Relations bilatérales

Les chiffres-clés : Les stocks d’IDE français ont presque quadruplé en dix ans et s’approchaient fin 2016 de 6 Mds € pour des flux moyens de 700 M€ sur les deux dernières années. Les 540 filiales françaises (première présence européenne) généraient en 2015 près de 300 000 emplois (deuxième employeur européen) pour un chiffre d’affaires de 12,2 Mds €. Le stock d’investissements de portefeuille français en Inde dépasse 9 Mds $. Les actifs détenus par les banques françaises sur leurs contreparties indiennes atteignent quant à eux 23 Mds $. Les investissements indiens en France restent en revanche encore en-deçà de 300 M€. Nos échanges de biens ont progressé en volume (plus de 10 Mds € en 2017) et sont désormais revenus à l’équilibre (déficit de 7 M€ vis-à-vis de l’Inde en 2017, contre 780 M€ en 2016 et plus de 2 Mds € en 2014 selon l’approche transfrontalière, excédent français de 960 M€ en optique de balance des paiements). Le solde des échanges de services, déficitaire, s’est en revanche creusé à 760 M€ en 2017 pour un volume d’échange de 4 Mds €. Le total de nos échanges de biens et services atteignait, selon l’optique de la balance des paiements, 15 Mds € en 2017. Il dégageait un excédent de 200 M€ à l’avantage de la France.

   1. Investissements directs français en Inde : 5,75 Mds € fin 2016 et une première place européenne au regard du nombre de filiales

Les entreprises françaises sont très présentes en Inde. Elles comptent 550 filiales avec plus de 1000 implantations locales qui couvrent l’ensemble du territoire et emploient vraisemblablement plus de 300 000 travailleurs qualifiés. D’après Eurostat, la présence française était en 2015 la deuxième par le nombre de salariés, la troisième par le chiffre d’affaire (12,2 Mds €) et la première par le nombre de filiales parmi les membres de l’UE. Pratiquement tous les grands groupes français sont désormais présents en Inde : 37 des groupes du CAC 40 sont implantés dans le pays. Entre 50 et 70 PME seraient également installées sur le territoire indien tout comme environ 180 autoentrepreneurs français.

Selon les chiffres de la Banque de France, le stock d’IDE français en Inde s’élevait à 5,75 Mds € au 31 décembre 2016. Ce montant a progressé très rapidement au cours des dernières années (doublement depuis 2013, quasi-quadruplement depuis la crise financière) et fait au niveau mondial de l’Inde le 26ème pays d’accueil des IDE français sans préjudice des flux, importants, qui transitent vers ce pays par des juridictions tierces. Les activités financières et d’assurance concentrent 45,1 % du stock d’IDE français (2,6 Mds €) alors que l’industrie manufacturière et la construction ont attiré respectivement 21 et 12,4 % des capitaux (1,2 Md et 713 M €). 30 % des entités françaises sont basées au Mahārāshtra, 19% à Delhi et respectivement 15 et 10% au Karnataka et au Tamil Nadu. Les chiffres indiens font quant à eux état de flux cumulés de 6,2 Mds $ entre avril 2000 et décembre 2017, soit 1,7% du total. La France serait ainsi le 5ème investisseur G20 sur cette période derrière le Japon, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Allemagne mais devant l’Italie. Le stock français ne ressortait en revanche qu’à 4,9 Mds € au 31 mars 2017, en sixième position derrière la Corée du Sud), selon la Banque centrale (RBI)[1].

Les stocks d'IDE français s'approchaient de 6 Mds € fin 2016 selon la Banque de France

Après un pic de 990 M € en 2015, les flux d’IDE français se seraient établis à 410 M € un an plus tard selon la Banque de France. Orientés principalement vers l’industrie manufacturière (440 M €, dont 60% vers l’électronique/informatique) et la construction (361 M €) en 2015, les flux se dirigeaient principalement vers les services financiers et d’assurance un an plus tard (618 M €). Le ministère du Commerce indien estime quant à lui les flux de capitaux propres français à 650 M$ en 2017.

