Indicateurs et conjoncture

Les 27 Gouvernorats égyptiens

L’Egypte se caractérise par sa démographie, plus de 100 M d’habitants en 2020, ainsi que par sa position géographique stratégique, au carrefour de trois continents et de deux mers reliées par le canal de Suez. Elle jouit de son rayonnement culturel dans le monde arabe ainsi que d’un patrimoine historique exceptionnel.

La superficie de son territoire est de 1 M km² découpés administrativement en 27 gouvernorats, dont Le Caire, Giza et Alexandrie qui regroupent près du quart de la population et concentrent la majeure partie de l’activité économique. Plus de 95% de la population est concentrée sur 7% du territoire. Le Caire, la capitale, compte près de 23 M d’habitants.

Le PIB de l’Egypte, le deuxième d’Afrique, était d’environ 362 Mds$ en 2019/20. Il résulte d’une économie diversifiée, structurée autour des secteurs manufacturier (16%), immobilier et construction (17%), commerce de gros et de détail (14%), agricole, forestier & pêche (11%) et extractif (10%). Le secteur public occupe une place prépondérante dans l’économie, représentant 31% de l’activité et 56% des investissements (tout secteur public confondu). L’Armée est également un acteur économique important, y compris dans le domaine civil. Par ailleurs, l’inclusion du secteur informel, qui représenterait 50% de l’emploi total, augmenterait le PIB d’au moins 40%.

PIB par secteurs d'activités

L’Egypte bénéficie traditionnellement des revenus de trois - voire quatre - rentes : les transferts de la diaspora (22 Mds$ / an en moyenne depuis 2013/14), le tourisme ( les revenus sont tombés à 3,8 Mds$ en 2015/16 puis ont significativement augmenté  pour retrouver en 2018/19 un niveau pré-révolution avec 12,6 Mds$, avant d’être ramené à 9,9 Mds$ l’année dernière en raison de la crise sanitaire), et les redevances d’utilisation du Canal de Suez (5,8 Mds$ en 2019/20. A cela s’ajoute les ventes d’hydrocarbures (11,6 Mds$ en 2018/19 ramenés à 8,5 Mds$ en 2019/20, soit un tiers des exportations de marchandises) malgré  une balance énergétique de nouveau déficitaire (8 M$ d’excédent symbolique en 2018/19 après cinq années de déficit, ramené à -420 M$ en 2019/20).

Rentes égyptiennes

A la suite de la modernisation de son économie au milieu des années 2000, l’Egypte a connu des taux de croissance record (7% entre 2005 et 2008). Toutefois, la crise financière de 2008 et l’instabilité politique depuis la chute du Président Moubarak en 2011 ont durablement affaibli l’économie.

L’élection à la présidence de la République d’Abdel-Fatah Al-Sissi en juin 2014 (puis sa réélection en 2018) a marqué le retour de la stabilité politique alors que le processus de transition s’est achevé par l’élection du Parlement en janvier 2016. Le 2 avril 2018, le président Sissi a été réélu pour un mandat de quatre ans, avec 97,08% des suffrages exprimés et un taux de participation de 41,05%. L’approbation par référendum (88,83% des suffrages exprimés pour une participation de 44,33%), en avril dernier, de la révision de la Constitution égyptienne, prolonge le mandat actuel du président jusqu’en 2024, et l’autorise à briguer un troisième mandat lors des élections présidentielles de 2024.

La croissance économique est l’une des plus dynamiques de la région ANMO. Elle est néanmoins insuffisante pour compenser le poids des dépenses publiques qui se sont multipliées par 2,2 en 5 ans. Celles-ci se décomposent principalement en remboursement des intérêts de la dette (33% du total), en salaires et traitements des fonctionnaires (20%), et en dépenses sociales (23% du total). En 2018/19, seul 9% du budget a été consacré aux dépenses d’investissement. La croissance est également insuffisante pour absorber de façon inclusive les quelques 800 000 jeunes qui rejoignent chaque année le marché du travail et réduire de façon durable la pauvreté (29,7% des égyptiens vivraient sous le seuil de pauvreté en 2019/20 – fixé à environ 1,7$ par jour par les autorités - contre 16,7% vingt ans plus tôt).

