Situation économique et financière

Très ouverts sur l’extérieur, les Pays-Bas, 17e économie mondiale, ont été fortement affectés par la crise financière mondiale et ont dû mettre en œuvre un programme de consolidation budgétaire douloureux (47 Mds EUR en quatre ans à partir de 2012). Depuis 2014, le pays a bénéficié d’une reprise très vigoureuse avec des taux de croissance supérieurs à 2% entre 2015 et 2018. En raison de l’affaiblissement de la demande internationale, la croissance a récemment commencé à ralentir (+1,7% prévu en 2019 et +1,3% en 2020). Les gouvernements successifs sont parvenus à restaurer les marges budgétaires (excédent budgétaire de +1,4% prévu en 2019), permettant à la dette publique de passer sous la barre de 50% du PIB. Ce succès est caractérisé par des excédents jumeaux très au-delà des critères du Pacte de stabilité et de Croissance. Le programme de gouvernement mis en place en octobre 2017 vise cependant à revenir partiellement sur certaines économies en matière de dépenses sociales, et à répondre aux enjeux de la transition écologique, tout en continuant à s’inscrire dans une gestion équilibrée des finances publiques.

1. Après avoir atteint un pic en 2017, la croissance économique perd lentement en vigueur, mais reste portée par la consommation et l’investissement domestique.

Après +2,9% en 2017 et +2,6% en 2018, la croissance devrait s'établir à +1,7% en 2019. Cette décélération est notamment le résultat de l’affaiblissement de la demande internationale, car les importations progressent désormais plus vite que les exportations. Ainsi, le commerce extérieur ne contribue plus de façon positive au PIB néerlandais. En revanche, les investissements restent particulièrement bien orientés (+2,2% en 2018 et +4,6% prévus en 2019), portés par la hausse récente des débouchés et par le redressement du marché du logement. A partir de 2020, la demande intérieure devrait continuer de prendre le relais, avec une augmentation prévue de la consommation des ménages de +1,9%. L’année prochaine, le pouvoir d’achat devrait en effet être soutenu par la hausse des salaires, la baisse de l’inflation et une baisse de l’impôt sur le revenu. L’année 2019 était marquée par un bond de l’inflation (+2,7%) lié à une hausse du taux de la TVA, mais cette hausse des prix est prévue de se tasser de nouveau en 2020 (+1,4%).

L'amélioration du contexte économique depuis 2014 s’est par ailleurs traduite par un retour au quasi plein emploi. Le chômage, de 6% en 2016, est descendu actuellement à 3,4%, son plus bas niveau en 10 ans, celui des jeunes sous les 10%. Cette amélioration masque toutefois une dualisation croissante du marché du travail, qui s’est traduite par une augmentation rapide du nombre d’autoentrepreneurs (plus de 1 million actuellement).

Dans ce contexte, s’exprime de façon de plus en plus insistante une demande de redistribution sociale et de revendications salariales, exprimée encore récemment par les enseignants, les aides-soignants et les policiers. Leur satisfaction, encore timide, ne devrait cependant pas compenser les années de très faible croissance de la consommation privée sur la période 2002-2016.

La croissance néerlandaise reste cependant accompagnée de caractéristiques susceptibles d’alimenter des déséquilibres macroéconomiques au sein de l’UE. La revue dans le cadre du Semestre européen confirme le maintien d’excédents courants à plus de 10% du PIB et d’un taux d’endettement du secteur privé élevé de 252% du PIB en 2017 jugés excessif. La Commission mentionne également désormais la facilitation de schémas d’optimisation fiscale dans 7 Etats membres, dont les Pays-Bas, dans l'alimentation de déséquilibres. Face à la pression, externe et interne, sur leur système fiscal, les Pays-Bas communiquent largement sur le renforcement de leur dispositif de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, tout en poursuivant une politique fiscale des entreprises attractive (diminution du taux d’IS prévu d’ici à 2021).

Les incertitudes de l’environnement international constituent le principal risque pour la croissance néerlandaise, notamment les risques de "guerre commerciale" et la perspective du Brexit, le Royaume-Uni étant le 3e partenaire commercial et le 3e excédent bilatéral des Pays-Bas. En outre, la diminution de la production domestique de gaz, qui fait face à des obstacles d’acceptabilité sociale et environnementale, pèse également sur la croissance.

2. Le redressement des finances publiques se confirme également, au-delà des attentes.

Les Pays-Bas respectent désormais tous les critères du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), y compris celui de la dette. L’augmentation des recettes fiscales, la diminution des allocations sociales, mais aussi la baisse du paiement des intérêts sur la dette publique et des recettes exceptionnelles issues de la revente de participations au capital d’institutions financières désormais assainies (ABN-AMRO et l’assureur ASR notamment) ont favorisé le retour à une situation d’excédent budgétaire, apparu en 2017 pour la première fois depuis 2008. Après +1,3% en 2017 et +1,5% en 2018, l’excédent atteindrait +1,4% du PIB en 2019, mais devrait tomber à +0,8% en 2020. Le niveau de la dette a donc rapidement baissé et a respecté en 2017 le critère du Pacte de Stabilité et de Croissance (60% du PIB) pour la première fois depuis 2010 (56,9% puis 52,4% en 2018 et 49,0% en 2019).

Bâti sur un équilibre politique fragile, l'accord de coalition prévoit désormais une utilisation plus volontariste des marges de manœuvres budgétaires. L’accord reste attaché à la préservation de l’équilibre économique, notamment en matière fiscale et de soutenabilité du modèle social. Ses grandes lignes prévoient : (i) une orientation de la fiscalité des facteurs de production vers la consommation, l’immobilier et l’environnement (baisse de l’IS, réforme de l’IR et hausse de la TVA) pour favoriser la compétitivité et l’investissement ; (ii) la définition d’une politique environnementale volontariste, assorti de mesures et objectifs ambitieux (réduction de moitié des émissions de CO2 d’ici 2030 par rapport à 1990 ; arrêt des centrales à charbon et de la production gazière domestique ; développement de la fiscalité environnementale) ; (iii) le souci de mieux équilibrer le modèle de flexisécurité (meilleur encadrement du statut de travailleurs indépendants) et de maitriser les dépenses de santé et vieillesse ; (iv) le renforcement des dépenses dans les infrastructures, la défense, l’éducation et la recherche. L’utilisation de marges manœuvre budgétaires par le biais de dépenses supplémentaires et allègements fiscaux devrait contribuer à la croissance, mais causerait également la disparition des excédents budgétaires à partir de 2021 (prévision d’un déficit de -0,2% du PIB). Sur le moyen-long terme, l’augmentation certaine des coûts liés au vieillissement de la population risque de peser sur les finances publiques. Un des principaux défis financiers des prochains gouvernements consistera dès lors en la maîtrise du budget alloué aux soins de santé. 

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