CAMEROUN
Commerce extérieur
Commerce extérieur du Cameroun en 2024
Selon les données des douanes camerounaises, en 2024, les exportations camerounaises ont renoué avec la croissance, atteignant 3 252 Mds FCFA (4,95 Mds EUR), en hausse de 8,8 % par rapport à 2023, reflétant les évolutions conjoncturelles des marchés mondiaux des matières premières notamment celui du cacao, tandis que le recul des ventes d’hydrocarbures a limité l’ampleur de cette embellie. Les exportations sont restées concentrées vers un nombre restreint de partenaires. Du côté des importations, la facture s’est stabilisée (+0,1 %), grâce à la baisse en valeur des achats d’hydrocarbures. Ces évolutions ont permis une réduction du déficit commercial à 1 761 Mds FCFA (2,7 Mds EUR).
Le dynamisme des filières agricoles et agro-industrielles, moteur de la progression des exportations camerounaises en 2024...
En 2024, les exportations de biens ont progressé de 8,8 % à 3 252 Mds FCFA (soit 4,95 Mds EUR), grâce à l’essor des ventes hors hydrocarbures (+33,1 % à 1 827,8 Mds FCFA, soit 2,78 Mds EUR)) majoritairement portées par l’embellie observée dans la filière cacao. Les recettes d’exportations de cacao brut en fèves — 2ème poste d’exportation (21 % des ventes) — ont atteint 683 Mds FCFA (+90 % sur un an), grâce à la vigueur des cours mondiaux, malgré un léger recul de 1 % des volumes lié à la priorité donnée à la transformation locale[1]. La pâte de cacao a également apporté une contribution notable, avec des exportations chiffrées à 210 Mds FCFA (+115,5 % sur un an), soutenues par une progression de 24,5 % des volumes. Le beurre de cacao a suivi cette même trajectoire positive, atteignant 99 Mds FCFA (+78,6 %), grâce à une augmentation de 4,2 % des volumes exportés. Ces performances s’inscrivent dans un contexte de raréfaction de l’offre à l’échelle mondiale[2] provoquant une flambée des prix. Ainsi, les exportations en valeurs de cacao et produits dérivés ont presque triplé en 5 ans, passant de 340 Mds FCFA en 2019 à 1 000 Mds FCFA en 2024, tandis que la production nationale est restée quasi stable avec une estimation de 250 000 à 300 000 tonnes selon les sources.
Outre le cacao, d’autres filières agricoles ont également contribué à la consolidation des performances à l’exportation, au premier rang desquelles le coton, la banane, le café et le caoutchouc brut. Le coton brut s’est affirmé comme l’un des piliers des exportations en 2024, avec des recettes atteignant 177 Mds FCFA, en progression de 19,8 %. Une performance qui témoigne des effets positifs du plan de redressement de la SODECOTON, qui a permis une hausse de 19,1 % des volumes exportés. La filière banane a également enregistré une reprise notable, les exportations se sont établies à 37 Mds FCFA (+16,8 %), grâce à une augmentation de 16,3 % des volumes, soutenue par la relance des activités de la Cameroon Development Corporation (CDC), après les perturbations liées à la crise sécuritaire dans le Sud-Ouest. Le café a, pour sa part, généré 27 Mds FCFA de recettes (+38,7 %), profitant de l’amélioration des cours mondiaux, même si les volumes exportés ont reculé de 16,4 %. Enfin, le caoutchouc brut a affiché une forte progression, avec des exportations évaluées à 46 Mds FCFA (+50,8 %), tirées par la régénération des plantations d’HEVECAM et la reprise de la production de la CDC.
… Mais, les ventes d’hydrocarbures ont quelque peu freiné l’élan global des exportations
Les performances des filières agricoles et agro-industrielles ont toutefois été partiellement amoindries par le repli du secteur des hydrocarbures dont les ventes ont reculé de 11,8 % à 1 424 Mds FCFA (soit 2,2 Mds EUR) en 2024. Plus précisément, les ventes d’huiles brutes de pétrole, qui restent le premier poste d’exportation avec 31 % des exportations, ont chuté de 11 % pour s’établir à 1 002 Mds FCFA (soit 1,5 Md EUR) sous l’effet de la baisse des prix sur le marché international — le baril de Brent s’étant établi en moyenne à 80,4 USD (-2 % en g.a). Ce recul traduit aussi une contraction des volumes exportés (-1,8 %), due au déclin progressif de la production nationale, passée de 26 M barils en 2019 à 21,3 M en 2024, conséquence de la maturation des champs pétroliers. Le gaz naturel liquéfié (GNL), 3ème produit d’exportation avec une part de 12 %, a également enregistré une baisse de 9,6 %, pour un montant de 380 Mds FCFA, et ce malgré une très légère hausse de 0,2 % des volumes exportés.
