Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

brèves économiquesSukuk : durables mais pas soutenables ?

Dans le contexte régional d’économies en transformation générant des besoins de financement très élevés, le verdissement des marchés de capitaux du CCEAG empruntera notamment les chemins de la finance islamique.

Le marché des sukuk durables, qui en est une composante essentielle, a déjà connu une expansion substantielle ces dernières années : le volume total des émissions de sukuk durables a poursuivi sa progression en 2023, atteignant 10,81 Md USD, par rapport aux 9,32 Md USD émis en 2022 et l’année dernière, les Emirats arabes unis (EAU) et l’Arabie Saoudite ont représenté respectivement 40 % et 21 % du total des émissions de sukuk durables mondiales. Les émetteurs des EAU en particulier ont, sans surprise, cherché à renforcer leurs engagements environnementaux dans le sillage de la COP28. A titre de comparaison, le CEAG a été la région du monde qui a connu la plus forte croissance en matière d'émissions d'obligations vertes conventionnelles, avec une augmentation de 150 % par rapport à 2022.

Pour soutenir le développement de ce segment conforme à la charia du marché de capitaux et la diversification des sources de financement, la Securities and Commodities Authority (SCA), régulateur des EAU, avait exempté les émetteurs de sukuk durables de droits d’enregistrement sur le marché local en 2023. Durant la COP28, la Banque islamique de développement (IsDB) avait de son côté annoncé une collaboration industrielle avec l'International Capital Market Association (ICMA) et le London Stock Exchange Group (LSEG) afin de soutenir la croissance de la finance verte et durable au sein du marché mondial des sukuks.

Pour nombre d’acteurs du marché, il y a en effet des synergies intrinsèques entre les principes sous-jacents de la finance islamique et ceux de la finance durable, ce qui en ferait un outil prospère en matière de transition climatique et de développement durable.

Profitant du dynamisme de ce marché en 2024, Dubai Islamic Bank (DIB) a émis avec succès le 28 février dernier un troisième sukuk durable. Il s'agit d'une émission senior de 1 Md USD à 5 ans qui représente un spread de 95 points de base (pbs) par rapport aux bons du Trésor américain à 5 ans. Elle a attiré 2,5 fois plus de souscripteurs par rapport à sa précédente émission. De même, Al Rajhi Bank, sise à Riyad, a levé 1 Md USD grâce à la vente de sukuk durables. Le spread concernant les sukuk libellés en dollars américains a été ramené à 90 pbs par rapport aux bons du Trésor américain, contre 120 pbs pour la précédente émission, après que les commandes ont dépassé 2,8 Md USD. 

Si cette tendance semble bien engagée et structurelle, l'absence de standardisation pourrait freiner le développement de ce marché à moyen terme. De plus, fin 2023, l’Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), a publié son avant-projet relatif à la norme 62 sur les sukuk et repoussé au 31 mars 2024 la date limite pour recueillir les commentaires du secteur. Cette norme exige notamment que la propriété et les risques liés aux actifs sous-jacents soient transférés aux détenteurs de sukuk. Cela pourrait fragiliser les obligations contractuelles des sponsors si les remboursements venaient à dépendre des performances des actifs sous-jacents, de leur valeur de marché ou de la décision des détenteurs de sukuk de vendre ces actifs à des tiers. En conséquence, certains investisseurs traditionnels en fixed income pourraient se détourner du marché des sukuk, ce qui enrayerait durablement la dynamique du marché et leur pricing.

Au-delà des freins réglementaires au développement d’une finance que l’on pourrait qualifier de « verdislamique », la microstructure des marchés et des facteurs exogènes de nature géopolitique peuvent expliquer une forme de décorrélation entre les sukuks et les obligations. A titre d’exemple, en octobre 2023, la corrélation des prix a été affectée par l'aggravation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Des tendances similaires ont également été observées lorsque la pandémie de 2020 a réduit les liquidités des banques islamiques pendant quelques mois et à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Par ailleurs, ces périodes de faible corrélation peuvent être en partie dues à la liquidité limitée des sukuk sur un marché secondaire peu profond, qui s'explique par la propension de la plupart des investisseurs islamiques, en particulier les acteurs bancaires, à acheter et à conserver leurs titres. Le prix des sukuk pourrait intégrer les évolutions du marché plus lentement que celui des obligations, qui sont généralement négociées plus activement.

Le marché des sukuks devrait ainsi se développer dans les années à venir, dessinant de nouvelles géographies du financement entre les Suds, mais il est peu probable qu’il supplante le marché des obligations dans la région. La finance verte, islamique ou pas, sera tirée par la diversification des mix énergétiques dans le CCEAG, et la variété des instruments de financement utilisés contribuera à diversifier la typologie d’investisseurs et rendre le marché financier plus profond et mature.  

