Indicateurs et conjoncture

La Mauritanie affiche un PIB de 7,6 Mds USD fin 2019, avec une économie peu diversifiée et vulnérable aux chocs externes. Sa population est estimée à 4,4 M d’habitants, le PIB par habitant demeure modeste (1 392 USD fin 2019), soit un niveau en-dessous de la moyenne d’Afrique subsaharienne (1 571 USD). Les autorités mauritaniennes ont, dès l’apparition du premier cas de Covid-19 le 13 mars, pris des mesures d’endiguement, élaboré un plan de riposte sanitaire et des mesures sociales. Les mesures de restriction imposées, le ralentissement de l’économie mondiale et l’évolution des prix des produits de base entraîneraient une récession de 3,2% en 2020, contre une croissance de 6,3% anticipée initialement. Le pays est sous programme FMI (FEC) et classé en risque élevé de surendettement.

L’économie mauritanienne serait parmi les plus impactées par la crise dans la zone

Avant l’irruption de la crise de Covid-19, la Mauritanie avait réalisé un exercice de rebasage de son PIB qui conclut à une réévaluation de 22,7% pour l’année 2014 et 34,8% pour 2018. Le PIB est ainsi estimé à 7,6 Mds USD pour 2019. L’économie est désormais prévue de se contracter de 3,2% en 2020, contre une croissance de 6,3% anticipée avant la crise, et de rebondir à 2% en 2021. Le PIB passerait ainsi à 7,4 Mds USD en 2020.

Si les marchés internationaux des matières premières destinées à l'exportation de la Mauritanie (minerai de fer, or) ont bien résisté, le secteur de la pêche a souffert de la baisse de la demande mondiale. Les transports et les services ont été sévèrement touchés par les fermetures et l'agriculture a été affectée par la sécheresse au Sahel. Néanmoins, la construction a été soutenue par les dépenses publiques malgré les retards dans la mise en œuvre des projets d'infrastructure. Selon la Loi de Finances 2021, le secteur primaire devrait connaitre une récession de 6,9% en 2020, le secteur secondaire de 2,2% et le secteur tertiaire de 2,4%. La reprise en 2021 devrait être portée par le secteur des industries extractives, qui enregistrera une croissance de 2,7%, et le secteur des services (+0,9%). 

Le projet de champ gazier offshore Grand Tortue-Ahmeyim (GTA) est reporté d'un an à 2023. La croissance devrait s’établir à 4,2% en 2022 puis 6,1% en 2023. Le besoin de financement extérieur est prévu d’augmenter de 26 M USD à 394 M USD par rapport à la Facilité rapide de crédit (FRC) d’avril, soit 5,3% du PIB. Les exportations mauritaniennes sont très dépendantes des marchés chinois (premier client avec 30% des exportations totales en 2018, 25% des exportations de poissons, 68% des exportations de minerai de fer et 100% des exportations de cuivre) et espagnol (14% des exportations totales), pays parmi les plus touchés par la pandémie. Le déficit courant s’établirait à 15,3% du PIB en 2020, après 10,6% en 2019. Les réserves internationales ont atteint 1 320 M USD à fin juin 2020, en hausse de 185 M USD au premier semestre suite aux décaissements du Fonds et des autres bailleurs. En 2020, elles devraient représenter 5,1 mois d’importations.

L’évolution du taux de change demeure stable et l’inflation contenue (3,9% en moyenne annuelle en 2020 et 4,5% en 2021 puis 4% à moyen terme).

Le gouvernement a adopté un plan national de réponse à la Covid-19 d’un montant de 644 M USD (8,5% du PIB) pour des réformes dans le secteur de la santé, de l’agriculture, la constitution de stocks de nourriture essentielle, le soutien direct aux ménages et PME et des lignes de crédit et garanties pour les entreprises.

