Indicateurs et conjoncture

  2021 2022 2023 2024 2025 2026(prév)
PIB nominal (milliards USD) 60,7 71,2 79,2 82,3 85,6 96,1
Population (millions) 3,5 3,5 3,5 3,5 3,5 3,5
PIB par habitant (USD) 17 314 20 347 22 656 23 576 24 549 27 608
Croissance du PIB réel (%) 5,8 4,6 0,8 3,3 1,8 1,8
Inflation (fin de période, %) 8,0 8,3 5,1 5,5 3,7 4,5
Chômage (moy. annuelle, %) 9,4 7,9 8,3 8,2 7,5 8,0
Solde budgétaire (% du PIB) -4,0 -3,1 -3,2 -3,2 -4,1 -4,0
Dette publique (% du PIB) 64,1 59,4 63,0 67,6 65,7 66,8
Solde courant (% du PIB) -2,4 -3,5 -3,0 -0,8 -0,4 -0,8
Dette extérieure (% du PIB) 83,8 78,1 64,6 55,8 57,7 57,8
Perception de la corruption (rang du classement Transparency International) 18 14 16 13 17 /
Sources : FMI, INE, Banque centrale, Transparency International.

 

Avec 3,5 M d’habitants et un PIB nominal de 86 Md USD en 2025, l’Uruguay se positionne comme le 2ème pays avec le revenu par habitant le plus élevé d’Amérique du Sud (ajusté en parité de pouvoir d’achat, données FMI), derrière le Guyana et devant le Chili et l’Argentine. Au-delà de son revenu par habitant élevé, l’Uruguay fait partie des rares pays de la région à se classer dans la catégorie « très haut niveau de développement humain » de l’ONU, avec un IDH de 0,862 en 2023.

L’économie uruguayenne est tournée vers le secteur agricole (viande bovine, céréales, soja), et est en voie de diversification, avec notamment un fort potentiel de croissance pour les exportations de cellulose et les services financiers. De plus, l’Uruguay a un niveau d’ouverture commerciale relativement élevé par rapport aux autres pays de la zone, à environ 52 % du PIB, en raison de la taille réduite de son économie et des barrières tarifaires plus faibles que ses voisins (Argentine, Brésil). Le niveau de pauvreté est également plus faible que la moyenne régionale, tout comme le niveau d’inégalité (bien qu’il soit élevé au niveau international). L’Uruguay est toutefois exposé à l’instabilité économique chronique de son voisin argentin et aux sécheresses régulières.

 

L’activité économique a légèrement ralenti en 2025 et ses perspectives revues à la baisse en 2026

 

Après un net rebond en 2024, l’activité a ralenti en 2025 pour s’établir à +1,8 % (après +3,3 % en 2024), une performance en-deçà des attentes (le FMI avait tablé sur +2,5 % lors de l’article IV d’octobre 2025). Après une vigoureuse reprise post-crise sanitaire (+5,8 % en 2021 et +4,6 % en 2022), l’activité s’était établie à seulement +0,8 % en 2023, impactée par une sécheresse historique qui avait touché les secteurs clés de l’économie (élevage, agriculture, sylviculture). En 2025, la croissance a essentiellement été portée par la consommation privée (+2,1 %, contribution de +1,3 pp), le recul de l’inflation observé sur l’année ayant permis une hausse du salaire réel. Le secteur extérieur affiche un bilan contrasté : les exportations ont modérément progressé (+1,9 %, contribution de +0,6 pp), portées par les exportations de soja et viande, mais aussi par les exportations de service via le tourisme avec une hausse significative des arrivées d’argentins sous l’effet de l’appréciation réelle de l’ARS. Les importations ont quant à elle fortement progressé (+4,1 %) sous l’effet de l’appréciation du peso, contribuant négativement (−1,1 pp) à la croissance. La consommation publique et l’investissement ont également enregistré des contributions positives bien que plus limitées (+0,3 pp et +0,04 pp).

Les perspectives de croissance ont été revues à la baisse pour 2026, à +1,3 % selon le consensus de marché. Dans son enquête d’avril, le consensus de marché de la Banque centrale d’Uruguay (BCU) anticipe que la croissance serait réduite à +1,3 % (vs. +2,0 % anticipé en février). Le FMI (WEO avril 2026) anticipe, quant à lui, +1,8 % (contre +2,4 % dans le WEO octobre 2025). Ces révisions à la baisse des prévisions de croissance pour 2026 s’expliquent notamment par la sécheresse enregistrée sur l’été austral (fin 2025 – début 2026), qui a déjà impacté les récoltes de soja et de maïs ; et par les répercussions du conflit au Moyen-Orient, avec, d’une part, une détérioration des termes de l’échange (le pays ne disposant pas de ressources en hydrocarbures contrairement aux voisins brésilien et argentin), et d’autre part, une possible hausse de l’inflation qui pèserait sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la consommation privée.

