Le secteur du pétrole en Arabie Saoudite

Le pétrole constitue la ressource principale du Royaume d’Arabie Saoudite. Depuis sa découverte, la production est allée en s'accroissant : de 547 000 barils par jour en moyenne en 1950 à 9 à 10 millions dans les années 2010[i]. Producteur et exportateur majeur, le précieux or noir constitue le moteur de l’économie du Royaume.

 

  1. Réserves, production et exportations : un acteur majeur incontournable

Les réserves prouvées conventionnelles sont estimées à 266,5 milliards de barils en 2016, chiffre qui place l’Arabie Saoudite en deuxième position derrière le Venezuela (300.9 milliards de barils en 2016).[ii] En 2016, la production était de 12,349 millions de barils par jour soit 13,4% du total mondial. Le Royaume est en deuxième position derrière les Etats-Unis (12, 354 millions de barils/jour pour 2016).[iii]

Concernant les exportations, elles s’élevaient, en 2016, à 7,517 millions de barils par jour (pour les exportations de brut) soit une progression de 4,2% par rapport à 2015. Le Royaume garde la première position mondiale pour les exportations. Pour les produits raffinés les exports sont de 1,009 millions barils/jours, en progression de 25,7% par rapport à 2015 (9ième rang mondial).[iv]

 

La production pétrolière se situe principalement dans l’Est du pays (90%), avec le champ de Ghawar qui fournit à lui seul 60% de la production du pays (les réserves restantes pour ce champ sont estimées à 70 milliards de barils[v]). De fait, la plupart des sites d’importance se trouvent dans la province pétrolifère du Hassa, qui court sur 550 kilomètres le long du golfe arabo-persique et fait face à l’Iran, qui n’est qu’à 200 kilomètres.

Sur les 21 ports du Royaume, 9 jouent un rôle essentiel dans les activités de raffinages et de transports du précieux or noir. La plus grande raffinerie du pays se situe près de Ras Tanura ce qui a donc logiquement entraîné la construction d’une infrastructure portuaire plus dense sur la côte orientale que sur le bord de la mer Rouge, qui ne compte aucun gisement pétrolier.

 

Depuis la montée du pétrole non-conventionnel, l’Arabie Saoudite ne se situe plus en tête du palmarès mais son rôle dans l’OPEP reste important.

 

  1. Le rôle du Royaume dans l’OPEP : un enjeu clef.

L’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) est une organisation intergouvernementale créée en 1960 avec cinq membres fondateurs : L’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela. Son objectif principal est de gérer la production d’or noir pour influer sur les prix, ainsi que les droits de concession des exploitations pétrolières. Depuis la crise des prix débutée en 2014, l’OPEP est le théâtre de tensions récurrentes entre les différents acteurs, notamment l’Arabie Saoudite et l’Iran qui aspirent tous les deux à devenir la puissance régionale du Golfe Persique. Suite au ralentissement de la demande provenant des pays émergents, les discussions n’ont pas permis de diminuer la production. De fait, l’excès d’offre pèse sur les prix jusqu’à faire chuter le baril à $20 en février 2016.

 

Cependant, après une vague de tensions, les pays membres de l’OPEP (ainsi que 10 autres pays dont la Russie) ont accepté de réduire la production quotidienne de 1,8 million de barils en Janvier 2017, politique qui sera maintenue jusqu’en mars 2018.[vi] La remontée des prix du baril se confirme avec à la clef de meilleurs performances pour l’économie saoudienne en pleine mutation. Outre le poids de ce secteur dans son économie, sa privatisation et son ouverture aux entreprises étrangères sont d’autres sujets majeurs.

