Panorama économique

1/ Cadrage économique

Le modèle économique du pays est particulièrement dépendant des hydrocarbures (101,5 Mds barils de réserves prouvées, 7ème rang mondial). La filière est exclusivement gérée depuis 1975 par la holding publique Kuwait Petroleum Corporation (KPC), produisant plus de 3% du pétrole brut mondial. La découverte, l’extraction (1938), l’exportation (1946) et la nationalisation (1975) précoces du pétrole ont permis au Koweït de consolider un pacte politique original dans la région (monarchie constitutionnelle et représentative) en développant un « Émirat-providence » très généreux, régi par un cadre juridique complexe et difficile à réformer : la Constitution intègre, par exemple, un droit à l’embauche dans le secteur public pour tous les citoyens.

En 2026, le Koweït serait la 62ème économie mondiale, derrière l’Ouzbékistan et devant la Slovaquie, et la 4ème du CCEAG (devant Oman et le Bahreïn). Son PIB nominal par habitant (41 665 USD en 2025) classe l’émirat au 57ème rang mondial. Toutefois, rapporté à la seule population de nationalité koweïtienne (1.566.168 en 2025), il atteindrait 100.788 USD, soit un niveau supérieur à celui des États-Unis.

Le pays a réaffirmé en 2025 son engagement dans le programme de diversification stratégique « New Kuwait 2035 », soutenu par le lancement du Quatrième Plan Directeur (2040). Ce plan vise à transformer l'émirat en un hub financier et logistique mondial. Pour financer ces ambitions, une loi sur la dette publique adoptée en mars 2025 autorise désormais le recours à l’emprunt sur les marchés dans la limite de 30 Mds KD (environ 98 Mds USD) sur 50 ans, ce mode de financement étant exclusivement réservé aux projets structurants.

Le Koweït affiche un taux de chômage très faible (moins de 3 %), rendu toutefois peu significatif par l’existence d’un droit constitutionnel à l'emploi public. Le gouvernement koweïtien mène une politique active de koweïtisation (substitution de l'emploi des nationaux à celui des expatriés). Les autorités s'efforcent également d'inciter les diplômés koweïtiens à aller travailler dans le secteur privé afin de décongestionner le secteur public, par le biais d'indemnités compensant le différentiel de rémunération (dispositif de Da' mal Amala). Les opportunités professionnelles pour les étrangers demeurent toutefois importantes, aussi bien pour les emplois faiblement qualifiés (main d'œuvre venant principalement d'Inde, Egypte, des Philippines, etc.) qu'à plus forte valeur ajoutée.

Le PIB du Koweït s'élevait à 157,8 Mds USD en 2025, selon les données officielles du FMI (soit 0,15 % du PIB mondial). Le World Economic Outlook publié par le FMI en avril 2026 prévoit une contraction du PIB de -0,6 % pour 2026, et à nouveau de -2,8 % pour 2027. Ce scénario de récession s’explique par la baisse généralisée de la production de pétrole due au blocage des voies d’exportation, en particulier du détroit d’Ormuz (par lequel transitent plus de 90 % des flux commerciaux de l’émirat).

Malgré cette dépendance persistante aux hydrocarbures, le Koweït présente des fondamentaux sains : son endettement public s’élève à 14.7% du PIB fin 2025, le taux de chômage est à 2,2% et selon les prévisions, l’inflation reste maîtrisée, s’établissant à 2,3 % en 2025 et 2,1 % en 2026.[1] Pour autant, le très fort impact du conflit du printemps 2026 sur les chaînes logistiques et d’approvisionnement alimente mécaniquement une inflation qui pourrait atteindre les deux chiffres dans le courant de l’année.

 

2/ Position extérieure

Le Koweït a enregistré un excédent commercial de 7,59 Mds USD (17,72 Mds USD d’exports et 10,124 Mds USD d’imports[2]) au troisième trimestre 2025. Le pays affiche des excédents commerciaux depuis 1993 grâce aux expéditions de pétrole (95 % des exportations totales). Les principales importations sont constituées de : machines, appareils mécaniques, équipements électriques et électroniques ; équipements de transport et métaux de base et articles en découlant.

En 2024, les principales destinations des exportations koweïtiennes hors pétrole brut sont les Émirats arabes unis (1,8 %), l'Inde (1,6 %), l'Arabie saoudite (1,1 %), l'Irak (1,1 %) et la Chine (0,9 %). Du côté des importations, la Chine est le premier fournisseur du pays avec 19,0 % des importations, devant les Émirats arabes unis (12,6 %), les États-Unis (9,1 %), le Japon (5,2 %), l'Arabie saoudite (5,1 %) et l'Inde (5,1 %).

En 2025, les échanges commerciaux entre la France et le Koweït atteignent 3,299 Mds€, en hausse de 20% par rapport à 2022. Cette progression est portée par le fort rebond des exportations françaises (+68,5%, à 1,07 Md€), essentiellement grâce aux livraisons de 3 A321 Neo et 4 A330 (597 M€), tandis que les exportations hors aéronautique demeurent stables (475 M€).

Les importations françaises augmentent également de 13% à 2,22 Mds €, composées à 99,5% de produits pétroliers raffinés. Malgré cette reprise des exportations, la balance commerciale reste déficitaire (-1,152 Md€), mais le déficit se réduit de 14% par rapport à 2024.