 

Le cadre macroéconomique reste robuste même si le déficit public s’est nettement creusé en 2025

Le recul de l’inflation a permis à la BCU de reprendre un cycle d’assouplissement monétaire. Traditionnellement élevée en Uruguay (+8,2 % g.a. en moyenne entre 2013 et 2023), l’inflation a reflué depuis début 2025, pour s’établir à +2,9 % en mars 2026 (contre +5,7 % en mars 2025). En mars, elle s’est ainsi établie pour la première fois en-deçà de la fourchette cible de la BCU (+3 % à +6 %), et après 8 mois consécutif sous le cœur de cette fourchette cible (+4,5 %). Face à ce recul de l’inflation, la BCU avait repris, mi-2025, un cycle d’assouplissement de sa politique monétaire, abaissant son taux directeur à sept reprises pour le porter à date à 5,75 %, soit une baisse cumulée de 350 pb en 9 mois. Ce reflux de l’inflation s’explique notamment par la forte appréciation réelle du peso face à l’USD sur l’année 2025 (environ +11 %) qui a limité l’inflation importée, appréciation elle-même attribuable à l’affaiblissement de l’USD au niveau mondial. Les répercussions du conflit au Moyen-Orient pourraient toutefois inverser ces tendances : le peso s’est déprécié d’environ 5 % face à l’USD entre le déclenchement du conflit et début avril (sous l’effet du renchérissement global de l’USD), ce qui, couplé à la hausse des prix des carburants (les prix des combustibles, administrés par le gouvernement, ont augmenté de +7 % au 1er avril), pourrait entrainer un ralentissement du processus désinflationniste.

Le déficit budgétaire s’est nettement dégradé en 2025, mais l’existence d’une règle budgétaire devrait constituer un garde-fou empêchant les dérapages prolongés. En 2025, le déficit budgétairea atteint –4,1 % du PIB, après –3,2 % en 2024. Ce creusement s’explique par une hausse des dépenses primaires supérieure à la hausse des recettes (+0,8 pt de PIB vs. +0,3 pt). La révision à la baisse des projections de croissance pour 2026 pourrait induire des recettes plus faibles qu’anticipé, limitant les marges de manœuvre côté dépenses pour faire face aux conséquences du conflit au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la trajectoire de retour à l’équilibre primaire en 2029 – définie dans le projet de budget quinquennal, adopté en décembre 2025 − parait ambitieuse alors qu’elle repose sur des hypothèses de croissance qui semblent relativement optimistes. Sur la plan institutionnel, la règle budgétaire a été modifiée, passant de trois cibles quantitatives, à un système « dual » articulé autour du solde budgétaire structurel et d’un plafond d’endettement public (net), fixé à 65 % du PIB à moyen terme.

La dette publique (nette) reste sur une trajectoire soutenable, à 56,5 % du PIB en 2025 (après 58,0 % du PIB en 2024). Ce recul a été porté par l’appréciation du peso en 2025, 44,5 % de la dette publique étant libellée en devise étrangère. Dans sa dernière analyse de soutenabilité de la dette (DSA) d’octobre 2025, le FMI indique que l’Uruguay présente un faible risque de stress souverain et un niveau d’endettement soutenable. La gestion prudente des finances publiques est perçue positivement par les grandes agences de notation, la notation souveraine du pays étant à date de BBB+ chez S&P, BBB chez Fitch et Baa1 chez Moody’s, soit dans la catégorie « grade d’investissement » chez chacune des agences.

 

En dépit de déficits courants récurrents, l’équilibre externe de l’Uruguay est également très solide

 

Le déficit courant s’est réduit en 2025, pour atteindre –0,4 % du PIB selon les estimations de la BCU, après –0,8 % en 2024. Cette amélioration s’explique par la réduction du déficit de la balance des revenus primaires (de –5,0 à −4,4 Md USD), en ligne avec une baisse des rapatriements de capitaux liés aux IDE, et, par la hausse de l’excédent de la balance des services (de +0,9 à +1,4 Md USD) notamment sous l’effet de l’appréciation réelle du peso argentin, stimulant les déplacements des argentins en Uruguay. Toutefois, l’excédent de la balance des biens s’est réduit, conduisant à une baisse de l’excédent commercial global (de +4,2 Md USD à +4,0 Md USD), les importations ayant progressé plus vite que les exportations (+4,1 % vs. +1,9 %), portées par la nette appréciation du peso sur l’année.

L’amélioration du déficit courant s’est accompagnée de celle du compte financier en 2025, dont l’excédent a atteint +0,9 Md USD (après +0,3 Md USD). Cela s’explique par un retour des entrées nettes d’IDE à hauteur de +0,4 Md USD alors que le pays avait enregistré des sorties nettes d’IDE de –2,6 Md USD en 2024. Toutefois, elles ont été compensées par un recul des entrées nettes d’investissement de portefeuille, pour atteindre +0,9 Md USD (après +2,1 Md USD). Les réserves de change continuent ainsi de s’établir à un niveau confortable, pour atteindre 19 Md USD (en termes bruts) fin 2025, contre 17,4 Md USD fin 2024. Cela correspond à près de 12 mois d’importation de biens et services, soit un niveau largement supérieur au seuil d’alerte du FMI (3 mois).

 
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