Conjoncture économique du Ghana

9 septembre 2020

 

La crise du Covid-19 devrait entrainer un ralentissement de la croissance ghanéenne à 0,9% pour l’année 2020, contre 6,8% initialement prévus. La baisse des recettes fiscales, conjugué au stimulus budgétaire, va creuser le déficit budgétaire, projeté à -11,4% du PIB. En parallèle, le cédi s’est déprécié de 8,1% face à l’euro depuis le début de l’année, participant avec le confinement à une inflation à 10,5% en juillet 2019.

 

1.    La crise du COVID-19 devrait entrainer un ralentissement de la croissance économique ghanéenne à 0,9%, contre 6,8% prévu.

Avant la crise, le Ghana bénéficiait d’une croissance économique importante, qui se détachait peu à peu de sa dépendance aux hydrocarbures. La croissance a atteint 6,5 % pour l’année 2019, dont 0,7 points de pourcentages (pdp) permis par la croissance du secteur pétrolier. Le PIB du Ghana s’élève à 67,0 Mds USD en 2019. Hors-hydrocarbures, la croissance s’élève à 5,8 %, au-dessus du niveau prévu par le FMI (+1,6 pdp). A mesure qu’elle se détache de la croissance de l’exploitation pétrolière, la croissance ghanéenne devient plus soutenable et plus inclusive. Les récentes découvertes pétrolières laissent envisager une augmentation significative de la production pétrolière de 180 000 bpj en 2018 à 420 000 bpj en 2023. A moyen-terme, le secteur extractif devrait continuer à soutenir la croissance ghanéenne.

La crise engendrée par la pandémie de COVID-19 devrait entrainer un ralentissement de la croissance ghanéenne à 0,9 % sur l’année 2020 (-5,9 pdp) d’après les prévisions du ministère des Finances de juillet 2020, contre 6,8 % initialement prévus. Le FMI qui projetait une croissance de 5,8% en décembre 2019 pour l’année 2020, a abaissé ses prévisions en avril 2019 à 1,5%. Le fléchissement de 4,3 pdp prévu par le FMI devrait être causé par une diminution de la production pétrolière et aurifère et les effets induits, à hauteur de 1,8 pdp. La baisse de la fréquentation touristique devrait entrainer un ralentissement de 1,1 pdp, bien que le secteur ne représente qu’environ 1,5% du PIB. Enfin, la faiblesse de la demande mondiale et les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, associées aux mesures de confinement, devraient perturber les activités de services et de production et entrainer une réduction de la croissance de 1,3 pdp.

2.    Les dépenses publiques entrainées par le COVID-19 creusent le déficit budgétaire à 11,4% du PIB, et poussent l’endettement de l’Etat ghanéen à la hausse.

Face à la crise du COVID-19, l’Etat a très tôt mis en place un plan de réponse sanitaire pour 100 M USD et un plan de soutien économique pour 166 M USD. Le ministère des Finances va affecter environ 166 M USD, soit 0,2% du Pib, pour aider les entreprises dans le cadre du Coronavirus Alleviation Programme (CAP).

La loi de finances de mi-année prévoit un déficit budgétaire à -11,4% du PIB, contre un déficit prévu initialement à -4,7% du PIB. La baisse des recettes publiques, entrainée par les faibles prix du pétrole et le ralentissement économique, conjuguée à la hausse des dépenses publiques pour lutter contre le COVID-19 causent un déficit budgétaire de -6,0% au premier semestre, contre -3,1% prévus. Le déficit budgétaire sur l’année devrait se porter à -11,4%, contre 4,7% anticipés. Pour rappel, ce déficit ne comptabilise pas les coûts budgétaires des secteurs de l’énergie et bancaire, qui devraient s’élever à 1,7% du PIB.

