ALLEMAGNE
Les relations économiques entre la France et l'Allemagne
En 2025, l’Allemagne demeure de loin le premier partenaire commercial (biens et services) de la France malgré un repli tendanciel des échanges franco-allemands dans le total des échanges de la France. Depuis 2022, le niveau élevé des exportations de services de la France vers l’Allemagne a permis de maintenir à environ 10 Md€ le déficit commercial de la France avec son voisin d’Outre-Rhin. L’Allemagne représente, d’autre part, le deuxième investisseur étranger en France derrière les États-Unis.
Les échanges de biens et services entre la France et l’Allemagne, son premier partenaire commercial, stagnent depuis 2022 en dépit d’une hausse des exportations de services.
L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France (biens et services hors matériel militaire[i]). L’Allemagne est le premier client de biens et services de la France devant les États-Unis et également son premier fournisseur devant les États-Unis (données Eurostat). En 2025, les exportations de biens et services de la France vers l’Allemagne s’élèvent à 114 Md€ (soit une évolution de +2,9 % par rapport à 2024) et les importations à 125 Md€ (soit une évolution de +2,0 % par rapport à 2024).
La valeur des échanges de biens et services de la France avec l’Allemagne demeure toujours inférieure à son niveau de 2022. Si les échanges (somme des exportations et des importations) ont quelque peu augmenté par rapport à 2024 (+2,4 %), ils demeurent encore légèrement inférieurs à ceux enregistrés en 2022 (-1,6 Md€), année de forte croissance. Du reste, les échanges de la France avec l’Allemagne progressent moins rapidement que les échanges totaux de la France (+14,8 % avec l’Allemagne contre +26,7% avec le monde entier en 2025 par rapport à 2019, année pré-Covid). Il s’ensuit que la part des échanges franco-allemands dans l’ensemble des échanges français baisse (11,8% en 2025 contre 13,1% en 2019).
Cette quasi-stagnation depuis 2022 s’explique par un recul des échanges de biens qui a néanmoins été compensé par une hausse des échanges de services. Tant Eurostat que les Douanes françaises[ii] affichent des exportations et des importations de biens légèrement supérieures à celles de 2024 mais en deça des valeurs de 2022 et 2023 (-7 Md€ en 2025 par rapport à 2022) alors que les échanges de services ont progressé d’autant (+7 Md€ en 2025 par rapport à 2022)[iii]. Le solde des échanges de biens franco-allemands est depuis de très nombreuses années déficitaire (-13 Md€ pour Eurostat et -5 Md€ pour les Douanes françaises en 2025[iv]).
Contrairement aux échanges de biens, les échanges de services sont excédentaires. Les exportations de services, notamment de voyages, de la France vers l’Allemagne ont connu un fort rebond par rapport à 2019 (+46% en 2025 par rapport à 2019). Les échanges de services bilatéraux sont excédentaires depuis 2022 (+2 Md€ en 2025), année depuis laquelle le déficit commercial annuel global (biens et services) de la France avec l’Allemagne se maintient autour de 10-11 Md€ (contre 23 Md€ en 2019). L’augmentation des recettes de services s’est, en outre, traduite par une hausse de la part des échanges de services dans la valeur totale du commerce bilatéral. Les échanges de services représentent désormais en 2025 31% des échanges de biens et services de la France avec l’Allemagne contre 28% en 2019.
La France échange avec l’Allemagne principalement des matériels de transport et des services aux entreprises.
Selon les Douanes françaises, la décomposition sectorielle des échanges bilatéraux de biens (exportations de 81 Md€ et importations de 87 Md€ en 2025 selon les Douanes françaises) est relativement stable depuis 2019. Les matériels de transport représentent le premier poste d’échanges franco-allemands (25% des échanges bilatéraux totaux en 2025 : 11% de matériel aérospatial, 10% de fabrication automobile et 4% d’équipements automobiles), suivis des produits chimiques, parfums et cosmétiques (11%), des machines (11%), des produits métallurgiques et métalliques (9%), des produits agroalimentaires (8%) et des produits pharmaceutiques (6%)[v]. Selon Destatis[vi] et les douanes françaises, les échanges de biens entre la France et l’Allemagne ont principalement lieu entre les régions Ile de France et Grand Est et les Länder de l’Ouest (en tête : Rhénanie-du-Nord Westphalie, Bade-Wurtemberg et Bavière).
En comparaison annuelle, les forts déficits régulièrement enregistrés dans les secteurs des matériels de transport et des machines se résorbent en partie en 2025, en particulier dans le secteur des transports, porté par la reprise des exportations aérospatiales françaises vers l’Allemagne. Par ailleurs, le net rebond des exportations outre-Rhin de produits pharmaceutiques (+34% par rapport à 2024) permet à la France d’être excédentaire dans ce secteur pour la première fois depuis au moins dix ans. Le secteur de l’agroalimentaire (produits de transformation), atteint, en revanche, son plus important déficit bilatéral depuis une dizaine d’années[vii].
