Indicateurs et conjoncture

Le taux de croissance de l’économie sénégalaise qui se positionnait au-dessus des 5% depuis 6 ans a été fortement réduit par la crise sanitaire. En 2020, elle est estimée par le FMI à -0,7%, mais un rebond serait prévu dès 2021, pour atteindre 5,2% de croissance. Le plan de relance de l’activité économique a entrainé la révision de la phase II du Plan Sénégal Emergent (PSE). Le gouvernement sénégalais met en place un Plan d’action prioritaire ajusté et accéléré sur la période 2021-2023. Il a pour principal objectif de stimuler l’investissement privé, de diversifier les moteurs de croissance et de renforcer la résilience économique afin d’atteindre un taux croissance moyen de 8,7% sur la période 2021-2023.

 Croissance et compétitivité 

 

Après 6,7% en 2018, la croissance s’est établie à 6% en 2019, en raison d’une faible pluviométrie et de la hausse du prix du baril. Les perspectives à court et moyen terme demeuraient favorables avec un taux de croissance estimé à 6,8% en 2020, avant la crise sanitaire. Ce niveau de performance est le résultat d’une amélioration dans la conduite de la politique économique, via les investissements liés au Plan Sénégal Emergent (PSE) et les réformes structurelles qui l’accompagnent. L’inflation est inférieure à 2% depuis 2012 et a ralenti à nouveau à 0,7% en 2018 pour atteindre 2% en 2019.

L’économie sénégalaise dépend encore significativement de son secteur primaire (16% du PIB et 50% des emplois), en particulier l’agriculture qui est sujette aux fluctuations des cours mondiaux et aux aléas climatiques. Le secteur secondaire représente 23% du PIB et le tertiaire 61%.

L’année 2018 a été marquée par la signature des premiers contrats relatifs à l’exploitation du pétrole et du gaz offshore, qui contribueront à diversifier l’économie. Kosmos a réalisé la plus grande découverte de gaz en 2015 à la frontière sénégalo-mauritanienne, le gisement Grand Tortue Ahmeyim (GTA). En 2016 British Petroleum (BP) le rejoint, en prenant 61% de participation directe. Cairn Energy/Woodside a annoncé en 2014 la découverte de deux puits de pétrole (SNE et FAN).

Globalement pour l’année 2019, les échanges extérieurs du Sénégal sont en hausse de 11,2%, mais le déficit commercial stagne pour s’établir à -2 244,2 Mds XOF (-3 421 MEUR) en 2019, soit -0,1% par rapport à 2018. Les exportations sénégalaises s’élèvent à 1 985 Mds XOF (3 026 MEUR), soit une progression de près de 19 %, par rapport à 2018 et le cumul des importations sur l’année 2018 s’est établi à 4 229 Mds XOF (6 447 MEUR) contre 3 916 Mds XOF (5 969 MEUR) pour l’année précédente, soit une hausse de 8%. La France reste le premier partenaire commercial avec 18,8% de part de marché en 2019, suivie par la Chine à 11,8% et le Nigéria à 5,8%.Le déficit courant, malgré un niveau élevé en raison de la hausse des importations en biens d’équipement provoquée par les investissements en infrastructures, reste stable à 7,7% en 2019.

Impact de la crise sanitaire : une économie au ralenti mais pas à l'arrêt

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intégralement absorbée par la croissance démographique, l’économie sénégalaise a rebondi en 2014. Il s’en est suivi deux années consécutives enregistrant des taux de croissance supérieurs à 6% (6,5% en 2015, 6,6% en 2016).

En 2017, la croissance s’est établie à un niveau record de 7,2%, premières retombées économiques des investissements publics, et un tassement à 6,2% [PL1] en 2018, en raison d’une faible pluviométrie et de la hausse du

prix du baril. Les perspectives à court et moyen terme demeurent favorables avec un taux de croissance estimé à 6,9% en 2019 et 7,5% en 2020. Ce niveau de performance est le résultat d’une amélioration dans la conduite de la politique économique, via les investissements liés au Plan Sénégal Emergent (PSE) et les réformes structurelles qui l’accompagnent.

L’économie sénégalaise dépend encore significativement de son secteur primaire (16% du PIB et 50% des emplois), en particulier l’agriculture qui est sujette aux fluctuations des cours mondiaux et aux aléas climatiques. Le secteur secondaire représente 23% du PIB et le tertiaire 61%. (source : FMI, Dpee)

Les finances publiques constituent le principal point de vigilance. Malgré des indicateurs qui tendent vers un risque modéré, l’analyse de viabilité de la dette (AVD) reste dans la limite de faible à modérée, tout en étant qualifiée de « borderline ». En 2018, l’endettement public est évalué à 64,5% du PIB. Néanmoins, en 2019, il pourrait diminuer pour s’établir à 61,9% du PIB. La mobilisation des recettes reste un sujet central et le Sénégal affiche une performance encore loin de l’objectif UEMOA des 20% du PIB en 2023. La pression fiscale atteint 15,3% en 2018 avec un objectif de 17% en 2019. Le déficit budgétaire équivaut 3,7% du PIB en 2018 et l’objectif de 3% du PIB, conformément à la cible fixé par l’UEMOA,  est visé en 2019.


 [PL1]Je pense que pour 2018 c’est une estimation et non une prévision : remplacer (prév) par (est) dans le graphique.

