Lituanie : situation économique et financière

 Avec une contraction de seulement 0,9% en 2020, la Lituanie a connu l’une des  baisses  les  moins marquées de la zone Euro. Toutefois, la Lituanie qui vient de mettre fin au confinement national ayant duré huit mois fait face à des nouveaux défis en raison d’un ralentissement de la campagne vaccinale. Si la crise sanitaire a d’ores et déjà entraîné une hausse considérable du déficit public (7,4% du PIB en 2020), la crainte d’une nouvelle vague de la pandémie conduit le gouvernement de centre-droit à mener une politique budgétaire prudente. D’autres défis importants, tels que la réduction des disparités sociales et régionales, ont été transmis au nouveau gouvernement, en fonction depuis décembre 2020, afin de bâtir une stratégie en coopération avec le Président. Ce dernier se montre résolument favorable à la création d’un Etat providence en Lituanie.

 

1- Comparée à ses partenaires européens, la Lituanie résiste mieux à la crise liée à la COVID-19

Malgré la crise sanitaire, l’année 2020 a été relativement positive pour la Lituanie, l’économie s’étant contractée de seulement 0,9 %. Au premier trimestre 2021, le PIB lituanien a connu une hausse de 1,2% en glissement annuel, dépassant le volume d’avant la pandémie. La croissance était liée à des facteurs ponctuels, tels qu’une forte augmentation de la production de réactifs pour les vaccins COVID-19, ainsi qu’à la structure spécifique de l’économie lituanienne. Plus spécifiquement, le secteur du tourisme représente seulement 2% du PIB, alors que l’industrie a un poids économique indéniable (20%). Sur les cinq premiers mois de 2021, la production industrielle a augmenté de 17,4% en glissement annuel.

Courant 2021, le ministère des Finances, ainsi que la Banque centrale, ont actualisé plusieurs fois leurs prévisions économiques. Le budget rectifié pour 2021 adopté par le Parlement en juin dernier repose sur l’hypothèse d'un taux de croissance de 4,1% (Banque de Lituanie : 5,1%). Selon les prévisions économiques du ministère des Finances publiées à la mi-juin, le PIB devrait croître de 4,4% en 2022, puis de 3,5% en 2023 et 2024.

Le taux d’inflation annuel moyen est estimé à 2,6 % en 2021 par les autorités lituaniennes. Alors que le taux d’inflation devrait atteindre un pic d’environ 3% à l’été (juin 2021 : 3,5%) en raison notamment d’une hausse des prix des matières premières et des prix des services, il devrait ralentir légèrement à la fin 2021. En revanche, les prix ne devraient augmenter que de 2,2% en 2022, puis de 2% en 2023 et 2024.

Si les prévisions de l'évolution économique étaient régulièrement revues à la hausse, le gouvernement se préoccupait surtout de la croissance du chômage. Estimé à 6,6% avant la crise, le taux de chômage a atteint un pic de 9,3% au troisième trimestre 2020, en dépit des mesures de soutien gouvernementales. Il a ensuite nettement baissé pour s'établir à 7,5% au premier trimestre 2021.  Dans le même temps, le pays a connu une hausse rapide du taux d’emploi : au premier trimestre 2021, la Lituanie a enregistré l’une des croissances de l’emploi les plus fortes (+0,8%), par rapport au trimestre précédent, parmi les pays de l'UE.

 

2- Après la croissance meilleure que prévu, le gouvernement s'engage sur la voie d’une réduction plus importante du déficit public

Le Parlement a adopté le budget de l'État pour 2021 en décembre dernier dans un contexte post-électoral : le nouveau gouvernement de centre-droit, dirigé par les conservateurs, est entré en fonction le 11 décembre. Le gouvernement avait prévu dans son projet de loi de finances initiale un déficit budgétaire de 7% du PIB. Bien qu’un programme de stabilité ait été adopté ultérieurement visant un déficit public de 8,1% du PIB, cet objectif a ensuite été revu à la baisse à 6,9% du PIB dans le cadre du projet de budget rectifié pour 2021. Ce dernier comprend 744 MEUR supplémentaires (soit 1,5% du PIB), dont une première tranche de 149,3 MEUR du financement européen à titre du plan national de relance et de résilience. Le montant restant sera alloué pour lutter contre la pandémie au cours de cette année (564 MEUR), assurer l’engagement en matière de financement des dépenses militaires fixé par l’OTAN (20 MEUR supplémentaires), ainsi que pour la gestion de l’immigration à la frontière biélorusse (17 MEUR).

Les circonstances exceptionnelles liées à la crise sanitaire ont amené le gouvernement à lever le frein sur l’endettement : fin 2020, la dette publique s’est établie à 47,3% du PIB fin 2020, (contre seulement 35,9% du PIB fin 2019). Concernant les critères de Maastricht, la Lituanie devrait cependant de nouveau les respecter en 2024, voire en 2023 pour le déficit public (<3%). Cela est toujours le cas pour la dette publique (<60%).  A l’issue de la crise sanitaire, des efforts seront déployés pour améliorer la situation des finances publiques et pour les placer sur une trajectoire soutenable et durable.

3- Les disparités sociales et régionales demeurent une préoccupation majeure pour le gouvernement actuel

Enfin, au bout de l’échelle en matière du ratio recettes fiscales/PIB (30,4 %, contre 41,6 % en moyenne dans la zone euro), le pays a connu beaucoup de difficultés sur le plan social. En Lituanie, le taux de risque de pauvreté demeure à 20,9 %, bien au-dessus de la moyenne européenne. Les pensions de vieillesse sont automatiquement indexées sur l’augmentation du salaire moyen grâce à un mécanisme mis en place en 2017. Par conséquent, la proportion de retraités menacés de pauvreté, selon les données Eurostat, est passée de 41,7 % en 2018 à 35,1% en 2019. Elle demeure toutefois bien supérieure à celle de la France (9%), ainsi qu’à la moyenne de l'UE (15%). De ce fait, le ministère des Affaires sociales a préparé un projet de loi en la matière, s’appuyant sur la stratégie de relever progressivement des pensions à compter de 2022, notamment celles les plus basses et la pension pour une personne isolée.

La persistance du risque de pauvreté et les fortes inégalités salariales se conjuguent avec les fortes divergences territoriales : le PIB par habitant dans la région de Vilnius s’établit actuellement à 145 % du PIB par habitant de la Lituanie, alors que celui dans la région de Tauragė ne s’élève qu’à 56 %. Pourtant, en raison du changement de classement des régions en fonction du développement économique, la Lituanie, qui n’était auparavant constituée que d’une seule région, est scindée, depuis 2018, en deux régions NUTS[1], soit la région de la capitale, est celle du « centre-ouest ». Cela a permis de séparer la capitale plus riche du reste du pays, afin de continuer à recevoir les subventions européennes pour la période 2021-2027. Il est estimé que la région centre-ouest bénéficiera ainsi de 99% du financement total provenant du fonds de cohésion au cours de sept prochaines années, contre seulement 1% pour la région de Vilnius.

 

Commentaires : La Lituanie demeure l’un des pays européens avec un taux de pauvreté relativement élevé et souffrant de grandes disparités sociales et régionales. Ces fragilités devront être prises à bras le corps  par le gouvernement actuel de centre-droit, afin de bâtir une stratégie en coopération avec le Président qui se montre résolument favorable à  la création d’un Etat providence en Lituanie.  



[1] Nomenclature des unités territoriales statistiques

 

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