L’économie émirienne a été fortement affectée par la Covid-19 à travers l’effondrement des cours du pétrole et un ralentissement marqué des activités de services. Le PIB émirien a ainsi reculé de 5,9 % en 2020. Pour autant, les fondements économiques du pays restent solides (sur le plan budgétaire comme extérieur) grâce à Abu Dhabi et une reprise progressive de l’activité est attendue en 2021 (3,1%).

1. Une fédération de sept émirats dominée par Abu Dhabi et Dubaï

Indépendants depuis 1971, les EAU sont une fédération composée de sept émirats – Abu Dhabi et Dubaï étant les deux plus importants. Cette fédération est dirigée par le Conseil suprême réunissant les sept émirs qui élit pour cinq ans le Président (issu de la famille royale d’Abu Dhabi, les Al Nahyan) et le Premier ministre (issu de la famille royale de Dubaï, les Al Maktoum), et désigne les membres du conseil des ministres. Chaque émirat dispose de son propre gouvernement et conserve une large autonomie notamment en matière budgétaire et économique. Cet éclatement du pouvoir explique les divergences de stratégie constatées par exemple entre Abu Dhabi et Dubaï dans la réponse à la crise de la Covid-19 ou en matière de politique de diversification. Depuis le sauvetage de Dubaï en 2010, Abu Dhabi impose toutefois de plus en plus ses objectifs à ses voisins, une tendance que risque de renforcer encore davantage la crise actuelle.

2. L’activité économique en 2020 a été fortement affectée par la pandémie et la chute des cours du brut

L’économie émirienne a reculé de 5,9% en 2020, la première récession depuis 2009. Elle a été fragilisée en premier lieu par l’effondrement des cours du pétrole alors que les recettes de l’Etat reposent en majorité sur les hydrocarbures. Représentant 32 % du PIB, le secteur pétrolier est le principal moteur de l’économie. Ces dernières années, il maintenait une croissance soutenue (+2,5% en 2018 et +3,4% en 2019, contre 0,7% et 1% pour l’activité hors-hydrocarbures). Les Emirats détiennent 5,6 % des réserves prouvées de pétrole (98 Md de barils, 8e rang mondial) et 3 % des réserves de gaz (5900 Md m3, 8e rang mondial). Fin 2019, la production de pétrole brut atteignait 3,1 Mb/j mais a ralenti pour s’établir à 2,8 M en moyenne dans le cadre de l’accord OPEP + en 2020 (2,7 Mb/j en août 2021)[1]. Au total, la contribution du secteur au PIB a reculé de 6,3% sur l’année 2020. A moyen terme, les hydrocarbures vont néanmoins bénéficier du programme d’investissements de 122 Md USD d’ADNOC annoncé fin novembre visant à augmenter et à diversifier la production de pétrole (objectif d’atteindre une capacité de production de 5 Mb/j à l’horizon 2030) et de gaz.

La pandémie a également frappé de plein fouet l’activité hors-hydrocarbures qui repose principalement sur les services (tourisme, immobilier, distribution, transports aérien et maritime) et dont Dubaï est le fer de lance. Le secteur non-pétrolier a ainsi enregistré une récession de 5,8% en 2020. Le secteur de la construction a reculé de 3,9% sur l’année. Dans l’hôtellerie, le taux d’occupation a chuté durant les premiers mois de l’année 2020 mais a augmenté dès la fin de l’année, soutenu par la campagne de Dubaï #WorldCoolestWinter. Il atteint 62% au S1 2021 (+15% en g.a.).

Pour 2021, le FMI prévoit une reprise à 3,1%. Compte tenu du soutien limité à l’économie fourni par le gouvernement émirien, le retour à la croissance dépendra surtout de l’environnement extérieur, notamment de l’évolution de la pandémie et des prix des hydrocarbures. Les EAU compte aussi sur l’Expo 2020 qui a été reportée d’un an, décalant d’autant le surcroit d’activité que doivent procurer les 20 millions de visites attendues, améliorant les projections de croissance pour les T4 2021 et T1 2022.

3. Malgré de larges actifs et la confiance des marchés, les Émirats maintiennent une politique budgétaire conservatrice face à la pandémie

Fragilisés par la baisse des cours des hydrocarbures (représentant 55% des recettes budgétaires en 2019, 17% du PIB) depuis 2014, les comptes publics consolidés des Emirats affichent un déficit depuis 2015 qui s’était stabilisé autour de 2 % du PIB avant la crise. Pour faire face au déclin de la rente pétrolière, le gouvernement a fortement augmenté ses recettes hors-hydrocarbures (+23% entre 2016 et 2019) en adoptant de nouvelles taxes à partir de 2016 (aéroportuaires, municipales, hôtelières), auxquelles s’ajoutent les droits d’accises sur le tabac et les boissons énergétiques notamment, depuis octobre 2017, et la mise en place d’une TVA depuis le 1er janvier 2018. Le périmètre des droits d’accises a été élargi en décembre 2019. Sur le plan des dépenses, des mesures d’économies (réduction, notamment, des subventions sur l’eau, l’électricité et l’essence) avaient permis de contenir les dépenses publiques en 2016 et 2017. Une hausse des dépenses a été observée en 2018 et en 2019, destinée au financement de divers plans de relance économique.

