Situation économique et financière du pays

Les toutes dernières prévisions pour 2019 et 2020 du ministère des Finances tablent désormais sur un ralentissement de la croissance du PIB en 2019 (2,4 %) ainsi qu’en 2020 (2,3 %), après avoir bénéficié d’une année 2018 très favorable (4 %), mais prévoit un léger rebondissement en 2021 (2,8 %) et 2022 (2,7 %).  

La trajectoire des finances publiques vers l’équilibre budgétaire cette année et l’année prochaine apparaît définitivement compromise.

Le pays - confronté à un vieillissement démographique et un fléchissement des gains de productivité - doit se préparer à un défi de taille, celui de tirer vers le haut le niveau de vie de la population tout en maintenant l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers qui ne considèrent déjà plus la Slovaquie comme un pays à bas coûts, ce qui devrait le pousser à transformer le modèle économique actuel « d’assemblage» à une économie de la connaissance et de l’innovation.

1. Les premiers signes du ralentissement de la croissance économique avec quelques incertitudes à l’avenir notamment dans le contexte international

Le ralentissement résulte principalement du tassement de la croissance de la zone euro qui impacte négativement les exportations slovaques. Les premiers résultats confirment un ralentissement de la croissance du PIB dès le deuxième trimestre 2019, et un ralentissement plus important que prévu au troisième trimestre : après une croissance en g.a. de 3,8 % au premier trimestre 2019, elle n’était que de 2,2 % au deuxième trimestre et de 1,3 % au troisième trimestre 2019 (ou de 1,8 % données corrigées des variations saisonnières).

Le ministère des Finances met également en exergue la chute des exportations à partir du deuxième trimestre 2019. Cette perte de dynamique de la demande extérieure affaiblit également la consommation des ménages (1,7 % en 2019 et 2,1 % en 2020) qui sera impactée par la stagnation prévue du taux de chômage (5,8 % 2019-2021) et par un léger freinage de la hausse des salaires dans les années 2020-2022 (4,7 ; 5,4 ; 4,8 %) par rapport à 2019 (7,4 %), à l’exception de celle dans l’administration publique (+ 10 % en 2019) qui se poursuivra en 2020. Les investissements devraient rebondir à partir de 2020 (3,6 %). Par contre, la consommation de l’administration publique devrait connaître une baisse (de 3,1 % en 2019 à 1,1 % en 2020).

Ces estimations de ralentissement de l’économie slovaque sont partagées par d’autres institutions (Banque centrale slovaque et Commission européenne) : la Commission européenne demeure légèrement plus optimiste quant au taux de croissance (2,7 % en 2019, 2,6 % en 2020 et 2,7 % en 2021), la Banque centrale étant plus proche des prévisions du ministère des Finances (2,5 % en 2019, 2,4 % en 2020 et 2,7 % en 2021). La Commission européenne considère que la consommation de l’administration publique[1] se poursuivra dans les prochaines années (3,5 % en 2020 et 2,6 % en 2021) et que le niveau de consommation des ménages sera assez proche des estimations du ministère des Finances (2,4 % en 2020 et 2,1 % en 2021), la Banque centrale étant de son côté beaucoup plus optimiste dans les deux cas (administration publique : 2,9 % en 2020 et 3,5 % en 2021 ; ménages : 3 % en 2020 et 2,6 % en 2021). Concernant le chômage, la Commission européenne table sur une légère baisse (5,8 % en 2019, 5,7 en 2020 et 5,6 % en 2021) tandis que la Banque centrale prévoit une hausse (5,9 % en 2019, 6,2 % en 2020 et 6,3 % en 2021).

2. Une trajectoire des finances publiques remise en question 

Le ministère des Finances reporte son objectif d’équilibre de ses finances publiques pour 2019 : ce report résulte en grande partie de mesures sociales prises durant l’année et qui pèsent lourdement sur les finances publiques non seulement en 2019 mais aussi 2020[2]. Le ministère revoit ainsi à la hausse ses prévisions budgétaires par rapport à la loi de finances 2019 qui vient d’être votée et par rapport au programme de stabilité (PS). Selon Eurostat, les derniers chiffres établissaient le déficit public à 1,1 % du PIB en 2018 au lieu de 0,83 % (LF 2018) ou de 0,7 % (notification de printemps). Pour la période 2019-2022, le PS prévoyait au départ un équilibre des finances publiques en Slovaquie. Mais le ministère des Finances a prévu dans la LF 2019 un déficit à hauteur de 0,68 % du PIB en 2019 et un déficit à hauteur de 0,49 % en 2020. Le pays garde toutefois la maitrise de sa dette publique[3].

