Nouvelles économiques du Japon et de la Corée du Sud

 

 Lettre AGRO Japon – Corée

N° 58 - décembre 2021 - janvier 2022

 

  drapeau Japon

Sommaire

IMAGE DU MOIS :  Face à la surproduction laitière le ministre de l'agriculture japonais donne l'exemple

one plus campaign

Source : Sankei
Japon
  • Covid-19 : report de la levée des restrictions d’accès au territoire
  • Mobilisation du gouvernement pour faire face à la surproduction laitière
  • Difficultés persistantes d’approvisionnement dans le secteur agroalimentaire
  • Les variétés haut de gamme de fruits développées au Japon cultivées massivement en Chine
  • La viande de gibier, une filière émergente au Japon
  • Multiplication des cas d’influenza aviaire au Japon
  • Un 76e foyer de peste porcine classique détecté

 

Corée
  • Renforcement des restrictions face à une situation sanitaire encore préoccupante
  • Les exportations agroalimentaires françaises en hausse d’un tiers en 2021, tirées par la dynamique des vins de raisin
  • Suppression temporaire des droits de douane sur l’importation d’œufs
  • Essor prévu du marché des substituts de viande d’origine végétale en Corée
  • Nouveau foyer d’influenza aviaire dans la région de Sejong

 

 

Le chiffre du mois : 81%

Augmentation en valeur des exportations françaises de vins en Corée en glissement annuel sur les 10 premiers mois 2021

 

Japon

a)Covid-19

Report de la levée des restrictions d’accès au territoire

 Dans le contexte d’une nette remontée du nombre de cas depuis le début de l’année (plus de 6 000 cas quotidiens le 10 janvier), les restrictions d’accès au territoire japonais et les règles de quarantaine renforcées, instaurées début décembre pour un mois en réponse au variant Omicron, resteront en vigueur au moins jusqu’à fin février. S’agissant des règles de quarantaine, la période d’isolement dans un lieu désigné par le gouvernement a été portée de 3 à 6 jours pour les voyageurs en provenance de France (pour une durée totale de quarantaine maintenue à 14 jours).   

 

 b) Actualité politique et économique

Mobilisation du gouvernement pour faire face à la surproduction laitière

 Alors que la production laitière est orientée en hausse en novembre pour le 25e mois consécutif, la consommation domestique connait une forte baisse, liée à  la conjoncture défavorable en restauration hors domicile et accentuée en fin d’année par la fermeture de la restauration scolaire pour les congés. En conséquence, les stocks en fin d’année sont importants et en l’absence de nouveaux débouchés, le Ministère de l’agriculture estime que 5 000 T de lait devraient être jetées.

Plusieurs dispositifs ont été ouverts par le Ministère de l’agriculture pour répondre à la surproduction : utilisation de 20 000T de lait transformé en poudre pour l’alimentation animale, promotion du « Nyu washoku » (cuisine japonaise utilisant du lait), campagne « plus one project » consistant à offir un verre de lait aux clients des enseignes participantes. Des producteurs et distributeurs participent à cette campagne et le Premier ministre, le ministre de l’agriculture Genjiro Kaneko et la gouverneure de Tokyo ont tous trois appelé, lors de conférences de presse, à consommer plus de lait en donnant eux-mêmes l’exemple. La consommation de lait a de fait connu une hausse lors des deux dernières semaines de décembre par rapport à la même période en 2019 (respectivement, +2,1% et +3,7%) et le risque de gaspillage parait désormais écarté. Un tel phénomène pourrait toutefois se produire à nouveau lors du pic annuel de production au printemps, qui coïncide avec la période de fin d'année scolaire et universitaire en mars. Source : MAFF, Agrinews, Agrinews, Japan Times

 

