QATAR
L'empreinte économique de la France au Qatar
L’empreinte économique de la France au Qatar s’inscrit dans la longue histoire des relations bilatérales. Outre leur présence dans les secteurs essentiels de l’économique qatarienne (énergie, infrastructure), les entreprises françaises contribuent à l’économie du Qatar dans de nombreux domaines (distribution, hôtellerie, défense, économic circulaire…). La politique d’attractivité de l’Emirat, couplée à son engagement croissant en faveur de l’innovation, devraient contribuer à renforcer cette présence.
Une présence française au Qatar diversifiée, appelée à se renforcer grâce à la politique d’attractivité menée par l’Emirat
Le stock d’IDE français en 2024 s’élevait à 2,8 Mds EUR selon la Banque de France. Celui-ci a connu une hausse moyenne annuelle de 11,5 % entre 2014 et 2024. Le Qatar est ainsi le 3ème récipiendaire d’IDE français dans le Golfe, derrière les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite. Selon l’agence de promotion des investissements du Qatar, Invest Qatar, la France serait le premier investisseur de l’Union européenne dans l'émirat. Une centaine d’implantations françaises, ainsi que 90 franchises constituent l’empreinte économique française au Qatar. Le secteur de l’énergie occupe une place centrale dans la relation bilatérale, notamment en raison de la présence historique de TotalEnergies. D’autres entreprises du secteur ont une activité importante au Qatar tels qu’Air Liquide (gaz industriels), Technip Energies (ingénierie pétrolière et gazière) ou encore EDF (ingénierie et service). Les secteurs de la défense et de l’aéronautique constituent également des axes majeurs de la relation bilatérale économique, grâce à la présence des grands champions français (Dassault Aviation, DCI, MBDA, Airbus, Thales). D’autres secteurs comptent plusieurs acteurs de premier plan, comme les infrastructures et la construction[1] (Egis, Schneider Electric, Nexans), les transports (RATP Dev, Keolis), l’environnement (Saur, Veolia, Suez), la finance (BNP, Crédit agricole, Société Générale), l’hôtellerie (Accor), ainsi que la distribution (Carrefour, Monoprix, Décathlon). Les produits des grandes marques de luxe (Chanel, Dior, Hermès, Louis Vuitton) sont également distribués par des entreprises partenaires qatariennes. Selon Invest Qatar, les entreprises françaises auraient créé 7 516 emplois depuis 2017.
Le Qatar a mis en place un écosystème attractif depuis plusieurs années pour attirer les entreprises étrangères, notamment via la création de zones franches. La Qatar Free Zones Authority (QFZA), qui supervise deux zones franches (Ras Bufontas et Umm Alhoul), a pour objectif d’attirer des investissements étrangers, en particulier dans les secteurs industriel et logistique. Les entreprises internationales peuvent s’y implanter sans partenaire local (et donc détenir 100 % du capital) et bénéficient d’importants avantages fiscaux, de la liberté de rapatriement des dividendes et d’absence de droits de douane import/export. La filiale de Thales au Qatar est ainsi implantée dans la zone franche de Ras Bufontas, tandis que Dedienne Aerospace, une entreprise française spécialisée dans l’outillage de maintenance aéronautique, y possède une filiale qui lui sert de hub régional. Sur le même modèle, le Qatar Financial Center (QFC), créé en 2005, offre aux entreprises étrangères (à l’origine principalement dans les services financiers) des mesures similaires à la QFZ, ainsi qu’un régime juridique fondé sur les meilleures pratiques internationales. Le QFC accueille plusieurs centaines d’entreprises actives dans les services professionnels et administratifs (audit, conseil juridique, comptabilité, communication, événementiel, ingénierie, architecture), ainsi que des structures financières (fonds d’investissement, holdings, trusts, associations professionnelles et business councils). Airbus, Crédit Agricole ou Sia Partners y sont enregistrées, ainsi que la Maison de la France (CCI France Qatar), qui a d’ailleurs récemment conclu un protocole d’accord avec le QFC visant à renforcer le commerce et les investissements bilatéraux.
Le Qatar mise également sur la R&D et le financement de l’innovation pour attirer des partenaires étrangers. Le Qatar Science and Technology Park (QSTP), membre de la Qatar Fondation, a été créé pour promouvoir l'innovation, la recherche et le développement (R&D) au Qatar, en collaboration avec des entreprises locales et internationales, des universités et des institutions de recherche. TotalEnergies y est ainsi présent et finance notamment des programmes d’accélération de start-ups. Le Qatar Research Development and Innovation Council (QRDI) est lui chargé de financer la recherche et l’innovation dans tous les secteurs dans le cadre de l’objectif national de 1,5 % du PIB dédié à la R&D d’ici 2030. L’émirat mise également sur sa capacité de financement pour attirer des entrepreneurs et startups étrangères. A ce titre, la Qatar Development Bank (QDB), institution financière publique et agence de crédit export du pays, propose des programmes d’incubation et d’accélération de start-ups, dont ont déjà bénéficié des start-ups françaises, comme l’entreprise de psychologie comportementale Psynarios.
Les investissements français se matérialisent par des projets phares dans divers secteurs
Les entreprises françaises présentes au Qatar investissent dans des projets structurants de l’économie qatarienne, comme dans les secteurs énergétique, manufacturier ou la distribution. Présent au Qatar depuis 1935, TotalEnergies est actif dans les domaines de l'exploration-production, du raffinage et de la pétrochimie, de la commercialisation de lubrifiants, des énergies renouvelables et de la R&D. L’entreprise opère ou détient des participations dans plusieurs champs pétroliers et projets gaziers : les champs pétroliers offshore d’Al Khalij et d’Al Saheen, le gazoduc Dolphin Energy (à hauteur de 24,5 %), les trains de liquéfaction North Field East et North Field South et les co-entreprises du secteur du raffinage et de la pétrochimie (QAPCO, Qatofin, RLOC et Laffan Refineries). Depuis 2022, TotalEnergies est également un partenaire majeur de la première centrale solaire de grande envergure du Qatar, Al Kharsaah, qui peut produire jusqu’à 800 MWc, soit 10 % de la demande de pointe d’électricité du Qatar. Dans le secteur manufacturier, l’entreprise Nexans détient, conjointement avec le family office qatarien Al-Mirqab, la Qatar International Cables Company (QICC). L’usine de QICC compte parmi les principaux sites de production de Nexans à l’échelle mondiale. QICC commercialise ses câbles électriques principalement auprès d’acteurs du secteur pétro-gazier, de la construction (résidentiel et tertiaire) et des opérateurs en charge du réseau électrique. Enfin, dans la distribution, Carrefour et Monoprix, implantés au Qatar via des accords de franchise avec des conglomérats locaux, comptent parmi les cinq principaux distributeurs au Qatar, avec plusieurs enseignes à Doha.
[1] Plusieurs entreprises françaises de la construction ont obtenu des contrats lors des travaux de la coupe du monde mais n’ont plus de présence locale depuis.