Indicateurs de conjoncture

L’économie tchèque est au beau fixe. Elle se caractérise par une reprise de la croissance durable, imputable à une demande intérieure robuste, des exportations en hausse et au redémarrage de l’investissement public grâce à la montée en régime de l’utilisation des fonds européennes 2014-2020. Les finances publiques sont saines et équilibrées : en 2016 l’excédent budgétaire atteint 0,6% du PIB tandis que la dette publique fléchit à 37,2% du PIB. Le retournement de la politique monétaire a été maitrisé et graduel suite à la sortie de l’ancrage unilatéral de la couronne à l’euro depuis avril 2017. L’appréciation de la couronne tchèque (CZK) semble avoir été absorbée, jusqu’à présent, par l’économie réelle, même si, conjuguée à l’augmentation des salaires (+7% par an en termes réels), elle rogne sensiblement les marges des entreprises implantées dans le pays.

Le secteur financier est robuste, bien qu’il ne soit pas totalement exempt de risques, posant ainsi la question d’un contrôle macro-prudentiel préventif plus exigeant par la CNB. Sur le long terme, l’enjeu pour cette économie, qui excelle dans l’assemblage industriel – l’industrie représente 38% du PIB -, demeure la montée en gamme industrielle, vers plus de technologies et de valeur ajoutée, et l'intégration européenne, en particulier l’adoption de l’euro pour un pays qui exporte 85% de sa production vers l’UE et 60% vers la zone euro : deux défis qui restent, en l'état actuel, sans véritable réponse.

La croissance du PIB tchèque est proche de la croissance potentielle depuis 2014, date du rebond de celle-ci suite à 6 trimestres consécutifs de récession. En 2015, le caractère exceptionnel du taux de croissance (5,4%) fût imputable à une forte mobilisation des fonds structurels au titre de la campagne 2007-2013 et aux effets d’une politique monétaire accommodante et d’une politique budgétaire pro-cyclique. En 2016, le taux de croissance tchèque se situe à 2,5%, un niveau bien supérieur à la moyenne de la zone euro. La robustesse de la demande intérieure, le dynamisme des exportations et la réduction de l’investissement public, en période de transition entre deux cycles de financement structurels européens, expliquent cette performance. Le taux de croissance était de 4,6% en 2017 et sera de 3,8% en 2018, selon les IFIs.

1. Des finances publiques saines et équilibrées

Sur le plan des finances publiques, la République tchèque a enregistré, en 2016, un excédent budgétaire ex-post historique correspondant à 0,6% du PIB, tandis que la dette publique a été ramenée à 37,2% du PIB, un étiage qui n’avait pas été atteint depuis 2011.

2. Une politique monétaire en voie de normalisation

Sur le plan monétaire, la sortie réussie du taux de change CZK/EUR et la première hausse des taux directeurs de la CNB, en août 2017, n’ont pas altéré outre mesure la compétitivité prix des entreprises tchèques, pourtant très exposées au risque de change car elles exportent plus de 60% de leur production vers la zone euro. Après de 4 ans après ses premières interventions, la Banque centrale tchèque (CNB) a, en effet, mis un terme, le 6 avril dernier, à sa politique d’arrimage de la couronne à l’euro, date à laquelle la cible d’inflation à moyen-terme, à 2%, a été atteinte. La parité de la monnaie tchèque semble, dans l’état actuel des choses, stabilisée autour 25,4 CZK pour 1 euro, ce qui constitue une appréciation de 5% que l’économie réelle a, semble-t-il, absorbé sans difficulté. Elle est ainsi la première banque centrale de l’Union européenne à abandonner graduellement sa politique accommodante. Quelles sont les perspectives ? Si l’appréciation de la couronne devrait être très faible dans les mois à venir, le consensus des économistes situe le taux d’équilibre naturel autour de 24,5 CZK/1EUR.

3. Des risques de surchauffe illustrés par la pénurie croissance de main d’œuvre

Cette embellie économique n’est, toutefois, pas exempte de risques à court et moyen termes liés à une surchauffe de l’économie, qui serait susceptible d’entamer, à terme, la profitabilité des entreprises et l’attractivité du pays. A cet égard, la pénurie de main d’œuvre qualifiée demeure la préoccupation principale des dirigeants d’entreprises. Elle atteint un niveau tel, en particulier sur certains segments industriels tels que l’automobile, qu’elle entraine le report ou l’annulation d’investissements prévus de longue date.

4. Les défis de la montée en gamme industrielle et de l’intégration à la zone euro

Si la nouvelle campagne de fonds européens 2014-2020 augure une relance des investissements tant publics que privés qui soutiendra la croissance à l’horizon 2020, la vision de long terme des pouvoirs publics semble encore insuffisamment aboutie quant à la montée en gamme du modèle de sous-traitance industrielle qui devrait évoluer, inéluctablement, vers plus de technologie et de valeur ajoutée pour créer une véritable moteur endogène de croissance et ainsi espérer desserrer la dépendance du pays aux fonds structurels.

L’opinion de la population tchèque vis-à-vis de l’adoption de l’euro, à l’instar de leurs voisins slovaques, est ouvertement négative : selon les plus récents sondages (2018), 3 électeurs sur 4 s’y opposeraient. Une opinion qui se reflète dans le paysage politique tchèque où quasiment aucun parti ne s’engage ouvertement en faveur de l’euro. Le premier ministre Andrej Babis élu en octobre 2017 s’est prononcé contre l’adoption de la monnaie unique lors des élections et ne change apparemment pas de cap, en dépit du fait que la République tchèque suit le Mécanisme européen des taux de changes qui implique in fine l’adoption de l’euro.

 

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