Difficultés persistantes d’approvisionnement dans le secteur agroalimentaire

 Les tensions et ruptures qui perturbent depuis plusieurs mois l’approvisionnement des groupes agroalimentaires et de restauration en volaille ou viande de bœuf (cf. Lettre agro de novembre 2021), affectent également les aprrovisionnements en pommes de terre. Mc Donalds a ainsi du suspendre pour quelques jours, fin décembre, le service de frites en portions moyennes ou grandes dans ses 2 900 points de vente au Japon ; d’autres chaînes de restauration, comme KFC ou  Benny’s, ont rencontré des difficultés similaires. Le Japon dépend presque exclusivement des importations pour les pommes de terre frites, les variétés locales (cultivées principalement à Hokkaïdo) n’étant pas adaptées. 70% des importations destinées à la restauration collective proviennent des Etats-Unis, qui bénéficient pleinement de la suppression des droits de douanes depuis avril 2021. Elles s’effectuent principalement sous forme surgelée, le Japon interdisant, sauf exception temporaire, l’importation de pommes de terre fraîches, par craintes de l’introduction de parasites. Les importations nord-américaines, tout comme celles en provenance d’Europe (principalement depuis la Belgique et l’Allemagne) ont toutefois été limitées depuis plusieurs mois par les perturbations du transport maritime. Source :  Nikkei Asia, Mainichi

 

 Les variétés haut de gamme de fruits développées au Japon cultivées massivement en Chine

 Selon une association d’agriculteurs japonais, les cultures de raisins « Shine muscat » en Chine représentaient en 2020 30 fois la surface cultivée au Japon pour cette variété ; celle des fraises « Benihoppe », une surface cultivée 8 fois supérieure à la totalité de la SAU japonaise dédiée aux fraises en 2019. La loi japonaise sur les semences et plants a été révisée en avril dernier pour permettre de restreindre l’exportation de nouvelles variétés lors de leur enregistrement. Source : Agrinews

 

La viande de gibier, une filière émergente au Japon

 La consommation de viande de gibier (appelée également « gibier » en japonais), traditionnellement marginale au Japon, a atteint 1 810 tonnes au cours de l’année fiscale 2021, en hausse de 40% par rapport à 2016, pour un chiffre d’affaires de 4 Md ¥ (31 M€). Cette progression s’explique par l’augmentation des prélèvements en vue de limiter les dégâts des animaux sauvages sur les cultures, estimés par le MAFF à 16 Md ¥ (120 M€) pour l’année fiscale 2020, principalement du fait des sangliers et cervidés (1,35 millions de prélèvements en 2021 pour ces deux espèces, en hausse de 60% en 10 ans). La part de viande consommée reste toutefois limitée à 9% du volume abattu et le MAFF s’est donné pour objectif un doublement du volume consommé, soit 4 000 tonnes, à horizon 2025.

 La préfecture d’Hokkaido (île septentrionale) déploie des efforts de promotion de la consommation du gibier depuis 2006 (manuel de traitement du gibier, campagne du « jour du cerf » associant 230 restaurants, diffusion en restauration scolaire) et d’autres préfectures, comme Tokushima (île de Shikoku), enregistrent une forte hausse de la consommation. Le nombre d’installations d’abattage (691 en 2021, en hausse de 20% depuis 2016) reste toutefois insuffisant pour assurer une couverture territoriale permettant la prise en charge en moins de deux heures des caracasses abattues. Une certification des installation de traitement destinées à la consommation humaine est en place depuis 2018 et un système d’abattoirs mobiles (« gibier cars ») en cours de déploiement dans la préfecture de Kochi (Shikoku). La nourriture pour animaux, enfin, constitue également un débouché croissant pour la viande de gibier. Source : Nikkei Asia

 

Le Japon poursuit sa politique de promotion des exportations agricoles

 Après la création au sein du MAFF d’un bureau regroupant les services en charge des exportations et ceux en charge de l’ensemble des affaires internationales, le gouvernement japonais poursuit sa politique de restructuration dans l’optique de renforcer ses exportations agricoles et alimentaires : un rapprochement au sein d’une même structure est ainsi envisagé entre d’une part, les diplomates, et d’autre part, les agents de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (Japan External Trade Organization – JETRO). Ce rapprochement sera testé à partir de l’année fiscale 2023 (qui démarre en avril 2023), dans un premier temps dans des villes stratégiques réparties dans 8 pays et région, comme les Etats-Unis et l’Union européenne.

