Indicateurs et conjoncture

La situation économique du Salvador, enfermé jusqu’ici dans une trappe à croissance sans levier monétaire, s’améliore quelque peu depuis 2015. La croissance repart légèrement, tirée par le dynamisme des Etats-Unis et les prix bas du pétrole. Toutefois, l’économie demeure vulnérable aux chocs externes et caractérisée par sa dépendance aux Etats-Unis, ce qui fait craindre un ralentissement de la croissance en cas de politique défavorable de l’administration Trump. L’investissement reste trop faible pour tirer la croissance et l’économie salvadorienne souffre de problèmes structurels (insécurité, faiblesse du niveau d’éducation, pauvreté) qui continuent d’entraver son développement. La situation des finances publiques est en outre toujours préoccupante : le gouvernement a réussi à faire adopter  une réforme des retraites afin d’éviter un nouveau défaut de paiement mais il doit parvenir à un accord avec l’opposition pour l’adoption d’une réforme fiscale qui sera déterminante, en particulier à l’approche d’une longue période électorale (mars 2018 et mai 2019).   

 

→L’économie montre des signes de reprise encourageants mais demeure fortement dépendante de l’environnement externe et souffre du manque d’investissement, des blocages politiques et de l’insécurité : Les principaux indicateurs de l’économie réelle s’améliorent depuis 2015, sous l’effet de la consommation interne, de la baisse des prix du pétrole, des bons résultats de l’économie américaine ainsi que de la vigueur des exportations vers le reste de l’Amérique centrale. Le Salvador est le seul pays de la région à ne pas avoir renoué avec une croissance relativement soutenue après la crise de 2009 (2% en moyenne entre 2000 et 2014).

 

La Banque centrale prévoit une croissance de 2,4% en 2017 et 2,5% en 2018 (2,3 et 2,1% de croissance pour le FMI). Le Salvador demeure le pays à la croissance la plus faible en Amérique centrale, en raison de freins structurels à la croissance qui persistent.

 

La dépendance de l’économie à l’économie américaine accroît les incertitudes quant à l’impact de la politique de D. Trump : 48% des exportations salvadoriennes ont pour destination les Etats-Unis (plus de 90% pour les exportations de la « maquila ») et 37% des importations proviennent du pays nord-américain. L’expiration du TPS (statut de protection temporaire pour les migrants salvadoriens aux Etats-Unis) en mars 2018 fait peser un risque sur le futur des transferts de migrants reçus par le Salvador (17% du PIB).

→Les problèmes structurels demeurent, au premier rang desquels la faiblesse des investissements et les blocages politiques : Ils sont un frein au développement économique. La faiblesse de l’exécutif entraîne un niveau d’investissement public trop faible pour tirer la croissance (niveau d’exécution de 55%). Le Salvador est le seul pays d’Amérique centrale qui enregistre ces dernières années une baisse des flux d’IDE entrants (374 MUSD en 2016, un niveau largement inférieur aux pays voisins : + 1Md USD de flux d’IDE).

 

L’adoption des projets et réformes sont ralentis par la polarisation de la vie politique (droite/gauche) et les tensions importantes qui existent entre gouvernement et  secteur privé. L’opposition est forte entre le parti de gouvernement (FMLN) et le principal parti d’opposition (ARENA) ce qui freine les prises de décision. Les bailleurs de fonds (BID et Banque Mondiale) ont dû abandonner plusieurs projets dans le pays (annulation prêt BID de 115 MUSD en 2016 et 230 MUSD de projets non approuvés).

 

→Le climat des affaires et la situation sécuritaire demeurent enfin peu favorables au développement économique du pays. Le Salvador est classé 109e/138 au classement du Forum Economique Mondial 2017-2018 ; 133e/138 pour le fonctionnement des institutions politiques et 137è place s’agissant du crime organisé. Le Salvador est, avec le Honduras, considéré comme l’un des pays les plus violents hors pays en guerre (phénomène des maras, gangs armés). Il faut toutefois souligner la progression significative du pays dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale (+22 places par rapport à l’année précédente)

 

→La gestion des finances publiques peu rigoureuse, les tensions politiques et le manque de vision de long terme ont conduit le pays au défaut de paiement

 

L’état des finances publiques est très préoccupant avec une dette publique en pente ascendante (62% du PIB, contre 51% en 2009 et des projections à 70% d’ici 2021 selon le FMI). La gestion des finances publiques souffre d’un manque de rigueur manifeste. Dans un contexte de faible croissance et à l’approche des échéances électorales (élections législatives/municipales en 2018 et présidentielles en 2019), le gouvernement reste réticent à augmenter les impôts (la TVA de 2 points préconisées par le FMI) et à réduire les dépenses.

 

En raison de la mauvaise gestion et l’affrontement entre les différentes factions politiques, le budget 2017 avait été approuvé avec retard. Le Salvador s’est retrouvé en situation de défaut de paiement en avril 2017, (impayé de 57 MUSD d’intérêts). S& Ps avait abaissé la notation du pays à « SD ». Un premier défaut de paiement avait été évité de justesse en septembre 2016, nécessitant la venue d’une mission FMI en urgence. Malgré la loi de responsabilité fiscale adoptée en novembre 2016, aucun accord sur la politique fiscale n’est en cours. Les agences de notation ont abaissé la note souveraine du pays en 2017 (Caa1/Moody’s et CCC+/ S&Ps). Alerte du  FMI en mai 2016 sur la surévaluation du PIB depuis 15 ans (pourrait ainsi passer de 26 à 22 Mds USD).

 

→L’adoption d’une réforme des retraites en octobre 2017 et le contexte électoral laissent entrevoir la possibilité d’arriver à un accord. Le Salvador entre en effet dans une période électorale (élections législatives et municipales en 2018 et présidentielles en 2019). A noter que le parti ARENA vient (début mars 2018) de sortir largement vainqueur lors des premières et semble favori pour la Présidentielle, ce qui pourrait faciliter les choses.  

 

L’ampleur et le délai de mise en œuvre de l’ajustement fiscal ne fait toutefois pas consensus entre les autorités (augmentation de la TVA ou de l’impôt sur le patrimoine et sur le foncier). La Banque centrale met également l’accent sur la lutte contre l’évasion fiscale (très importante au Salvador et recommande également la mise en place d’une flat tax afin de toucher le secteur informel).  

 

→Le secteur financier demeure solide : Le secteur financier est relativement solide par rapport au reste de la région. Le taux de créances douteuses se maintient autour de 2% (relativement stable). Le crédit est dynamique et contribue au financement des activités productives selon la Banque centrale.

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