Les relations économiques et financières bilatérales

 

Malgré des liens historiques ténus expliquant la relative faiblesse du montant de nos échanges commerciaux avec la Jordanie, la France est le premier investisseur non arabe dans le Royaume Cette présence stratégique – grands groupes essentiellement - est donc forte et visible. Notre aide financière demeure significative, mais évolue dans un environnement marqué par la crise syrienne.

 

1.    Des échanges commerciaux relativement faibles mais fortement excédentaires pour la France.

Sur les cinq dernières années, nos exportations vers la Jordanie ont oscillé dans une fourchette allant de 231 MEUR à 311 MEUR, variant principalement selon les signatures de grands contrats. Ainsi, en 2018 les exportations françaises ont continué de baisser (-10,3%), pour finalement atteindre les 231 MEUR. Cette baisse sensible s’explique notamment par le fort recul de nos deux principaux postes d’exportations : les « Céréales (à l'exclusion du riz), légumineuses et oléagineux » et les « Préparations pharmaceutiques » qui chutent respectivement de 18,7% et 36%. En raison de la forte baisse des importations jordaniennes, notre part de marché progresse et s’élève désormais à 2,3%. La France remonte donc à la 3ème position par rapport à ses concurrents européens, derrière l’Allemagne (4,6%) et l’Italie (3,2%) mais devant l’Espagne (1,8%), la Grande-Bretagne (1,2%) et les Pays-Bas (1,1%).

Marginales, les exportations jordaniennes vers la France sont passées de 21,5 MEUR en 2017 à 29,1 MEUR en 2018, soit une augmentation de 41,3%. Par conséquent, et comme pour les autres pays européens, le solde commercial est très excédentaire pour la France.

S’agissant des grands contrats, nos principaux prospects se situent dans le secteur de l’eau, en premier lieu le grand-projet régional « Mer Rouge Mer Morte » ou son équivalent national (usine de dessalement d’Aqaba et canalisations sur Amman).

 

2.    La France est le premier investisseur non arabe.

Avec un stock de capital d’environ 2 Mds EUR investis directement dans le capital des entreprises, la France est actuellement le 1er investisseur étranger en Jordanie (le 4ème si l’on ajoute l’immobilier après l’Irak, l’Arabie et le Koweït). Une trentaine d’entreprises ont des filiales industrielles ou commerciales.

Cette position française s’explique notamment par le fait que nos entreprises ont remporté toutes les privatisations lancées par le Royaume à la fin des années 90 – début des années 2 000. Nos filiales emploient directement près de 8 500 jordaniens et 15 000 indirectement.

La moitié du stock d’investissements est constituée par l’investissement d’Orange dans Jordan Telecom (51%). Avec près de 2000 salariés, Orange Jordan est l’acteur majeur du secteur.

Premier investisseur historique, Lafarge a acquis, en 1997, 50,2% de la société nationale des ciments.

Notre secteur d’excellence est l’eau, avec Suez qui exploite, d’une part, l’usine de traitement des eaux usées d’As-Samra (la plus grande du Moyen-Orient), d’autre part, l’aqueduc de Disi à Amman, financé par l’AFD, transportant 100 millions de mètres cubes d’eau potable par an (25% de la consommation du pays). Notre présence dans ce secteur a été renforcée depuis 5 ans avec l’arrivée de nouvelles entreprises, y compris dans l’ingénierie.

Aéroport de Paris gère, depuis 2007, l’aéroport d’Amman, dans le cadre d’un BOT de 25 ans, dont il est aussi actionnaire pour 51% depuis mai 2018. L’investisseur français Meridiam a également inauguré un bureau régional à Amman en 2018 et acquis 32% dans le capital de AIG qui assure la direction de l'aéroport international Queen Alia (QAIA).

La présence française dans le secteur hôtelier s’est également accrue en 2018 grâce à la reprise du Méridien Amman et au rachat, au niveau international, de Mövenpick par Accorhotels, cette société gérant dorénavant 9 hôtels en Jordanie faisant du groupe français le principal acteur du secteur.

Total Distribution a obtenu, en 2012, une licence de 10 ans dans le cadre de la libéralisation de la distribution des produits pétroliers. La société a beaucoup investi dans le marché de détail et contrôle aujourd’hui 1/3 du marché avec 175 stations-services dont 39 en gestion directe, employant 800 personnes. Elle vise l’établissement progressif d’une soixantaine de stations-services.

Dans le domaine de la grande distribution, le groupe émirati Al-Futtaim a ouvert près de 40 magasins Carrefour. De manière générale, les enseignes franchisées françaises sont généralement très présentes.

 

3. La Jordanie bénéficie de nos instruments de coopération financière, mais un environnement de plus en plus concurrentiel et la crise syrienne imposent un équilibre entre aide-projet et aide budgétaire.

 

Depuis 2006, l’AFD a financé 45 projets en prêts (97%) et dons, pour un encours total atteignant aujourd’hui 1,2 Md euros.

Par ailleurs, le Trésor a mis en œuvre trois prêts concessionnels RPE au profit des compagnies des eaux d’Amman (Miyahuna, et du Nord (Yarmouk Water Co,). La Jordanie bénéficie également du FASEP, de financements via l’accord franco-jordanien de conversion de dettes et est un pays ouvert pour l’assurance-crédit de moyen-terme.  

l’AFD développe notamment son action via l’aide budgétaire. Elle a mis en place avec succès en 2012 un 1er prêt d’aide budgétaire sectorielle dans l’énergie, qui a contribué, en cohérence avec le programme FMI, aux réformes du secteur. Une aide budgétaire dédiée au secteur de l’eau a ensuite été approuvée en 2015 et a permis un déblocage des investissements prioritaires, une hausse des revenus du secteur, notamment par des hausses de tarifs et une amélioration du pilotage financier par l’Etat. Un second programme de ce type est en cours, cette fois adossé, de façon inédite, à une aide équivalente de l’allemand KfW et qui a pour but de centraliser la gestion de la dette du secteur de l’eau, saluée par le FMI.  Enfin, une aide budgétaire, en appui des municipalités a été conclue en décembre 2016. Deux autres aides budgétaires sont en préparation, dans les domaines des municipalités et de la justice.

 

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