Agriculture et industrie agroalimentaire

Le Vietnam pays agricole, exportateur, à la croisée des chemins sur son modèle de production

Une rupture radicale s’opère à partir de 1986 avec le lancement du mouvement du Renouveau (Doi Moi), un ensemble de réformes économiques lancé par le Vietnam afin de constituer une économie de marché. 

Les effets de ces réformes ont commencé à porter leurs fruits dès le début des années 1990 et ont généré, au cours des vingt années suivantes, de très profondes modifications au sein de l’agriculture vietnamienne qui ont permis progressivement au Vietnam de s’affirmer comme exportateur de produits agricoles, avec une accélération de cette tendance au cours des années 2000. La surface de production de riz a quasiment été multipliée par 1,5 en passant de 5,5 Mha à 7,28 Mha entre 1990 et 2020. De 4ème producteur de riz au monde en 2014 avec 45 Mt, le Vietnam maintient depuis 2016 la position de 5ème producteur avec 42,7 Mt en 2020. 

La période 2016-2020 a vu cette tendance marquer le pas : la croissance moyenne du secteur agricole atteint 2,7% sur la période, tant pour des raisons structurelles (taille des exploitations, niveau et encadrement technique, disparition de surfaces par urbanisation, épuisement ou salinisation des sols) que conjoncturelles (inondations, tornades, sécheresses particulièrement abondantes). En 2020, le chiffre d’affaire à l’export du secteur dépasse 34 milliards d’euros (en y ajoutant le secteur sylvicole) et leur part dans les exportations totales du Vietnam est de 9 %. Les chiffres les plus importants sont observés pour les produits aquacoles, les fruits et légumes, les noix de cajou, le café, le poivre et le thé. Le revenu moyen de la population rurale en 2020 est estimé à 43 millions VND/personne/an (1631,63 EUR).

Les principales productions agricoles du Vietnam restent des cultures de subsistance, principalement le riz qui occupe 4,1 Mha de terres agricoles en 2020, soit 34 % des terres arables. Le pays dispose ainsi de positions fortes pour plusieurs cultures d’exportation. Il s’agit en premier lieu du café, pour lequel le Vietnam est le 2ème producteur mondial, derrière le Brésil (avec 1,8 Mt en 2019-2020), 4ème exportateur de caoutchouc naturel avec 2 Mds EUR en valeur en 2020, le 1er exportateur de noix de cajou et de poivre[1]

La première production animale est la viande de porc (3,5 Mt), suivie de la viande de volaille (1,4 Mt), puis de la viande de bœuf et de buffle (respectivement 0,3 Mt et 0,1 Mt). Avec 26 millions de porcs en 2020, le Vietnam possède, de manière très nette, le 1er cheptel porcin de l’Asean et la viande de porc est la principale viande consommée dans le pays (2,3 kg/habitant/mois en 2020) et 61 % des volumes sont fournis par des abattoirs de petite et moyenne taille. 

Le Vietnam est le 4e producteur et le 3e exportateur mondial, derrière la Chine et l’Inde, avec une production en pleine expansion (production quadruplée en 20 ans) qui atteint 8,4 Mt en 2020. La part de l’aquaculture dans cette production est passée de 30 % en 1990 à 54 % en 2020 suite à la pression gouvernementale. Les défis restent aujourd’hui nombreux : encadrement de la pêche illégale face au risque de carton rouge de la Commission européenne, sécurité sanitaire et résilience des systèmes de production en aquaculture face au changement climatique.

La superficie forestière totale du Vietnam en 2020 était de 14,6 M ha qui représentent 47 % de la superficie du pays. Actuellement, environ 25 millions de Vietnamiens ont de 20 à 40% de leur revenu annuel venant de leurs activités liées à la forêt

La relation commerciale bilatérale en matière agricole et agroalimentaire

Les exportations vietnamiennes de produits agricoles, agroalimentaires et de pêche se sont établies à 21 Mds EUR en 2020, auxquelles s’ajoutent 10,7 Mds EUR de bois et dérivés. Leur part dans les exportations totales du Vietnam est de 9 %. Les chiffres les plus importants sont observés pour les produits aquacoles, les fruits et légumes, les noix de cajou, le café, le poivre et le thé. En 2020, les exportations vers la France se sont élevées à 319 M EUR, soit une hausse de 28 % par rapport à l’année 2013 avec comme principaux postes les fruits et légumes (101 M EUR, soit 4 fois plus qu’en 2013), les produits de la pêche (90 M EUR, +17 % par rapport à 2013) et produits d’épicerie (88 M EUR, valeur stable).

En 2020, les importations se sont élevées à 22 Md EUR. La Chine est le principal pays fournisseur avec 21 % de part de marché. L’Argentine (11% de part de marché) progresse, devant les Etats-Unis (9 % de part de marché). Les trois premiers postes d’importation pèsent pour près de 45% dans les importations. Il s’agit des fruits (19%), déchets des industries alimentaires (13%, certainement à destination de la production de crevettes), céréales (11% des exportations).

Nos exportations agricoles et agroalimentaires vers le Vietnam représentent 163 millions d’euros en 2020 (41ème client de la France). Après une forte progression en 2019, les exportations ont diminué de 12% repassant sous leur niveau de 2018, et reposent sur 4 postes principaux : déchets des industries alimentaires (17%, en progression de plus de 10 M d’EUR depuis 2018), produits de la minoterie (14%), produits laitiers (13%, avec une valeur de 31 M EUR, soit 3,5 fois celle d’il y a 10 ans), boissons et alcools (12%, avec une valeur stable de 17 M EUR).

