Le secteur spatial égyptien s’est progressivement développé grâce à des partenariats internationaux qui ont renforcé les compétences locales jusqu’à la création de l’Agence spatiale égyptienne en 2018. Nilesat, fondé avec un appui français, est devenue un acteur majeur des satellites de communication. L’Égypte ambitionne désormais de consolider son industrie spatiale et de s’imposer comme hub régional, objectif confirmé par l’installation au Caire du siège de l’Agence spatiale africaine.

I. La construction d’une capacité spatiale nationale soutenue par des entités établies

L’Égypte dispose aujourd’hui d’une flotte d’une dizaine de satellites en orbite, la plus importante du continent africain.

À la fin des années 1990, elle devient le premier pays arabe à envoyer un satellite de télécommunications dédié à la diffusion télévisée. La décennie suivante connaît un ralentissement de l’activité spatiale, limité au lancement d’un second satellite d’observation et d’un satellite de télécommunication pour la société Nilesat. La création de l’Agence spatiale égyptienne (EgSA) en 2018, en remplacement de la National Authority for Remote Sensing and Space Sciences (NARSS), a marqué un nouvel élan pour le secteur, illustré par le lancement de plusieurs satellites d’observation à partir de 2019.

Architecture institutionnelle et dynamique industrielle du secteur spatial égyptien

La gouvernance du secteur spatial civil en Égypte est placée sous la supervision du Premier ministre. En pratique, elle s’appuie également sur deux ministères techniques : (i) le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui pilote la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la science, la technologie et l’innovation à l’horizon 2030 et (ii) le ministère des Communications et des Technologies de l’information, qui se concentre sur l’intégration des technologies spatiales dans l’infrastructure numérique nationale et collabore étroitement avec l’EgSA pour valoriser les données satellitaires. L’EgSA, établie par décret présidentiel, pilote aujourd’hui les programmes spatiaux civils du pays : elle opère six satellites d'observation et assure la collecte et le traitement des données via ses installations au sol. Ces informations sont ensuite mises à disposition des ministères et agences gouvernementales, tandis qu'une partie est commercialisée auprès d'acteurs privés. Les données sont dédiées à des usages multiples, dont l’optimisation des pratiques agricoles, la gestion des ressources naturelles et la prévention des risques de catastrophes naturelles. L’entité a également une vocation à accompagner le développement des capacités industrielles locales pour la production de satellites et le renforcement de l’autonomie technologique de l’Égypte. Elle dispose d’un vaste complexe inauguré en janvier 2023, Space City, qui regroupe son siège, un centre d’assemblage, d’intégration et de tests (AITC), une station au sol, sept laboratoires techniques et un centre de formation dédié. En parallèle, l’entreprise parapublique Nilesat exploite deux satellites de télécommunications de fabrication française (TAS). Ses revenus proviennent de la location de transpondeurs pour la diffusion de télévision (700 chaînes) sur le marché intérieur et régional (Maghreb et Proche Orient). Son modèle économique lui a permis d’atteindre la rentabilité et d’autofinancer l’ensemble de ses investissements.

Sur le volet militaire, la Compagnie Nationale pour les Services de Télécommunications (NCTS), opère le satellite Tiba-1 qui vise à assurer des communications sécurisées pour l’État mais également à étendre l’accès au haut débit dans les zones reculées.

II. Un ensemble de partenariats internationaux ont permis la montée en puissance du secteur en Égypte

Partenariats internationaux et montée en puissance du spatial égyptien

La consolidation du secteur spatial civil égyptien s’est appuyée sur une série de coopérations internationales, initiées dès sa création dans les années 1990, avec un partenariat structurant établi avec l’agence spatiale ukrainienne (SUA), qui a permis, entre autres, la formation d’une quarantaine d’ingénieurs égyptiens. Depuis sa création en 2018, l’EgSA s’est avant tout appuyée sur des programmes avec la Chine pour renforcer ses capacités de production de satellites. Le Centre d'Assemblage, d’Intégration et de Tests (AITC) considéré comme le plus grand d’Afrique et du Moyen-Orient, illustre cette stratégie. Financé par une subvention de l’État chinois, cet équipement a été déployé dans le cadre du programme MisrSat-2 : les composants du satellite ont été assemblés et testés sur place, sous la supervision d’ingénieurs locaux et chinois.

La France est également un partenaire de premier plan pour l’Égypte dans les domaines civil comme militaire. Ce lien ancien s’est matérialisé par le partenariat historique avec la société Nilesat dont la création s'est appuyée sur un don de 26 fréquences par Eutelsat. Les groupes français Airbus et notamment Thalès Alenia Space (TAS) ont depuis conçu l’ensemble des satellites de la société et contribué à renforcer durablement les compétences locales. Airbus a également mené le développement du satellite d’observation militaire Tiba 1, dont le lancement a été opéré par Ariane Space. A noter également un partenariat entre l’EgSA et le CNES, notamment sur les volets formation et coopération universitaire.

Nouvelles ambitions pour la filière spatiale égyptienne

Aujourd’hui, l’Égypte vise à mobiliser de nouveaux acteurs afin d’accélérer le développement de sa filière spatiale locale, en particulier sur le plan industriel. L’EgSa cherche aujourd’hui à développer un nouveau programme pour la mise en orbite d’une constellation de satellites d’observation qui représente une opportunité pour les entreprises françaises. On observe en ce sens une dynamique plus large d’intégration de l’Égypte et du continent africain aux écosystèmes spatiaux européens, à travers des programmes conjoints tels que GMES (Global Monitoring for Environment and Security and Africa) et EGNOS (renforcement de la sécurité et de l’efficacité de la navigation aérienne en Afrique), qui ont permis de faciliter le transfert de technologies et de compétences dans des domaines à forte valeur ajoutée (télédétection, climatologie, applications satellitaires). Enfin, le partenariat égypto-américain dans le domaine spatial pourrait être amené à se renforcer, alors que 4 satellites égyptiens ont déjà été lancés par SpaceX et qu’un protocole d’accord signé en mai 2025 entre l’EgSA et l’entreprise Axiom Space, spécialiste des infrastructures spatiales, ouvre la voie à une coopération élargie en matière de formation, de recherche et de développement technologique. Le déploiement éventuel du réseau Starlink en Egypte serait conditionné à des approbations gouvernementales.

III. L’Égypte, pilier émergent du secteur spatial à l’échelle régionale

L’Égypte cherche à progressivement renforcer son influence régionale dans le secteur spatial, s’appuyant sur son avance technologique pour jouer un rôle dans la gouvernance institutionnelle. Lors de la présidence de l’Union africaine en 2018, le pays a ainsi été choisi pour accueillir le siège de l’Agence spatiale africaine (AfSA), inauguré au Caire le 20 avril et adjacent au siège de l’EgSA. L’AfSA, organisation régionale créée par l'Union africaine (UA) et administrée par le Conseil spatial africain au sein de l’UA, envisage de promouvoir la coopération entre les politiques spatiales des États membres et de porter des projets multinationaux, aujourd’hui hors de portée des seules agences nationales. L’Agence bénéficie aujourd’hui du soutien de la France et de l’Union européenne. 

Enfin, l’Égypte a consolidé son rôle régional en prenant la présidence du Groupe de coopération spatiale arabe (ASCG) en 2023, qui réunit quatorze États de la région MENA. Bien que ce forum se limite pour l’instant à des échanges de recommandations non contraignantes, l’Égypte espère pouvoir l’utiliser comme nouvelle plateforme pour valoriser ses infrastructures, notamment à travers la mise à disposition de Space City pour accueillir les activités des agences membres.