Les pays européens restent les principales destinations des exportations camerounaises
En dépit d’une diversification apparente de ses débouchés avec plus de 130 pays partenaires, les exportations camerounaises demeurent fortement concentrées — plus de ¾ des ventes du pays sont orientées vers 10 pays. Selon les autorités, les Pays-Bas restent la principale destination captant 19 % des ventes. Toutefois, cette prééminence résulte en partie du phénomène de réexportation, lié à « l’effet Rotterdam[3] », qui conduit à une surévaluation du commerce bilatéral effectif entre les deux pays. La Chine est le 2ème client, absorbant 16 % des exportations camerounaises, suivie de de l’Inde (10 %). La France, pour sa part, recule au 5ème rang des clients avec 5,7 % contre 12,3 % un an auparavant, derrière l’Italie (6,3 %). Ce recul de la France s’explique par la contraction des importations de pétrole brut et l’absence quasi-totale d’importations de GNL en provenance du Cameroun.
Les importations restées quasi-stables ont permis de contenir le déficit structurel commercial
Les importations sont demeurées globalement stables (+0,1 % à près de 5 000 Mds FCFA, soit 7,6 Mds EUR), dissimulant toutefois des évolutions contrastées selon les catégories de produits. Les importations hors hydrocarbures ont progressé de 3,7 %, portées notamment par la forte augmentation des achats de machines et appareils mécaniques (+13,3 %, à 428,2 Mds FCFA). Les matières plastiques ont également suivi une tendance haussière (+7,6 %, à 167,5 Mds FCFA), tout comme les produits pharmaceutiques, dont les importations ont légèrement augmenté de 2 % pour atteindre 170 Mds FCFA. Par ailleurs, certaines denrées alimentaires ont fortement contribué à cette progression, en particulier les céréales (+40,2 %, à 543 Mds FCFA) et les sucres raffinés (+51,6 %, à 125 Mds FCFA).
En revanche, les importations d’hydrocarbures ont reculé de 12 % pour s’établir à 1 062 Mds FCFA (soit 1,6 Md EUR), reflétant la baisse des achats de carburants et lubrifiants, premier poste d’importation, en diminution de 13,7 %. Cette évolution s’explique à la fois par le recul des prix sur le marché international, qui a allégé la facture énergétique, et par les deux hausses successives des prix à la pompe en 2023 et 2024, lesquelles ont freiné la demande en carburants et entraîné une baisse de près de 20 % des importations de véhicules et produits dérivés. Au classement des fournisseurs, la Chine demeure le principal fournisseur du Cameroun en 2024 avec 22,2 % de parts de marché, devant l’Inde (7,6 %), la Belgique (6,1 %) et la France (5,9 %).
Le déficit de la balance commerciale s’est réduit de 12 % en 2024 à 1 761 Mds FCFA (2,7 Mds EUR), du fait d’une progression plus soutenue des exportations — portées par la vigueur des ventes de cacao et ses dérivés — et une quasi-stagnation des importations. Toutefois, cette amélioration résulte plus de facteurs cycliques liés à l’évolution des prix des matières premières et masque un déficit structurel persistant, particulièrement hors hydrocarbures, à hauteur de 2 109 Mds FCFA (soit 3,2 Mds EUR). Cependant, le Cameroun reste exportateur net d’hydrocarbures, mais devient importateur net lorsqu’on considère uniquement le pétrole brut (hors GNL) — les importations en carburants et lubrifiants ayant plus que doublé sur 5 ans sous l’effet de l’arrêt du raffinage à la SONARA causé par l’incendie intervenu en mai 2019. En incorporant le commerce des services, la contribution du commerce extérieur à la croissance du PIB en 2024 est positive de +1,5 point, une première depuis 5 ans, les exportations contribuant positivement à hauteur de +0,3 point et les importations de +1,2 point.
En 2024, la Chine a conforté son statut de premier fournisseur du Cameroun, portant sa part de marché à 22,2 % contre 19 % en 2023, gagnant ainsi du terrain sur ses concurrents. Elle est suivie de l’Inde, dont la part a nettement reculé à 7,1 % (contre 11,6 % un an plus tôt), et de la Belgique, qui a réalisé une progression notable, passant de 4,4 % à 6,1 %, porté par les ventes de véhicules de tourisme. Les exportations chinoises vers le Cameroun couvrent principalement les appareils électriques, les véhicules de transport de marchandises, les insecticides, les produits céramiques, les produits chimiques, les matières plastiques et divers équipements de transport.
[1] La transformation locale des matière premières prônée par la politique d’import-substitution
[2] . Le repli des productions de la Côte d’Ivoire et du Ghana sur la dernière campagne s’explique par la baisse des rendements qui a suivi le vieillissement des plantations, des conditions météorologiques défavorables, ainsi que des maladies qui attaquent les plants de cacao.
[3] L'effet Rotterdam décrit une distorsion statistique dans les données du commerce extérieur, où des marchandises transitant par le port de Rotterdam sont comptabilisées comme importées ou exportées par les Pays-Bas, alors qu'elles ne sont que des biens de passage vers leur destination finale.