Lituanie : situation économique et financière

 Avec une contraction de seulement 0,9% en 2020, la Lituanie a connu l’une des  baisses  les  moins marquées de la zone Euro. Toutefois, le pays qui a levé de nombreuses restrictions le 30 juin fait face à des nouveaux défis en raison d’un ralentissement de la campagne vaccinale. La crise sanitaire a d’ores et déjà entraîné une hausse considérable du déficit public (estimé à 7,4% du PIB en 2020). Par conséquent, le projet de plan budgétaire lituanien pour 2022 s’appuie sur une stratégie de maîtriser le plus possible les grands équilibres budgétaires. La réduction des disparités sociales et régionales est une autre composante clé de la stratégie du gouvernement.

1-    Comparée à ses partenaires européens, la Lituanie a jusqu’ici résisté mieux à la crise liée à la COVID-19

Sur les trois premiers trimestres de 2021 le PIB lituanien a connu une hausse de 5,2% en glissement annuel, dépassant le volume d’avant la pandémie. La reprise entamée au printemps n'a pas été jusqu’ici freinée par l'entrée en vigueur du passe sanitaire. Les autorités lituaniennes s'attendent ainsi à une croissance de 4,3% en 2021. Le PIB devrait ensuite croître de 4,0% en 2022, puis de 3,5% en 2023 et 2024.

Le taux d'inflation annuel a progressé au cours de l’année 2021, atteignant 4,3% en juillet, puis 5% en août et 6,4% en septembre 2021, en raison notamment du rebond des prix des produits énergétiques et ceux des matières premières. Il devrait toutefois ralentir légèrement à la fin 2021.  De ce fait, le taux d’inflation annuel moyen est estimé à 3,4 % en 2021 par le gouvernement lituanien. En revanche, les prix ne devraient augmenter que de 2,5% en 2022, puis de 2% en 2023 et 2024.

Malgré les prévisions optimistes de croissance, le gouvernement se préoccupe de l’augmentation du chômage. Estimé à 6,6% avant la crise, le taux de chômage a atteint un pic de 9,9 % en septembre de 2020, en dépit des mesures de soutien gouvernementales. Il a toutefois nettement baissé au cours de l’année 2021 pour s'établir à 7,2 % en août puis à 6,7% en septembre.  Dans le même temps, le pays a connu une hausse du taux d’emplois vacants : au deuxième trimestre 2021, le taux d’emplois vacants s’est établi à 1,9 %, en hausse par rapport aux taux de 1,6 % du trimestre précédent et de 1,4 % relevé au deuxième trimestre de 2020. Devant une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, le salaire moyen devrait continuer à progresser à un rythme analogue à celui des dernières années (+9,0% en 2021, +8% en 2022, puis +5,5% en 2023). 

2-    Après la croissance meilleure que prévu, le gouvernement s'engage sur la voie d’une réduction plus importante du déficit public

Si les prévisions de l'évolution économique étaient régulièrement revues à la hausse au cours de 2021, la quatrième vague de la pandémie conduit les autorités lituaniennes à mener une politique budgétaire prudente. Bien que le gouvernement ait prévu, dans le projet de budget rectifié pour 2021, un déficit budgétaire de 6,9% du PIB, celui-ci est estimé à seulement 4,4% du PIB dans le projet de plan budgétaire lituanien. Cela s’explique notamment par le montant moins important que prévu des dépenses afférentes aux mesures liées à la covid-19, ainsi que par les surcroîts de recettes fiscales. Il est estimé que le déficit public s’établira à 3,1% du PIB en 2022.

Les circonstances exceptionnelles liées à la crise du COVID 19 ont amené le gouvernement à activer le 18 mars 2020 la clause de circonstance exceptionnelle  qui restera en vigueur jusqu’en 2023. La dette publique devrait refluer, l’an prochain, à 45,6% du PIB, après une progression forte en 2020 à 47,1%, contre seulement 35,9% du PIB en 2019.

3-    Les disparités sociales et régionales demeurent des préoccupations majeures pour le gouvernement actuel

Enfin, au bout de l’échelle en matière du ratio recettes fiscales/PIB (30,4 %, contre 41,6 % en moyenne dans la zone euro), le pays a connu beaucoup de difficultés sur le plan social. En Lituanie, le taux de risque de pauvreté demeure à 20,9 %, bien au-dessus de la moyenne européenne. Les pensions de vieillesse sont automatiquement indexées sur l’augmentation du salaire moyen grâce à un mécanisme mis en place en 2017. Par conséquent, la proportion de retraités menacés de pauvreté, selon les données Eurostat, est passée de 41,7 % en 2018 à 35,1% en 2019. Elle demeure toutefois bien supérieure à celle de la France (9%), ainsi qu’à la moyenne de l'UE (15%). De ce fait, le ministère des Affaires sociales a préparé un projet de loi en la matière dont la stratégie est de relever progressivement des pensions à compter de 2022, notamment celles les plus basses, ainsi que la pension pour une personne isolée. Le projet de loi de finances pour 2022 prévoit également une augmentation de la fourchette de revenus non imposables pour les personnes dont le salaire reste inférieur à un salaire moyen, ainsi que pour les personnes handicapées.

La persistance du risque de pauvreté et les fortes inégalités salariales se conjuguent avec les fortes divergences territoriales : le PIB par habitant dans la région de Vilnius s’établit actuellement à 145 % du PIB par habitant de la Lituanie, alors que celui dans la région de Tauragė ne s’élève qu’à 56 %. Pourtant, en raison du changement de classement des régions en fonction du développement économique, la Lituanie qui n’était auparavant constituée que d’une seule région est scindée, depuis 2018, en deux régions NUTS, soit la région de la capitale et celle du « centre-ouest ». Cela a permis de séparer la capitale plus riche du reste du pays, afin de continuer à recevoir les subventions européennes pour la période 2021-2027. Il est estimé que la région centre-ouest bénéficiera ainsi de 99% du financement total provenant du fonds de cohésion au cours de sept prochaines années, contre seulement 1% pour la région de Vilnius.

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