Indicateurs et conjoncture - 2018/2019

Le Panama, petite économie de près de 4 M d’habitants, bénéficie d’une situation géographique avantageuse l’ayant incité à se spécialiser dans les services (près de 80% du PIB). L’économie repose sur trois piliers : la Zone franche de Colón (2ème plate-forme de redistribution de biens de consommation au monde), le Centre Bancaire International (49 banques dont 9 contrôlent 70% de l'activité - 118 Md USD d’actifs, soit 227% du PIB), les services maritimes (Canal et infrastructures portuaires et de logistique, pavillon de complaisance, etc.), le Panama capte 6% du commerce maritime mondial (hors pétrole) et le hub aérien des « Amériques » avec la présence de Copa Airlines, entreprise fleuron du pays. On peut désormais y ajouter, comme facteur d’expansion, la mise en exploitation de la mine de cuivre Cobre Panama dont la contribution à l’activité économique prend progressivement de l’ampleur.

Malgré sa taille, le pays centre-américain abrite plusieurs grands projets, ce qui en fait un marché convoité par les investisseurs étrangers : le 3ème jeu d’écluses sur le Canal de Panama a commencé ses opérations commerciales en juin 2016 avec en corollaire des projets portuaires et de ponts; le métro de la capitale avec un plan directeur de 4 lignes d’ici 2025. La 2e ligne du métro ayant été achevée en janvier 2019. L’extension de la ligne 2 du métro de Panama jusqu’à l’aéroport de Tocumen est en cours de construction. La ligne 3 du métro de Panama devrait être réalisée par le consortium coréen à partir de 2020 (reste encore à déterminer si la ligne 3 du métro passera par le 4e Pont sur le Canal en cours de réalisation).

Le Panama est l’économie latino-américaine à avoir connu la croissance la plus forte (6% annuels en moyenne) au cours des dix dernières années. Ce dynamisme devrait fléchir à court terme : en 2019, la croissance devrait s’établir à 3,6% (après 3,8% en 2018). Toutefois, elle est supérieure aux autres pays d’Amérique Centrale et du Sud. Le PIB s’établit à 65 Mds USD en 2018. Le PIB/hab. nominal (15 489 USD en 2018), est l’un des plus élevés d’Amérique latine. L’inflation est maîtrisée. Après avoir atteint 0,7% en 2017, elle s’est située à 1% en 2018. Elle devrait s’établir au-dessous de 2% en 2019. Le pays, dollarisé, ne dispose pas d’une politique monétaire propre et est totalement dépendant de la politique de la FED américaine.

Depuis la mise en place de la Loi de responsabilité budgétaire, le Panama peine à respecter cette loi, multipliant les exemptions. Alors que depuis 2017, le seuil du déficit budgétaire était fixé à 2% du PIB, le gouvernement de Laurentino Cortizo (entré au pouvoir le 1er juillet 2019) a soumis aux législateurs l’ajout d’une clause d’exception lui permettant de  déroger à cette règle pour alors l’établir à 3,5% du PIB en 2019, puis à 2,75% en 2020, à 2,5% en 2021 et à 2% à partir de 2022. De janvier à septembre 2019, les recettes de l’Etat ont diminué de 4,7% par rapport aux neuf premiers mois de 2018, période durant laquelle l’Etat a collecté un total de 4,9 Mds USD, alors que sur la même période en 2018, l’Etat avait collecté 5,3 Mds USD. Les recettes fiscales ont quant à elles diminué de 2,4%, passant de 4 Mds USD en 2018 à 3,9 Mds USD en 2019, soit un manque à gagner de 19% par rapport à ce qui était initialement prévu dans le budget pour 2019. Toutefois, les autorités panaméennes prévoient pour 2020, une croissance des recettes fiscales,  lesquelles devraient s’établir à 5,7 Mds USD ainsi que des recettes non fiscales estimées à 9 Mds USD. Dans ce contexte de déficit budgétaire ascendant, le gouvernement mise alors sur une politique d’austérité, avec un budget pour 2020 en réduction de 343 M USD par rapport à 2019, afin d’assainir les finances publiques. Le nouveau gouvernement mise sur le secteur privé pour réactiver l’économie. D’abord par le développement des Partenariats Privé/Public (Loi approuvée en juillet 2019) pour la réalisation d’infrastructures. Ensuite en soldant les arriérés du secteur bancaire national (1,3Md USD) ce qui devrait permettre le développement du crédit vers l’économie réelle.