Le gouvernement japonais réfléchit par ailleurs à la création d’un système de certification des groupes engagés dans la promotion et la recherche au service des exploitations agricoles et/ou des denrées alimentaires, avec 3 cultures et produits cibles : le riz, le saké et les fruits. Enfin, le Japon reste fermement résolu à faire lever les restrictions encore appliquées par 14 pays et régions sur les produits agricoles concernés par l’accident nucléaire de Fukushima en 2011.

Les exportations agricoles et alimentaires japonaises vont de fait dépasser, pour la première fois, 1 trillion ¥ (7,6 Mds €) cette année, sachant toutefois que le Japon s’est fixé des objectifs ambitieux : 2 trillions ¥ d’exportations agricoles et alimentaires en 2025 et 5 trillions ¥ en 2030. Source : Japan Times


c) Actualité sanitaire et phytosanitaire

Multiplication des cas d’influenza aviaire au Japon

 Après la détection d’un premier foyer d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) en novembre dans un élevage de poules pondeuses de la préfecture d’Akita (au nord de l’île principale de Honshu), huit autres foyers ont été identifiés à travers le pays : aussi bien au sud (préfectures de Kagoshima, Kumamoto et Hiroshima) qu’au centre (préfectures de Hyogo, , Chiba et Saitama) ainsi que, pour le dernier foyer en date, de nouveau au nord du Japon (préfecture d’Aomori). Si la souche virale H5N8 a été identifiée en novembre à 2 reprises (Akita et Kagoshima), désormais, c’est le virus H5N1 qui est en cause. Près de 470 000 volailles ont été abattues. A noter que des oiseaux sauvages contaminés par les souches H5N1, H5N8 mais aussi H5N3 ont été retrouvés au nord et au sud du Japon.

Le Japon a par ailleurs suspendu les importations de volailles et leurs produits en provenance des pays et zones de nouveau contaminés depuis cet automne. En France, 7 départements sont ainsi concernés : le Nord, le Gers, les Landes,les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes Pyrénées, la Vendée et Loire-Atlantique. Source : OIEMAFF

 

Deux nouveaux foyers de peste porcine classique détectés

 Le 12 décembre, un nouveau foyer a été confirmé dans la préfecture de Miyagi (centre de l’île principale de Honshu, au nord de Tokyo), entraînant l’abattage de11 900 porcs, dont 2 200 dans un 2ème  élevage lié au 1er. Le 25 décembre, un nouveau foyer a été confirmé dans la même préfecture, entraînant l’abattage de 7 000 porcs. Comme cet élevage avait envoyé des semences porcines à 25 autres élevages répartis dans 11 préfectures, 900 suidés de ces élevages ont à ce stade dû être abattus. Tous les porcs de la préfecture de Miyagi ayant déjà été vaccinés, aucune zone de restriction n’a été mise en place autour des foyers. Le Japon comptabilise désormais 76 foyers depuis le début de l’épizootie en septembre 2018. Source : OIE, MAFF

 

Corée du Sud

a)Covid-19

Renforcement des restrictions face à une situation sanitaire encore préoccupante

 Après avoir atteint, pendant plusieurs jours fin décembre, un niveau supérieur à 7000 cas quotidiens inédit depuis le début de l’épidémie, les contaminations apparaissent en léger recul début janvier (nouveaux cas quotidiens évoluant entre 3 000 et 4000) sous l’effet des mesures renforcées de distanciation sociale réintroduites pour un mois à compter de la mi-décembre (couvre-feu dans certains commerces, rassemblements limités à 4 personnes, enseignement en partie à distance). La pression sur les services hospitaliers s’allège quelque peu (780 patients en réanimation le 10 janvier).

