Indicateurs et conjoncture

 

1. Situation macroéconomique

Après une décennie de croissance instable[1], puis une récession en 2020 (-0,5 %), l’économie érythréenne a amorcé une reprise modérée (+2,7 % en moyenne sur 2021–2023), tirée par les secteurs minier (cuivre, or, zinc) et des services. Cette dynamique reste toutefois en deçà des niveaux d’avant-pandémie (+5,3 % sur 2010–2019).

Le réengagement avec certains bailleurs s’est traduit en 2023 par des projets structurants, comme la centrale solaire de Dekemhare (30 MW) et l’entrée de la Chine au capital de la mine de potasse de Colluli (50 %). Ces projets ont soutenu la reprise du BTP.

En 2024, la croissance s’est établie à +2,9 %, portée par la hausse de la production minière, les cours favorables des métaux et le dynamisme de la construction. La demande intérieure a aussi contribué, grâce à la baisse de l’inflation (+4,1 % en 2024, après +6,4 %) et à la stabilité du Nakfa, arrimé au dollar. La croissance devrait se maintenir autour de +3,1 % en 2025 et +3,4 % en 2026, soutenue par la consommation privée, les investissements publics et l’entrée en production de la mine de Colluli fin 2026, qui pourrait représenter 10 % du PIB.

 

2. Finances publiques

Le déficit public reste élevé (-4,8 % du PIB en 2024), mais devrait légèrement reculer en 2025 (-4,3 %) avec la hausse des recettes minières, grâce à la montée en charge de la production et à des prix favorables. La mise en exploitation de Colluli pourrait générer environ 200 M USD par an à moyen terme.

La dette publique érythréenne demeure insoutenable depuis 2018. En 2024, celle-ci s’élevait à 211,8 % du PIB, bien qu’en nette baisse par rapport à 2011 (-33 pts), et devrait poursuivre cette tendance (177,2 % du PIB attendu en 2027 selon la Banque mondiale). Elle est très majoritairement domestique (80 % en 2023). Le service de la dette externe est restreint aux seuls revenus générés en devises (essentiellement par le secteur minier). Ainsi, la Chine est le seul partenaire financier encore actif (via China Exim Bank), tandis que la Banque africaine de développement poursuit ses projets sous forme de dons. Une restructuration de la dette serait nécessaire pour garantir la viabilité de la trajectoire budgétaire. Depuis mai 2024, l’Érythrée figure au stade préliminaire du processus d’inscription à l’initiative en faveur des pays très endettés (PPTE), première étape en vue d’une éventuelle éligibilité. Toutefois, le pays n’a pas engagé les réformes nécessaires pour y accéder et l’absence d’un programme formel avec les créanciers officiels empêche tout allègement pour l’instant.

3. Situation extérieure

La balance courante est largement excédentaire (+14,5 % du PIB en 2024), grâce aux transferts de fonds de la diaspora, et en hausse grâce aux exportations minières (près de 96 % des exportations, majoritairement à destination de la Chine (près de 79 %). Cet excédent devrait se maintenir avec l’essor des projets miniers.

 

4. Contexte géopolitique et gouvernance

Indépendante depuis le 24 mai 1993 après sa scission d’avec l’Éthiopie à l’issue d’une guerre de 30 ans, l’Érythrée est depuis dirigée par le Front Populaire pour la Démocratie et la Justice (FPDJ), issu du Front Populaire de Libération de l’Érythrée (FPLE) qui a combattu les forces éthiopiennes pour obtenir l’indépendance. Le Président Isaias Afewerki, ex-chef des rebelles du FPLE, est à la fois chef de l’État et du parti unique. Un projet de constitution mettant fin au système de parti unique avait été élaboré en 1994 et ratifié en 1997, mais le différend frontalier concernant le triangle de Badme, menant à une nouvelle guerre avec l’Éthiopie de mai 1998 à juin 2000, a mis un terme à ce fragile processus d’ouverture politique. Depuis, le gouvernement a repoussé sine die l’adoption de ce projet. En juillet 2018, un « accord de paix et de fraternité » a été signé avec l’Éthiopie, marquant l’acceptation de la démarcation de la frontière établie entre les deux pays ainsi que la reprise des relations politiques et économiques. Signe de détente, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé fin 2018 de lever l’embargo sur les armes et les sanctions contre l’Érythrée[1]. La normalisation des relations avec l’Éthiopie devait ouvrir de nouvelles opportunités[2], mais a été compromise en raison de l’implication de l’Érythrée dans le conflit au nord de l’Éthiopie. L’armée éthiopienne a en effet reçu l’appui des forces érythréennes pour combattre la rébellion tigréenne. La relation entre les deux pays se dégrade à nouveau depuis fin 2022 et surtout depuis 2024 (montée de l’instabilité dans la région frontalière du Tigray), faisant craindre un nouveau conflit à certains observateurs

S’agissant de ses relations internationales, l'Érythrée a signé un accord avec la Chine en 2021 pour intégrer l’initiative des Nouvelles routes de la soie ("Belt and Road Initiative"). En mai 2023, le Président érythréen a effectué une visite d'État en Chine. Fin mai 2023, la société chinoise minière SRBG a finalisé l'acquisition de 50 % de la mine de potasse Colluli en Érythrée auprès de l'Australien Danakali Ltd en versant une 1ère tranche de 105 M USD. Une 2ème tranche de 16 M USD devait être versée dans les six mois.

L’Érythrée semble montrer une volonté d’ouvrir son économie depuis janvier 2024, date qui fut marquée par une visite de 10 jours en Italie d’une délégation menée par le Président érythréen en marge du sommet Italie-Afrique. L’Érythrée a sollicité l’intervention de l’Italie dans le domaine des infrastructures (routes, chemins de fer, ports, transport par câble) notamment pour maintenir celles qui ont été construites lors de la colonisation italienne.

 

 
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