Le secteur pétrolier au Gabon

Toujours 1er contributeur au budget national, le secteur pétrolier souffre particulièrement de la crise sanitaire. La production pétrolière du Gabon est en repli depuis plusieurs années et les espoirs porte désormais sur l’exploration off-shore profond qui pourrait relancer à la hausse la production. Les découvertes récentes dans le secteur du gaz pourraient aussi être susceptibles d’offrir des opportunités nouvelles de développement du secteur, tandis que le gouvernement gabonais, positionné pendant des années en tant que « rentier observateur », souhaite étendre davantage son contrôle et accroitre sa part de revenus.

Le Gabon occupe le 5ème rang des producteurs pétroliers en Afrique Sub-saharienne, après le Nigeria,  l’Angola, le Congo (Brazzaville) et la Guinée Equatoriale. Selon la « BP Statistical Review 2014 », le Gabon dispose de 2 milliards de barils de réserves prouvées. Le bassin sédimentaire gabonais couvre ainsi une superficie de 247 000 Km², dont 30% on-shore et 70% off-shore. Environ 47% de la surface attribuée est ouverte à l’exploration. Il a, en juillet 2018, réintégré l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) et son retour au sein de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) est en cours de préparation.

La production bénéficie d'une recomposition du paysage industriel dans le secteur pétrolier.

La production gabonaise s’est établie à 10,9 millions de tonnes en 2019, soit environ 220 000 barils/jour, en hausse de 13% par rapport à 2018 du fait de l’entrée en production de sites développés à partir de la fin 2018 et des investissements opérés pour remettre en état certains sites. L’essentiel de la production est exporté, soit 10,5 millions de tonnes en 2019 (+21,2% par rapport à 2018). L’Asie reste la première destination du pétrole produit au Gabon (90%), suivie par l’Europe (10%).

Le Gabon a connu une profonde recomposition du paysage pétrolier dans un contexte économique difficile : Shell a vendu, fin 2017, ses actifs au Fonds Carlyle. A la même période, Perenco a racheté une grande partie des actifs de Total Gabon, devenant le 1er producteur national. Fin juillet 2020, Perenco a racheté les participations de Total dans 7 champs matures et celles du terminal pétrolier du Cap Lopez. Ces « nouveaux » acteurs, qui représentent aujourd’hui près de 75% de la production nationale, ont massivement investi (450 MUSD pour Perenco en 2019) pour développer des champs jusqu’alors inexploités et remettre à niveau les installations.

A plus long terme, l’avenir du secteur repose sur une relance de l’exploration. Un cycle de négociation pour 35 blocs (off shore conventionnel et deep off shore) a été lancé courant 2019. Après plusieurs reports, le délai de soumission, dernièrement fixé au 30 avril 2020, a été reportée à une date ultérieure en raison de la pandémie. C’est dans ce cadre qu’a été adopté le nouveau code des hydrocarbures en  juillet 2019. Présenté comme étant plus flexible notamment sur le plan fiscal, il doit permettre de renforcer l’attractivité du secteur.

Le secteur pétrolier, 1er contributeur au budget national, souffre particulièrement de la crise sanitaire.

Malgré les efforts engagés depuis 2009 pour diversifier l’économie (et les sources de revenus), le secteur pétrolier reste, de loin, le 1er secteur contributeur au budget national. Selon le FMI, la part du pétrole dans le PIB gabonais s’élève en effet à 38,5%.

Dans le contexte de crise sanitaire (confinement, règles sanitaires renforcées, difficultés pour faire venir de la main d’oeuvre étrangère…), les entreprises ont concentré tous leurs moyens humains et matériels pour maintenir la production. Tous les projets en développement ont été arrêtés depuis mars 2020. La relance de ces projets devrait prendre des mois. Ainsi, comme en 2017 et 2018, le Gabon n’aura pas de relais de croissance dans le secteur et ce, quel que soit le niveau du prix du baril.

