Echanges bilatéraux entre la France et la Chine

Echanges de biens

Malgré des ventes aéronautiques qui peinent à retrouver leur niveau pré-covid, les exportations françaises vers la Chine ont enregistré de bonnes performances en 2021, en particulier grâce au dynamisme de l’agroalimentaire, la maroquinerie, la chimie et la pharmacie. Les importations en provenance de Chine ont également progressé dans tous les secteurs, en lien avec la reprise de la consommation des ménages en France. Le déficit commercial français vis-à-vis de la Chine a atteint 39,6 Md€ à comparer à 38,9 Md€ en 2020 et 32,3 Md€ en 2019.

Les exportations françaises vers la Chine ont fortement augmenté en 2021 : +37,3 % à 24,1 Md€ selon les douanes françaises. Ce bond s’explique par :

(i) un effet de base important : nos exportations avaient chuté de 16,3 % en 2020 ;

(ii) une légère reprise des ventes aéronautiques, de loin le premier poste des exportations françaises en Chine (plus d’un tiers des exportations pré-covid) : en 2021, elles atteignent 4,5 Md€, à comparer à 2,7 Md€ en 2020, mais restent bien inférieures à leur niveau record de 2019 (7,4 Md€). L’an dernier, Airbus a livré 142 appareils à des clients chinois (contre 99 en 2020, +30 %), dont 130 appareils de la famille A320 (issus des usines de Tianjin, Hambourg et Toulouse) et douze A350. La Chine représente ainsi en 2021 près d’un quart des livraisons du groupe dans le monde (661 appareils).

(iii) des exportations de produits de luxe qui ont doublé par rapport à 2019. Les ventes de spiritueux ont bondi en 2021 (+75,0 % à 750 M€), tout comme celles de vin (+34,0 % à 558 M€) ; la France retrouve ainsi sa place de premier fournisseur de vin, en partie du fait des sanctions commerciales à l’encontre des producteurs australiens. Dans un contexte où les touristes chinois ne peuvent plus voyager en France, les exportations françaises des autres produits de luxe ont fortement augmenté : les ventes de maroquinerie ont ainsi atteint 2,3 Md€ (soit près de cinq fois le niveau de 2019). Ces meilleures performances à l’export ne compensent cependant pas les dépenses que réalisaient les touristes chinois sur le territoire français (3,4 Md€ au total en 2019).

A 1,5 %, la part de marché de la France en Chine est en légère baisse (1,6 % en 2019) ; elle reste loin derrière celle de l’Allemagne (4,5 %, en baisse également). Les entreprises françaises sont bien positionnées dans les secteurs du vin et des spiritueux (1er fournisseur), de l’aéronautique (2e derrière les États-Unis), des cosmétiques (2e derrière le Japon) et des produits pharmaceutiques (4e derrière l’Allemagne, les États-Unis et l’Irlande). Dans l’agroalimentaire, la France est le 8e fournisseur de la Chine tandis que les Etats-Unis ont augmenté leur part de marché (de 9 % en 2019 à 16,1 % en 2021) après avoir obtenu dans le phase-1 deal des engagements d’achats de la part de la Chine sans aucune contrepartie.

Les importations françaises de biens chinois ont largement progressé en 2021 : +12,8 % à 63,7 Md€. Cette hausse s’explique en premier lieu par des achats de produits informatiques et électroniques (+16,4 % à 18,1 Md€), dont les ordinateurs (+18,2 % à 6,7 Md€) et les téléphones (+7,4 % à 6,4 Md€). Les importations de matériel électrique ont également été élevées (+27,6 % à 5,0 Md€) ainsi que celles de bateaux (865 M€).

Les importations dans les autres principaux postes ont également enregistré une croissance élevée, en lien avec la reprise de la consommation des ménages en France : +38,8 % à 3,5 Md€ pour les articles de sport et les jouets ; +40,7 % à 2,2 Md€ pour les meubles ; +24,9 % à 3,1 Md€ pour les appareils ménagers. Dans tous ces secteurs, les achats en provenance de Chine sont bien plus élevés qu’avant la crise sanitaire. Les importations de l’industrie textile en revanche ont baissé (-27,0 % à 9,7Md€), du fait du quasi-arrêt des achats de masques (140 M€ contre 5 Md€ en 2020).