 

Les finances publiques se dégraderaient fortement via la chute des recettes domestiques

La Mauritanie, qui enregistrait des excédents budgétaires en 2018 (3,3% du PIB) et 2019 (2,1%), sera confrontée à une forte chute des recettes domestiques et une hausse des dépenses de santé, de protection sociale et de soutien aux secteurs d’activité impactés. En mai, les autorités ont adopté une loi de finances rectificative prévoyant un déficit de 5% du PIB non extractif (hors dons). Ce budget prévoit une baisse des recettes de plus de 7% par rapport au budget initial et une baisse des recettes fiscales de 21%. Le taux de pression fiscale anticipé par le FMI est désormais de 12,7% du PIB pour 2020, contre 20,8% lors de la quatrième revue du programme et 13,8% lors de la FRC[1]. Les dépenses augmenteraient de 20% malgré les coupes dans les dépenses non essentielles. Le premier semestre enregistre un excédent primaire de 2,6% du PIB non extractif (hors dons), mais les résultats du second semestre devraient être nettement moins bons en raison du ralentissement de l'activité économique.

Le besoin de financement budgétaire est prévu d’augmenter de 71 M USD à 394 M USD par rapport à avril. Les bailleurs internationaux se sont engagés à apporter un soutien financier d’un montant total de 191 M USD (70 M USD de subvention de la Banque mondiale, 2,5 M USD de la France, 12 M USD de l’UE, 10 M USD de la BAD).

Le FMI a approuvé en décembre 2017 la demande de la Mauritanie pour l’accès à une Facilité élargie de crédit (FEC 2018-2020). La cinquième revue du programme a été approuvée en septembre 2020. Les autorités ont demandé une augmentation de l’accès au titre de la FEC de 28 M USD soit 15,7% de la quote-part. L’exécution du programme est globalement satisfaisante, tous les critères de performance ont été atteints. Les objectifs indicatifs prospectifs ont été revus pour tenir compte de la détérioration des soldes extérieur et budgétaire au cours du second semestre 2020. Le Fonds a alloué une FRC de 135 M USD en avril pour aider la Mauritanie à faire face à la pandémie. Ce montant devait couvrir un tiers du besoin de financement prévu. Dans l’ensemble, le Fonds couvrirait environ 48% du déficit de financement prévu cette année. Les autorités ont exprimé leur intérêt pour un nouveau programme suite à cette FEC qui prendra fin le 5 décembre 2020. Le FMI recommande la mise en œuvre d’une stratégie claire de gestion des revenus gaziers et met en garde les autorités contre le recours aux ressources limitées du Fonds national des revenus des hydrocarbures[2] ou du dépôt saoudien[3] de 2015.

L’analyse de viabilité de la dette demeure inchangée, avec un risque de surendettement externe et total élevé, en particulier en raison du ratio de service de la dette sur recettes budgétaires qui n’est pas impacté par la réévaluation du PIB et demeure important (14,8% en 2020, 25,9% en 2021, 26,2% en 2022). La dette publique devrait atteindre 65,6% du PIB non extractif en 2020, contre 67,8% prévus lors de la FRC. La dette publique extérieure est projetée à 56,1% du PIB, contre 57,6% lors de la FRC. L’initiative de suspension du service de la dette publique devrait permettre de libérer 96 M USD, soit 1,3% du PIB cette année.


[1] Facilité Rapide de Crédit, avril 2020.

[2] Qui représente actuellement 74 M USD, soit 1% du PIB

[3] 300 M USD, soit 4% du PIB

L’environnement des affaires mauritanien est marqué par un système bancaire fragile

Le système bancaire est fragile et exposé à un risque systémique élevé malgré des mesures prises notamment dans le cadre du programme du FMI. La liquidité bancaire demeure étroite et la croissance du crédit a ralenti (3,5% en 2019 contre 15,7% en 2018). En mars 2020, la Banque centrale a libéré des liquidités en réduisant le taux de réserves obligatoires de 7 à 5%. Elle a également diminué son taux directeur de 6,5% à 5%. La BCM a également renforcé les normes réglementaires en matière d’adéquation des fonds propres et de liquidités et les banques ont été tenues d’augmenter leur capital minimum de deux tiers.

La Mauritanie a régressé au classement annuel Doing Business de la Banque mondiale, passant à la 152ème place sur 190 en 2020 contre 148ème en 2018. Le climat des affaires reste difficile en pratique et le pays est classé 137/180 au classement Transparency International 2019 et 40e/54 du Mo Ibrahim sur la gouvernance.
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