Les enjeux des transports ferroviaires en Malaisie

Adopté en 2010, le plan de transformation économique visant à faire passer la Malaisie dans la catégorie des pays à haut revenu à l’horizon 2020 (Economic Tranformation Program ou ETP) prévoyait d’importants investissements publics dans les infrastructures de transports ferroviaires (75% urbain et 25% à grande vitesse). Il s’appuyait notamment sur un ambitieux programme de réalisation de nouvelles lignes de métro, l’extension et la modernisation des systèmes de transports urbains existants du Grand Kuala Lumpur. Le nouveau gouvernement malaisien formé suite aux élections du 9 mai 2018 a cependant entamé une vaste opération de rationalisation des grands projets d’infrastructures lancés sous le précédent gouvernement, dans l’optique de contribuer à la réduction de la dette publique malaisienne. De nombreux projets, domestiques et internationaux, ont ainsi été suspendus, voire abandonnés.

Organisation institutionnelle

Le Ministre malaisien des Transports a une compétence d’ordre générale sur le secteur des transports ferrés (ex : tutelle de l’opérateur ferroviaire longue distance KTMB). Début juin 2018, le nouveau Ministre des Transports a annoncé la création d’une Agence nationale des transports publics (A.P.A.D.), qui assurera la planification et la régulation des transports urbains (bus, LRT, MRT, taxi) en remplacement de l’ancienne Commission nationale des transports publics (S.P.A.D.). L’A.P.A.D sera placée sous l’autorité du Ministère des Transports, alors que la S.P.A.D relevait du Département du Premier Ministre. Parallèlement, la gestion et l’attribution des licences privées et commerciales relèvera désormais du Département des transports routiers (J.P.J.).

Les autres principales agences ou entreprises publiques du secteur sont :

  • KTMB (Keretapi Tanah Melayu Berbad), entreprise publique détenue par l’État via le ministère des Finances (actionnaires à 100%) est le premier opérateur ferroviaire sur le territoire de la péninsule. Il dispose d’un monopole sur le transport ferroviaire de passagers et de marchandises avec 3 services distincts : banlieue (Kommuter), inter-ville (Inter-City) et fret.
  • PRASARANA est l’opérateur public unique des transports urbains dans le Grand Kuala Lumpur, à Penang et à Kuantan. Lancé en 1998 et fonctionnel depuis 2002, Prasarana Malaysia Berhad, détenue à 100% par le ministère des Finances, possède et exploite les lignes LRT et Monorail, ainsi que les services de bus RapidKL, RapidPenang et RapidKuantan. Cet opérateur ambitionne de prendre une dimension internationale (Brunei, Indonésie, Inde, Arabie Saoudite, …), notamment au travers d’un partenariat avec la RATP.
  • MRT Corp. (Mass Rapid Transit Corporation Sdn Bhd) est l’entreprise publique en charge du développement du métro lourd, ainsi que de la construction des ouvrages d’arts et stations souterraines associés. Elle est entièrement sous l’autorité du ministère des Finances et est également en charge de la gestion des appels d’offres et du contrôle qualité des travaux.
Métros lourds

Le plus important projet en cours est la création d’un système urbain intégré de métro lourd, appelé MRT (Mass Rapid Transit) à Kuala Lumpur. Ce projet prévoyait initialement le déploiement de trois lignes (MRT 1, 2 et 3 ; 100 stations pour 156 km, dont 40 en souterrain) comprenant 2 lignes nord-sud radiales et une ligne circulaire à environ 20 km de rayon autour de la ville, chaque ligne étant intégrée aux systèmes ferroviaires actuels de Kuala Lumpur.

  • La construction de la ligne MRT 1 (51 km ; 23 Md MYR) a été lancée en juillet 2011 et achevée en 2016, pour une mise en service d’une première phase à la mi-décembre 2016 et une seconde phase en juillet 2017. Les lots à haute valeur ajoutée ont été attribués à Siemens (matériel roulant), Bombardier (sécurité/signalisation) et au japonais Meidensha Corp. (électrification). Le lot « billetique » a été attribué à ACS France. La société française Bachy Solétanche (groupe Vinci) est intervenue en tant que sous-traitante sur certains travaux complexes (fondations).
  • Les appels d’offres pour la ligne MRT 2 (52,2 km entre Sungai Buloh, Serdang et Putrajaya – SSP Line – 37 stations dont 11 souterraines ; 28 Md MYR) ont été finalisés et attribués en 2016 par le Project Delivery Partner (PDP) en charge du projet, le groupement malaisien MMC-Gamuda. La ligne MRT 2 devrait être opérationnelle en 2022 et transportera 533 000 passagers par jours. Bachy Solétanche intervient également sur certains travaux complexes (fondations).
  • Enfin, le projet de ligne circulaire MRT 3, qui devait compléter le réseau en reliant les lignes 1 et 2, a été abandonné fin mai 2018 par le nouveau gouvernement dans le cadre de l’effort de rationalisation des dépenses publiques d’investissement. Le coût du projet avait été estimé par le Ministre des Transports dans une fourchette de 40 à 45 Md MYR.
Métros légers
  • Kuala Lumpur