 Les émissions mondiales de sukuk durables en hausse

émissions de sukuk durables en hausse

Source : S&P Global

Pétrole et gaz

Brent : 08/03/2024 à 12h00 GST : 83,5 USD

Le pétrole a évolué dans une fourchette étroite, avec une volatilité encore plus faible cette semaine, confinant les prix dans leur intervalle le plus étroit depuis septembre 2021.

Le baril de Brent s’échange ainsi actuellement, vendredi 8 mars à midi GST, à un peu plus de 83 USD. Le prix du baril récupère des pertes de la session précédente alors que les tensions accrues au Moyen-Orient continuent de soulever des inquiétudes sur l'offre, avec une attaque des Houthis sur un navire commercial en mer Rouge cette semaine. D'autre part, les spéculations sur la possibilité d'un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas pendant le mois sacré du Ramadan, pourraient exercer une pression supplémentaire.

Certains membres de l’Opep+ ont prolongé dimanche 3 mars, leurs réductions volontaires de production pétrolière de 2,2 M de barils par jour (b/j) jusqu’au deuxième trimestre.

Brèves économiques 

Arabie Saoudite

Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité, de la Francophonie et des Français de l’étranger, s’est rendu dans le pays du 3 au 5 mars dans le cadre du renforcement des relations économiques entre la France et l’Arabie saoudite. Accompagné d’une délégation de plus de 120 entreprises, il a rencontré Khaled Al Faleh, ministre saoudien de l’Investissement, afin de mettre en avant l’offre française et développer de nouvelles synergies pour soutenir les ambitions des deux pays. Au cours de sa visite, il s’est également entretenu avec Bandar Al Khorayef, ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, le Prince Abdulaziz bin Salman, ministre saoudien de l’Energie ainsi que Majid al-Qasabi, ministre du commerce. Le ministre français a fait la promotion du savoir-faire français à l’occasion du salon LEAP dédié aux nouvelles technologies et s’est par ailleurs exprimé au cours d’un panel sur le label La French Tech.

Près de 12 Md USD d’accords d’investissements ont été signés lors du salon LEAP selon le Ministère des communications et des technologies de l’information (MCIT). Amazon Web Services investira notamment 5,3 Md USD dans le pays, Data Vault investira 5 Md USD pour construire des centres de données et IBM, 250 M USD pour lancer un centre de développement de logiciels. Dell a également signifié son intention d’ouvrir un centre de fabrication, de distribution et de traitement des commandes dans le royaume et Microsoft a annoncé la création d’un nouveau centre destiné à la formation des saoudiens.

Le gouvernement saoudien a complété le transfert de 8% d’Aramco au PIF. Le prince héritier a indiqué que ce transfert d’actions s’inscrivait dans la continuité des initiatives à long terme du royaume visant à stimuler et diversifier l’économie nationale. Ce transfert renforcera également la position financière déjà solide du PIF. L’État saoudien détient ainsi 82% du géant pétrolier.

Les échanges commerciaux entre l’Arabie saoudite et les pays du CCEAG ont augmenté de 13% en glissement annuel au T4 2023. Cela représente une augmentation de 1,2 Md USD pour atteindre 9,1 Md USD sur le T4 2023. La balance commerciale de l’Arabie saoudite avec les pays du CCEAG était excédentaire de 6 Md USD au T4 2023.       

Bahreïn

Bahreïn a annoncé un investissement total de 2,4 Md USD, provenant de neuf projets majeurs, à la suite de l'introduction de la "Golden Licence" en avril dernier. Ces investissements sont appelés à générer 3 000 créations d'emplois dans tout le pays. L'initiative entend préserver la capacité de Bahreïn à attirer des investissements directs à l'étranger (IDE), indique un communiqué du Conseil de développement économique de Bahreïn (Bahrain EDB).  Le volume d'IDE de Bahreïn par rapport au PIB est d’un peu plus de 81%.

Emirats arabes unis

L'activité des entreprises non pétrolières aux Émirats arabes unis s'est accélérée en février après un ralentissement le mois précédent, aidée par une augmentation de la production et de la confiance des entreprises. L'indice des directeurs d'achat (PMI) S&P Global UAE, corrigé des variations saisonnières, est passé de 56,6 en janvier à 57,1 en février. Le sous-indice de production a bondi à 64,6 contre 62,0 en janvier, le chiffre le plus élevé depuis juin 2019, soutenu par de nouveaux prospects et une croissance des activités de marketing.

La compagnie aérienne d'Abu Dhabi, Etihad Airways, a renoué avec les bénéfices et améliore sa transparence, sa gouvernance et son bilan afin d'être prête pour une première offre publique de vente si son fonds souverain décide de la coter en bourse. Etihad publiera ainsi pour la première fois à la mi-avril un rapport annuel pour 2023, qui contiendra notamment des informations sur les aides publiques liées à la pandémie.