 L’aide bilatérale française

 

 

Les mesures d’endiguement de la pandémie de Covid-19 ont fortement affecté certains secteurs, à commencer par le tourisme (8% du PIB), à l’arrêt depuis la fermeture de liaisons aériennes, l’hôtellerie/restauration et les transports, sous le coup de l’état d’urgence décrété le 23 mars. L’activité portuaire est ralentie et le fret aérien raréfié, entraînant une hausse des coûts de transport pour l’industrie. Des difficultés d’écoulement de la production agricole et d’accès aux intrants importés apparaissent. Les baisses d’activité subies ont conduit le secteur formel à recourir progressivement aux congés et au chômage technique. Le secteur financier, soulagé par les premières mesures de la BCEAO[1], constate une hausse des défauts, notamment des particuliers, et une chute des nouveaux crédits. Toutefois, l’absence de confinement total et le relâchement des mesures restrictives depuis juin[2] a permis une reprise partielle de l’activité économique.

Les prévisions macroéconomiques sont ainsi drastiquement revues à la baisse pour l’année 2020. La mission FMI de septembre a revu la prévision de croissance du PIB à -0,7% en 2020 (contre 6,8% prévus en janvier, 3% fin avril) mais avec un rebond à 5,2% en 2021 et 7,2% en 2022. L’inflation pourrait augmenter (à environ 2% au lieu de 1,5%), même si aucune flambée de prix n’est constatée jusqu’à présent, ne nécessitant aucune mesure de blocage de prix. Au plan externe, la baisse des recettes touristiques et celles (très probables) des exportations, des IDE et des transferts de migrants (15% du PIB officiellement) devraient être en partie compensées par la baisse des cours du pétrole (dont le Sénégal est un importateur net) et la contraction de la demande intérieure.

L’impact de la crise sanitaire se fait également sentir sur les finances publiques. Le déficit budgétaire pour 2020 a été revu de 3% à 6,2% du PIB par le FMI, sous l’effet conjugué de la baisse des recettes[3] et de la hausse de certaines dépenses budgétaires pour faire face à la pandémie. La dette publique (dont la notation venait d’être dégradée en janvier[4]) devrait s’établir à 65,6% du PIB en 2020 et 2021 pour redescendre à 64,8% en 2022. Une LFI devrait être adoptée d’ici mi-octobre.

Les mesures de soutien économique mises en oeuvre par le gouvernement sénégalais

 

La réponse économique des autorités a été mise en cohérence dans un Plan de Résilience Economique et Sociale (PRES). Destiné à répondre à l’urgence sanitaire et sociale (aide alimentaire, prise en charge temporaire de factures d’électricité et d’eau, aide à la diaspora), ce plan de 1000 Mds XOF (1,5 Md EUR) est financé via un Fonds Force Covid-19 qui fait appel largement à l’aide budgétaire internationale. A ce titre, la mobilisation des bailleurs multilatéraux et bilatéraux a été particulièrement importante et rapide : prêts de 442 M USD du FMI, de 120 M USD de la Banque mondiale, de 88 M EUR de la BAD, dons de 150 M EUR de l’UE, appui de 162 M USD de la Banque islamique de développement. Le plan comprend principalement des mesures en faveur des entreprises – dont la principale est l’apurement de 302 Mds XOF de dettes de l’Etat envers ses fournisseurs – mais en contrepartie de ces aides et par dérogation au Code du travail, les licenciements sont interdits et certains allègements fiscaux et sociaux subordonnés au maintien de 70% des salaires des employés en chômage technique.

Les projets prioritaires du Plan Sénégal Emergent (PSE) ont fait l’objet d’une révision. Les nouveaux projets du Plan d’Actions Prioritaires (PAP 2A) seraient orientés vers le développement endogène, porté par la quête des souverainetés alimentaires, sanitaire et pharmaceutique, avec un secteur privé national plus dynamique. Les projets pétroliers et gaziers off shore (attendus pour porter le pays vers une croissance à deux chiffres à partir de 2022) connaîtraient un décalage, d’un an pour le champ gazier « Grand Tortue Ahmeyim », désormais repoussé à 2023, et de plusieurs mois pour le gisement pétrolier « SNE » (sans annonce officielle à ce jour).

Le climat des affaires 

 

La mise en place de réformes structurelles a dynamisé certains secteurs de l’économie, notamment le secteur primaire. Néanmoins, comme l’ont souligné les bailleurs lors du groupe consultatif du 17-18 décembre 2018, le climat des affaires et le taux de chômage structurel important nécessitent un approfondissement des réformes, dans l’éducation, l’administration, la fiscalité. Dans le classement Doing Business 2020, le Sénégal passe de la 141ème en 2019 à la 123ème place en 2020. Le taux de chômage officiel s’élève à 15,7% à fin 2017 et il touche particulièrement les zones urbaines (18,6%).

Pour ces raisons, le FMI accompagne le Sénégal dans le cadre du programme ICPE (Instrument de Coordination des Politiques Economiques) depuis 2019 et rappelle la nécessité de mener à bien les réformes structurelles, en particulier l’efficacité des investissements publics, la rationalisation des niches fiscales (5% du PIB), les délais de passation des marchés publics, la restructuration des entreprises publiques (comme la Poste) et la gestion de la dette et de la trésorerie.


[1] Injection depuis mars de 10% de liquidités supplémentaires.

[2] Face aux tensions sociales les autorités ont annoncé le 4 juin une série d’allègements des mesures : couvre-feu repoussé de 23H à 5H avant d'être abandonné le 30/06, réouverture des restaurants, réouverture des transports inter régions, fin des limitations au nombre de passagers dans les transports. Les liaisons aériennes intérieures ont réouvert le 15 juin, et les liaisons internationales le 15 juillet. 

[3] La moins-value pour les recettes domestiques est estimée à 320 Mds de FCFA, pour les 2/3 liés à la chute des droits de douane.

[4] De risque « faible » à « modéré » (IMF/World Bank Debt Sustainability Analysis).

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