Situation économique et financière

Très ouverts sur l’extérieur, les Pays Bas, 17eme économie mondiale, ont été fortement affectés par la crise financière mondiale et ont dû mettre en œuvre un programme de consolidation budgétaire douloureux (47 Md EUR en quatre ans à partir de 2012). Ils bénéficient désormais d’une reprise très vigoureuse et de la restauration de marges budgétaires conséquentes (croissance du PIB de 3,2% et excédent budgétaire de 1,1% du PIB en 2017). Ce succès est caractérisé par des excédents jumeaux très au-delà des critères du Pacte de stabilité et de Croissance. Sur un plan domestique, le programme de gouvernement de la nouvelle coalition vise à revenir partiellement sur certaines économies en matière de dépenses sociales, et à répondre aux enjeux de la transition écologique, tout en continuant à s’inscrire dans une gestion équilibrée des finances publiques.

1. La reprise de l’activité aux Pays-Bas, tirée par les exportations depuis 2014, gagne en vigueur et s’étend peu à peu à la consommation et l’investissement domestique.

Après +2,3% en 2015 et +2,2% en 2016, la croissance a finalement atteint +3,2% en 2017. Selon le CPB elle devrait s'établir à +2,9% en 2018. L’accélération de l’activité reste fortement liée au commerce extérieur (hausse des exportations de +6,1% en 2017 et +4,9% prévu en 2018). Le renforcement de la demande intérieure semble toutefois commencer à prendre le relais. La consommation des ménages (+1,9% en 2017 et +2,1% prévu en 2019) bénéficie des perspectives favorables en matière d’emploi et de revenu  disponible.

L'amélioration du contexte économique se traduit par ailleurs par un retour au quasi plein emploi. Le chômage, de 6% en 2016, est descendu actuellement à 3,9%, son plus bas niveau en 10 ans, celui des jeunes sous les 10% (9,1% au 2e trimestre 2017). Cette amélioration masque toutefois une dualisation croissante du marché du travail, qui s’est traduite par une augmentation rapide du nombre d’autoentrepreneurs (plus de 1 million actuellement). Dans ce contexte, s’exprime de façon de plus ne plus insistante une demande de redistribution sociale et de revendications salariales. Leur satisfaction, encore timide, ne compensera cependant pas les années de très faible croissance de la consommation privée sur la période 2002-2016. Les investissements (+5,6% en 2017 et +6,0% prévus en 2018) sont portés par la hausse des débouchés domestiques et internationaux et par le redressement du marché du logement. La légère dynamique salariale devrait se répercuter progressivement sur l’inflation (+2,0% en 2018 après +1,3% en 2017 et 0,1% en 2016).

La croissance néerlandaise reste cependant accompagnée de caractéristiques susceptibles d’alimenter des déséquilibres macroéconomiques au sein de l’UE. La revue dans le cadre du Semestre européen confirme le maintien d’excédents courants jugés excessif à plus de 10% du PIB,  et d’un taux d’endettement du secteur privé élevé, à 222% du PIB en 2016. Fait nouveau dans le cadre du semestre européen, la Commission a également  relevé la responsabilité de 7 Etats membres, dont les Pays Bas, dans la facilitation de schéma d’optimisation fiscale. Face à la pression, externe et interne, sur leur système fiscal, les Pays-Bas communiquent largement sur le renforcement de leur dispositif de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale. Leur politique de normalisation vers une plus grande transparence fiscale s’accompagne néanmoins d’une diminution de la charge sur les entreprises (suppression de la taxe de 15% sur les dividendes, diminution du taux d’IS de 5 points d’ici à 2021).

Les incertitudes de l’environnement international constituent le principal risque pour la croissance néerlandaise, notamment les risques de "guerre commerciale" et la perspective du Brexit, le Royaume-Uni étant le 3e partenaire commercial et le 3e excédent bilatéral des Pays-Bas. En outre, la diminution de la production domestique de gaz, qui fait face à des obstacles d’acceptabilité sociale et environnementale, pèsera également sur la croissance.  

2. Le redressement des finances publiques se confirme également, au-delà des attentes.

Les Pays-Bas respectent désormais tous les critères du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), y compris celui de la dette. L’augmentation des recettes fiscales, la diminution des allocations sociales, mais aussi la baisse du paiement des intérêts sur la dette publique et des recettes exceptionnelles issues de la revente de participations au capital d’institutions financières désormais assainies (ABN-AMRO et l’assureur ASR notamment) ont favorisé le retour à une situation d’excédent budgétaire, apparu l’an dernier pour la première fois depuis 2008. Après +0,4% en 2016, l’excédent atteindrait +1,1% du PIB en 2017 et devrait se maintenir autour de +0,5% en 2018. Le niveau de la dette devrait donc rapidement baisser et a respecté en 2017 le critère du Pacte de Stabilité et de Croissance (60% du PIB) pour la première fois depuis 2010 (56,0% puis 52,8% en 2018).

Bâti sur un équilibre politique fragile, le nouvel accord de coalition prévoit une utilisation prudente des marges de manœuvres budgétaires. L’accord reste attaché à la préservation de l’équilibre économique, notamment en matière fiscale et de soutenabilité du modèle social. Ses grandes lignes prévoient : (i) une orientation de la fiscalité des facteurs de production vers la consommation, l’immobilier et l’environnement (baisse de l’IS, réforme de l’IR et hausse de la TVA) pour favoriser la compétitivité et l’investissement ; (ii) la définition d’une politique environnementale volontariste, assorti de mesures et objectifs ambitieux (réduction de moitié des émissions de CO2 d’ici 2030 par rapport à 1990 ; arrêt des centrales à charbon et de la production gazière domestique ; développement de la fiscalité environnementale) ; (iii) le souci de mieux équilibrer le modèle de flexisécurité (meilleur encadrement du statut de travailleurs indépendants) et de maitriser les dépenses de santé et vieillesse ; (iv) le renforcement des dépenses dans les infrastructures, la défense, l’éducation et la recherche. L’utilisation de marges manœuvre budgétaires (7,9 Md EUR de dépenses supplémentaires, et 6,6 Md EUR d’allégements fiscaux d’ici 2021) doivent contribuer à la croissance sans remettre en cause l’équilibre budgétaire (prévision d’un excédent de 0,5% du PIB en 2021), qui reste cependant dépendant des paris pris sur la croissance et le contrôle de  dépenses sociales.

Pour autant les effets expansionnistes de la politique budgétaire devraient se faire sentir dès 2018.

Publié le