   2. Des flux de capitaux volatils importants liés notamment aux activités bancaires

Le rôle joué par les groupes financiers français en Inde est également important. Selon la BRI, les actifs détenus par les banques françaises sur les contreparties résidentes indiennes s’établissaient à 23 Mds $ au 31 décembre 2017 (dont 11,6 Mds $ vis-à-vis du secteur privé non financier), soit 8,3 % des engagements totaux des banques étrangères, ce qui en faisaient alors les quatrièmes créancières de l’Inde derrière les banques américaines (84 Mds $), britanniques (67 Mds $) et japonaises (46 Mds $). Les investissements de portefeuille détenus en Inde par des ressortissants français ont pour leur part fortement progressé en 2017 : estimés à 4,1 Mds $ fin 2016 (après un pic de 5,8 Mds $ en 2015), ils avaient atteint 9,2 Mds $ (7,9 Mds €) fin juin 2017.

   3. Investissements indiens en France : des volumes et des flux encore peu importants

En 2016, l’Inde détenait en France des stocks nets d’IDE de 13 M € selon le principe du pays d’origine immédiate d’après la Banque de France, en net recul par rapport à 2015 (112 M €) et par rapport au pic de 2011 (276 M €). Les investissements indiens apparaissent cependant plus importants selon le principe de l’investisseur ultime, qui permet de mieux rendre compte de l’origine des flux indirects (267 M€ en 2015). Selon Business France, près de 120 entreprises sont présentes en France, où elles emploient près de 7000 salariés (hors-activités d’ArcelorMittal).

Les flux d’IDE indiens en France se sont fortement infléchis en 2016 (- 110 M€ nets après des entrées de 84 M€ un an plus tôt). Le solde des « bénéfices réinvestis » est quant à lui constamment négatif, en termes nets (182 M€ sur dix ans), du fait des rapatriements des groupes indiens vers leurs maisons-mères. Le secteur manufacturier a attiré l’an dernier, en termes nets, 12 M€ de flux d’IDE indiens (avec des entrées nettes de 9 M€ dans l’industrie chimique, 7 M€ dans la métallurgie et 7 M€ dans l’automobile) alors que les flux destinés au secteur des services ont été négatifs (- 82 M€, 41 M€ restant non-ventilés) suite à des sorties de plus de 60 M€ dans le secteur des télécommunications. L’année 2017 semble toutefois avoir marqué un rebond : 19 projets d’investissements indiens auraient au total été recensés (après 11 en 2016) sur un total de 1298 d’après Business France.

   4. Echanges de biens : un rééquilibrage principalement imputable au poste aéronautique

Constamment déficitaires, selon la perspective française, entre 2008 et 2016, les échanges de biens franco-indiens se sont progressivement rééquilibrés au cours des trois dernières années. Revenu de 2,6 à 2,2 Mds € en 2015, notre déficit bilatéral s’est résorbé à 765 M € en 2016 et à seulement 17 M€ en 2017 (il était en revanche déjà de plus de M€ après quatre mois en avril 2018). Cette tendance s’est poursuivie au premier semestre 2017 (déficit de 209 M€). La France serait même devenue nettement excédentaire vis-à-vis de l’Inde d’après les chiffres de ce pays (de 1,8 Md $ en 2017, soit le 25ème déficit bilatéral indien par ordre décroissant).

Nos échanges de biens étaient en 2017 à l'équilibre grâce à notre important excédent aéronautique

 

16ème client (+ 7 places), derrière la Russie, et 20ème fournisseur (+ 1 place), derrière la Suède, de la France en 2017, l’Inde a représenté l’an dernier 1% des importations et 1,2% des exportations françaises (2,4% et 2,8% hors-UE), soit, au total, 2,6% des échanges de la France avec les pays tiers (hors-UE). Notre pays a inversement été l’an dernier la 15ème destination des exportations indiennes (1,8% du total) et le 19ème fournisseur (1,6% des importations) de ce pays d’après les douanes indiennes. En hausse de 23,1% à un pic historique de 3,91 Mds €, les exportations françaises de biens vers l’Inde ont enregistré l’an dernier leur plus forte croissance de ces dix dernières années. A l’inverse, après avoir atteint un niveau historique de 5,4 Mds € en 2015, nos importations depuis l’Inde se sont contractées de 12,9 %. L’Inde était en 2017 notre 14ème fournisseur de produits des industries agroalimentaires (460 M€, principalement des tourteaux de soja, des crevettes et des fruits secs), notre 12ème fournisseur d’hydrocarbures raffinés (550 M€) et notre 5ème fournisseur de textiles, chaussures et articles d’habillement (1,69 Md €).