La balance commerciale reste nettement favorable au Vietnam, avec un excédent de 154 millions d’euros.

Le Vietnam a depuis plusieurs années ouvert son marché à nombre de productions agricoles françaises sur la base de certificats sanitaires négociés bilatéralement (en 2021 : ouverture du marché des ovoproduits), même si les échanges restent à des niveaux assez faibles. Le protectionnisme reste cependant fort sur les fruits et légumes (malgré la diversité des productions tropicales et tempérées) et semble croissant sur certaines productions animales (volailles) avec une demande forte de réciprocité dans les demandes d’accès au marché.

Coopération

En matière d’investissements et d’implantations, il existe un tissu assez dense d'entreprises françaises dans l’hôtellerie-restauration (groupe Accor), dans le secteur agricole amont notamment en élevage (Neovia, Olmix, Techna,..), dans la transformation alimentaire et avec des implantations industrielles (Andros, Bel, Lesaffre/Saf-Viet..). Ce n’est en revanche plus le cas dans la grande distribution. Les principales interprofessions (Cniel, FICT, Interfel, Intercéréales) assurent un suivi attentif du marché vietnamien. Ce panorama est complété par de très nombreuses entreprises françaises de l’étranger (EFE), avec parfois des réussites très significatives : les Vergers du Mékong (transformation de fruits), Maison Marou (production et distribution de détail de produits à base de chocolat), Pain doré/Banh vang et Saint Honoré (boulangerie industrielle), New Viet Dairy (importation et distribution de produits laitiers, viande et produits d’épicerie), les Celliers d’Asie/Red Apron (distribution de vins et spiritueux),…

En matière de recherche, le CIRAD est présent au Vietnam depuis plus de 20 ans et intervient essentiellement dans trois dispositifs de recherche et d’enseignement en partenariat avec plusieurs institutions nationales et internationales vietnamiennes et françaises : la plate-forme nationale MALICA de recherche technologique sur les marchés alimentaires et la structuration des filières, le réseau régional GREASE de recherche-formation sur l’épidémiologie des maladies émergentes avec une approche « one health », le réseau régional ASEA de recherche développement en agro-écologie. L'Institut de recherche pour le développement (IRD) et  l’Agence française de développement (AFD) se concentrent sur la gestion des écosystèmes pour restaurer et/ou maintenir la qualité de l’environnement, directement affecté par le changement climatique.

Des défis grandissants pour une agriculture vietnamienne à la croisée des chemins

Si les politiques publiques et les réussites obtenues jusqu’à présent ont essentiellement reposé sur la mobilisation de la main-d’œuvre, l’extension des terres agricoles et l’utilisation accrue d’intrants, ces facteurs atteignent aujourd’hui leurs limites et ne pourront plus à l’avenir être les principaux leviers du développement de l’agriculture. L’agriculture vietnamienne est maintenant confrontée aux défis de la productivité (morcellement des surfaces agricoles, productivité du travail, rendement, pertes post-récolte), de la qualité (qualité des produits agricoles, développement de la transformation, sécurité sanitaire des aliments, faible capacité d’innovation) et de la durabilité (maîtrise des intrants, gestion des pollutions agricoles, adaptation au changement climatique). Il convient de rappeler que le Vietnam figure parmi les pays non insulaires les plus vulnérables aux catastrophes naturelles et aux effets du changement climatique, en raison de sa configuration géographique (positionnement en aval de grands bassins versants transfrontaliers, importance des zones côtières, des deltas et zones montagneuses) et des évènements météorologiques extrêmes qu’il subit régulièrement (typhons , sécheresses). D’après la Banque Mondiale, 40% du delta du Mekong et 11% du delta du Fleuve rouge pourraient disparaître d’ici 2050.

Afin de répondre à ces enjeux, le Vietnam a adopté début 2021 un plan de restructuration du secteur agricole, pêche et forêt, pour la période 2021-2025. Ce plan, qui repose comme par le passé sur les trois composantes du développement agricole et rural (agriculture, paysans et milieu rural), dite stratégie Tam Nong[2], comporte désormais 5 objectifs : une croissance de 2,5 à 3% par an, une amélioration de la valeur ajoutée produite tout en protégeant mieux l’environnement, l’augmentation des revenus des habitants des zones rurales (au moins de 1,5 fois par rapport à 2020), la sécurité alimentaire du pays et la promotion d’une agriculture moderne, verte et résiliente au changement climatique. Depuis mi 2021, le Vietnam a initié l’élaboration d’une stratégie pour le développement d’une croissance verte, a signé la coalition portée la France pour promouvoir l’agroécologie et a indiqué son attention de développer un centre régional d’innovation agroalimentaire.

 

 


[1] Avec  515 000 t exportées pour une valeur de 2,77 Mds EUR en 2020, le Vietnam domine la production mondiale et l’exportation de noix de cajou (dont il importe une grande quantité en provenance d’Afrique pour une première transformation) et de poivre (avec un volume exporté de 285 000 t, soit 60% du volume de poivre exporté dans le monde, et un revenu de 570,39 M EUR). Il est le 7ème producteur de thé (135 000 t en 2020), exportant les deux-tiers de sa production.

 

[2] Le nom Tam Nong (Tam = trois / Nong = agricole) repose sur un jeu de mots en vietnamien et fait référence aux trois axes de la stratégie : Nong nghiep (=agriculture), Nong dan (=paysans) et Nong thon (= milieu rural).

 

Pour plus d'informations, les publications sur l'agriculture et l'industrie agroalimentaire au Vietnam sont disponibles ici

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