 

 

Echanges de services

Dans les services, la France est excédentaire vis-à-vis de la Chine : en 2020, son excédent a atteint 3,3 Md€, en baisse par rapport à 2019 (5,0 Md€), principalement du fait de la chute des dépenses des touristes chinois sur le territoire français depuis le début de la pandémie (0,9 Md€ en 2020 ; 3,5 Md€ en 2019).

 

Investissements croisés

I - Investissements français en Chine

La présence française en Chine est ancienne ; les entreprises françaises s’y sont très tôt impliquées dans des projets emblématiques. Plus de 2 100 entreprises françaises, essentiellement des grands groupes, étaient présentes en Chine en 2019, employant près de 445 000 personnes (chiffres OFATS/Eurostat). La France est le premier investisseur européen en terme de nombre d’entreprises, mais l’Allemagne occupe la première position en terme de chiffre d’affaires généré (193 Md€ pour l’Allemagne, 78 Md€ pour la France en 2019). La majorité des investissements français est concentrée autour des provinces côtières et des grandes métropoles. Cette présence est très diversifiée parmi les secteurs (agroalimentaire, industrie, transports, urbanisation, grande distribution, services financiers) et les modes d’implantation varient (capitaux 100 % français ou co-entreprise avec un partenaire chinois). D’après la Banque de France, le stock des investissements français en Chine  a stagné en 2020 (25 Md€ en 2018 ; 27 Md€ en 2019 ; 27 Md€ en 2020).

 

II - Investissements chinois en France

Les investissements chinois dans le monde ont connu récemment une progression fulgurante, de 18 Md$ de moyenne annuelle entre 2005 et 2007 à plus de 200 Md$ en 2016. Néanmoins, en 2017, en conséquence de mesures visant à contrôler les sorties de capitaux et à encadrer la politique d’investissement à l’international des groupes chinois, une réduction de moitié des flux sortants d’IDE a pu être observée : selon les statistiques du ministère du Commerce, les investissements sortants de la Chine sont passés de 196 Md$ en 2016, à 143 Md$ en 2018, 137 Md$ en 2019, puis 133 Md$ en 2020. Si le stock d’investissements chinois à l’étranger progresse (les Nations unies font état d’un stock de 2 099 Md$ en 2019, hors Hong Kong qui détient pour sa part un stock d’IDE de 1 794 Md$) et se situe désormais devant le stock français (1 532  Md$) ou allemand (1 719 Md$) ; il reste encore loin derrière le stock américain (7 722 Md$).

En France, le stock des IDE chinois représentait, d’après la Banque de France, seulement 3,4 Md€ en 2020, soit 0,4 % des stocks totaux d’IDE (8,7 Md€ et 1,1 % du total en incluant Hong-Kong), mais ce chiffre pourrait être très en-deçà de la réalité en raison de la part des investissements passant par des canaux opaques (paradis fiscaux ou sociétés écrans dans des pays tiers – le stock s’élève déjà à 8,1 Md€ d’investissements chinois en 2019 en prenant en compte les  « investisseurs ultimes »*). Le rapport 2021 de Business France sur les IDE en France recense, pour 2021, 53 projets d’investissements chinois en France, contribuant à la création ou au maintien de 2 169 emplois (+ 28 % par rapport à 2020).

L’attrait d’un grand marché très bien connecté au reste de l’Europe reste une motivation essentielle pour de nombreuses entreprises chinoises, de même que le souhait d’acquérir des technologies avancées et des marques. Elles sont ainsi nombreuses à choisir la France pour y implanter des centres de R&D et tirer parti d’une main d’œuvre qualifiée et de la présence de clusters technologiques. Des entreprises en difficulté ont aussi été reprises par des groupes chinois. Enfin, l’implantation à Paris de quatre banques chinoises est aussi motivée par la proximité du continent africain.


* Mesure prenant compte de l’investisseur en bout de chaîne.

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