Mauritanie, situation économique et financière

Résumé : le cadre macroéconomique reste fragile mais s’améliore, évolution qui a conduit le FMI à réviser à la hausse ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019. Les perspectives restent favorables à moyen et long termes, liées à la mise en valeur de projets transfrontaliers (hydrocarbures, Corridor de développement Nouakchott-Bamako) et à la poursuite des efforts de diversification de l’économie. Elles restent cependant conditionnées à l’amélioration de l’environnement des affaires et au bon déroulement d’un calendrier électoral chargé.

Un cadre macroéconomique encore fragile mais qui s’améliore. Le 25 mai 2018, le Conseil d’administration du FMI a achevé la 1ère revue de l’accord triennal en faveur de la Mauritanie au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). Ce programme porte sur la période 2017-2020 et un montant total de 164,4 MUSD. Sa mise en œuvre est jugée en bonne voie, les critères de réalisation ayant été observés et les objectifs quantitatifs pour 2018 étant à « la portée des autorités, déterminées à prendre des mesures correctives pour les atteindre si nécessaire ». Ces dernières sont invitées à poursuivre une politique budgétaire saine et à appliquer une stratégie d’emprunt prudente. Le FMI souligne notamment la nécessité d’éviter les prêts non concessionnels afin d’assurer la viabilité de la dette, de poursuivre les réformes de la politique monétaire, de la politique de change et du secteur financier et « de redoubler d’efforts pour améliorer le climat des affaires et combattre la corruption ». La décision du CA du FMI a permis un décaissement immédiat de 23 MUSD en faveur de la Mauritanie.

Le taux de croissance anticipé pour 2018 est de 3%[1] accusant un ralentissement lié à un niveau insuffisant de pluviométrie en 2017. L’inflation devrait rester modérée à 2,7% en 2018. Les réserves de change sont estimées à 4,3 mois d’importations (industries pétrolières et minières exclues). Le solde budgétaire primaire hors dons est devenu positif en 2017 (0,3 % du PIB hors secteur extractif) et devrait le rester en 2018. Le déficit des transactions courantes a diminué en raison du rebond des exportations des secteurs des mines et de la pêche. Des tensions budgétaires conjoncturelles sont anticipées, liées à la récente reprise à la hausse des cours mondiaux des hydrocarbures ainsi qu’à un effort sécuritaire significatif supplémentaire. Ces tensions sont partiellement compensées par des recettes exceptionnelles liées notamment aux récentes ventes de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures. Une 2ème revue sera organisée en septembre 2018.

Des perspectives favorables à moyen et long termes liées à la mise en œuvre de projets structurants transfrontaliers. Depuis le milieu des années 90, l’économie mauritanienne présente des caractéristiques de croissance et de développement favorables. Ceci lui permet de rester attractive pour les investisseurs d’autant plus que le pays bénéficie (depuis mars 2017) d’un zonage sécuritaire plus favorable (lien). Favorables, les perspectives à moyen et long termes sont liées à l’entrée en exploitation de l’important champ gazier en offshore profond, Grand Tortue ou Ahmeyim. Situé à la frontière maritime entre Sénégal et Mauritanie, il est estimé à 25 TCF et a fait l’objet d’un accord Kosmos Energy (KE, qui l’a découvert) et BP en 2016. BP doit annoncer ses décisions d’investissements en septembre 2018 avec pour objectif une production de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2021.

La poursuite par la Mauritanie de sa stratégie de diversification de l’économie offre également des perspectives favorables. Priorité des autorités mauritaniennes, elle cible les secteurs suivants : NTIC, agriculture, élevage, énergies nouvelles et (transverses) environnement et transformation.

Enfin, il faut signaler l’important potentiel offert par le Corridor de développement Nouakchott-Bamako notamment en termes de désenclavement, de distribution transfrontalière d’énergie, de réductions des délais et des couts (pour les pays voisins, leurs opérateurs économiques et leurs populations : le port de Nouakchott offrant la possibilité de relier Bamako en 72 heures seulement) et d’opportunités de développement de projets (agricoles, industriels, énergétiques...) le long de la Route de l’Espoir.

Structurants, Grand Tortue/Ahmeyim et Corridor de développement Nouakchott-Bamako s’inscrivent dans une dynamique favorable d’intégration et de renforcement des coopérations transfrontalières, nord-sud et est-ouest. Leur mise en œuvre prochaine suivra la signature récente (mai 2017) par la Mauritanie de l’Accord d’association avec la Cedeao./.


[1] Taux de croissance 2015 (0,8%), 2016 (1,6%), 2017 (3,5%), anticipés 2018 (3%) et 2019 (4,5% sous réserve d’une pluviométrie favorable).

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