La faible mobilisation fiscale du Ghana l’oblige à financer la hausse des dépenses par une hausse de l’endettement. Pour l’année 2020, le ministère des Finances prévoit que la mobilisation fiscale atteigne 10,6% du PIB, sous l’objectif initial de 11,3% et bien en dessous du niveau de 12,3% atteint en 2019. Des mesures devaient être prises afin d’améliorer le niveau des recettes fiscales de 13% en 2018 à 14,3% du PIB. Les exemptions fiscales sont l’une des principales raisons de la faiblesse des recettes publiques au Ghana, la loi déposée au Parlement en avril 2019 qui vise à les restreindre devait permettre une hausse de la mobilisation fiscale. Alors que cette loi est toujours attendue, l’introduction en bourse du fonds minier ghanéen amputerait l’Etat de la majorité des redevances minières, participant à réduire un peu plus la collecte fiscale. Le gouvernement actuel envisage pourtant de doubler en 3 ans le ratio de mobilisation fiscale, pour atteindre 20% du PIB d’ici 2023.

Le financement extérieur du déficit pour l’année 2020 devrait s’élever à 18,5 Mds GHS (4,8 % du PIB, env. 2,7 Mds EUR), tandis que le financement domestique s'élèverait à 25,6 Mds GHS (6,6 % du PIB, env. 3,7 Mds EUR). Il est assuré notamment par les concours financiers du FMI (5,8 Mds GHS, env. 850 M EUR), de la Banque mondiale (580 M GHS, env. 85 M EUR) et de la Banque Africaine de Développement (406 M GHS, env. 60 M EUR). Le transfert d’une partie des fonds pétroliers vers le budget annuel permet de débloquer une manne de 1,2 Mds GHS (0,3% du PIB, env. 180 M EUR), qui sera allouée exclusivement aux dépenses contra-cycliques pour atténuer les effets de la crise du COVID-19. Ce déficit exceptionnel nécessitera la suspension temporaire de la règle budgétaire de 2016 sur autorisation du Parlement.

L’endettement du Ghana est de 67,0% en juillet 2020 (258,4 mds GHS et 45,6 Mds USD). Le niveau de dette publique est en forte hausse sur 6 mois, il atteignait 63,1% en 2019, malgré le rebasage du PIB qui a mécaniquement entrainé une réduction de l’endettement de -8,3 points en 2019. Le service de la dette représente 40% du budget et explique une part importante du déficit, ce qui pousse le FMI à considérer le risque de surendettement comme élevé.

3.    La maitrise de l’inflation depuis 2016 a permis à la Banque du Ghana d’assouplir sa politique monétaire, en réduisant ainsi son taux directeur à 14,5%.

Avant la crise, le Ghana avait réussi à faire significativement baisser l’inflation. De 17% en 2016, l’inflation était passée à 9,4% en juillet 2019, puis 7,8% en glissement annuel au mois de mars 2020. Elle permettait à la Banque du Ghana d’atteindre son objectif d’inflation (8±2%) (cf. annexe 3) et de disposer d’une marge de manœuvre inédite en amont de la crise. Une partie de la diminution de l’inflation résultait de l’adoption d’une nouvelle méthode de calcul introduite en août 2019. L’inflation a alors fait un bond de 9,4% en juillet 2019 à 7,8% en août.

En réaction au ralentissement attendu, la Banque du Ghana a réduit son taux directeur à 14,5% (-150 pdb) lors du comité de politique monétaire de mars 2020 (cf. annexe 3). L’assainissement du secteur financier, entrepris par la Banque du Ghana depuis 2017, a lui aussi permis d’assouplir la politique prudentielle, bien que le taux de prêts non-performants, en baisse, reste élevé à 13,8 % en février 2020 (-4,4 pdp sur un an). La Banque du Ghana a réduit (i) le niveau de réserves primaires obligatoires de 10 à 8 % afin de permettre aux banques ghanéennes de fournir les entreprises en liquidités ; (ii) le coussin de conservation du capital de 3 à 1,5%, entrainant ainsi une diminution du Capital Adequacy Ratio de 13 % à 11,5 % ; (iii) la provision obligatoire pour les prêts spéciaux de 10 à 5 % afin de parer aux difficultés des entreprises à rembourser leurs prêts.