La chute des cours du pétrole enregistrée depuis fin février pourrait avoir un impact comparable à celui de 2015. Le FMI anticipe ainsi une perte des revenus issus du secteur pétrolier de plus de 40% avec, comme hypothèse de travail, un prix du baril moyen à 36 USD. Les prévisions des acteurs pétroliers, au regard des évolutions de la demande mondiale, sont plus pessimistes (30 USD/baril, prix auquel il faut ajouter des discounts, entre 2 et 5 USD, en fonction de la qualité du brut).

Positionné pendant longtemps en tant que rentier observateur, le gouvernement gabonais cherche depuis quelques années à être un acteur véritable du secteur.

Après un audit du secteur confié au cabinet américain Alex Stewart International en 2011 dans le but de mieux cerner les flux financiers issus de l’industrie pétrolière, l’Etat a créé la Société Nationale des Hydrocarbures, dénommée GOC (Gabon Oil Company), dont la vocation est de gérer et développer les participations de l’Etat gabonais dans le secteur pétrolier. En 2016, les autorités gabonaises ont décidé de transférer à la GOC la gestion effective des participations de l’Etat dans les actifs pétroliers et le capital social des sociétés pétrolières. L’Ambition étant à terme de faire de la GOC une véritable compagnie pétrolière, active dans l’exploration production et l’exploitation des champs pétroliers. Toutefois, le scandale Scorpion devrait ébranler cet édifice pour recentrer la SNH sur sa mission de gestion des participations de l'Etat.

Dans cette même logique, le gouvernement gabonais cherche à développer et favoriser l’utilisation des sous-traitants pétroliers gabonais (« local content »). Le nouveau code des hydrocarbures réaffirme le principe de l’emploi prioritaire de personnel gabonais et l’utilisation prioritaire des sous-traitants locaux. Le défaut de personnel local qualifié est resté un frein pendant plusieurs années à la bonne application du code du travail local (minimum de 90% d’employés locaux).

Total Gabon en partenariat avec la République gabonaise a créé en 2011 l’Institut gabonais du Pétrole et du Gaz à Port-Gentil, avec la collaboration de l’Institut Français du Pétrole suivie après par les sociétés Shell et Perenco. Total Gabon intervient également auprès de l’Ecole Polytechnique de Masuku afin de former des ingénieurs spécialisés. D’autres compagnies envoient des étudiants, à travers des partenariats, dans des écoles à l’étranger.

Le gaz comme nouvelle opportunité de développement du secteur ?

Le pays détient des réserves prouvées de gaz naturel à hauteur de 28,3 milliards de mètres cubes – essentiellement sous forme de gaz associé, mais n’en fait actuellement qu’un usage limité, puisque plus de 90% de sa production est réinjectée dans le sous-sol, ou brûlée, faute de débouchés économiques. Le gouvernement souhaite évidemment promouvoir le développement des ressources gazières nationales dans le but d’engendrer de nouvelles sources de revenus dans un contexte de déclin de la production pétrolière. Différents projets sont en cours, visant notamment à valoriser cette ressource (usine d’engrais de l’ile de Mandji). Cette orientation stratégique est inscrite dans le Code des Hydrocarbures depuis 2014.

Les ressources en gaz sont actuellement exploitées par la compagnie française Perenco à partir de deux gisements : Ganga et Ozangue. La société a produit 416 millions de m3 de gaz en 2019, lui offrant un positionnement stratégique au Gabon, puisqu’elle alimente les centrales thermiques de Port-Gentil et Libreville. Globalement la plus forte concentration des ressources de gaz se trouve dans la zone autour de Rabi-Kounga, d'Olouwi et Ozangue. Les récentes découvertes de gaz à condensats par Total, Shell et Eni dans trois blocs off-shore nécessitent des travaux d’appréciation et pourraient, si ces ressources s’avèrent importantes et économiques, propulser le Gabon sur la scène mondiale des producteurs de gaz.

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