 PIB croissance et chômage

En termes d’ouverture économique, l’Egypte souffre d’un déficit commercial structurel (36,5 Mds$ en 2019/20, 10% du PIB) en raison de la faiblesse de son appareil exportateur et d’une part conséquente d’importations incompressible (l’Egypte étant par exemple le 1er importateur de blé au monde, sa production manufacturière et industrielle dépend à 40% d’intrants importés). D’un point de vue conjoncturel, les exportations égyptiennes n’ont pas profité de la dépréciation massive de la devise nationale, car l’effet-prix a surtout impacté négativement les achats de biens intermédiaires importés. Et en tout état de cause, l’avantage change a été largement compensé par l’inflation qui en est résulté et le surenchérissement du coût des intrants.

En matière énergétique, après être redevenue importatrice nette en 2012, l’Egypte est devenue momentanément exportatrice nette d’hydrocarbures en 2019 suite à l’entrée en activité du champ gazier Zohr notamment, performance qui n’a pas résisté en 2020 aux conséquences de la crise sanitaire mondiale.

Sur le plan des infrastructures, le gouvernement a lancé une série de méga projets dont les plus emblématiques sont le doublement du canal de Suez, le développement de la région économique attenante et la construction d’une nouvelle capitale administrative. Parmi les autres grands projets dits « nationaux » en cours de développement ou finalisés, on pourra citer : 36 complexes urbains touristiques, 13 villes nouvelles, de nouveaux centres industriels dans 22 villes, une centrale nucléaire, la bonification de terres désertiques ou encore 8000 km de nouvelles routes.

La situation économique et financière de l’Egypte a été marquée ces dernières années par le programme d’ajustement macroéconomique déployé par les autorités sous l’égide du FMI, en échange d’une facilité de crédit de 12 Mds$ sur trois ans, et dont la dernière tranche a été déboursée fin 2019. Les effets du programme sur l’économie égyptienne peuvent être résumés ci-après :

  • Consolidation budgétaire : En quasi situation de défaut de paiement à l’été 2016, l’Egypte a procédé à un assainissement conséquent de ses finances publiques via des mesures de consolidation budgétaire comme la loi sur la réforme du service public, la mise en place de la TVA et le démantèlement progressif des subventions énergétiques avec une hausse par vague des tarifs régulés (électricité, eau, gaz, carburants et autres tarifs publics). Le déficit public a été ramené de 12,5% du PIB en 2015/16 à 8,1% du PIB en 2018/19 et un excédent primaire de 2% a été enregistré. La dette publique, détenue en majorité par les banques domestiques, qui avait constamment augmenté depuis 2008 (67% du PIB) pour atteindre 103,3% du PIB en juin 2017, diminue en valeur relative à 90,2% du PIB en juin 2020.
  • Redressement des comptes extérieurs : condition pour signer l’accord avec le FMI, la Banque Centrale a procédé le 3 novembre 2016 à la libéralisation totale du marché des changes. Celle-ci, qui a vu la livre se déprécier fortement avant de se stabiliser aux alentours de 17-18 LE/$ (contre 8,8 LE/$), a permis de drainer le marché noir et de résoudre le problème de disponibilité en devises du système bancaire. Cette libéralisation a entrainé une hausse de l’inflation sans précédent culminant à 33% en juillet 2017 qui a néanmoins entamé sa décrue dès 2018 pour atteindre 3,1% en octobre 2019, soit son taux le plus bas depuis décembre 2005. La libéralisation du taux de change et la bonne performance des rentes traditionnelles a permis de ramener le déficit courant à 2,4% du PIB en 2017/18 et 3,1% du PIB en 2019/20. Les réserves en devises de la Banque Centrale ont également été reconstituées à plus de 45 mds$ fin 2019 contre moins de 16 mds$ en juillet 2016.
  • Retour de l’Egypte sur les marchés financiers internationaux : l’ajustement conjoncturel engagé par l’Egypte a permis de restaurer sa crédibilité sur les marchés financiers (22 Mds$ et 4 Mds€ ont été levés sur les marchés internationaux depuis janvier 2017 pour couvrir une partie de ses besoins de financement) et aux investisseurs étrangers de portefeuille de revenir en Egypte (plus de 16 Mds$ de flux nets entre 2017/18 et 2018/19). Les principales agences de notation ont quant à elles relevé la note souveraine de l’Egypte qui s’établit désormais à B2 « stable » pour Moody’s ; B « stable » pour S&P ; B+ « stable » pour Fitch et B+/B « stable » pour Capital Intelligence.
  • Mesures d’ajustement structurel : plusieurs mesures ont été initiées afin de corriger les rigidités de l'économie égyptienne (nouvelle loi sur l'investissement, loi sur les licences industrielles) et d’améliorer l’environnement légal des affaires. L’objectif annoncé est d’améliorer la compétitivité externe de l’Egypte et de soutenir les exportations, le tourisme et les IDE.

