Indicateurs et conjonctures

 

Selon l’ONU, le Bangladesh remplit, cette année et pour la première fois, les trois conditions pour accéder au rang de pays développé. Son Revenu National Brut (RNB) par tête d’habitant (1272 US$) et son indice des actifs humains (72,8) sont supérieurs au niveau plancher, respectivement de 1230 US$ et de 66.  Son indice de vulnérabilité économique (25) est par ailleurs largement inférieur au critère requis (32 ou inférieur).

Pour mémoire et selon les critères de la Banque Mondiale, le Bangladesh a accédé au rang de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2015. Il n’atteindra probablement pas la tranche supérieure de la catégorie (RNB/habitant de 3956 US$) avant 2041.

La filière textile bangladaise, notamment, qui compte pour près de 90% du total des exportations, dont plus de 60% vers l'Europe, souffrira vivement en sortant des systèmes de préférence généralisée, que ce soient en termes de droits de douane ou de quotas, dont elle bénéficie actuellement. La gestion de la période de transition sera déterminante pour l’avenir de la filière.

En se situant dans le top 100 (99ème) du dernier rapport du World Economic Forum sur la compétitivité globale et en surpassant, pour la première fois, le PIB/h du Pakistan (1470 US$), le Bangladesh (1 583 US$) semble sur la bonne voie pour y parvenir. Si l’on en croit les prévisions des institutions internationales, la croissance en 2018 devrait être du même ordre que celle des années précédentes (entre 6,4 et 7,4%) 

Pour aussi satisfaisants que soient la très grande majorité d’entre eux, les fondamentaux ne doivent pas masquer la fragilité de deux des principaux piliers de l’économie bangladaise, à savoir la consommation intérieure et les exportations de prêt à porter (PAP):

  • La dynamique de la consommation intérieure est portée par un pourcentage limité de la population. La très grande majorité d’entre elle est non seulement affectée par la vive contraction (-14,5% en g.a.) des rapatriements de devises en provenance des émigrés, mais aussi par la hausse très significative du prix du riz que le Bangladesh s’est résolu à importer suite aux graves inondations qui ont touché le pays. Cette situation contribue à creuser davantage encore les inégalités ainsi que le déficit chronique de la balance commerciale ;  

  • Après de nombreuses années de croissance à deux chiffres, la stagnation des exportations de PAP (juillet 2016 - juin 2017) est quant à elle d’autant plus inattendue pour la profession que la dépréciation (6%) du Taka vis-à-vis de l’Euro a renforcé la compétitivité du « Made in Bangladesh ». Pour mémoire, l’UE absorbe plus de 50% des exportations bangladaises de PAP.

En termes de fondamentaux, la tendance entrevue en 2016-2017 se confirme : le déficit du compte courant se creuse lors des neuf premiers mois de l’année 2017-2018  (- 7,0 Mds US$) et la variation nette des réserves de change (hors-dépréciations) devient négative (-1,4 Mds US$). Cette dernière était largement excédentaire en juillet-mars 2017, à 2,6 Mds USD, tandis que le compte courant était déjà en déficit, -1,4Mds USD. Equivalentes à 7 mois d’importation, les réserves de change diminuent mais restent acceptables.                                                                                                                                           

Enfin, l’impact économique et social de la crise des Rohingyas ne peut être chiffré avec précision à ce stade. Il sera probablement significatif.

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