Les échanges de services bilatéraux sont principalement constitués « d’autres services aux entreprises » (c’est-à-dire de services de recherche et développement, de services de conseil et de gestion, de services techniques, commerciaux…), de services de voyages, de transports et de services financiers. En 2025, les échanges de services de la France avec l’Allemagne sont composés, pour un tiers, par des autres services aux entreprises, à 17% de services de voyage, à 13% de services de transport et à 9% de services financiers[viii]. Tandis que les parts des échanges d’autres services aux entreprises et de voyages sont comparables à celles de 2019, celle des services financiers a régulièrement crû (3% en 2019) et celle des transports a reculé (17% en 2019).
Le stock d’investissements directs allemands en France s’est érodé depuis quelques années. Depuis le pic atteint en 2021 (119 Md€), la valeur du stock allemand en France a reculé à 108 Md€ en 2024 (dernières données disponibles de la Banque de France)[ix]. L’Allemagne est toutefois le 2e investisseur en France derrière les Etats-Unis. Le stock allemand en France reste sensiblement plus élevé qu’inversement, la France ne détenant qu’un stock de 68 Md€ en Allemagne, son 8e pays d’investissement en 2024. Le stock français en Allemagne est néanmoins relativement stable. Cette asymétrie se retrouve dans les flux d’investissements. En 2024, l’Allemagne se situe, avec 6 Md€, en 3e position des flux entrants en France, derrière la Suisse et les Pays-Bas, deux pays par lesquels les flux ne font souvent que transiter. Inversement, l’Allemagne se trouve à la 6e place des pays ayant bénéficié de flux français en 2024 (2 Md€). Selon la Banque de France, l’acquisition de l’allemand EQOS par le groupe de BTP français Eiffage a constitué, en 2024, l’une des principales opérations d’investissements bilatéraux.
La relation franco-allemande est marquée par un nombre élevé d’opérations d’investissement bilatéral. Au-delà d’opérations d’envergure dans des secteurs stratégiques (automobile/batterie, défense, énergie, numérique et mobilité notamment – cf. encadré 1), la relation bilatérale se caractérise également par de nombreux projets de plus petite taille, notamment en zone frontalière. Au total, selon Business France, l’Allemagne est à l’origine de 331 projets d’investissement en France en 2025, ce qui la place au 1er rang des investisseurs, avec 18 % du total des projets. 58% de ces projets concernent le secteur du commerce et de la distribution[x]. Parmi les facteurs d’investissement en France, les entreprises allemandes citent notamment la disponibilité d’emplois qualifiés, la qualité des infrastructures et la situation géographique. Selon EY, la France est, en 2025, avec 101 projets, le 2e investisseur étranger en Allemagne derrière les Etats-Unis[xi] (cf. encadré 2 sur les dispositifs d’accompagnement des entreprises françaises en Allemagne).
ANNEXES
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Encadré 1 : exemples de grandes opérations d’investissement bilatéral récentes Parmi les 71 annonces et les 93 milliards d’euros d’investissements annoncés en 2026 à Choose France, 8 projets concernent l’Allemagne :
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Encadré 2 : dispositifs d’accompagnement des entreprises françaises sur le marché allemand Les entreprises françaises intéressées par le marché allemand peuvent s’appuyer sur un dispositif d’accompagnement étoffé. Les équipes de Business France (BF), installées à Düsseldorf, organisent à la fois des accompagnements individuels et des pavillons sur les grands salons présents en Allemagne. BF prospecte les investisseurs allemands en liaison avec le Service économique régional de l’Ambassade à Berlin tandis que le bureau de BPI France assure la promotion des instruments financiers mis à la disposition des PME/ETI. BF de son côté accompagne par ailleurs, les quelques mille Volontaires Internationaux employés dans des filiales allemandes d’entreprises françaises. La Chambre de commerce franco-allemande de Sarrebruck propose des prestations en aval (implantation, domiciliation, conseils juridiques). Les conseillers du commerce extérieur français en Allemagne (une centaine répartie sur tout le territoire) sont disponibles pour apporter leur expertise et leur connaissance du terrain aux PME intéressées. Des clubs d’affaires franco-allemands sont également présents dans la plupart des grandes métropoles allemandes. Enfin, des communautés French Tech se sont constituées à Berlin, Munich, Düsseldorf, Francfort et Hambourg pour faciliter l’implantation de start-ups françaises sur le marché allemand. Plusieurs « licornes » allemandes et françaises et des fonds de capital-risque ont porté et soutenu l’initiative Scale up Europe (fonds européen pour financer le late stage du développement des start-ups) lancée pendant la présidence française du Conseil de l’Union européenne. La France et l’Allemagne ont d’ailleurs contribué à ce titre à l’initiative « champions technologiques européens » (ICTE), lancée en février 2022 dans le cadre de Scale-up Europe, pour améliorer le financement d’entreprises européennes innovantes. La deuxième phase de l’initiative a été annoncée en juillet 2026 et vise à mobiliser 80 Md€.