Le déficit de la balance des paiements courants est demeuré stable à 8% du PIB entre 2016 et 2017. Il s’est légèrement dégradé (forte augmentation des importations liée à un investissement pour l’extraction de cuivre) en 2018 pour s’établir à 9% du PIB. Il est principalement financé par les entrées d’IDE (dont 2/3 sont des réinvestissements de sociétés étrangères déjà installées au Panama). La mise en production en 2019 de la nouvelle mine de cuivre (minerai qui sera exporté dans sa totalité) va contribuer à réduire le déficit courant aux alentours de 7% du PIB pour l’année en cours.

Le pays a poursuivi son ouverture au commerce mondial en signant de nouveaux accords de libre-échange (ALE) avec des partenaires de premier plan (Pérou, États-Unis, Canada, Colombie, zone AELE, Mexique) ainsi que l’important accord d’association UE-Amérique centrale, dont le volet commercial est entré en vigueur en août 2013. L’accord de libre-échange avec Israël a été approuvé et ratifié en août 2019. Enfin l’accord de libre-échange entre le Panama et la Chine demeure en négociation et en réévaluation par le gouvernement. 

Si le Panama a largement dominé les classements de la croissance en Amérique latine au cours de ces dernières années, une grande partie des bénéfices de cette croissance a été captée par les catégories les plus aisées de la population. Cette situation de relative prospérité ne bénéficie pas à toutes les tranches de la population et les inégalités restent encore très fortement marquées. Selon les dernières données publiées par la Banque Mondiale, l’indice de Gini du Panama en 2017 était de 49,9, ce qui plaçait le pays  parmi les nations  les « plus inégalitaires ». En termes d’inégalités et de pauvreté, au sein de la région Amérique Latine, le Panama vient juste après le Brésil et Honduras (les deux Etats en queue de peloton en la matière), alors même que son PIB par tête (15 489 USD) est particulièrement élevé. Les revenus des 10% les plus riches sont 35 fois plus élevés que les revenus des 10% les plus pauvres. Selon le dernier rapport de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), le Panama est le second pays d’Amérique Latine avec le plus d’inégalités territoriales. La forte croissance économique nationale bénéficie surtout à la capitale, la plus développée, la plus connectée et la plus dynamique. Le taux de pauvreté multidimensionnel  en 2017 est de 19%, soit 777 700 personnes vivent en situation de pauvreté (c’est-à-dire ayant des carences dans 8 indicateurs ou plus). Selon cette analyse, les principales carences relèvent en priorité de l’accès au système éducatif, des conditions d’emploi (informalité, précarité) et de l’accès aux services de base et de santé.

La transparence financière reste un enjeu de poids pour le Panama qui dépend fortement des investissements étrangers et a su créer un centre financier crédible et performant. Le Panama a réintégré, en juin 2019, la liste grise du GAFI s’agissant de la lutte contre le blanchiment financier. Globalement, il ressort de l’évaluation mutuelle que le pays n’a pas fait suffisamment d’efforts notamment en matière d’échanges d’informations fiscales pour être exempté d’une telle inscription. En outre, si la loi de pénalisation de la fraude fiscale a été adoptée en janvier 2019, elle exclut les crimes fiscaux survenant à l’étranger (extraterritorialité) qui sont précisément ceux qui avaient constitué le cœur des Panama Papers. Elle comporte également de nombreuses exemptions et les sanctions prévues sont globalement plutôt laxistes. Enfin, à l’issue de la procédure d’examen par le Forum mondial de l’OCDE, en 2019, l’évaluation de Panama a été de nouveau dégradée, et a obtenu une notation partiellement conforme concernant les normes internationales de transparence et d’échange d’information.

Publié le