En 2020, le nouvel effondrement des cours du brut et le ralentissement de l’activité avait entrainé une forte chute des recettes publiques. Néanmoins les autorités n’ont pas adopté de mesure budgétaire significative pour soutenir l’économie et ont, au contraire, réduit leurs dépenses. Hors liquidité fournie aux banques par la Banque centrale, l’ensemble des plans de relance annoncés par la Fédération et les émirats d’Abu Dhabi et de Dubaï a été modeste, ne représentant que 1,7% du PIB du pays. Le déficit budgétaire a atteint 7,4% en 2020 et devrait diminuer jusqu’à 1,3% en 2021 selon le FMI. 

Les Emirats arabes unis disposent encore de larges réserves financières : avoirs externes de la Banque centrale (110 Md USD en juillet 2021), dépôts du gouvernement auprès des banques émiriennes (79 Md USD en juillet 2021) et actifs sous gestion des fonds souverains (1 190 Md USD, dont près de 650 Md USD pour ADIA, 240 Md USD pour Mubadala et 300 Md USD pour Investment Corporation of Dubaï). Ils conservent la confiance des marchés financiers. Le niveau consolidé de dette publique est contenu et s’est stabilisé à 37% du PIB selon le FMI.

3. Des équilibres externes positifs et un secteur bancaire en voie de consolidation

Les Emirats arabes unis, qui constituent un centre régional majeur de réexportation grâce notamment au port de Jebel Ali, le plus grand port de la région, ont enregistré l’excédent courant le plus élevé du Golfe en 2020 malgré la baisse des prix des hydrocarbures. L’excédent courant a cependant enregistré une baisse significative (3,1% en 2020, le FMI anticipe une hausse de 7,1% en 2021). Ces dernières années, les comptes extérieurs ont également été affectés par le rétablissement des sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et par la crise diplomatique avec le Qatar entre 2017 et 2021.

Le secteur bancaire demeure stable malgré un taux de créances douteuses qui est le plus élevé du Golfe (7,7% en septembre 2020) et qui devrait s’accroître compte-tenu de son exposition au secteur immobilier. Les banques commerciales émiriennes sont prudemment capitalisées (taux d’adéquation du capital de 17,5% en juillet 2021). De taille particulièrement importante et fortement concurrentiel, le secteur bancaire émirien a connu un mouvement de consolidation avec trois fusions bancaires réalisées depuis 2017 (First Abu Dhabi Bank, Abu Dhabi Commercial Bank et Dubai Islamic Bank), les grandes banques émiriennes cherchant en parallèle à renforcer leur présence dans d’autres marchés régionaux.

4. Principaux défis et risques à moyen terme

Au-delà de la gestion immédiate des conséquences de la Covid-19, l’un des principaux défis de l’économie émirienne est la réduction de sa dépendance aux hydrocarbures qui, malgré les efforts de diversification de l’économie, continuent de représenter une part substantielle des recettes publiques. Les autorités en sont conscientes et s’y attèlent comme l’illustrent les différentes annonces. La crise actuelle est mise à profit par les autorités pour accélérer les réformes nécessaires à la diversification et à la montée en gamme de l’économie émirienne. Suite aux nombreuses réformes adoptées en 2020 (investissements étrangers à 100%, golden visa, révision du code civil pour les étrangers), les EAU présentent petit à petit un plan de 50 réformes visant à faire du pays l’un des dix premiers récipiendaires d’IDE au monde à l’horizon 2030[2].

Ce plan veut également répondre à un autre défi que le pays doit relever : le développement, la montée en gamme et l’émiratisation du secteur privé. Comme dans la plupart des pays de la région, le poids du secteur public reste prépondérant : les EAU affichent une forte volonté de stimuler la création d’entreprises et l’implantation de start-ups afin de développer l’innovation. Par ailleurs, l’économie émirienne repose sur une importante main d’œuvre expatriée représentant 90% de la population. Malgré la mise en place d’incitations pour favoriser l’emploi des Émiriens dans le secteur privé, ces derniers travaillent dans leur immense majorité dans le secteur public. Un million d’étrangers (principalement des travailleurs non qualifiés), soit 10% de la population, auraient quitté le pays en 2020. L’objectif annoncé dans le plan des 50 réformes vise à ce que les émiriens représentent 10% du secteur privé d’ici cinq ans.[3]



[1] En juillet 2021, les EAU se sont opposés à l’extension de l’accord OPEP+ après avril 2022 (jusqu’à décembre 2022), à condition que son quota soit augmenté. Le quota de production émirien passera alors à 3,5 M b/j à partir d’avril 2022.

[2] Le gouvernement émirien a annoncé un nouveau plan de 50 projets en vue de positionner le pays parmi les dix premières destinations mondiales en termes d’investissements d’ici 2030, en visant l'attraction de 150 Md USD, en particulier depuis la Russie, l’Australie, la Chine et le Royaume-Uni. Parmi les projets révélés : la volonté d’approfondir la relation commerciale avec huit pays (dont la Turquie, la Corée du Sud, l’Indonésie, le Kenya et l’Ethiopie), un investissement de 1,36 Md USD (avec l'Emirates Development Bank) dans le secteur des nouvelles technologies et la création d'un green visa.

[3] Le programme National In-Country Value (ICV) incitant à favoriser la production nationale et l’émiratisation fait partie des 50 réformes. L’objectif annoncé de la nationalisation des emplois doit se faire via des subventions de 6,5 Md USD pour créer 75 000 emplois.

 

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