Un secteur de l’éducation encore fragile en AEOI

La gratuité de l’école primaire a permis d’améliorer le taux de scolarisation dans les pays d’Afrique de l’Est et de l’Océan Indien. Toutefois, le passage du primaire au secondaire reste faible, en raison d’un manque d’infrastructures, de barrières sociales et du coût d’opportunité que représente la scolarisation, avec de fortes disparités de genre et géographiques. Une éducation de qualité est déterminante pour permettre aux pays d’accroître leur potentiel de croissance et bénéficier des opportunités qu’offrent certains secteurs clés (services, tourisme, etc.) nécessitant une main d’œuvre qualifiée. De plus, face à un taux de croissance démographique élevé, les efforts de financement du secteur éducatif sont insuffisants et nécessitent pour l’instant le soutien des bailleurs.

Malgré une amélioration globale, un accès à l’éducation qui reste faible à partir du secondaire

Alors que la population de la région est très jeune, son éducation sera déterminante pour la capacité des pays à sortir de la pauvreté. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de la population en AEOI est en âge d’aller à l’école : la population de moins de 20 ans représente 51,4 % de la population féminine et 52,9 % de la population masculine de la région[1]. En moyenne en AEOI, le taux brut de scolarisation des élèves au primaire a fortement augmenté, passant de 44,0 % en 1971[2] à 94,1 % en 2015[3] pour les filles, et de 57,5 % en 1971 à 97,6 % en 2015 pour les garçons (Graphique 3). Cependant, les taux bruts de scolarisation moyens dans la zone en 2015 restaient en dessous de l’Afrique subsaharienne (95,8 % et 100,2 % respectivement). Madagascar et le Rwanda enregistraient en 2015 les taux bruts les plus importants, s’expliquant par un nombre important de redoublants. Cependant, selon le dernier recensement en 2022, 22,3 % de la population rwandaise n’avait jamais été à l’école. A l’inverse, la Somalie enregistrait les taux les plus faibles.

Au secondaire, le taux brut de scolarisation a également fortement progressé (Graphique 4), passant de 9,8 %[4] en 1971à 44,3 % en 2015[5]. Maurice et les Seychelles, les deux pays à revenus élevés de la région, enregistrent les taux les plus élevés (respectivement 98,7 % et 96,1 % en 2019 pour les deux sexes[6]). La Somalie et le Soudan du Sud enregistraient en 2015 les taux les plus faibles de la région (en dessous des 15 %). Pour Madagascar, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, l’Ethiopie et le Soudan du Sud, l’écart important entre le primaire et le secondaire indiquent une faible transition des élèves entre ces niveaux, liée notamment au coût d’opportunité très élevé d’envoyer les enfants à l’école et aux barrières sociales, en particulier pour les filles.

Des fortes disparités de genre et géographiques et un manque d’infrastructures

Toutefois, les pays de l’AEOI font face à des défis persistants, notamment de fortes disparités dans l’accès à l’éducation. En 2015, l’écart de taux brut de scolarisation entre les filles et les garçons était de 3,4 points de pourcentage (pp) au primaire et de 1,5 pp au secondaire. Au primaire, ces disparités en faveur des garçons étaient les plus marquées au Soudan du Sud (24,9 pp) et en Somalie (13,4 pp), alors que les filles étaient plus scolarisées que les garçons dans six pays de la région (Djibouti, Tanzanie, Burundi, Seychelles, Ouganda, Rwanda et Maurice). Bien qu’elles soient moins marquées, ces disparités se poursuivent au secondaire, en particulier en Erythrée, au Soudan du Sud et au Kenya.

