LITUANIE
Lituanie : malgré de multiples chocs exogènes, la croissance reste forte en 2026
Avec un taux de croissance parmi les plus élevés de la zone euro (+2,9% en 2025), l’économie lituanienne fait toujours preuve de résilience. Ce dynamisme, alimenté par un rebond de la consommation des ménages, devrait se maintenir, voire s'intensifier en 2026, grâce à la politique budgétaire expansionniste de la coalition gouvernementale de centre gauche, permettant notamment de retirer une partie de l’épargne retraite pour la consommation. La croissance devrait également être portée par la reprise de l’investissement public dans les infrastructures et la défense, ainsi que par l’augmentation des flux de financements européens. Si la Lituanie est peu exposée au Moyen-Orient, tant pour ses exportations que ses importations, notamment d’hydrocarbures, l’évolution des prix de l’énergie, et l’impact global sur l’inflation, constituent toutefois une inconnue majeure des prévisions économiques.
1- La croissance du PIB reste élevée, tirée par la demande intérieure.
Fin mars 2026, la Banque de Lituanie (BL) et le ministère des Finances (MoF) ont actualisé leurs prévisions économiques. Les deux institutions ont légèrement revu à la baisse leurs prévisions et tablent désormais sur une croissance de 3,1% en 2026 (alors qu’elles estimaient une croissance de 3,2-3,3% à l’automne 2025). Le ministère des Finances souligne que son scénario comporte plus de risques négatifs que positifs (en particulier, la volatilité des prix de l’énergie générée par la guerre au Moyen-Orient). Les deux institutions envisagent néanmoins une stabilisation de la situation géopolitique et donc des prix de l’énergie en 2027. Elles n’ont donc modifié que légèrement leurs prévisions de croissance pour 2027 (MoF : +2,3% ; BL : +2,0%). Ces taux de croissance figurent parmi les plus élevés de la zone euro.
En 2026, la croissance devrait être portée en majorité par la consommation des ménages (MoF : +4,5 %), en raison des augmentations salariales et de la réforme de l’épargne retraite. Cette dernière, entrée en vigueur en janvier 2026, introduit la possibilité pour les salariés de retirer leurs actifs financiers du 2ème pilier, ce qui risque d’entraîner une forte augmentation de la consommation. Selon l'Association lituanienne des fonds d'investissement et de pension (LIPFA), sur le seul premier trimestre 2026, près de 40 % des salariés qui cotisaient au régime « par capitalisation » ont retiré leurs actifs financiers, ce qui représente un total de 2,9 Mds EUR (soit 3,2% du PIB annuel lituanien). La croissance de la consommation des ménages devrait ralentir en 2027 (+2,2%) mais rebondir à +3,4% en 2028 (date limite pour déposer une demande de déblocage anticipé de l’épargne pension).
Après un net repli en 2024 (-1,3%) qui s’explique par d’importantes baisses des investissements dans les transports, la formation brute de capital fixe (FBCF) s’est redressée en 2025 (+7,3%) grâce aux investissements dans des équipements durables et des infrastructures matérielles, notamment dans la robotique et l'automatisation ainsi que la construction hors logement. Les financements européens (Facilité pour la Reprise et la Résilience) ont largement soutenu cette dynamique. Soutenus par l’afflux des fonds européens (notamment en raison de l’accélération des décaissements RRF), les investissements publics, en particulier dans les infrastructures et la défense, devraient également contribuer à la progression totale des investissements en 2026 (MoF : +5,7% ; BL : +11,7%).
En 2025, les exportations lituaniennes ont connu une hausse de 4,2%, attribuable à la constitution de stocks par anticipation des clients américains, avant l’entrée en vigueur des droits de douanes. Sur le seul premier trimestre 2025, les exportations vers les Etats-Unis ont augmenté de 19,1 %. Cependant, la croissance des exportations devrait ralentir à 2% cette année, sous l’effet combiné de la réduction de la demande extérieure et des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump. Le conflit au Moyen-Orient ne devrait pas avoir un impact direct sur le commerce extérieur lituanien. En revanche, il pourrait souffrir indirectement des tensions géopolitiques à travers le ralentissement des grandes économies européennes, notamment de l’Allemagne.
2- Si l’augmentation des salaires demeure supérieure à l’inflation, l’écart devrait se réduire considérablement en 2026.
L'inflation moyenne annuelle s’est établie à 3,4 % en 2025. Des facteurs internes, en particulier la progression des prix des services, tirée par un rebond de la consommation des ménages et la hausse des salaires, ont contribué à cette accélération. Compte tenu du contexte géopolitique et de ses conséquences, notamment sur les prix des hydrocarbures, les prévisions d’inflation pour 2026 ont été revues à la hausse (+3,7%) par le ministère des Finances.
Ces prévisions sont toutefois jugées trop optimistes par certains experts économiques et sont donc susceptibles d’être révisées à la hausse. La banque de Lituanie table, elle, sur une inflation de 5,1% en 2026 (banque Luminor : +5%, banque Citadele : +6%). Les deux institutions estiment néanmoins que l’inflation devrait ralentir en 2027 (MoF : +2,4% ; BL : +3%) et 2028 (MoF : +2,4% ; BL : +2,5%).
Après plusieurs années de croissance à deux chiffres, l’année 2025 a connu un ralentissement de la progression des salaires (+8,4 %). Cela ne devrait toutefois pas engendrer de baisse de pouvoir d'achat, car les augmentations de salaire restent encore supérieures au rythme de la hausse des prix, bien que l'écart se soit resserré. La croissance des salaires est due en grande partie à des hausses régulières du salaire minimum visant à compenser, pour les plus précaires, la perte de pouvoir d’achat depuis le début de la poussée inflationniste : le salaire minimum est passé de 924€ au 1er janvier 2024 à 1038 € au 1er janvier 2025, puis à 1153 €/mois au 1er janvier 2026 (une hausse de +11,1 %, en g.a.). La Banque et le ministère des Finances estiment que les salaires devraient poursuivre sur leur lancée en 2026 (+7,9-8%).
En 2025, le taux de chômage de longue durée a poursuivi sa progression à la hausse (+0,2 pp. à 2,5%) et reste élevé notamment pour les travailleurs les moins qualifiés (plus de 7%). Le taux d’offres d’emploi vacants est à un niveau historiquement élevé depuis 2008, alors que le taux de chômage semble se stabiliser à un niveau assez important (à 6,9%, en 2025), et ce alors que la population active connait une baisse significative (-0,6% par an attendus en 2026-2029), sous l’effet combiné d’un faible taux de fécondité et de la baisse du solde migratoire.
3- Les autorités mettent en avant une gestion budgétaire raisonnable, malgré une hausse du financement de la défense et des politiques sociales.
Les finances publiques lituaniennes sont restées maîtrisées en 2025, avec un déficit public à 1,8% du PIB (contre 3% du PIB programmés dans la loi de finances initiale), et une dette publique qui s’élève à 39,5% du PIB, respectant les critères de Maastricht. De manière générale, le ministère des Finances produit des prévisions budgétaires avec une tendance pessimiste, et le déficit réel s’établit régulièrement à un niveau plus faible que prévu. Le déficit s'est toutefois creusé légèrement, car il ne représentait que -1,3% du PIB en 2024. Les recettes publiques ont progressé de 10,2% en 2025, portées par une hausse des rentrées fiscales et des contributions sociales. Cependant, les dépenses publiques ont augmenté plus rapidement (+11,6% sur l’année), dirigées d‘abord vers le secteur de la défense, et dans une moindre mesure vers les secteurs sociaux, éducatifs, et de santé.