Pour l’année 2020, le ministère des Finances prévoit un déficit à hauteur de 0,49 % du PIB, qui, à son avis, est en accord avec le programme gouvernemental y compris sur le moyen terme. Selon le Premier ministre, la LF 2020 est un budget de compromis avec un accent social important pour que la Slovaquie demeure un Etat social privilégiant en priorité les personnes âgées, les jeunes et les familles.

Le ministère des Finances envisage un budget équilibré à compter de 2021 grâce à l’adoption et la mise en place de mesures spécifiques chiffrées à hauteur de 770 M € (0,74 % du PIB) en 2021 et de 1 246 M € en 2022 (1,15 % du PIB), faisant prendre à la dette publique un risque de dépassement des premiers seuils de sanction selon la loi sur la responsabilité budgétaire.

Le Conseil de la responsabilité budgétaire, institution indépendante qui veille à la soutenabilité des finances publiques, a fortement critiqué le PPB du pays. Selon lui, sans mesures supplémentaires adoptées d’ici la fin 2019 pour cette année et les années à venir, le déficit pourrait atteindre 1,27 % du PIB en 2019, 1,8 % du PIB en 2020, 2 % du PIB en 2021 et 2,5 % du PIB en 2022. Enfin, selon le Conseil, la conjoncture économique n’est pas la cause de la détérioration des finances publiques mais la surévaluation des recettes non fiscales et la sous-évaluation des dépenses.

3. Une inflation la plus élevée de l’UE en raison de la hausse des salaires

Après trois ans de déflation (2014-2016), la Slovaquie est entrée dans une période de hausse des prix en grande partie alimentée par la hausse des salaires. En effet, en 2018, le salaire moyen brut s’est établi à 1 013 €, en augmentation de 6,2 % par rapport à 2017.  La croissance nominale des salaires culminera cette année (6,7 %) pour diminuer progressivement à 6,2 % en 2020, 5,3 % en 2021 et 4,8 % en 2022. Les salaires les plus élevés ont été observés dans les services financiers et d’assurance (1 857 €), les services informatiques (1 849 €) et dans la livraison des énergies (1 749 €). De l’autre côté de l’échelle se trouvent les salariés du secteur de l’hôtellerie et de la restauration (595 €), et de la construction (713 €).

Le taux d’inflation (IPCH) s’est établi à 2,5 % sur l’année 2018, tirée par la hausse des prix dans le logement et les énergies, dans l’hôtellerie et la restauration  ainsi que pour les marchandises (en particulier les produits agroalimentaires) et services divers. L’inflation devrait être de 2,5 % en 2019, deuxième taux le plus élevé dans l’UE, puis baisser à 2,1% en 2020. Elle devrait être principalement tirée par la surchauffe sur le marché du travail qui pousse les prix des services vers le haut. La dynamique des prix des produits alimentaires accélérera au deuxième semestre, les prix régulés augmentant depuis le début de l’année.

4. Un marché de l’emploi sous tension en particulier dans l’ouest du pays

Le taux de chômage ne cesse de reculer pour s’établir aujourd’hui, au niveau national, à 6,6 % en 2018 (soit 179 500 chômeurs) contre 8,1 % en 2017. Au premier trimestre 2019, selon l’Office des statistiques, le taux de chômage a atteint 5,8 % avec une forte disparité régionale : au premier trimestre 2019, le taux de chômage était de 2 % dans la région de Bratislava contre 10,4 % dans la région de Presov à l’Est du pays. D’après les prévisions du ministère des Finances, le taux de chômage devrait s’établir à 5,7 % en 2019 et continuer à baisser jusqu’à 5,3 % en 2022.

Cette pénurie de main d’œuvre devient la principale préoccupation des entreprises, notamment étrangères, qui font face aux limites d’un modèle économique fondé sur une main d’œuvre qualifiée peu chère[4] et sont ainsi contraintes d’embaucher de plus en plus de main d’œuvre étrangère[5]. Même si leur part dans l’emploi total demeure encore globalement faible (0,3 % en 2017 contre 7,9 % en moyenne dans l’UE ou 2,5 % en République tchèque), le nombre de travailleurs étrangers[6] a atteint 69116 en décembre 2018, en hausse de 39,7 % par rapport à l’année précédente, quasiment deux fois plus qu’en 2016.

Le pays fait face à un problème structurel de chômage longue durée et de faible taux d’emploi de certaines communautés marginalisées (notamment la communauté Roms[7] - 10% de la population slovaque) et à un risque à terme d’automatisation de la production impactant les emplois peu qualifiés (selon le dernier rapport de l’OCDE, près des deux tiers des emplois actuels seraient menacés).