 

  1. Un secteur peu concurrentiel en voie de privatisation

La production est assurée à 95% par le groupe Saudi Aramco, compagnie nationale saoudienne. Rares sont les groupes internationaux qui peuvent extraire l’or noir du sol saoudien. En revanche, dans l’activité raffinage le groupe français Total est présent depuis 1974 et est partenaire de Saudi Aramco dans la joint-venture SATORP (Saudi Aramco Total Refining and Petrochemical), dont il détient 37,5 %. SATORP a construit à Jubail l’une des plus grandes plateformes de raffinage-pétrochimie au monde. Sa capacité de production est de 400 000 barils de pétrole brut par jour, soit 20 millions de tonnes par an. Sur le marché du raffinage, plusieurs autres groupes étrangers possèdent des raffineries (en partenariat avec Saudi Aramco) tels que Shell (Raffinerie de Jubail SASREF), EXXONMobil (Raffinerie de Yanbu Samref), Sinopec (Raffinerie de Yanbu Yasref) et Sumitomo Chemical (Raffinerie de Rhabigh). [

 

Depuis 2016, le gouvernement saoudien étudie l’introduction en bourse d’une partie du capital de Saudi Aramco dans l’optique d’une privatisation. Il est question d’introduire, dans un premier temps,  5% du capital de la société en bourse pour espérer générer 100 milliards d’USD. Cette démarche intervient suite à la baisse continue des prix du pétrole dans le cadre d’une vague de privatisations destinée à lever des fonds pour le royaume. Aramco, propriété de l’Etat saoudien – premier exportateur de pétrole – est la plus grande compagnie pétrolière au monde avec des réserves d’environ 265 milliards de barils, soit plus de 15 % des réserves mondiales.

 

Une somme qui sera en partie investit dans le projet Vision 2030 dont l’objectif est de réduire le poids du secteur pétrolier dans l’économie saoudienne.

 

  1. Le secteur pétrolier face au projet Vision 2030.

Concernant le secteur pétrolier, les enjeux sont multiples avec d’un côté la forte dépendance de l’Etat à  l’or noir, qui compte pour 50% du PIB, 85 % des recettes d’exportation et 90% des revenus du budget de l’Etat. L’économie du pays est de ce fait sujette aux variations des cours de l’or  noir, qui peuvent fortement impacter son budget. Pour l’année 2016, le déficit public s’est élevé à 14% du PIB en raison notamment d’une administration pléthorique, qui représentait 45% des dépenses de l’Etat. Ainsi, la diversification économique conjuguée à la privatisation des industries de l’énergie devraient permettre à l’Arabie Saoudite d’être moins dépendante des cours mondiaux du pétrole pour financer son fonctionnement.

 

Il faut également noter que la consommation d’énergie du pays  est l’une des plus élevée au monde avec 6,91 tep par habitant en 2014, soit 3,66 fois la moyenne mondiale (1,89 tep/hab) et au même niveau qu'aux États-Unis : 6,94 tep. L’Arabie saoudite répartit sa consommation d'énergie (213,5 Mtep en 2014) entre les deux énergies qu'elle produit : le pétrole (67 %) et le gaz naturel (33 %). La progression de ces consommations est très rapide : entre 1990 et 2014, celle de pétrole a progressé de 274 %, celle de gaz de 257 % et le total de 268 %.[vii]

 

L’augmentation de la consommation d’énergie du Royaume dans un contexte où la transition énergétique est au cœur des débats internationaux, renforce d’avantage la nécessité de mettre en œuvre le projet Vision 2030 qui prévoit d’amener la part du secteur privé à 65% de l’économie du pays contre 40% aujourd’hui. Pour accélérer la diversification de l’économie et la transition énergétique, un fonds souverain de 2000 milliards d’USD va voir le jour, le plus important du monde. Les bénéfices dégagés par ce fonds d'investissement devront aider, entre autre, à trouver une alternative aux recettes pétrolières, qui ont baissé de moitié depuis 2014 sous l'effet de la chute des prix du brut.

 

 



[ii] Bp Statistical Review of World Energy, June 2017, 66th edition, p.12

[iii] Bp Statistical Review of World Energy, June 2017, 66th edition, p.14

[iv] Bp Statistical Review of World Energy, June 2017, 66th edition, p.25

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