Outre les disparités de genre, l’accès équitable et inclusif à l’éducation reste limité par le fort niveau de pauvreté, en particulier pour les populations rurales, nomades ou déplacées. Les enfants sont généralement confrontés à des privations importantes (eau, alimentaire) en raison de l'insuffisance des infrastructures, et notamment celles de santé, et d’installations d'eau et d'assainissement inadéquates. De plus, les distances à parcourir pour se rendre à l'école peuvent être longues et dangereuses, les salles de classe sont souvent surchargées, et il est difficile de trouver des enseignants qualifiés, notamment des enseignantes, et des manuels scolaires. Au niveau primaire, les ratios d’encadrement peuvent varier fortement, de 14 élèves pour 1 enseignant aux Seychelles, à 126 pour 1 dans le nord du Kenya. Le Burundi et le Rwanda ont donc instauré le système de double vacation afin de remédier au manque d’enseignants et de salles, réduisant toutefois la durée de l’apprentissage hebdomadaire.

Un taux d’alphabétisation et un capital humain encore faibles

Le taux d’alphabétisation des adultes (+15 ans) en moyenne en AEOI était de 70,9 % en 2018[7], au-dessus de la moyenne en Afrique subsaharienne de 65,0 % (Graphique 1). Ce taux varie fortement selon les pays, allant de 34,5 % au Soudan du Sud à 95,9 % aux Seychelles. Le Kenya et la Tanzanie enregistrent des taux plutôt élevés. Le Rwanda présente un taux plus élevé que son voisin burundais pour les adultes, mais légèrement inférieur chez les jeunes. L’Ethiopie enregistre le second taux d’alphabétisation le plus faible de la région (51,8 %), l’UNESCO ayant estimé que 90 % des enfants de 10 ans ne savent pas lire et comprendre un texte approprié pour leur âge. Les Comores et le Soudan sont les autres pays de l’AEOI qui enregistrent un taux inférieur à la moyenne sous-continentale. De même, les taux les plus élevés sont globalement observés dans les zones urbaines, et les plus faibles chez les populations rurales et nomades. Par ailleurs, les plus grandes disparités entre les hommes et les femmes sont observées en Erythrée, au Burundi et en Ethiopie (autour de 15 pp), les plus faibles étant enregistrées à Madagascar, Maurice et aux Seychelles. L’alphabétisation des jeunes (15-24 ans) est globalement plus élevée (83,2 %).

De plus, un enfant né AEOI en 2020 pouvait espérer obtenir, à 18 ans, un capital humain atteignant 43 %[8] de celui d’un enfant qui aurait bénéficié d’une éducation complète et d’une bonne santé (Tableau 1). Ce niveau de capital humain est supérieur de 3 pp à celui des pays d’Afrique Subsaharienne mais inférieur de 5 pp à celui des pays à revenus intermédiaires, ce qui crée un frein à la croissance potentielle du pays. Le Soudan du Sud (0,31), le Soudan et le Rwanda (0,38) sont les pays de la région qui enregistrent les plus mauvais scores.

Malgré une éducation supérieure en augmentation, des formations qui ne s’alignent pas toujours aux exigences du marché du travail

Bien que légèrement supérieur à la moyenne en Afrique sous-continentale (9,4 %), le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur reste très faible (10,0 % en moyenne en AEOI en 2017[9]), alors même que les pays souhaitent faire reposer leur développement sur des secteurs demandeurs en main-d’œuvre qualifiée (tourisme, finance, etc). En 2017[10], les étudiants en AEOI préféraient s’orienter vers des études de commerce, gestion et droit (28,5 % des diplômés de l’AEOI), filière de prédilection dans beaucoup de pays (Burundi, Kenya, Madagascar, Maurice, Rwanda, Seychelles, Tanzanie). Les étudiants ont aussi choisi les études d’éducation (20,6 % des diplômés de l’AEOI), notamment aux Comores, en Ethiopie et en Ouganda, et dans une moindre mesure les études de santé (11,5 % des diplômés de l’AEOI), surtout au Burundi et en Tanzanie.