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[i] Pour des raisons de sécurité nationale, les données ventilées par produits ou par partenaires géographiques publiées par les Douane sont diffusées hors matériel militaire. On peut néanmoins relever dans le rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France que les prises de commandes en provenance de l'Allemagne envers la France ont connu une dynamique importante en 2025, atteignant un niveau record de 526,3 M€, contre 232,1 M€ en 2024.
[ii] Dans cette note, les données sur la valeur globale des biens et services et sur celle des services proviennent des statistiques d’Eurostat tandis que les données sur la valeur des biens sont principalement issues des Douanes françaises. Les données d’Eurostat reprennent la balance courante française. A la différence des données douanières, elles n’enregistrent pas les échanges au passage de la frontière mais prennent en compte le changement de propriété entre résidents et non-résidents sans qu’il y ait nécessairement un passage à la frontière.
[iii] Pour rappel, les données utilisées dans cette note sont exprimées en prix courants. En prix constants, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, les échanges de biens et services entre la France et l’Allemagne diminueraient. En moyenne annuelle, l'inflation s'est établie à 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025 en France selon l'Insee, tandis qu'en Allemagne elle a atteint 5,9 % en 2023, 2,2 % en 2024 et 2,2 % en 2025 selon Destatis
[iv] En dehors des écarts méthodologiques, il faut noter que les données des Douanes françaises n’ont pas encore été actualisées contrairement à celles d’Eurostat. Après révision, le déficit annuel de la dernière année prise en compte est généralement revu à la hausse.
[v] En 2024 : 24% pour les matériels de transport ; 12% pour les produits chimiques, parfums et cosmétiques ; 11% pour les machines ; 9% pour les produits métallurgiques et métalliques ; 8% pour les produits agroalimentaires et 6% pour les produits pharmaceutiques.
[vi] Destatis est l’office fédéral de la statistique en Allemagne. Il, joue un rôle équivalent à celui de l’Insee en France.
[vii] La France est structurellement excédentaire avec l’Allemagne dans le secteur du textile et de l’habillement (+2,3 Md€ en 2025) et dans le secteur des produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l’aquaculture (+1,4 Md€ en 2025), secteurs pesant toutefois relativement peu dans les échanges franco-allemands.
[viii] Les échanges de services entre la France et l’Allemagne sont également composés de services de télécommunications, services informatiques et services d'information (7%), de services de production manufacturière utilisant des intrants physiques appartenant à des tiers (6%), de rémunération pour usage de la propriété intellectuelle non classée ailleurs (5%), de services d'assurance et de fonds de pension (5%), de services d'entretien et de réparation non compris ailleurs (4%) ainsi que de services personnels, culturels et relatifs aux loisirs (2%).
[ix] Les données sur les stocks sont établies selon l’investisseur ultime, approche qui permet de filtrer les pays de transit que sont notamment le Luxembourg et les Pays-Bas. Les données sur les flux sont, en revanche, établies que selon le pays de contrepartie immédiat – privilégiant donc les grands centres de holdings que sont notamment le Luxembourg et les Pays-Bas. Les flux d’IDE (entrants et sortants) recouvrent l’ensemble des opérations d’investissement et de désinvestissement survenues au cours d’une année ; ils sont enregistrés dans le compte financier de la balance des paiements. La valeur des stocks est, en revanche, établie à partir des valeurs comptables portées aux bilans des entreprises.
[xi] Cf. étude EY "Ausländische Investitionen in Deutschland erneut rückläufig - niedrigster Stand seit 2009"
[xii] Fonds spécial extra-budgétaire de 500 Md€ sur 12 ans destiné au financement d’« investissements supplémentaires » en faveur des « infrastructures » ou de l’atteinte de « la neutralité climatique d’ici 2045 ». Le fonds a été créé dans le cadre d’une révision du cadre budgétaire constitutionnel adoptée en mars 2025, à la suite des élections fédérales du 23 février. La réforme comprend également un assouplissement sur les dépenses de défense (exemption du « frein à la dette » pour les dépenses excédant 1% du PIB), et sur les finances publiques locales (rehaussement du déficit structurel autorisé pour les Länder, porté de 0% à 0,35 % du PIB).