 

L’Egypte affronte donc la crise sanitaire dans un cadre macroéconomique relativement assaini par le précédent programme du FMI. Les autorités ont notamment annoncé dès mars 2020 un paquet de mesures contra-cycliques - budgétaires (2% du PIB) et monétaires (-300 pdb des taux directeurs) - tout en sollicitant un nouveau soutien financier du FMI (RFI de 2,8 Mds$ en mai et SBA de 5,2 Mds$ en juin) pour faire face aux tensions de financement externe (sorties de capitaux, arrêt brutal des recettes touristiques). Au terme de l’année fiscale 2019/2020, l’Egypte a enregistré un taux de croissance de son PIB de 3,5%, certes en-deçà des 6% espérés par les autorités en début d’exercice, mais au-delà des prévisions post-Covid 19 du Fonds (2%).

De même, les tensions sur le financement externe ne se sont pas concrétisées dans les proportions redoutées, tout comme la dégradation attendue des finances publiques (excédent primaire ramené de 2% à 1,8% du PIB). La stabilisation rapide des réserves de change (39,2 Mds$ en novembre 2020 contre 45,4 Mds$ un an plus tôt) et le maintien de sa notation souveraine par l’ensemble des agences ont ainsi permis à l’Egypte de sécuriser son accès aux marchés financiers internationaux (avec notamment la première émission souveraine de greenbonds en septembre 2020).

Pour autant, plusieurs risques pèsent toujours sur l’équilibre économique du pays, parmi lesquels : la soutenabilité de sa dette publique et du service de ses intérêts sur les finances de l’Etat en particulier (10% du PIB et un tiers du Budget en moyenne ces cinq dernières années) ; l’intervention croissante et opaque de l’appareil sécuritaire dans l’économie et la poursuite de la dégradation de la situation socio-économique d’une majeure partie de sa population (salaires réels au plus bas depuis 30 ans, taux de pauvreté multiplié par deux en 20 ans, hausse des emplois précaires et informels, …) que le manque chronique d’investissement public dans les secteurs sociaux ne parvient pas à enrayer.

Si l’Egypte se présente en 2021 dans une situation macroéconomique relativement plus satisfaisante que la plupart de ses pairs régionaux et émergents, l’enjeu sera désormais de protéger et prolonger les acquis des précédentes réformes structurelles tout en s’assurant qu’ils bénéficient désormais au plus grand nombre : renforcement de la qualité des services publics (santé, éducation, …) et des filets de protection sociale, et développement du secteur privé associé à une plus grande transparence de l’intervention du secteur public dans l’économie.

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