Etihad, qui a approuvé il y a un an un plan de croissance sur sept ans pour inverser sa série de pertes, a annoncé un bénéfice net de 143 M USD pour 2023 et un bénéfice net de 24,7 M USD pour 2022, qui n'avait pas été publié auparavant.

Le ministère de la défense des Émirats arabes unis et Abu Dhabi Future Energy Company PJSC - Masdar, ont signé un accord de partenariat pour développer des centrales solaires à Abu Dhabi.  Emerge, une joint-venture entre Masdar et EDF, mettra en place le financement, la conception, l'approvisionnement, la construction, l'exploitation et la maintenance du projet pour une durée de 25 ans.

Koweït

Un déficit de 5,9 Mds KWD est projeté pour le budget de la prochaine année fiscale. La version préliminaire du budget gouvernemental pour l’année fiscale commençant le 1er avril 2024 a fait l’objet d’une analyse de la National Bank of Kuwait (NBK). Elle prévoit un déficit de 5,9 Md KWD (19.2 Md USD), moins important que les plus de 6 Md KWD (19.5 Md USD) prévus pour l’année en cours 2023-2024. Le Koweït devrait réduire de près de 7,7% les dépenses consacrées aux projets au cours de l'exercice fiscal 2024-2025, dans le cadre d'une réduction globale des dépenses publiques.

Oman

Le Sultanat d’Oman a officiellement lancé la première banque d’investissement souveraine « Oman investment Bank ».  La nouvelle banque soutiendra des projets en liens avec les objectifs stratégiques du gouvernement omanais à travers des secteurs d’activités principaux notamment l’énergie, l’agriculture ou encore la technologie. La banque centrale omanaise avait approuvé l’établissement de la nouvelle banque d’Investissement en juin 2023. -          

Qatar

Saad Al Kaabi, ministre de l'énergie et PDG de QatarEnergy a annoncé ce 25 février la mise en œuvre d'un nouveau projet d'expansion de la production de gaz naturel liquéfié (GNL), "North Field West" (NFW), qui représente une capacité de production supplémentaire de 16 M de tonnes par an (mtpa) d’ici la fin de la décennie.

  • Avec ce nouveau projet NFW, le Qatar confirme son futur rang de 1er exportateur mondial de GNL d’ici 2030. Le développement à venir de NFW (+16 mt/an d’ici 2030) s’ajoute aux développements en cours de North Field East (NFE) (+32 Mt/an à partir de 2026) et North Field South (NFS) (+16 Mt/an à partir de 2027) et portera la capacité totale de liquéfaction du Qatar à 142 Mt/an en 2030 contre 77Mt/an actuellement, soit un quasi-doublement (+85%) en seulement 5 ans.
  • Ce nouveau projet se justifie d’une part par la découverte confirmée de réserves de gaz à l’ouest du champ North Field, le plus grand champ de gaz naturel au monde, que le Qatar partage avec l’Iran. Ces nouvelles réserves s’estiment à environ 6 800 Md de m3, faisant ainsi passer les réserves de gaz du Qatar à près de 57 000 Md de m3.
  • Par cette décision, le Qatar espère stimuler l’offre future et asseoir le rôle du GNL comme substitut privilégié au charbon. La demande proviendra essentiellement de ses partenaires asiatiques avec lesquels l’émirat entend bien sécuriser davantage de contrats long terme, sans pour autant délaisser l’Europe.

Le Qatar enregistre un excédent budgétaire de 385 M USD au quatrième trimestre de 2023, portant l’excédent budgétaire annuel à 11,8 Md USD (-52% en glissement annuel). Les revenus totaux de l’Etat sur 2023 s’élèvent à 70 Md USD ( -14,4% en g.a.) et les dépenses à 58 Md USD (+1,7% en g.a.). Le budget effectif de 2023 témoigne d’une normalisation des revenus issus des hydrocarbures (83% des revenus totaux), qui s’établissent à 58 Md USD, soit une baisse de près de 17% par rapport au record de 2022 de 70 Md USD.

TotalEnergies et QatarEnergy acquièrent une participation dans un nouveau bloc d’exploration dans le Bassin d’Orange au large de l’Afrique du Sud. L’accord signé conjointement par TotalEnergies et QatarEnergy porte sur l’acquisition de participations dans le bloc 3B/4B du Bassin d’Orange auprès d’Africa Oil Corporation, Ricocure et Eco Atlantic Oil & Gas.

Le Qatar enregistre un excédent commercial de 4,67 Md USD en janvier 2024 (-28,1% en glissement annuel), d’après l’autorité de statistiques (PSA), dans un contexte de baisse des exportations d’hydrocarbures.