Conjoncture économique du Ghana

25 mars 2021

 

La crise de la Covid-19 devrait entrainer un ralentissement de la croissance ghanéenne à 0,9% pour l’année 2020, avec un rebond prévu à 5,0% par le ministère des Finances. Les dépenses publiques devraient rester élevées en 2021 avec une augmentation conséquente de la charge de la dette, entérinant un déficit budgétaire prévu à -9,5% du PIB. Contraint dans son action par la reprise de l’inflation, la Banque du Ghana a réussi à stabiliser la dépréciation du cédi face au dollar, entrainant le creusement de 33% des réserves internationales depuis avril 2020.

 

1 – Les prévisions de croissance pour l’année 2020 divergent entre 1,4% et 5,0%.

La crise engendrée par la pandémie de COVID-19 a entrainé un ralentissement de la croissance à 0,9 % sur l’année 2020 d’après les prévisions du ministère des Finances, contre 6,8 % initialement prévus. Ce fléchissement est principalement causé par une diminution de la production pétrolière et aurifère et les effets induits. La baisse de la fréquentation touristique participe aussi à ce ralentissement, bien que le secteur ne représente qu’environ 1,5% du PIB.

Les prévisions de croissance pour l’année 2020 sont comprises entre 1,4% et 5,0%. Le ministère des finances ghanéen, dont les prévisions souffrent historiquement d’un biais optimiste, anticipe un rebond de l’activité avec une croissance à 5,0% en 2021 puis 5,0 en 2022. A contrario de ces projections, la Banque mondiale a revu fortement à la baisse le potentiel de croissance du Ghana à court et moyen terme. L’institution prévoit en janvier une croissance de 1,4% pour l’année 2021 et de 2,4% en 2022, soit respectivement 0,4 pdp et 2,0 pdp de moins que ses prévisions de juin 2020. Les prévisions de croissance du FMI dans le World Economic Outlook d’octobre 2020 sont à mi-chemin de ces deux scénarios, avec une prévision de croissance de 4,2% en 2021 et 4,1% en 2022.

 

2 – Le budget prévoit de nouvelles taxes pour assurer le niveau de dépenses publiques.

Le déficit budgétaire devrait passer à -9,5% du PIB en 2021, après un déficit budgétaire de -16,4% en 2020[1]. Les dépenses publiques devraient s’élever à 26,2% du PIB et se maintenir au niveau de 25,9% atteint en 2020, contre 20,3% en 2019. Elles sont principalement portées par la forte hausse de la charge de la dette : les intérêts représentent une dépense de 35,9 Mds GHS (9,3% du PIB) soit 49,5% des recettes de l’Etat (+12,5 pdp en 2 ans ), contre 24,6 Mds GHS en 2020 (6,4% du PIB) et 19,6 Mds GHS en 2019 (5,7% du PIB). Le ministère des Finances prévoit d’augmenter le niveau des recettes publiques de 14,3% du PIB en 2020 à 16,7% en 2021. L’augmentation de 2 pts de la TVA et l’introduction de nouvelles taxes doivent permettre ce rehaussement de la mobilisation fiscale.

L'encours de la dette à la fin décembre 2020 s'élevait à 291,6 Mds GHS (env. 50,8 Mds USD), soit 76,1 % du PIB. Alors qu’il s’établissait à 63,1% du PIB en 2019, le niveau de dette publique est en hausse de 13,0 pdp depuis 2 ans, principalement porté par la hausse de l’endettement public domestique et le financement direct de la banque centrale. La charge de la dette représentait déjà 37,0% des recettes de l’Etat en 2019, pousse le FMI à considérer le Ghana en risque de surendettement élevé depuis 2015. Une émission de 5 Mds USD d’euro-obligations est prévue en mars pour financer le budget.

 

3 – La Banque du Ghana a assouplit sa politique monétaire.

En réaction au ralentissement économique en 2020, la Banque du Ghana a réduit son taux directeur et a financé directement le déficit budgétaire à hauteur de 10 Mds GHS (2,6% du PIB). Dans le cadre de son plan de soutien à l’économie, la banque centrale a d’abord réduit son taux directeur à 14,5% (-150 pdb) lors du comité de politique monétaire de mars 2020. A cette occasion, elle a aussi réduit les niveaux de réserves primaires obligatoires des banques. Lors du comité de politique monétaire d’avril, la Banque du Ghana a, ensuite, encore assouplit sa politique avec la mise en place d’un programme d’achat d’actifs (Asset Purchase Programme) pour 10 Mds GHS (1,6 Md EUR) directement destiné à financer le budget de l’Etat.

La reprise de l’inflation oblige la Banque du Ghana à maintenir son taux directeur à 14,5% depuis un an[2]. Alors que l’inflation avait fortement diminué depuis 2016 –elle atteignait jusqu’à 19,2%-, la Banque du Ghana avait réussi à la réduire à 7,9% en 2019, grâce à l’arrêt du financement monétaire comme prévu par le programme FMI. Après le confinement des deux premières villes ghanéennes en avril 2020, l’inflation a bondi à 10,4% (+2,6 pdp) en dehors la cible d’inflation (8±2%). Les mesures d’assouplissement monétaire prises en 2021, couplées à la hausse des prix alimentaires entrainée par le confinement et l’inflation importée du fait de la dépréciation du cédi, ont fait repartir l’inflation à la hausse. En février 2021, l’inflation de 10,3% en glissement annuel reste en dehors de la cible, contraignant ainsi la banque centrale dans son soutien à la reprise économique.

 

4 – La stabilisation du cédi face au dollar s’est faite aux dépens des réserves de changes.

La balance courante affiche un déficit de 3,0% du PIB (-2,0 Mds USD), contre -2,8% en 2020 (-1,9 Md USD). L’excédent commercial ghanéen, qui s’est légèrement résorbé de +3,4% du PIB en 2019 à +3,0% du PIB en 2020, ne permet pas de réduction du déficit de la balance courante, principalement portée par le déficit de la balance des services (-6,6% du PIB) et le paiement du service de la dette et des dividendes (-5,1% du PIB). La forte réduction des IDE entraine une diminution du compte financier et de capital de +4,6% du PIB à +2,3% du PIB. Cette dégradation des comptes extérieurs ne permet pas de contenir la baisse du cédi par rapport au dollar.

Le cédi connait une forte dépréciation, qui se répète d’années en années, face aux principales devises internationales. En 2019, la monnaie ghanéenne a perdu 14,8% de sa valeur nominale face au dollar américain. Après une forte appréciation au début de l’année 2020 en amont de l’émission d’euro-obligations, le cédi s’est déprécié de seulement 3,1% face au dollar en 2020 grâce aux interventions de la Banque du Ghana. Pour stabiliser le cédi au niveau de 5,8 GHS/USD depuis avril 2020, la banque centrale a creusé ses réserves de devises entrainant le dépérissement de 33,8% des réserves internationales depuis février à 4,6 Mds USD en décembre 2020.



[1] FMI – World Economic Outlook d’octobre 2020

[2] Le comité de politique monétaire de mars 2021 a décidé du maintien du taux directeur à 14,5%.

 

 

 1 Fiche de conjoncture Ghana

2 Fiche de conjoncture

 
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