Elle a accordé des financements concessionnels notamment pour la cimenterie de Baoré et des équipements téléphoniques (110 millions de dollars au total sur 20 ans dont 7 ans de différé, 1,5 % d’intérêt). Elle participe via la CNPCI au développement du gisement pétrolier de Bongor. Elle finance à hauteur de 160 millions de dollars la construction de la ligne de transmission Djermaya-N’Djamena-boucle de la capitale ainsi que la raffinerie de Djermaya pour près d’un milliard de dollars. Ainsi en cinq ans, hors investissements pétroliers à Bongor, les engagements de la Chine au Tchad, sous forme de prêts ou d’investissement direct, totalisent plus d’1,5 milliard de dollars.

L’Inde a octroyé une première ligne de crédit de 50 millions de dollars (20 ans dont 5 ans de différé, 1,75 % d’intérêt) utilisée pour de petits projets industriels (filature, assemblage de tracteurs, usine de jus de fruit, tréfilerie, montage de bicyclettes).

4. Situation de la dette

Malgré les allègements de dette accordés suite à l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative de désendettement « Pays pauvres très endettés » en avril 2015, l’endettement public a bondi de 11,8 points en deux ans, passant de 39,4 % du PIB en 2014 à 51,2 % en 2016. La dette commerciale a enregistré une progression importante en raison des différents prêts contractés auprès de Glencore, et notamment celui portant sur le rachat des parts de Chevron dans le consortium de Doba. Elle représentait plus de la moitié de la dette extérieure du Tchad en 2016. Les conditions peu favorables de ces emprunts placent aujourd’hui le pays dans une situation jugée non soutenable par le FMI.

5. L'aide bilatérale française

L’essentiel du volume de l’aide bilatérale française transite à travers l’Agence française de développement (AFD). Fin 2016, le portefeuille de l’AFD comptait 19 projets actifs pour un montant total d’engagements de 99 millions d’euros, sur lesquels 25,5 millions d’euros avaient été décaissés. Les projets financés par l’AFD se concentrent sur quatre secteurs prioritaires : le développement urbain (accès des populations aux services de base – eau, hygiène, assainissement – dans les pôles urbains) ; la santé maternelle et infantile et la protection sociale ; l’éducation et la formation professionnelle ; le développement durable des systèmes agro-sylvo-pastoraux. L’AFD finance par également 17 projets d’ONG pour un montant total de 4 millions d’euros et une aide budgétaire de 10 millions d’euros a été accordée en 2016-2017.

L’engagement de l’AFD au Tchad se fait exclusivement sous forme de subventions. Il s’est fortement accru au cours des dernières années : 30,3 millions d’euros ont été octroyés sur de nouveaux projets en 2016, soit pratiquement le double par rapport à 2015. 

6. Présence commerciale française

6.1 Commerce extérieur

En 2016, les exportations françaises se sont élevées à 109 millions d’euros, en repli de 16,1 % sur un an. En parallèle, d’importants achats d’hydrocarbures ont conduit à un rebond très net des importations (+129,3 %) à 91,7 millions d’euros. Le solde commercial reste excédentaire à 18,0 millions d’euros mais enregistre une forte détérioration par rapport à 2015 (90,8 millions d’euros).

Grâce à une progression de 13,3 % sur un an, les produits pharmaceutiques sont devenus le premier produit d’exportation en 2016 (20,2 millions d’euros). La conjoncture économique difficile a en revanche pesé sur les ventes de la plupart des autres produits français : -22,7 % pour les produits de l’industrie agroalimentaire (18,6 millions d’euros), -21,6 % pour les machines industrielles et agricoles (14,3 millions d’euros), -13,8 % pour les produits chimiques, parfums et cosmétiques (11,0 millions d’euros).

Les importations françaises sont largement constituées d’achats d’hydrocarbures (83,4 millions d’euros, soit 90,9 % du total) et, dans une moindre mesure, de produits agricoles (8,1 millions d’euros, soit 8,9 % du total). Les autres produits importés le sont en quantité marginale.

 6.2. IDE et présence française

Le total des investissements directs français au Tchad en 2016 a été évalué par la Banque de France à 128 millions d’euros, en progression de 7,6 % sur un an. La présence française est ancienne et diversifiée. On dénombre une vingtaine d’implantations françaises auxquelles il convient d’ajouter quelques entreprises locales appartenant à des nationaux français, essentiellement dans la restauration, les services et le BTP. Les sociétés françaises interviennent principalement dans l’agroalimentaire avec la Compagnie sucrière du Tchad (groupe Vilgrain), aujourd’hui en difficulté du fait d’importations frauduleuses de sucre, et les Brasseries du Tchad (groupe Castel), le BTP avec SOGEA-SATOM (groupe Vinci), le commerce (CFAO/Laborex, bien que le groupe vienne d’être racheté par le japonais Toyota Tsusho Corporation), la distribution des produits pétroliers (Total), l’exportation de gomme arabique (Colloïdes Natures International), la banque avec la SGBT, filiale de la Société Générale, l’assurance avec Gras Savoye, la logistique et le transport avec Geodis, SDV (groupe Bolloré) et le bureau d’Air France, les services d’hôtellerie (Novotel la Tchadienne, Ibis la tchadienne) et de restauration collective (CIS).

Ressources

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