5. Un secteur financier qui demeure solide malgré un endettement des ménages préoccupant

Selon les données de la Banque centrale, au 31 décembre 2018, les actifs des banques ont atteint 83,5 Md €, en hausse de 5,5 % par rapport à 2017. Les trois premières banques détenaient 58 % de tous les actifs (et les cinq premières banques 75 %). De ce total, les crédits octroyés aux clients ont représenté 72 %, soit 60,1 Md € dont notamment les ménages (35,3 Md €, +11,7 % en g.a.) et les entreprises (18,5 Md €, +5,1 % en g.a.). Les passifs se sont établis à 80 Md €, en hausse de 5,6 %. Les dépôts et les crédits contractés formaient 75 % des passifs dont avant tout les dépôts reçus des ménages (35,2 Md €, en hausse de 6,5 % en g.a.) et des entreprises (13,2 Md €, en augmentation de 16,5 % en g.a.).

Les dépenses opérationnelles se sont établies à 1,3 Md € en 2018, en hausse de 3,9 % par rapport à 2017 (les frais de personnel, en hausse de 6,9 %, ont atteint 649 M €). Quant aux recettes brutes, elles représentaient 2,3 Md € en 2018, en croissance de 6 %. Les recettes se composaient des revenus nets d’intérêts (77,8 % des revenus soit 1,8 Md €) et des revenus nets hors intérêts (22,2 % des revenus). Enfin, le profit net après imposition s’est établi à 640 M €, en croissance de 4,6 % par rapport à l’année 2017.

Les ménages dont les salaires connaissent des valeurs historiques de hausse profitent très largement de la baisse des taux d’intérêt, notamment des prêts hypothécaires[8]. Les taux des prêts immobiliers sont passés en moyenne de 5,8% en 2009 à 2,2% en 2017 et des offres inférieures à 1 % sont apparues tout récemment. Ainsi, le nombre et les montants des prêts n’ont fait que croître de façon significative depuis 2010. Les prêts immobiliers ont atteint 24,8 Md en 2017 (13% de plus qu’en 2016). Compte tenu de la prépondérance des prêts à taux variables et révisables[9], les ménages restent vulnérables en cas de hausse soudaine des taux. Leur endettement est passé de 18 % du PIB en 2007 à 38 % en 2016.

6. Des faiblesses structurelles de l’économie masquées jusqu’à présent par les bonnes performances mais qui freinent désormais la participation aux chaînes de valeur mondiales

Les bonnes performances de l’économie masquent certaines faiblesses structurelles : très fortes disparités régionales entre l’Ouest et l’Est du pays[10], non soutenabilité à long terme du financement des retraites[11] (plafonnement de l’âge de départ désormais fixé à 64 ans par une loi constitutionnelle) et du système de santé, net ralentissement des gains[12] de productivité de l’industrie, faibles capacités de l’administration publique, faibles performances en matière de R&D et d’innovation (moins de 1% du PIB de dépenses[13]).

Enfin, l’éducation et la formation professionnelle constituent deux défis majeurs afin d’assurer une meilleure adéquation des compétences[14] des nouveaux entrants sur le marché du travail. La Commission européenne a récemment mis en exergue les faibles résultats[15] des élèves, accentuant ainsi les disparités socio-économiques et régionales[16], et souligné le manque d’intégration au travers l’éducation (32 % d’enfants Roms âgés de 3 à 5 ans contre 81 % de la population vont à l’école maternelle), ciblant le faible niveau des dépenses publiques en matière d’éducation ainsi que la pénurie d'enseignants.



[1] le maintien d’une consommation de l’administration publique est fort probable puisqu’elle devrait être le résultat d’une accélération de la consommation des fonds européens en fin de période 2014-2020.

[2] plusieurs mesures sociales promises en pleine campagne :

-       gratuité des déjeuners aux écoles primaires et maternelles

-       doublement des primes de retraite à Noël,

-       prolongement du congé de maternité et augmentation de l’allocation familiale pendant le congé parental,

-       baisse de la TVA de 20 % à 10 % dans l’hôtellerie et pour certaines denrées alimentaires,

-       suppression de la redevance forfaitaire TV et Radio pour les retraités,

-       baisse de l’impôt sur les sociétés ayant un CA inférieur à 100 000 €/an de 21 % à 15 %,

-       augmentation de la partie non imposable des salaires,

-       nouvelle formule de valorisation des retraites minimale,

-       inscription dans la constitution du plafonnement de l’âge de départ à la retraite à 64 ans,

-      débat en cours sur le treizième mois pour les retraités etc..