Lors du comité de politique monétaire d’avril, la Banque du Ghana a, à nouveau, assouplit sa politique monétaire en annonçant un programme d’achat d’actifs. La hausse soudaine de l’inflation en avril, causée par la hausse du prix des denrées alimentaires entrainé par les tensions sur l’approvisionnement des denrées de base, lors du confinement d’Accra et Kumasi (respectivement 20,8 % et 18,2 %), a empêché la Banque du Ghana de réduire à nouveau son taux directeur. La Banque du Ghana a alors annoncé la mise en place d’un programme d’achat d’actifs dénommé Asset Purchase Programme pour 10 Mds GHS (env. 1,6 Md EUR), dont 5,5 Mds GHS ont été directement alloués au rachat d’obligations souveraines à 10 ans. Par ailleurs, les ratios prudentiels des institutions de prêt et dépôts ont été abaissés : Le taux de réserves primaires passe de 8% à 6% pour les institutions de prêts et dépôts et de 10% à 8% pour les institutions de microfinance. Enfin, la Banque du Ghana a conclu un accord de mise en pension avec la Réserve fédérale américaine d’un montant de 1 Md USD. Ce mécanisme, similaire à un accord de swap entre banques centrales, est adossé à des bons du trésor américain et permettra à la Banque du Ghana de se couvrir partiellement contre un risque de liquidité.

L’inflation atteint 10,5% au mois d’août 2020, en baisse de 0,9 pdp sur un mois. La hausse consécutive au confinement a entrainé une inflation de 11,4 % en g.a. au mois de juillet 2020 ; un niveau que le Ghana n’avait atteint pour la dernière fois qu’en décembre 2017.

4.    L’excédent commercial du Ghana ne permet pas d’atténuer la dépréciation du cédi.

Le Ghana est en excédent commercial de 2,3 Mds USD (cf. annexe 4), soit 3,4% du PIB, contre 1,8 Md USD en 2018 (2,8% du PIB). Cet excédent s’explique par la bonne tenue des exportations d’or et d’hydrocarbures et une croissance plus lente des importations. Ce mouvement s’est prolongé au début de l’année 2020 avec la baisse des importations depuis la Chine, suite à la crise. L’effet de la baisse des prix du pétrole sur le volume des exportations ghanéennes devrait être en partie compensé par la hausse des prix de l’or et du cacao (cf. annexe 5). Avec des balances des services et des revenus déficitaires, respectivement à -3,6 Mds USD et -3,9 Mds USD, et des transferts en destination du Ghana qui s’élèvent à 3,4 Mds USD, le déficit de la balance courante atteint -1,8 Mds USD, soit -2,7% du PIB, et devrait se creuser à -4,5 % du PIB en 2020. La balance du compte financier et du compte de capital est de +3,1 Mds USD (4,6% du PIB), dont 3,3 Mds USD de nouveaux IDE au Ghana (4,9% du PIB).  Cette dégradation des comptes extérieurs ne permet pas de contenir la baisse du cédi par rapport au dollar.

Le cédi connait une forte dépréciation, qui se répète d’années en années, face aux principales devises internationales. En 2019, la monnaie ghanéenne a perdu 14,8% de sa valeur nominale face au dollar américain, face auquel elle s’était déjà dépréciée de 9,2% en 2018 (cf. annexe 6). De même, elle a perdu 12,7% et 4,1% de sa valeur face à l’euro en 2019 et 2018.

Après une forte appréciation au début de l’année 2020 en amont de l’émission d’euro-obligations, le cédi s’est déprécié à nouveau d’environ 7,2% face au dollar depuis la mi-février suite au retrait des investisseurs des devises émergentes (flight to quality). L’émission d’euro-obligation en février puis la Facilité de Crédit Rapide du FMI pour 1 Md USD ont permis ont permis d'accumuler des réserves de 1,5 milliard de dollars (2,2 % du PIB) et ainsi de relever le niveau de réserves internationales à 10,3 Mds USD en avril 2020. La dépréciation du cédi face au dollar est contenue par la faiblesse de la devise américaine sur les marchés financiers. Face à l’euro, le cédi a perdu 8,1% de sa valeur depuis le début de l’année.

 

 

 
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