La situation économique du Gabon

Fortement déstabilisée par la chute brutale des cours du pétrole en 2014, l’économie gabonaise doit faire face à un défi majeur consistant à changer son modèle traditionnel, fortement ancré autour du secteur pétrolier. Pour accompagner ce changement, le FMI a conclu un accord triennal avec le Gabon pour un financement total de 642 MUSD. A mi-parcours, ce programme commence à porter ses fruits (réduction sensible de la dette publique), même si les mutations structurelles de l’économie nécessiteront plus de temps et d’efforts.

Troisième économie de l’Afrique centrale (13 % du PIB régional), pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, le Gabon est l’un des pays les plus riches d’Afrique avec un PIB/hab se situant à plus de 7.500 USD en 2017. Toutefois, les principaux indicateurs sociaux laissent apparaître une forte disparité. L’économie gabonaise se caractérise, en outre, par un secteur informel important , employant la grande majorité de la population active.

Une économie de rente en quête de diversification pour contenir son exposition aux chocs externes.

Historiquement, l’économie du Gabon était très largement dépendante de l’exploitation de ses ressources naturelles : pétrole, minerai, uranium. Cette prédominance prévaut encore aujourd’hui : entre 2010 et 2014, le secteur pétrolier a représenté, en moyenne, 80 % des exportations, 45 % du PIB et 60 % des recettes budgétaires.

Conscient des limites d’une économie dépendante de ses ressources naturelles (exploitées par de grands groupes étrangers), le Président Ali Bongo Ondimba a présenté un « Plan stratégique Gabon émergent » dans le cadre de son accession au pouvoir en 2009. Axé autour de trois piliers (Gabon vert, Gabon industriel, Gabon des services), la mise en œuvre de ce plan reposait sur un fort développement de l’investissement public. Ainsi, les dépenses d’investissement, qui s’établissaient à 5 % en 2008, ont augmenté à 15 % du PIB entre 2010 et 2012, principalement dirigées vers le secteur des travaux publics et des infrastructures énergétiques.

La brutale chute des cours du pétrole en 2014 a entrainé une rapide dégradation des comptes publics gabonais : baisse des recettes issues du pétrole (450 Mds XAF en 2016 contre 1.400 MdsXAF en 2014), dette publique passant de 44,7% du PIB en 2015 à 64,2% en 2016, apparition d’un déficit public pour la 1ère fois depuis 1998, diminution des réserves de changes. L’ampleur de cet impact souligne la vulnérabilité d’un modèle économique ancré, depuis plus d’un demi-siècle, autour de l’industrie pétrolière.

D’importants investissements dans l’industrie agroalimentaire (principalement le fait d’Olam, groupe détenu par le fonds souverain singapourien, qui a investi près de 2 Mds € depuis 2010) ont été réalisés, notamment dans la culture du palmier à huile et de l’hévéa. L’interdiction d’exporter des grumes en 2009 (et la création concomitante d’une zone franche consacrée à l’industrie du bois) s’inscrit également dans ce mouvement de diversification et de valorisation des ressources. Toutefois, ces actions ne sont pas encore de nature à amortir le choc subi par le secteur pétrolier.

Le Gabon est engagé dans un programme FMI jusqu’en 2020.

Compte-tenu de ce qui précède, le Gabon a décidé, fin 2016, d’ouvrir des négociations bilatérales avec le FMI afin de l’accompagner vers une sortie de crise et structurer ses efforts d’ajustement. Le Fonds a ainsi approuvé, en juin 2017, un accord triennal, en faveur du Gabon, au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) à l’appui d’un Programme de relance économique défini par les autorités en début d’année, pour un montant total de 464,4 millions de DTS sur 3 ans (soit environ 642 M$). Cet accord a été complété par les engagements d’autres bailleurs de fonds multilatéraux (Banque mondiale – Banque africaine de développement), ainsi que de la France, au travers d’un prêt d’aide budgétaire d’un montant total de 225 M€ mis en œuvre par l’AFD.

Au regard des performances mitigées de la deuxième revue du FMI en juin 2018, la 3ème revue (novembre 2018) a permis de souligner les progrès réalisés. Toutefois, d’importantes difficultés subsistent, notamment la persistance de l’accumulation d’arriérés extérieurs, la gestion difficile du stock d’arriérés intérieurs, ainsi que le niveau la masse salariale de l'Etat (1/3 des dépenses publiques).

Les perspectives économiques du Gabon restent fragiles.

Après un exercice 2017 à l’activité atone (+0,5%, contre 1% dans la CEMAC), la reprise économique reste fragile avec une croissance pour 2018 révisée à la baisse (1,2%, 2% dans la CEMAC) en raison de la baisse de la production pétrolière (-4,3%). Toutefois, hors secteur pétrolier, la croissance des autres secteurs de l’économie est conforme au cadrage du FMI (environ 1,9%). Les exportations ont bénéficié de la hausse des cours du pétrole et du manganèse, mais restent contraintes par un sous-investissement dans le secteur pétrolier, secteur qui a représenté 70% des exportations gabonaises (manganèse 14,5%, bois 10%).

La dette publique et le déficit public s’améliorent à un rythme plus rapide que prévu.

L’inflation s’est élevée à 3,4%, à fin septembre 2018, portée par la hausse des prix internationaux de certaines denrées alimentaires et la fin du programme « lutte contre la vie chère ». Pour 2019, la prévision de croissance s’élève à 3,1% (inflation à 3%).

 

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