Adossé à la persistance d’un fort différentiel de croissance, le rééquilibrage des échanges franco-indiens s’explique principalement par l’évolution du poste aéronautique, premier poste à l’exportation (2,63 Mds €, soit 49% des volumes en 2017) devant les équipements mécaniques et matériels électriques (1,33 Md €) ; les exportations d’aéronefs ont en effet plus que doublé en 2017 (livraison de 41 avions de ligne, contre 20 en 2016). La réduction de notre déficit a par ailleurs bénéficié de la diminution de moitié, entre 2015 et 2017, de nos importations de carburéacteurs et de gazole à la faveur de la baisse des cours sur les marchés mondiaux. Le solde de nos échanges hors-matériels de transport et produits raffinés décrivait en 2017 un déficit de 1,80 Md €, contre 1,52 Md € en 2016.

La France représentait en 2017 1,8% des exportations et 1,6% des importations de biens indiennes

   5. Echanges de services : un déficit qui tend à se creuser

Structurellement déficitaire en défaveur de la France, le solde des échanges de services, qui semblait, en 2015, marquer des signes de rééquilibrage (- 10 M€), s’est depuis creusé à - 270 M€ en 2016, puis à ‑ 760 M€ en 2017. Cette situation est en cohérence avec l’orientation générale du commerce de services indien, en excédent de 75,4 Mds $ (dont 73,1 Mds $ pour les seules TIC) vis-à-vis du reste du monde en 2017 (l’Inde serait, au total, le 7ème exportateur mondial de services).

Composées pour près de moitié de services de transport et de voyage (780 M€, soit 47% du total), en hausse de 15,8% l’année dernière, les exportations françaises de services à destination de l’Inde ont au total progressé de 14,2% à 1,64 Md € en 2017. Les prestations de services français pour les entreprises indiennes se concentrent pour l’essentiel sur trois postes : production et entretien pour le compte de tiers (200 M€), TIC (190 M€) et produits de la propriété intellectuelle (130 M€).

Nos importations de services ont, quant à elles, enregistré un essor de 40,3 % à 2,40 Mds € sous l’effet, notamment, d’une forte hausse des prestations liées aux TIC (+ 56,3% à 525 M€) et, plus généralement, des services aux entreprises (+ 50,7% à 1,72 Md €), qui en constituent plus que jamais la principale composante.

On notera, enfin, que le solde de nos échanges de revenus secondaires ressort largement à l’avantage de l’Inde (225 M€ en 2017). Les flux à destination de l’Inde comptabilisés au titre de ce poste étaient estimés à 295 M€ en 2017, contre 170 M€ un an plus tôt ; ils correspondent essentiellement aux transferts de fonds des migrants indiens, dont la France serait au total le 18ème pourvoyeur.

On peut, sur la base de ces chiffres, estimer le volume total de nos échanges de biens et services à hauteur de 15 Mds € en 2017, après 12,1 Mds € en 2016. Selon la perspective de la balance des paiements[2], la France aurait respectivement importé 7,61 et 7,41 Mds € de biens et services vers et depuis l’Inde en 2017, soit un taux de couverture de 102,7%. Elle aurait ainsi enregistré son premier excédent bilatéral vis-à-vis de l’Inde (200 M€) depuis 2009. Le solde de nos échanges courants, hors-rémunération des investissements, ressort quasiment à l’équilibre (déficit de 25 M€ en défaveur de la France) une fois intégrés les transferts de fonds des migrants indiens en France.

Le volume des échanges franco-indiens dépassait 15 Mds € en 2017


[1] L’enquête CDIS du FMI révélait, au 31 décembre 2016, des stocks chinois et canadiens de respectivement 14 Mds $ et 5,9 Mds $ qui n’apparaissent pas dans les séries de la RBI. La France se positionnerait, selon cette perspective, à la huitième place des pays du G20 avec un stock de 5 Mds $ à cette date.

[2] La comptabilité de balance des paiements BPM6 enregistre, contrairement au chiffre des douanes, les échanges de biens sur la base de la seule valeur « franco à bord ». Elle privilégie le principe de changement de propriété économique à celui de franchissement de frontière, d’où des divergences parfois substantielles (notamment pour le poste aéronautique, du fait de la réintégration des mises à bail et des mouvements de marchandises en vue de transformation et de réparation dans le compte des services). Nos exportations vers l’Inde sont réévaluées, selon cette perspective, à 5,97 Mds €, tandis que nos importations sont révisées à la baisse à 5,01 Mds €.

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