Toutefois, les compétences acquises à l’école ne correspondent souvent pas aux exigences du marché de l’emploi. Au Kenya, environ 20 % des entreprises avaient des postes vacants difficiles à pourvoir en novembre 2023, principalement en raison d’un manque de candidats qualifiés et d’attentes salariales élevées des candidats. Même dans les pays les plus avancés, l’allocation des compétences reste imparfaite et les autorités tentent de réorienter vers des compétences plus techniques (FinTech à Maurice, ou secteurs agricole, manufacturier et numérique en Ethiopie).

De nouvelles politiques publiques, soutenues par l’aide des ONG et des bailleurs

Tous les pays de l’AEOI ont rendu l’éducation primaire gratuite (Somalie, Soudan), et la majorité l’ont étendue au collège (Kenya, Ouganda, Tanzanie, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Comores, Seychelles) et même au supérieur (Maurice), permettant une hausse de la scolarisation. Toutefois, son application n’est pas toujours garantie (Madagascar, Soudan du Sud). De plus, les coûts annexes comme la cantine ou les uniformes (Kenya, Rwanda) peuvent représenter un budget excessif pour les ménages, et les barrières sociales peuvent freiner notamment la scolarisation des filles (Ethiopie).

Les dépenses moyennes en éducation en AEOI s’établissaient à 11,8 % des dépenses totales[11], en-deçà des recommandations internationales[12] (Graphique 2). Sur les 15 pays de la région, seuls trois répondaient aux recommandations : la Tanzanie (20,6 %), le Burundi (19,9 % des dépenses) et le Kenya (19,1 %). Le Soudan du Sud, la Somalie et l’Erythrée étaient les pays consacrant la plus faible part des dépenses à leur secteur éducatif.

Les pays de la région bénéficient d’une aide substantielle des bailleurs dans le secteur éducatif (Graphique 5), notamment de la Banque mondiale (2,2 Mds USD entre 2021 et 2023), de l’Union Européenne (245 MUSD) et de la Banque Africaine de Développement (49,5 MUSD). La Tanzanie est le pays qui a bénéficié le plus du soutien des bailleurs (975 MUSD), suivie du Rwanda (411,9 MUSD) et du Kenya (326,4 MUSD). La France, à travers l’AFD, soutient également l’éducation dans les pays de l’AEOI, avec un engagement de 114,7 MEUR depuis 2021. Au Kenya, la France a soutenu six projets différents dans le domaine de la l’alimentation scolaire pour un montant de 4,2 MEUR.



[1] Calcul du SER : moyenne pondérée par la population femme et homme en AEOI.

[2] Source : Banque mondiale. Hors Erythrée, Soudan et Soudan du Sud.

[3] Source : Banque mondiale. Pour les Comores et la Somalie, données datant de 2011 et 2007 respectivement.

[4] Source : Banque mondiale. Hors Erythrée, Soudan et Soudan du Sud.

[5] Source : Banque mondiale. Données datant de 2014 pour les Comores, 2009 pour le Kenya, 2007 pour l’Ouganda et la Somalie.

[6] Source : UNESCO, Unesco Institute for Statistics (UIS)

[7] Source : Banque mondiale. Les données pour le Burundi et l’Ethiopie datent de 2017, et pour la Tanzanie, de 2015. Les données pour Djibouti et la Somalie ne sont pas disponibles. Adulte désigne les plus de 15 ans et jeunes les personnes entre 15 et 24 ans.

[8] Source : Banque mondiale. Les données manquent pour Djibouti, Erythrée et Somalie.

[9] Source : Banque mondiale, dernières données disponibles. Données hors Soudan du Sud.

[10] Source : Banque mondiale, dernières données disponibles. Données hors Somalie et Soudan du Sud.

[11] Source : Banque mondiale, 2019 ou dernières données disponibles des budgets nationaux.

[12] La Déclaration de Incheon de 2015 recommande un niveau de dépenses compris entre 15 et 20 % des dépenses totales, et entre 4 et 6 % du PIB.