Parallèlement au MRT, Kuala Lumpur compte un réseau de métro léger (Light Rail Transit – LRT), dont les 2 lignes existantes ont été étendues (Kelana Jaya Line : 17,4 km, 13 stations ; et Ampang Line : 17,7 km, 12 stations) pour un coût total d’environ 500 M € et une entrée en service intervenue à mi-2016. Colas Rail Asia a contribué aux travaux d’extension de la ligne 1 de Kelana Jaya (lot électricité et pose de la voie) et Thalès à la signalisation. Le projet de troisième ligne LRT 3, qui devrait relier à partir de 2020 Bandar Utama à Klang (37 km ; 2,2 Md €), a fait l’objet d’une analyse des coûts approfondie de la part du nouveau gouvernement. Si le projet devrait finalement être maintenu, son coût total sera réduit à environ 53% du coût estimé initialement.

plan du métro KL

Plan des réseaux de métro de Kuala Lumpur 

  • Penang

A Penang, les autorisations administratives pour la construction de la ligne de métro léger Bayan Lepas LRT devraient être accordées par le Ministère des Transports et le Département de l’Environnement (en charge des audits d’impacts environnementaux) d’ici fin 2018. Le projet de LRT, dont le coût est estimé à 8,4 Md MYR, devrait relier en 27 stations Komtar (dans le Nord-Est de l’île) à l’aéroport international de Penang et aux îles du Sud de l’Etat. Il s’inscrit dans le plan de développement des transports urbains Penang Transport Master Plan (PTMP), qui prévoit également des projets de monorail, de tramway et de water taxi. La réalisation du PTMP a été confiée par le gouvernement de Penang au Project Delivery Partner (PDP) SRS Consortium, une co-entreprise entre Gamuda (60%), Loh Phoy Yen Holdings (20%) et Ideal Property Development (20%). SRS Consortium devrait émettre des appels d’offres pour la construction du LRT début 2019.

LRT Penang

Projet de LRT de Penang

Tramways

Des projets de tramway ont longtemps été à l’étude à Kuala Lumpur et dans la capitale administrative Putrajaya. D’autres agglomérations et certaines villes moyennes du pays comme Malacca ou Johor Bahru, à la frontière de Singapour, envisagent également de développer des systèmes de transports ferroviaires légers.

Systèmes de transports intelligents

L’acquisition d’équipements de systèmes de transports intelligents est programmée afin de moderniser les infrastructures de transports urbains existantes : billetterie unique intégrée, meilleure signalisation des trajets de bus, affichage électronique des arrivées, plan de ligne dynamique, etc. 

Projets actuellement passés en revue par le nouveau gouvernement malaisien
  • Ligne à grande vitesse Kuala Lumpur – Singapour

Incluse dans les projets de développement de la région Greater Kuala Lumpur / Klang Valley, la construction de la ligne à grande vitesse High Speed Rail (HSR) avait pour objectif de renforcer le dynamisme économique de la capitale malaisienne, en améliorant sa connectivité dans la région ASEAN. S’appuyant sur un tracé d’environ 350 km avec 8 stations, la ligne ferroviaire devait relier Kuala Lumpur et Singapour en 90 minutes d’ici 2026. Après avoir réévalué son coût total à 110 Md MYR (contre 74 Md MYR initialement), le nouveau gouvernement malaisien a annoncé en mai 2018 la suspension du projet. Les termes du contrat sont à présent en cours de renégociation par les autorités compétentes des deux pays. Un abandon définitif contraindrait le gouvernement malaisien à verser d’importantes indemnités de dédommagement à Singapour, de l’ordre de 500 M MYR.

  • Ligne ferroviaire de la côte Est

Début juillet 2018, la construction de l’East Coast Rail Link (ECRL), autre projet ferroviaire majeur impliquant des entreprises étrangères, a également été suspendue par le gouvernement malaisien. Longue d’environ 688 km, l’ECRL devait permettre de relier le port de Klang sur le détroit de Malacca aux Etats de la côte Est (Kelantan, Terengganu, Pahang) afin de renforcer la connectivité entre les côtes Est et Ouest de la péninsule malaisienne. Les travaux de construction avaient été attribués par l’entreprise publique malaisienne MRL au groupe chinois China Communication Construction Co. Ltd (CCCC).

 

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