 

b)Actualité politique et économique

Les exportations agroalimentaires françaises en hausse d’un tiers en 2021, tirées par la dynamique des vins de raisin

 Les exportations agroalimentaires françaises progressent de 33% en glissement annuel sur la période janvier – octobre 2021. Les viandes et produits à base de viande augmentent de 115% pour atteindre 36 M€, les produits de boulangerie de 57% et les produits laitiers de 23%. Au sein du poste boissons, en hausse de 54%, les exportations de vins de raisin sont particulièrement dynamiques : après avoir augmenté de 22% en valeur entre 2019 et 2020, elles progressent de 81% en valeur et 85% en volume (glissement annuel sur les dix premiers mois de 2021), pour atteindre 130,8 M€. Dans un marché lui-même en forte progression (importations en hausse de 76% en valeur et 46% en volume sur les onze 1ers mois pour les vins et spiritueux), la France renforce ses parts de marché en valeur (de 28 à 32%,) et en volume (de 13 à 16%). Sur douze mois glissants, la hausse est particulièrement marquée pour les vins tranquilles (+101% en valeur et 115% en volume), les vins pétillants enregistrant une augmention moindre mais conséquente (+56% en valeur, +31% en volume). Selon le distributeur coréen E-mart, qui constate une forte hausse de la consommation de vins et une montée en gamme parmi les particuliers, les restrictions sanitaires, qui ont affecté le secteur de la restauration, ont entraîné un report vers la consommation à domicile de vins et viandes de qualité. Source : Douanes françaises, Douanes coréennes, FEVS, Korea Herald

 

Suppression temporaire des droits de douane sur l’importation d’oeufs

 Dans un contexte inflationniste et face à une baisse de la production domestique liée à l’épizootie d’IAHP, le gouvernement a annoncé la suspension, pour six mois, des droits de douane sur les œufs à concurrence de 100 millions d’œufs par mois et fixe un objectif d’importation de 30 millions d’œufs des États-Unis ce mois. 17 produits alimentaires très demandés en période de fêtes feront par ailleurs l’objet d’une surveillance exceptionnelle des prix. Source : Korea Herald

 

Essor prévu du marché des substituts de viande d’origine végétale en Corée

 Soutenu par une population de végétariens et vegans estimée à 2,5 M (5% de la population totale, +66% depuis 2008), les substituts de viande d’origine végétale se développent en Corée. Si le marché domestique reste limité (10,2 milliards de Won, soit 8,7 M€ en 2020), il affiche une croissance soutenue (+16% en deux ans) selon la Korea International Trade Association, qui estime que ces produits pourraient surpasser la viande traditionnelle en 2040 avec 60% du marché. Dans ce contexte, les acteurs agroalimentaires coréens anticipent un essor du marché et les initiatives se multiplient de la part de startups (The PlantEat, Devotionfoods, Viomix Tech, etc.) comme de grands groupes coréens (Nongshim, SPC Group, CJ CheilJedang, SK Group, Shinsegae Food), qui développent des gammes vegan de plats populaires (Bibimbap, Bulgogi…). Source : Korea Herald, Korea Times


c) Actualité sanitaire et phytosanitaire 

 Nouveaux foyers d’influenza aviaire

 6 nouveaux foyers ont été notifiés par les autorités coréennes à l’OIE au mois de décembre, soit 14 foyers en tout depuis la réapparition du virus début novembre, répartis dans l’ouest de la Corée (nord et sud). Les animaux touchés sont principalement des canards, ainsi que deux élevages de poules pondeuses, un de cailles et un de poulets de chair. La même souche virale a été identifiée dans chacun des cas, H5N1. Plus d’1,6 million de volailles ont été abattues en tout.

Les exportations de volailles françaises et leurs produits vers la Corée sont par ailleurs toujours interdites, la France étant de nouveau contaminée par l’IAHP depuis novembre dernier. Source : OIE.

 

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Rédigé par : Le pôle agriculture et alimentation du Service économique régional de Tokyo et le Service économique de Séoul.

Contact : Jérôme Perdreau, Conseiller agricole, jerome.perdreau@dgtresor.gouv.fr 

Gaël Thévenot, Conseillère agricole adjointe, gael.thevenot@dgtresor.gouv.fr

Ryoko ISODA, Attachée sectorielle au pôle agriculture et alimentation, ryoko.isoda@dgtresor.gouv.fr

Jina AHN, Attachée économique en charge des questions agricoles au sein du SE de Séoul, jina.ahn@dgtresor.gouv.fr