Lituanie : situation économique et financière

Avec une contraction prévisionnelle de seulement – 1,5% en 2020, selon les estimations du gouvernement publiées ce jour,  la Lituanie connaîtra l’une des  baisses  les  moins fortes de la zone Euro. Si la crise sanitaire a entraîné une hausse considérable du déficit public, une amélioration des finances publiques est prévue par les autorités lituaniennes pour 2021 (déficit entre - 2,4 % et - 3,9 % du PIB), respectant les grands équilibres budgétaires (la dette resterait largement contenue dans les critères de Maastricht). Le plan national de soutien, rapidement adopté, accuse néanmoins un retard dans sa mise en œuvre.

La Lituanie demeure l’un des pays européens les plus touchés en matière de fragilité financière des retraités. Des défis importants, tels que la réduction des disparités sociales et régionales, seront transmis au prochain gouvernement issu des élections législatives d’octobre, afin de bâtir une stratégie en coopération avec le Président. Ce dernier se montre en faveur de la création d’un Etat providence en Lituanie.

 

1- Comparée à ses partenaires européens, la Lituanie résiste mieux à la crise liée à la COVID-19

Malgré la crise sanitaire, le premier semestre 2020 a été relativement positif pour la Lituanie : après une croissance de + 2,4 % en g.a. enregistrée au 1T2020, le PIB lituanien s’est seulement contracté de – 4 % en g.a. au 2T2020, soit la deuxième plus faible baisse de l’UE (derrière l’Irlande). Le 2T2020 a connu une reprise progressive de la consommation des ménages (le volume des ventes du commerce de détail a augmenté de + 0,9 % en mai et de + 5,1 % en juin en g.a., contre une baisse de - 17,6 % en avril).

La loi de finances lituanienne pour 2020 était basée sur une prévision de croissance de + 2,4 % en 2020.  Courant 2020, le ministère des Finances, ainsi que la Banque centrale, ont actualisé plusieurs fois leurs prévisions économiques. Dans le programme de stabilité, publié en avril dernier, deux scénarii étaient envisagés : une baisse annuelle du PIB de - 2,8 % ou une chute brutale de - 7,3 %. En revanche, d’après les dernières estimations publiées par le ministère des Finances mi-septembre, l’économie lituanienne va finalement connaître une faible contraction de - 1,5 % en 2020, avant de reprendre une trajectoire de croissance de + 3,3 % en 2021 et + 2,3 % en 2022. La reprise économique dépendra néanmoins de la façon dont l’épidémie et sa gestion évoluent au niveau européen et national.

Le taux d’inflation est estimé à + 0,9 % en 2020 par les autorités lituaniennes. En août 2020, alors que les mesures de confinement du COVID-19 continuaient d’être levées, le taux d'inflation annuel  s’établissait à + 1,2 %.

Le régime de quarantaine imposé à partir du 16 mars a fait chuter l’activité économique et, par conséquent, les recettes publiques (une baisse de - 6,8 % sur le premier semestre en g.a.). Après un excédent budgétaire de + 0,3 % du PIB en 2019, le déficit des finances publiques pour cette année avait été estimé entre - 9,1 % et - 11,4 % du PIB dans le programme de stabilité, dépendant de la réalisation des facteurs de risque, et entre - 2,4 % et - 3,9 % en 2021. En revanche, en observant le développement de recettes fiscales bien meilleur que prévu, les autorités lituaniennes estiment que le déficit public ne va pas finalement dépasser -10% du PIB en 2020. Les circonstances exceptionnelles liées à la crise sanitaire ont amené le gouvernement à lever le frein sur l’endettement : la dette publique est estimée entre 46,8 et 50,6 % du PIB en 2020 (contre 36,3 % du PIB en 2020) et risque de dépasser les critères de Maastricht en 2025.  Le gouvernement indique qu’à l’issue de la crise sanitaire, des efforts seront déployés pour améliorer la situation des finances publiques et restaurer progressivement les réserves budgétaires (les réserves financières accumulées par l’État s’élevaient à 2 % du PIB avant la crise sanitaire). Dans cette optique, un groupe de travail a été établi en mai dernier comprenant les experts du ministère des Finances, ceux de l’Economie et des Innovations, ainsi que de la Banque centrale, chargé d'étudier les évolutions des finances publiques et de déterminer la marche à suivre pour placer les finances publiques sur une trajectoire soutenable et durable.

Les mesures budgétaires contra-cycliques comprenant le plan national de soutien de l’économie équivalant à 11 % du PIB ont été prises rapidement : chômage partiel pour les entreprises qui gardent 50 % de leurs salariés ; possible prise en charge d’une partie du loyer ; aides aux ménages sous forme d’allocations familiales supplémentaires.

Les retards dans le versement des fonds compliquent cependant la situation des entrepreneurs. Depuis le début de la pandémie, la Lituanie a utilisé seulement 1,4 Md EUR, soit 28,4 % des fonds destinés au soutien des entreprises dans le cadre de son plan national.

 

2- L'accroissement du chômage combiné aux disparités sociales et régionales demeure une préoccupation majeure pour le futur gouvernement du pays

Si les prévisions concernant l'évolution de l'activité économique sont revues à la hausse, la croissance du chômage est devenue désormais la préoccupation majeure du gouvernement lituanien. Selon Eurostat, estimé à 6,6 % avant la crise, le taux de chômage s’établit à 9,0 % à la fin du mois de juillet, en dépit des mesures de soutien gouvernementales. Il s’agit d’un des taux les plus élevés de l’Union européenne. Cette hausse s’explique par l’effet combiné d’une profonde inquiétude de la part des entreprises qui s’attendent à une deuxième vague de l’épidémie, et du mécanisme national de soutien financier aux chômeurs, accusé d'être trop généreux.

En Lituanie, le taux de risque de pauvreté demeure à 20,6 %, bien au-dessus de la moyenne européenne. Bien que les pensions de vieillesse soient automatiquement indexées sur l’augmentation du salaire moyen grâce à un mécanisme mis en place en 2017, la proportion de retraités menacés de pauvreté, selon les données Eurostat, s’établit à 41,7 % en Lituanie, contre 7,3 % en France et 14,4 % en moyenne dans l'UE. A l’aube des élections législatives d’octobre 2020, le Premier ministre a annoncé une augmentation annuelle des pensions d’environ + 7 % en 2021.

Enfin, au bout de l’échelle en matière du ratio recettes fiscales/PIB (30,5 %, contre 40,3 % en moyenne dans l’UE), le pays devrait avoir beaucoup de difficultés à baisser le risque de pauvreté et les fortes inégalités salariales qui se conjuguent avec les fortes inégalités territoriales : alors que la richesse produite dans la région de Vilnius représente 145 % de la moyenne des régions lituaniennes, celle produite à Tauragė n’en représente que 56 %.

Commentaires : La Lituanie demeure l’un des pays européens avec un taux de pauvreté très élevé et souffrant de grandes disparités sociales et régionales. Combinées à la hausse du chômage liée à l’impact économique de la pandémie, ces fragilités devront être prises à bras le corps  par le prochain gouvernement issu des élections législatives d’octobre, afin de bâtir une stratégie en coopération avec le Président qui se montre de plus en plus favorable à  la création d’un Etat providence en Lituanie. L’évolution de la situation en Biélorussie est également un point d’attention car ce pays est le 8èmee partenaire commercial de la Lituanie.

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