[3] Selon la notification d’Eurostat d’octobre 2019, la dette publique a atteint 49,4 % du PIB en 2018 après 51,3 % en 2017. Ainsi, la dette a dépassé de 0,4 point le premier seuil de sanction défini par la loi constitutionnelle sur la responsabilité budgétaire. En 2019, la dette devrait baisser à 47,9 % du PIB pour continuer dans cette trajectoire afin de parvenir à 44,8 % du PIB en 2022. La baisse de la dette résulte des soldes primaires ainsi que de la croissance du PIB.

[4] Les premiers mouvements sociaux sont apparus chez Volkswagen par exemple (12000 salariés dont 8000 grévistes en 2017) portant principalement sur des revendications salariales

[5] Le 10 octobre 2018, le gouvernement a approuvé la « Stratégie de mobilité des étrangers en Slovaquie » rédigée par le ministère du Travail, des affaires sociales et de la famille. La stratégie répond à la demande des employeurs dans le pays et vise à compenser la pénurie de la main d’œuvre dans certains secteurs économiques. Cette stratégie comprend des mesures à court terme (23 mesures, échéance 2018-2019) mais aussi à l’horizon 2030 (27 mesures). Elle vise en particulier la simplification et l’accélération des procédures d’embauche des étrangers.

[6] Parmi les nationalités les plus représentées, les Serbes arrivent en tête avec 13 561 travailleurs, soit 19,6 % du total, suivis par les Ukrainiens (11 842), les Roumains (11 072), les Tchèques et les Hongrois.

[7] Taux d’emploi extrêmement bas de 25 %

[8] La Banque centrale a réagi à cette situation en durcissant les règles d’octroi des prêts hypothécaires, mais aussi des crédits à la consommation.

[9] Ces derniers sont fixés sur des périodes allant d’une à cinq années

[10] Les succès du pays ont probablement accru les hétérogénéités et les déséquilibres régionaux, en favorisant l’Ouest au détriment de l’Est, qui ont pâti d’un moindre développement des infrastructures, de la faible qualité de la scolarité et de la faible mobilité de la main-d’œuvre.

[11] Avec le vieillissement rapide de la population au cours du prochain quart de siècle, la Slovaquie deviendra le pays de l’UE où le ratio de dépendance des personnes de 65 ans et plus rapporté à la population de 15-64 ans atteindrait en 2050 54,2%, soit le taux de dépendance sera le plus élevé de l’UE.

[12] Gains réduits de moitié depuis la crise de 2008, après avoir été le principal facteur de convergence rapide de la Slovaquie au sein de l’UE et de son adhésion à la zone euro en 2009. La hausse des salaires dépasse la hausse de la productivité du travail. En effet, la dynamique de la productivité du travail a toujours été supérieure à la dynamique des salaires, à l’exception de la période de crise économique (hausse des salaires nominaux de 8,1 % en 2008 et de 3 % en 2009 contre la productivité du travail nominale de 2,3 % respectivement -3,5 %). La situation s’est inversée en 2014. A partir de cette année, la dynamique de la productivité du travail a été inférieure à celle des salaires. En moyenne, sur la période 2014-2017, les salaires nominaux ont progressé de 3,7 % et les salaires réels de 3,6 % tandis que la productivité du travail nominale s’est améliorée seulement de 1,4 % et la réelle de 1,3 %. Ainsi, la part des salaires dans le PIB est passée de 28,3 % en 2005 à 31,7 % en 2017. Le ministère des Finances table sur 32,9 % en 2022.

[13] La Slovaquie ne déploie que 0,88 % du PIB (2017) à la recherche et développement (contre 2,07 % en moyenne dans l’UE). La Slovaquie a dépassé une seul fois le seuil de 1 % en 2015 (1,17 %). Ce résultat exceptionnel venait du fait que l’année 2015 constituait la dernière année de consommation des fonds européens sur la période 2007-2013. Le pays a ainsi consommé en 2015 en mode accéléré ¼ des fonds qui lui avaient été attribués.

[14] L’inadéquation des compétences est une autre barrière à la croissance de l’économie (60 % des diplômés – de l’enseignement secondaire et universitaire – ont, au bout de cinq ans, travaillé dans un domaine différent). Si la Commission constate quelques améliorations dans la formation professionnelle avec notamment la hausse de l’attractivité des lycées professionnels, il reste encore une certaine marge de progrès quant à la qualité de ce type d’enseignement.

[15] La part des élèves sous-performant est bien plus élevée que la moyenne européenne dans tous les domaines couverts par l’enquête PISA

[16] Le Rapport s’inquiète de la hausse du taux d’abandon scolaire prématuré. Si ce taux n’était que de 4,7 % en 2010, il était particulièrement élevé en 2017 (9,1 %) avec de fortes disparités régionales (4,7 % à l’ouest contre 14,7 % à l’est ; 58 % pour la communauté rom)

 

 

 

 

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