Situation économique de la Lituanie et perspectives 2020

 

1- La croissance reste solide.

L’année 2018 a été marquée par une croissance à 3,6%. Malgré le ralentissement de la croissance prévue dans l’UE  en 2019 (+1,4%), notamment en Allemagne (+0,5%), la croissance lituanienne devrait résister au second semestre 2019 avec une progression annuelle de 3,7%. En 2020, elle devrait se maintenir encore au-dessus de la moyenne européenne (+1,6%), à +2,4%.

2- Elle est tirée à 50% par la consommation intérieure (contre 10% en 2009 et en 2010) et par le BTP (croissance de +13.9% en année glissante à prix constants).  

La croissance est nourrie par l’augmentation des salaires et de l’endettement des ménages (le taux d’épargne des ménages, négatif depuis 2017, est passé à -1,5% contre +9,5% en moyenne européenne).

Le chiffre d’affaires du commerce de détail est solide (+7,5% au premier semestre 2019), mais un peu plus faible qu’en 2018 (+9,7%) et 2017 (+9,2%). L’achat de véhicules de tourisme reste à un très haut niveau (+11%) bien que plus faible qu’en 2017 (+15,9%) ou en 2016 (+18,3%).

La croissance des investissements dans le BTP est plus liée aux opportunités d’investissements dans le cadre de la politique de « quantitative easing » qu’aux besoins réels du marché. A court terme, ces nouveaux programmes de construction  n’ont pas pour effet de baisser la forte croissance des loyers (+5,5% en moyenne annuelle au 30 juin dernier). Au 1er semestre 2019, le nombre de transactions effectuées sur le marché immobilier était très dynamique, dépassant le record de 2007. A terme, on peut prévoir une plus grande fluidité de l’offre et de la demande sur le marché immobilier et donc une certaine baisse.

3-L’effet de la crise économique en Allemagne devrait être soutenable à court terme

Le ralentissement en Allemagne est interprété en partie comme le résultat de la surutilisation des capacités industrielles allemandes alors que l’appareil industriel lituanien, qui travaille en partie en sous-traitance pour les entreprises allemandes, devrait bénéficier dans un premier temps d’un regain de commandes industrielles.

Ainsi, c’est plutôt une crise systémique, nourrie par plusieurs crises combinées, qui pourrait avoir un vrai impact négatif sur l’économie lituanienne. Beaucoup sont d’avis que le pays devrait toutefois mieux résister qu’en 2008, du fait notamment des nouveaux instruments de gouvernance mis en place à l’échelle européenne.

4-Une politique de dépenses plus favorable aux classes les plus défavorisées, mais très prudente, devrait prendre forme dans la loi de finances 2020.

Le Président Nauseda, qui a pris ses fonctions le 12 juillet 2019, a annoncé une augmentation des allocations vieillesse et des personnes handicapées, une augmentation des dépenses militaires et une réforme fiscale qui devrait ponctionner plus fortement le capital.

Ces nouvelles dépenses (ou même la réforme fiscale) ne seront pas liées à un agenda de relance économique, mais au besoin de répondre aux problèmes liés aux inégalités sociales, la Lituanie faisant partie -avec la Bulgarie et la Roumanie- des trois pays de l’UE dans lesquels l’indice de Gini est le plus préoccupant.

Les mesures qui seront prises devraient rester prudentes car les membres du Seimas (le parlement monocaméral) sont habituellement attentifs au langage du ministère des finances qui considère que la Lituanie, dont le PIB s’élève à 46Mds EUR, est plus vulnérable à une crise économique majeure que les économies plus importantes.

Les mesures envisagées pour 2020 ne devraient pas entrainer un déséquilibre des comptes publics (solde positif du PIB en 2017 à +0,3% ; en 2018 à + 0,5 % de PIB ; prévision 2019 à +0,2%) et les élections législatives d’octobre 2020 ne devraient pas déboucher sur un bouleversement des équilibres financiers du pays.

5- La situation démographique (baisse du nombre d’habitants de 3,8 millions en 1991 à 2,8 millions en 2018) et la baisse du taux de chômage (7,96% en 2016 ; 7,17% en 2017 ; 6,1% en 2018 et prévision de 5,8% en 2019) se traduisent par une forte pression sur les salaires (+9,6% en 2018, prévision à +8,3% en 2019). Il ne semble plus exister de réserves d’emplois, près de 50% des chômeurs étant de longue durée, dont une partie de personnes handicapées.

La hausse des salaires reste rapide, du fait du rattrapage que connait la fonction publique depuis 2017. On note une croissance moins rapide pour le secteur privé.

Si le coût du travail a augmenté de 39,5% en 5 ans dans l’industrie manufacturière (fin 2018), cette pression salariale reste encore supportable car le coût du travail reste limité à 25% de la moyenne européenne.

6- A ce stade, l’augmentation des salaires se répercute faiblement sur l’inflation (+2,7% en 2018 ; +2,4% en 2019 ; prévisions à +2,4% en 2020). Seuls l’hôtellerie et les services à la restauration ont connu une forte croissance des prix de +5% au niveau national en année glissante à la fin aout 2019 (estimée à + 10% sur les trois grandes villes du pays).

 

 Situation économique et financière en Lituanie

                                                 

2017

2018

2019

Population (en début de l’année)

2 847 904

2 808 901

2 794 184

PIB (en MEUR)

42 269

45 264

48 333 p

Taux de croissance du PIB en %

4,2%

3,6%

3,7% p

Solde de la balance des paiements courants/PIB en %

+0,5%

+0,3%

+1,2%

Dette extérieure (en % du PIB)

39,3%

34,1%

36,4% p

Solde budgétaire (% PIB)

+0,5%

+0,6%

+0,1% p

Rang du pays dans le classement Doing Business

16

14

11

Rang du pays dans le classement de Transparency International

38

38

ND

 p : Prévision du ministère lituanien des Finances

 

Publié le