Sur le plan des capitaux, le volume cumulé des investissements directs étrangers (IDE) s’élève à 4.406 Mds USD et provient majoritairement des Pays-Bas (27,42%), de la Chine (14,91%) et du Royaume-Uni (7,48%)[3]. D’une manière générale, le Koweït déploie des investissements très significatifs à l’étranger. Sans être comparables aux ratios mesurés en France, les données disponibles[4] mettent en évidence pour le Koweït un stock d’IDE sortant (50 Mds USD) équivalant au tiers du PIB[5] de l’émirat. L’asymétrie est forte avec les stocks d’IDE entrants, qui ne représentent plus que 10,5% du PIB. La France occupe actuellement la 14ème position (1,4% du volume).

 

3/ Finances publiques

Le budget 2026/2027 prévoit des recettes en baisse qui s’établiraient à 16,3 Mds KD (45,1 Mds €[6]) contre 18,2 Mds KD l’année précédente, en diminution de 1,9 Mds KD (-10,4%). La différence tient aux hypothèses très conservatrices retenues pour la construction du budget (prix du baril à XX USD), qui se traduisent par une baisse anticipée des ressources de 2,49 Mds KD pour le nouvel exercice.

Les revenus pétroliers représentent 78,54 % des recettes contre 83,95% l’année précédente. Si les efforts de diversification n’ont pas encore porté leurs fruits, des améliorations sont à noter. C’est notamment le cas des cotisations sociales qui progressent de 192 M KD à 312 M KD, soit + 260%. A contrario, les recettes fiscales, évaluées 670 M KD, demeurent stables, malgré l’adoption d’un impôt sur les multinationales de 15 % en janvier 2025 (adhésion à l’arrangement OCDE). Si la partie recettes, hors pétrole, est en hausse de 19,6 % en valeur relative, elle n’augmente pas significativement en valeur absolue.

Avec la baisse anticipée des revenus pétroliers, et la hausse simultanée des dépenses (+6,4%) le déficit se creuse mécaniquement pour atteindre 9,75 Mds KD (contre 6,3 Mds KD pour le budget 2025-26), et représente désormais 20 % du PIB. Malgré ces inquiétudes grandissantes, les agences de notation ont maintenu en 2026 leurs évaluations respectives, et ce alors même que le conflit du Golfe était en cours : AA- pour Fitch, A1 pour Moody’s et AA- pour Standard & Poor’s.

Par ailleurs, depuis 2007, la banque centrale du Koweït maintient un régime d’ancrage du dinar koweïtien, la monnaie à la plus forte dénomination du monde (1 KD = 3,25 USD). Les réserves de la Banque centrale représentent 39,27 Mds USD en février 2026 (contre 51.93 Mds USD en février 2025). Les réserves de change au Koweït ont atteint une moyenne de 43.8 Mds USD de 2014 à 2026, atteignant un niveau record de 52.08 Mds USD en février 2023 et un niveau le plus bas de 27.89 Mds USD en décembre 2015.

Les banques dominent le système financier koweïtien : leur taille agrégée est aussi importante que celle de l’économie (les dépôts équivalent à peu près au PIB) et l’encours des crédits approche un niveau semblable. Les actifs du secteur bancaire koweïtien s'élevaient à environ 450 Mds USD fin 2025.  Le pays compte deux banques dominantes : Kuwait Finance House, première banque du Koweït et 3ème banque islamique au monde à la suite de sa fusion avec Ahli United Bank (AUB), avec 42,8 Mds KD d'actifs (environ 140 Mds USD) à fin 2025 ; et National Bank of Kuwait, première banque conventionnelle du pays, dont les actifs atteignent 45,6 Mds KD (environ 149,4 Mds USD) à fin 2025. Globalement, la qualité des prêts est bonne et le taux de défaut faible (les prêts non performants (PNP) oscillent entre 1,5 % et 2 %, ce qui constitue l'un des meilleurs taux de la région. Les banques disposent également de réserves substantielles, couvrant environ 250 % du total des PNP, ce qui renforce encore la stabilité financière. Les liquidités demeurent abondantes (les actifs liquides représentant environ 30 % du total des actifs) et les dépôts de la clientèle constituent la principale source de financement (73 % des sources de financement hors fonds propres).

La finance islamique constitue désormais un pilier structurel de l’architecture financière du Koweït, où 4 des 10 banques nationales (KIB, KFH, Boubyan et Warba Bank) captent environ 60.6 % du total des actifs bancaires au Q3 2024, contre 45 % en 2020. Toutes les banques islamiques du Koweït bénéficient d'une notation de défaut émetteur à long terme de « A » attribuée par Fitch Ratings. L’agence prévoit que les banques islamiques continueront de bénéficier d'une liquidité solide, d'une rentabilité saine, de réserves de capital adéquates et d'une qualité d'actifs stable.

 

[1] FMI

[2] Ministry Of Commerce And Industry

[3] Kuwait Direct Investment Promotion Authority : “10th annual report”

[4] CNUCED et Banque Mondiale

[5] Les stocks d’IDE en France en 2020 s’établissaient à 33% du PIB (IDE entrants) et 54% du PIB (IDE sortants) - Insee.

[6] Taux de change : 1 KD = 2,77 € au 12 avril 2026.

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